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géopolitique - Page 474

  • Des milliers d’Iraniens ont réclamé le retour du prince Reza Shah II Pahlavi

    Lu dans L'Action française 2000 :

    Capture d’écran 2018-01-03 à 21.07.07

    6a00d83451619c69e201bb09e54216970d-200wi.jpgReza Pahlavi, né le 31 octobre 1960 à Téhéran, fils aîné du dernier chah d'Iran, est, selon la Constitution iranienne de 1906, l'héritier du trône perse, dit « Trône du paon » et, pour ses partisans, empereur de jure « Reza II ». Après une éducation aux États-Unis pour obtenir un diplôme à l'Air Force Academy, il rejoint en 1979 ses parents en exil au Maroc avant de partir avec eux pour les Bahamas et le Mexique. Il achèvera des études de sciences politiques à l'Université de Southern California aux États-Unis. Conformément à la Constitution de l'ex-État impérial d'Iran, le jeune prince prête serment le 31 octobre 1980 au jour de son 20e anniversaire. Il vit aujourd'hui en exil comme de nombreux Iraniens, actuellement dans le Maryland aux États-Unis. Proche des milieux néoconservateurs américains Reza Pahlavi propose l'alternative d'une monarchie constitutionnelle au gouvernement de la République islamique d'Iran et tente régulièrement de rassembler les Iraniens en exil autour d'un projet de séparation de la religion et de l'État et de tenue d'élections libres. Il appelle régulièrement, par l'intermédiaire des médias, à des actes non violents de désobéissance civile.

    Michel Janva

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • Quand la chute de la Monarchie iranienne a changé le cours de l'histoire du monde.

    Des manifestations qui secouent actuellement l'Iran, nous n'avons que quelques photos et les images, désormais rares depuis le blocage par le Pouvoir en place des réseaux sociaux et des plateformes de vidéos, de jeunes en colère et des fumées de lacrymogène qui leur répondent. Mais la contestation, d'abord économique et sociale, prend parfois des accents politiques et des slogans hostiles à la République islamique se font entendre... Cela nous rappelle aussi la responsabilité de l'Occident dans l'établissement de ce régime dont, aujourd'hui, les Iraniens peinent à se défaire, près de 40 ans après le renversement de la Monarchie perse

    Dans les années 1970, l'Iran était dirigé par le Shah Reza Pahlavi d'une main de fer et les ayatollahs ne dictaient pas leur loi religieuse ni à l’État ni à la société. La Monarchie modernisait le pays à marche forcée, trop vite sans doute et dans l'imitation d'un mode de vie occidental qui n'était pas le mieux adapté à la société iranienne. Mais les femmes avaient des droits visibles et pouvaient s'habiller comme elles voulaient, et l'impératrice Farah Diba jouait un rôle non négligeable dans la promotion de la place de la femme dans la société, au-delà des traditions parfois, dans une sorte d'application contemporaine et féminine de la « tradition critique » chère à Maurras... En ce temps-là, l'Iran était considéré comme la principale puissance militaire de la région et une « puissance émergente » sur le plan économique comme sur le plan géopolitique : le pays, sous l'égide de son souverain francophile, apparaissait comme un facteur d'ordre et de modernisation, et se voulait l'héritier de la grande civilisation de la Perse ancienne. Jusqu'aux hommes de la Garde impériale qui étaient nommés « les Immortels » en référence aux troupes d'élite de l'Antiquité dont les figures s'étalaient sur les murs de Persépolis.

    Un bel avenir était promis à l'Iran, comme il l'avait été, en d'autres temps et d'autres lieux, à la France monarchique de Louis XVI qui, à la veille de 1789, se préparait, pensait-on, à dominer le nouveau siècle qui s'annonçait...

    La révolution islamiste, soutenue par les « classes discutantes » occidentales et favorisée par des États occidentaux inquiets des velléités d'indépendance du Shah d'Iran à l'égard des multinationales pétrolières, en a fini avec ce destin apparemment tout tracé et, à peine deux ans après le début d'icelle, la guerre éclatait avec l'Irak voisin, alors soutenu par les États-Unis avant que, dix ans plus tard, ceux-ci ne se retournent contre ce dernier et débutent une nouvelle guerre dans cette région, guerre qui n'a plus vraiment quitté depuis lors ces terres d'Orient... Mais, surtout, 1979, année du renversement de la Monarchie iranienne, est la véritable date de naissance d'un nouvel islamisme idéologique toujours problématique aujourd'hui. En effet, la révolution islamique iranienne était menée par des mollahs chiites, et le voisin saoudien, de confession sunnite, y a vu un risque de perte d'influence dans toute la région, voire au-delà, sur les musulmans du monde qui pouvaient considérer l'Iran chiite (donc hérétique aux yeux des dignitaires sunnites) comme le nouveau porte-drapeau d'un Islam plus politique et revendicatif, peut-être même menaçant pour son propre Pouvoir. En réaction, l'Arabie Saoudite mais aussi d'autres États de confession sunnite ont financé de nombreuses mosquées de par le monde et suscité l'apparition de groupes que l'on qualifierait aujourd'hui de « radicaux » (et fort peu laïques malgré ce qualificatif qui renvoie, dans notre histoire politique française, aux anticléricaux de la IIIe République...) pour contrecarrer le « risque chiite » : ainsi est née la « Créature » qui, aujourd'hui, porte de multiples noms et prend, y compris au sein de nos propres sociétés, de multiples formes, frappant parfois notre pays dans sa propre chair... 

    Ce qui se passe ces jours-ci dans l'ancien empire perse nous renvoie ainsi et aussi à notre histoire et à ses conséquences, mais aussi aux inconséquences des Démocraties occidentales : mais, si la République islamique d'Iran s'effondrait, ce qui semble encore bien lointain (sans être totalement impossible), cela marquerait-il pour autant la fin de la « Créature » ? Rien n'est moins sûr car les extrémistes sunnites y verraient la confirmation de la justesse de leur combat contre « l'hérésie » chiite... Et un Iran à nouveau déstabilisé ferait le bonheur des puissances voisines et pourrait entraîner de nouvelles configurations et conflagrations dans toute la région, de la Syrie au Yémen, du Liban à l'Afghanistan.

    Néanmoins, doit-on se satisfaire de cet État islamique iranien qui, par la faute et la lâcheté des puissances occidentales (dont la France giscardienne de l'époque), règne encore sur un pays qui mériterait de renouer avec sa grandeur passée et sur une jeunesse qui mériterait un autre avenir que celui imposé par les gardiens sourcilleux d'une « révolution islamique » si peu favorable aux libertés domestiques comme intellectuelles ? Que de jeunes monarchistes iraniens participent aux affrontements du soir à Téhéran ou à Tabriz ne signifie pas que la Monarchie reviendra, loin de là, mais que l'Histoire n'est jamais finie et que la révolte, dont on ne sait quel est son destin, ouvre des perspectives qui ne sont pas forcément désespérantes...

    Jean-Philippe Chauvin

    http://nouvelle-chouannerie.com/

  • Comment le Hamas a aidé les islamistes en Syrie

    Analyse d'Antoine de Lacoste pour les lecteurs du Salon beige :

    6a00d83451619c69e201b7c9417343970b-800wi.jpgLe Hamas, mouvement islamiste palestinien, a été créé en 1987 par des militants affiliés aux Frères musulmans. Il est entré en conflit avec le Fatah, autre mouvement palestinien mais non islamiste, qu'il a réussi à chasser de la Bande de Gaza. Le Fatah a conservé le contrôle de la Cisjordanie et, depuis, la résistance palestinienne est coupée en deux pour le plus grand bonheur d'Israël.

    Idéologiquement proche des islamistes égyptiens, le Hamas a organisé la survie de la Bande de Gaza par le biais de multiples tunnels qui la reliait au Sinaï. Armes, nourriture et argent transitaient par là. Le système s'est perfectionné au fil des ans et, malgré de nombreux bombardements, l'armée israélienne n'est pas vraiment parvenu à détruire ce réseau dense et complexe. Les hommes du Hamas ont ainsi acquis une véritable expertise dans ce domaine.

    C'est cette expertise qu'ils vont mettre au service des islamistes syriens.

    Ce soutien n'allait pourtant pas de soi. En effet, Israël multipliant les assassinats ciblés de dirigeants du Hamas, la branche politique du mouvement s'est réfugiée à Damas il y a plusieurs années. C'est l'Iran, financeur historique du Hamas, qui a joué les intermédiaires. Assad a accepté, malgré ses réticences contre les affidés des Frères musulmans, pour trois raisons : ne pas déplaire à son allié iranien, ne pas rompre la solidarité arabe face à Israël et faire un geste symbolique en direction de sa population sunnite, majoritaire dans le pays.

    Depuis plusieurs années, Khaled Mechaal, chef de la branche politique du Hamas, avait donc ses bureaux à Damas, tout comme plusieurs de ses adjoints. Lorsque la guerre a éclaté en Syrie, c'est pourtant ce même Mechaal qui appelé le peuple sunnite syrien à la révolte contre "le tyran" Bachar.

    Ce revirement en a surpris plus d'un mais il a sa logique : le Qatar avait en effet décidé de soutenir massivement l'insurrection islamiste et, entre Frères musulmans, la solidarité est totale. Or les dirigeants du Qatar sont eux aussi issus de cette obédience (c'est d'ailleurs une des causes de leur brouille avec l'Arabie Saoudite).

    Naturellement Mechaal et ses amis ont dû déménager et se sont fort logiquement installés à Doha, capitale du Qatar.

    Quelques mois après, des insurgés islamistes syriens, notamment ceux d'Al Nosra, ont appelé au secours le Hamas : leurs réseaux de tunnels destinés à se cacher dans les grandes villes et à prendre à revers l'armée syrienne ne donnaient pas du tout satisfaction. De nombreux combattants furent même ensevelis sous les éboulements.

    Dans le plus grand secret, deux cents spécialistes du Hamas se sont donc rendus en Syrie afin d'apprendre à leurs nouveaux alliés comment construire correctement des tunnels...

    Ils y sont même allés avec du matériel iranien et c'est ce qui a permis de découvrir l'affaire, les Iraniens n'ayant pas été longs à reconnaître leurs perceuses ultra-perfectionnées après la prise de plusieurs tunnels.

    Beaucoup de militants d'Al Nosra ayant ensuite rejoint Daech, l'expertise nouvellement acquise a donc profité à tous...

    Récemment Erdogan, qui parle un peu à Bachar entre deux insultes, lui a demandé d'accueillir à nouveau le Hamas, trop loin de ses bases au Qatar. Erdogan est en effet, lui-aussi, proche des Frères musulmans, et sa réconciliation avec la Russie (feinte ou réelle, l'avenir le dira), lui permettait cette requête.

    Bachar ne pouvait évidemment accepter le retour des traîtres et a logiquement opposé une fin de non recevoir à Erdogan. Ce dernier n'a d'ailleurs pas trop insisté : l'efficacité des tunnels a coûté cher à l'armée syrienne et à ses alliés libanais et iraniens. Même l'Iran, soutien historique du Hamas, n'a pas relayé la demande turque et Bachar avait donc les mains libres pour refuser.

    Depuis, le Hamas multiplie les tentatives de réconciliation vers l'Iran mais en pure perte pour l'instant. Le Hamas a perdu deux alliés précieux et pourra ainsi méditer les conséquences de son ingratitude et de son engagement dans une guerre perdue.

    Michel Janva

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • Un an de Trump et toujours pas de guerre mondiale

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    De Jérusalem à Pyongyang, esquisse d'un bilan par Matthieu Baumier

    Alors que le président des États-Unis a soulevé un hypocrite tollé en reconnaissant la réalité de Jérusalem comme capitale d’Israël, et que l’ONU annonçait le 17 décembre 2017 examiner – à la demande de l’Égypte – la possibilité d’une résolution contre cette reconnaissance, comment la crédibilité des États-Unis en matière de politique étrangère est-elle perçue à l’issue de cette première année de pouvoir de Donald Trump ?

    Les États-Unis ne cessent de perdre leur crédibilité en matière de politique étrangère. C’est ce qu’écrit, dans un article de la revue Foreign Affairs, l’universitaire de Princeton Keren Yarhi-Milo, dont l’essai à paraître mi-2018 est attendu1. Selon elle, ce fut déjà le cas avec Obama. Et cela s’accentuerait avec Trump : « Trump suffers from a credibility gap » (« Trump souffre d’un déficit de crédibilité »), écrit-elle. Pour des raisons psychologiques. L’usage veut, dans les milieux opposés à Trump, aux États-Unis comme en Europe, de lui accorder un cerveau plus proche de celui de Stallone dans Rambo que de celui d’un « sage » néo-new âge/new-yorkais nourri au quinoa, au cannabis et aux algues bio depuis sa plus tendre enfance. La côte Est des États-Unis et Paris ne parviennent toujours pas à accepter la victoire d’un Trump.

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  • MONNAIE ET POUVOIR, LA MONNAIE, UN ENJEU GÉOPOLITIQUE (février 2016)

    Le 25 décembre, sur TV Libertés, Olivier Pichon et Jean-Christophe Mounicq ont reçu Ludovic Greiling, journaliste, ancien collaborateur du Revenu français, spécialisé dans l'économie des grandes entreprises. Il travaille dans différents journaux, nationaux et internationaux ainsi qu'à Politique Magazine. [www.politiquemagazine.fr]

    L'émission consiste en 40 minutes d'un entretien tout à fait remarquable et passionnant bien qu'il aborde un domaine considéré comme complexe, ardu et généralement mal connu. Ludovic Greiling a ici le mérite de le faire découvrir, avec simplicité, élégance et clarté. Et de faire toucher du doigt qu'il s'agit là d'un grand sujet éminemment géopolitique.

    Cet entretien est une réalisation de TV Libertés, à qui, d'ailleurs, il convient de rendre hommage au passage pour l'excellente qualité de ses émissions. Il va sans dire que nous recommandons de suivre les programmes de cette excellente chaîne de télévision.  LFAR  

     

    La présentation de TV Libertés

    Olivier Pichon et Jean-Christophe Mounicq reçoivent Ludovic Greiling journaliste pour son livre Monnaie et pouvoir, les dessous du système bancaire et des crises financières, éditions APOPSIX. 

    1ère partie : Actualité économique : la guerre monétaire (article de Politique Magazine).

    - La vraie question n’est pas le taux de change mais avec quoi achetons-nous ? Toutes les monnaies sont dérivées du dollar.
    - La Chine et la Russie sont entrées en guerre monétaire, feutrée pour la première ouverte pour la seconde.
    - La monnaie est un enjeu géopolitique JC Trichet l’ex président de la BCE : « le processus européen et un processus politique ».
    - Comment les fonds américains profitent du recyclage des $ aux USA.

    2ème partie : Le livre : Monnaie et Pouvoir. La monnaie si proche et si lointaine.

    - Retour sur la crise de 2008 quand le marché de la dette s’est arrêté.
    - La monnaie sans contrepartie, dématérialisation et centralisation.
    - Qui en profite ? L’oligarchie financière et la puissance publique.
    - L’impôt gage de la dette, les bienfaits vénéneux des déficits.
    - L’or toujours plus fort 2400 tonnes pour la France et 600 vendues par Sarkozy.

    3ème partie : L’euro, un $ européen.

    -  Une monnaie oligarchique : le rêve d’un état central.
    -  Quand les Etats freinent les euros obligations.
    -  Le cas de la Grèce : irrévocable euro !
    - Les monnaies alternatives, monnaies « privées » bitcoin, Euskos…la liberté monétaire interdite. 

    TV Libertés  (Site recommandé)

    http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2016/02/02/monnaie-et-pouvoir-la-monnaie-un-enjeu-geopolitique-5753669.html

  • Zoom - 2ème colloque eurasiste de Chișinău : L’anti-Davos

  • Vladimir Poutine remercie Donald Trump

    Il l’a remercié pour des informations transmises par la CIA qui ont permis d’éviter une attaque terroriste contre une cathédrale de Saint-Pétersbourg.

    Le président russe a précisé qu’une cellule terroriste préparant une attaque contre la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan de Saint-Pétersbourg avait été déjouée et ce grâce aux informations des services de renseignement américains transmises à la Russie. Un peu plus tôt, le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB) avait annoncé avoir arrêté plusieurs individus liés au groupe terroriste Daesh dans la seconde ville de Russie. Les extrémistes projetaient une série d’attaques dans des lieux publics, dont un attentat suicide dans la cathédrale.

    Michel Janva

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • Fernand Braudel : géopolitologue malgré lui

    NKUH_L1vbcCdGF1MCyk2wV84Tj0.jpgHéritier en ligne directe de l’École des Annales (Marc Bloch, Lucien Febvre), chef de file d’une “nouvelle histoire” centrée sur la longue durée et les structures du quotidien, Fernand Braudel (1902-1985) est l’historien de “la plus grande Méditerranée” et d’un capitalisme appréhendé comme un phénomène global (économique, politique et culturel) s’étendant sur cinq siècles à la quasi-totalité de la surface planétaire.

    Lecteur attentif de La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe Ilet de son autre grand livre, Civilisation matérielle, économie et capitalismeYves Lacoste le sacre “bon géographe” (1). La géographie étant un “savoir-penser-l’espace”, pour y agir efficacement, Y. Lacoste nomme “géographie fondamentale” cet outil de pouvoir vieux de trois mille ans. F. Braudel se trouve derechef sacré géopolitologue. Parce qu’il fait sienne une conception large de la géographicité (ce qui est digne d’intérêt géographique). Parce que sa géographie vise à saisir le mouvement. Parce qu’il pratique une approche multiscalaire des réalités spatiales.

    Une conception large de la géographicité

    L’école géographique française, dite vidalienne, prétendait fonder sa scientificité sur l’exclusion des phénomènes politiques et militaires de son champ d’étude. Ce modèle de géographicité a été théorisé par L. Febvre à partir d’une lecture partiale de l’œuvre de Vidal de La Blache. F. Braudel en est le contemporain mais son œuvre, analysée par Y. Lacoste, se distingue par la prise en compte d’une large gamme de phénomènes étudiés sous l’angle spatial. Outre les réalités physiques (reliefs, climats, mers et littoraux) et le peuplement (structures et dynamiques) du bassin méditerranéen, sont ainsi “géographisés” villes et axes de circulation, jeu des appareils de pouvoir (Cités-États et États territoriaux), civilisations, réseaux de foires et de comptoirs, flux de distances diverses (ravitaillement, épices, métaux et capitaux … ) et styles artistiques. F. Braudel prend donc soin de ne pas respecter le programme assigné par L. Febvre à la géographie : « le sol, non l’État, voilà ce que doit retenir le géographe ».

    Une géographie du mouvement

    La géographie dite vidalienne est une géographie des permanences et des répétitions, tournée vers le milieu “naturel” (largement anthropisé en fait). Bref, une géographie immobile. Inversement et comme le démontre Y. Lacoste, F. Braudel n’oublie pas la raison d’être de la géographie fondamentale : l’action hors du cadre spatial familier. Dans La Méditerranée… comme dans Civilisation matérielle…, il décrit et explique avec soin non seulement la transhumance entre plaines et montagnes, mais aussi les liaisons urbaines, les mouvements du grand commerce sur terre comme sur mer, ceux des flottes et des armées, la vitesse de propagation des nouvelles, et plus généralement les multiples flux reliant les aires centrales de “l’économie-monde” européenne (élargie aux Amériques) à leurs périphéries et le lent glissement des centres de puissance de la Méditerranée à l’Atlantique.

    Sa définition du “monde méditerranéen” révèle une conception dynamique de l’espace : borné par la géographie classique selon des critères bio-climatiques — la limite nord des oliviers et la limite sud des palmeraies — “l’espace-mouvement” méditerranéen s’élargit au Sahara et au Proche-Orient (là où arrive l’or soudanais) et à l’ensemble du continent européen, largement tourné vers la “mer blanche du milieu” (Ibn Khaldoun) jusqu’au milieu du XVIIe siècle encore. Prenant en compte l’ensemble des faits de circulation, la géographie braudélienne est une géographie de l’action, du mouvement et des rapports de puissance, évolutifs par définition. Ou plus simplement une géopolitique.

    Une approche multiscalaire des réalités spatiales

    Conformément au raisonnement géographique tel qu’Y. Lacoste l’a ensuite pratiqué et théorisé, F. Braudel prend soin de distinguer, dans son analyse du monde méditerranéen et des économies-mondes, différents niveaux d’analyse spatiale, du local au mondial. Cet aller-retour entre des situations et des processus correspondant à des étendues d’échelle différente lui permet de saisir, de manière globale et détaillée, son objet d’étude. Sa démarche est explicitement formulée : « Les forces sociales (…) ont leur géographie différentielle », écrit-il dans Civilisation matérielle… Ou encore : « On pourrait sans doute cartographier la façon dont les divers “ordres” de la société s’inscrivent dans l’espace, situer leur pôle, leurs zones centrales, leurs lignes de force. Chacun a son histoire propre, son domaine propre » (ibid.).

    F. Braudel prend en compte, comme cette dernière phrase l’indique, les intersections et interactions entre les différents phénomènes géographiques : « L’espace, source d’explication, met en cause à la fois toutes les réalités de l’histoire, toutes les parties prenantes de l’étendue : les États, les sociétés, les cultures, les économies (…). Et tous s’influencent réciproquement » (ibid.). Y. Lacoste voit. dans cette “géographie discriminatoire” l’équivalent spatial des différents niveaux de temporalité qui sont systématiquement distingués par F. Braudel dans ses études historiques (temps longs, temps courts et un temps intermédiaire entre les deux).

    En liant temps, espace et économie pour dresser l’histoire du monde méditerranéen et des économies-mondes européennes, F. Braudel fait donc œuvre de géographe et, partant, de géopolitologue. Y. Lacoste explique le “savoir-penser-l’espace” dont il fait preuve par sa vocation contrariée de géographe — F. Braudel voulait en 1923 préparer une thèse sur les frontières de la Lorraine ; Emmanuel de Martonne l’en a dissuadé, rétorquant que ce n’était pas de la géographie — et sa formation d’historien. D’emblée, il intègre les faits politiques et militaires à son champ d’étude, sans omettre leur dimension spatiale. Il n’en reste pas moins que le terme de géopolitique, à une exception près, n’est pas employé par F. Braudel. À ce “vocable trop allemand”, il préfère celui de “géohistoire”. Géopolitologue malgré lui ou géopolitologue honteux ?

    ► Louis Sorel, Vouloir n°137/141, 1997.

    Note :

    (1) Cf. Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II (deux tomes), Armand Colin, 1966 (thèse rédigée en captivité à Lubeck, soutenue en 1947 et éditée pour la première fois en 1947). Du même auteur, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVllle siècles (trois tomes), Armand Colin, 1967 (tome I) et 1979 (tomes Il et Ill). Y. Lacoste fait une lecture géopolitique de l’œuvre de F. Braudel dans Paysages politiques, Le Livre de Poche, 1990, p. 83-148. Nous le suivons ici pas-à-pas.

    Pour s’initier à la pensée-monde braudélienne : bibliographie indicative

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    Qu’est-ce qu’une “économie-monde” ?

    Pour Fernand Braudel, l’histoire de la modernité est celle de l’extension l’économie-monde européenne à la surface de la Terre, dilatation qui s’accompagne d’une succession de centres dominants. Une économie-monde, écrit-il, est « un morceau autonome de planète », soit un espace géographique dont les limites, mouvantes mais réelles, s’inscrivent dans la longue durée. Ce vaste espace est autocentré : au cœur, « là où les choses se passent », une aire de commandement ; le plus souvent, une ville-port, point de convergence et d’éclatement des flux qui structurent l’économie-monde.

    Autour de la ville-centre, une succession d’anneaux concentriques, les périphéries (espaces commandés), sur lesquels elle jette les fils de ses vastes réseaux. Entre Centre et périphéries, les “dénivellations énergétiques” (Jules Monnerot) sont marquées — inégalités de puissance, de pouvoir et de richesse — et les rapports s’ordonnent selon les règles d’une division du travail évolutive.

    L’histoire de l’économie-monde européenne est celle de ses décentrages et recentrages successifs. D’abord l’hégémonie de Venise, de 1350 environ à la fin du XVe siècle, puis vient Anvers, jusque 1550-1600. C’est ensuite le tour de Gênes, concurrencée par Amsterdam. À la fin du XVIIIe siècle, Londres prend l’avantage, avantage consolidé par l’issue des guerres napoléoniennes, et ce jusqu’aux années vingt à partir desquelles la primauté appartient à New York. Dans le prolongement de ses travaux, F. Braudel interprète la grande dépression amorcée en 1973 comme une de ces pulsations de l’histoire au cours desquelles l’espace économique mondial se recompose. Les centres de puissance de l’économie-monde planétaire glisseraient inéluctablement vers l’Océan Pacifique. Précisons que le discours selon lequel, après être passé d’une ère méditerranéenne à une ère atlantique, nous entrerions dans le “Siècle du Pacifique” est une vieille antienne. Sur ce point on se reportera à Hervé Coutau-Bégarie, Géostratégie du Pacifique, Institut Français des Relations lnternationales-Economica, 1987, p. 38-48. (LS)

    http://www.archiveseroe.eu/braudel-a134370846

  • L'Allemagne, la France et l'Eurasie

    Ex: http://www.europesolidaire.eu

    Dans une Allemagne ou Angela Merkel semble avoir perdu sa capacité à rassembler les différents partis politiques, il est intéressant de constater la montée en influence de Sigmar Gabriel, actuel ministre des Affaires Etrangères et membre influent du SPD, Parti social-démocrate (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Sigmar_Gabriel).

    Ceci est d'autant plus important que Sigmar Gabriel défend des perspectives très intéressantes dans le domaine international. Elles concernent tout autant la France que l'Allemagne. Ainsi, dans un discours-programme sur la politique étrangère, le 5 décembre, il paru prendre acte de la perte d'influence des Etats-Unis en Europe. Mais loin de la regretter, il s'est est quasiment réjoui. Il y voit une occasion pour l'Allemagne de réaffirmer ses ambitions géopolitiques. Il parlait devant des diplomates et experts de haut rang rassemblés dans le cadre du Forum Berlinois sur la politique étrangère organisé par l'influente Fondation Körber 1).

    Certains pourraient craindre en France que le concept de Grande Allemagne qui était sous-jacent à son discours corresponde à celui d'Europe allemande. En effet, pour lui, il n'est pas question d'envisager d'une façon ou d'une autre le retrait de l'Union européenne. Cependant, même s'il ne l'a pas dit, obligé à la réserve diplomatique, il considère que l'Allemagne n'a rien à gagner dans l'Europe actuelle, largement au service des intérêts américains, tant économiques omni-présents à Bruxelles que politico-militaires fondamentalement anti-russes au sein de l'Otan.

    Par contre, si l'on peut dire les choses d'une façon un peu brutale que Sigmar Gabriel ne voudrait certainement exprimer officiellement, il ambitionne une Europe franco-allemande, ou plutôt alémano-française. Avec réalisme, il admet que si l'Allemagne dispose d'une puissance économique et financière infiniment supérieure à celle de la France, celle-ci aura longtemps, car ces choses ne s'improvisent pas, la supériorité d'une force armée polyvalente, de solides industries de défense et de capacités de déploiement incomparables dans un certain nombre de théâtres mondiaux.

    On peut penser qu'aujourd'hui Emmanuel Macron, par divers qualités que nous n'examineront pas ici, est beaucoup plus rassurant pour l'Allemagne que ses prédécesseurs. Macron lui-même avait déjà montré son attrait pour une Europe franco-allemande, mais le moins que l'on puisse dire est qu'Angela Merkel ne l'avait pas encouragé dans cette voie. Les ouvertures d'un Sigmar Gabriel, même si celui-ci ne dispose encore que de pouvoirs limités au sein de l'actuelle ou de la future Grande Coalition, ne pourront que l'intéresser.

    Une stratégie eurasiatique

    Au plan international, Sigmar Gabriel, dans son discours, s'est radicalement démarqué de ce que l'on pourrait appeler la stratégie américaine de ses prédécesseurs, visant à faire de l'Allemagne le meilleure élève d'une classe européenne dont Washington resterait toujours le magister. Il a expliqué, pour la première fois en Allemagne, dans une instance aussi influente que le Forum Berlinois, qu'il portait un intérêt considérable au grand projet de la Chine, dont nous avons souvent discuté ici, relatif à l'OBOR, “One Belt One Road” ou “nouvelle Route de la Soie”). Il y voit une initiative très prometteuse pour intégrer les politiques économiques, géopolitiques et géostratégiques des nombreux pays qui seront ainsi reliés.

    Certes la Chine, responsable de l'initiative, entend en rester le moteur, mais en aucun cas elle ne paraît viser à le faire à son seul profit, non plus qu'à celui de la Russie, son alliée indéfectible. Il a expliqué que «  Nous, en Occident, pourrions être à juste titre critiqués pour n'avoir conçu aucune stratégie comparable ». Il semble y voir, non seulement pour l'Allemagne, mais pour une Europe alémano-française, une occasion irremplaçable permettant de s'intégrer à la construction d'un grand ensemble eurasiatique en gestation. Celui-ci deviendrait sans discussions la première puissance mondiale à tous égards – peut-être la seule puissance capable d'assurer la survie du monde face aux multiples crises qui se préparent.

    Il serait inadmissible que la France ne voit pas les enjeux et tarde encore, comme elle le fait actuellement, à rejoindre le grand ensemble eurasiatique qui se mettra d'autant plus vite en place qu'une Allemagne sous la direction d'un Sigmar Gabriel, déciderait sans attendre d'en exploiter les opportunités.

    1) Voir
    https://www.deutschland.de/fr/topic/politique/forum-berli...
    https://www.koerber-stiftung.de/en/berlin-foreign-policy-...

  • Conférence: la « vague populiste » en Europe centrale

    Logo

    L’INSTITUT DE LA DÉMOCRATIE ET DE LA COOPÉRATION 

    vous invite à sa conférence de fin d’année sur

    La « vague populiste » en Europe centrale 

    (Allemagne, Autriche, République tchèque).

    Interviendront:

    • Professeur Peter Bachmaier, président de l’Association Autriche-Biélorussie, Vienne
    • Pierre Lévy, rédacteur en chef de « Ruptures »

    mardi 19 décembre 2017, à 18h30 au 63bis rue de Varenne, Paris 7e 

    La conférence sera présidée par Natalia NAROTCHNITSKAÏA, présidente de l’IDC. 

    Inscriptions:  idc@idc-europe.org / 01 40 62 91 00

    Paula Corbulon

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html