Université d'été de la F.A.C.E. (Lourmarin, Provence)
Samedi 29 juillet 1995 (matinée)
Définir la subsidiarité
(intervention de Robert Steuckers)
Lors de notre visite au Professeur Gianfranco Miglio, fin avril 1995, celui-ci nous a confié qu'il considérait le terme “subsidiarité” comme un mot ambigu, qui désignait une délégation de pouvoir pouvant conduire à une confiscation des pouvoirs par l'instance centrale (en l'occurence appelée “fédérale”). Pour Gianfranco Miglio, mieux vaut parler de fédéralisme, lequel, selon Châteaubriand, est la forme étatique des peuples germaniques.
On reparle beaucoup de subsidiarité dans le processus d'unification européenne. Lors de la rédaction du Traité de Maastricht, les juristes allemands ont insisté pour que soit inscrit en toutes lettres le terme de “subsidiarité”. Mais dans le texte de ce traité, le terme est ambigu sur cinq points au moins, nous signalent bon nombre d'observateurs :
1. a) Il peut être interprété comme une arme contre les tendances trop accentuées vers le centralisme (reproche adressé surtout à la Commission) ou b) comme un instrument pour retourner à l'Etat-Nation conventionnel (Thatcher).
2. Signifie-t-il une (re)distribution ou une répartition des compétences en exercice ?
3. S'agit-il d'un transfert de compétences strictement réglementé ou d'une auto-limitation volontaire de la part des pouvoirs publics nationaux ? Ou encore d'un principe vague qui veut avertir le citoyen des risques d'empiètement émanant des instances centrales ?
4. Comment mesurer la qualité ou l'intensité du transfert des compétences ?
5. Où se trouve aujourd'hui le principe de subsidiarité dans le discours politique, dans les textes constitutionnels, dans la pratique quotidienne du droit ?
Origine du terme “subsidiarité”
Le terme “subsidiarité”, expliquent les historiens du droit, fait partie d'une “triade catholique” (personnalité, solidarité, subsidiarité). Mais les théoriciens majeurs de la subsidiarité, les pères fondateurs du concept, sont protestants :
1. Johann Althusius (longtemps oublié dans les manuels d'histoire des idées politiques et juridiques).
2. Otto von Gierke (un sociologue et juriste allemand du XIXième siècle qui redécouvrira Althusius en 1880, juste avant le sociologue Tönnies, théoricien de la “communauté”).
Johann Althusius (1557-1638)
Ce fondateur de la science politique organique allemande écrit et est lu au début du XVIIième siècle. Ses doctrines constituent l'antithèse de la dominante idéologique de l'époque, soit l'absolutisme théorisé par Bodin. La notion cardinale dans l'œuvre d'Althusius est celle de Gemeinwille (“volonté commune”), ancrée dans le peuple, perçu et défini comme “organisierter Volkskörper” (corporéité populaire organisée).
Otto von Gierke
Ce sera Otto von Gierke qui redécouvrira Althusius dans les années 1880. Qui est Otto von Gierke? Un théoricien allemand du “Droit des Genossenschaften” (compagnonnages). Pour Althusius au XVIIième et Otto von Gierke au XIXième, la politique est Konsoziation et Konkordanz (concorde, ou “sympathie”, unisson des cœurs). Le fédéralisme et la subsidiarité d'Althusius et d'Otto von Gierke sont un ancrage profond dans le tissu social concret. Cet ancrage permet d'échapper à l'hyper-simplification de l'absolutisme, propre des monarchies déclinantes, et du centralisme (de Philippe II à Richelieu et de Louis XIV à la Révolution). L'accent mis sur les “compagnonnages” et la “communauté” implique un refus de la stricte séparation de la politique et du marché, césure imposée par le libéralisme. Le fédéralisme actuel (USA, Australie, Canada et même la RFA) n'est qu'une variante du centralisme: il s'agit d'un compromis qui s'oriente toujours vers une consolidation du niveau central. Aux Etats-Unis, les “états” reçoivent la permission du niveau fédéral d'exercer des compétences (des phénomènes analogues s'observent en RFA voire en Suisse). L'objectif de toute centralisation est: que tous doivent finir par vivre selon le même modèle économique; que les communautés villageoises, claniques ou familiales doivent s'adapter à des règles édictées d'“en-haut”; que les entreprises doivent se conformer à des modèles venus également du “sommet”. Le haut ne délègue au bas que ce qui n'est pas jugé important. La compétence n'est jamais qu'octroyée.
Le Traité de Maastricht et le cas français
Althusius se place résolument en porte-à-faux, vis-à-vis de cette mentalité absolutiste et centraliste. Dans son esprit, la subsidiarité sert à façonner le concorde, à souder les communautés, à consolider le tissu social. Elle doit dès lors atteindre trois objectifs, si on la (re)place dans le contexte actuel de l'Union Européenne :
1. Susciter chez tous la promptitude à l'aide mutuelle, dans les limites imposées par les budgets respectifs des communautés locales ou professionnelles. Donc la subsidiarité ne saurait être un prétexte à l'isolationnisme comme l'imaginait Madame Thatcher.
2. Comme il y a ancrage de toute souveraineté dans le Volkskörper (la “corporéité folcique”), les Etats de l'Union Européenne (c'est-à-dire les Etats qui ont la qualité de membre) ne peuvent agir - ou leur action n'est valide dans l'esprit d'un droit qui serait entièrement déterminé par la subsidiarité - que s'ils représentent réellement les multiples éléments de ce Volkskörper. Il faut donc qu'il y ait représentation des provinces, communes et associations diverses (les Verbände). Les représentants des divers États ne pourraient exercer leurs fonctions que s'ils ont l'aval des éléments divers du Volkskörper (“corporéité folcique”).
3. Il faut prévoir la représentation de toutes les communautés au sein même des Etats. Aujourd'hui, la RFA, la Belgique et l'Espagne sont en règle, du moins sur le plan de l'organisation et de la représentation de leurs minorités. Celles-ci y sont protégées et représentées au sein d'assemblées qui leur sont propres. Les langues minoritaires sont pleinement reconnues comme langues nationales ou comme langues administratives locales. Ce n'est pas tout-à-fait le cas en Italie où l'allemand, le slovène, l'albanais et le grec ne sont pas reconnus ni leurs locuteurs représentés dans des assemblées autonomes et homogènes. Ce n'est certainement pas le cas de la France - qui est le cas le plus scandaleux et le plus inadmissible pour les ressortissants des communautés flamande ou germanophone de Belgique - où l'allemand, le néerlandais, le basque, le corse ou le breton n'ont pas droit de cité et où la communauté germanophone d'Alsace et de Lorraine thioise ainsi que la communauté neérlandaise du Westhoek ne disposent pas d'un parlement autonome à l'instar des communautés germanophone de Belgique ou danoise et sorabe d'Allemagne.
À Bruxelles et à Berlin, bon nombre de juristes et de constitutionnalistes estiment dès lors que la France n'est pas un Etat de droit démocratique, puisqu'elle n'accorde pas la réciprocité à ses ressortissants de souche flamande ou allemande et, par le truchement de ses préfets (non élus!!!!), fait interdire des initiatives culturelles flamandes en Flandre, telles des radios libres ou des messes chantées en dialecte (et expulse manu militari les prêtres de nationalité belge qui ont chanté dans un idiome qui avait l'heur de ne pas plaire au préfet!). En théorie, au fur et à mesure que l'Union Européenne prendra corps, et à condition que les juristes et les ministères belges sortent de leur torpeur et se décident à faire vivre réellement les principes d'autonomie à tous niveaux qui ont toujours été revendiqués par nos populations et leurs élites, les tribunaux belges et allemands pourraient parfaitement s'octroyer un jour le droit de juger tout fonctionnaire français qui écornerait les droits naturels et inaliénables des germanophones ou des néerlandophones vivant sur le territoire français, dans des pays qui sont historiquement leurs. Le non respect du Traité de Maastricht et des accords de Schengen laisse augurer le pire pour ces minorités: il est temps que soit organisée en Europe, à l'échelle européenne, leur défense contre toutes les formes d'arbitraire qu'ils subissent et qui sont contraires aux conventions des droits de l'homme signées par tous les Etats européens. Et tant pis pour les Etats parjures !
Monistes, dualistes, pluralistes
Mais revenons à l'histoire du principe de subsidiarité. Althusius a mis en forme le débat intitutionnel qui a suivi la Nuit de la Saint-Barthélémy (1572). Celui prend forme, chez les adversaires de la subsidiarité et de la subsistance des “corps intermédiaires”, dans un ouvrage capital de Jean Bodin, publié en 1576 et intitulé Six livres de la République. Le titre de cet ouvrage est déjà très révélateur en soi: le terme “république” est utilisé au singulier, alors qu'au départ, en langue latine, on parlait toujours des res publicae au pluriel, des choses publiques, soulignant par là même qu'elles étaient diverses et assez souvent contradictoires. Bodin voulait concentrer la souveraineté dans les seules mains du monarque, comme la République, après avoir fait décapiter le roi, a voulu tout centraliser à outrance. Il y a donc une parfaite continuité entre l'Ancien Régime et la République en France.
Pour Jean Bodin, la crise des guerres de religions réclame une solution moniste, c'est-à-dire une concentration du pouvoir dans une instance centrale, en l'occurrence le monarque. Dans la pratique, ce “monisme” implique la suppression de tous les “pouvoirs intermédiaires”, ce qui transforme les Etats en simples relais administratifs. Et quand Bodin parle de “tolérance”, alors qu'il rédige des manuels d'inquisition (!!), il envisage simplement de séparer la religion des affaires de l'Etat.
Face au “monisme” de Bodin, nous trouvons les partisans de la “solution dualiste” ou “monarchomaques”, qui considèrent que le monarque ET le peuple sont également responsables du bon fonctionnement de l'appareil étatique et des bonnes mœurs. Devant Dieu, le peuple, dépositaire de ses droits ancestraux, les délègue au monarque, tout en conservant un droit de résistance face aux abus éventuels du roi. Le monarque, lui, doit simplement promettre de ne pas abuser. Dans cette perspective dualiste, seul le monarque dispose d'un droit originel. Le peuple, lui, n'a qu'un droit de résistance, tout théorique puisqu'il ne dispose pas de forces armées autonomes.
Face aux monistes et aux dualistes, nous avons la solution pluraliste et fédéraliste, proposée par Althusius. Celui-ci élabore son système dans le contexte d'un Reich allemand affaibli, mais qui a toujours été régi par des logiques du pluriel (pluralité institutionnelle, pluralité ethnique, pluralité linguistique, etc.). Althusius perçoit différemment la dualité peuple/monarque. Pour Althusius, le peuple peut reprendre ses droits et le monarque y renoncer. Entre les différentes composantes du peuple s'instaure une multitude de pactes sociaux, permettant un contrôle effectif. Le pacte social, pour Althusius, est un contrat de gouvernement, comme chez Hobbes, mais, chez ce dernier, le contrat n'implique nullement une communication sociale. Hobbes introduit la domination (la coercition) pour échapper à la guerre civile. Le peuple, chez lui, délègue ses droits naturels une fois pour toutes. Hobbes n'envisage pas à proprement parler une rupture définitive du dialogue entre le monarque et le peuple, mais, dans ses réflexions, il met l'accent sur l'autorité absolue qui forme un barrage nécessaire à l'anarchie de la guerre civile ou du dissensus permanent, provoquant l'impossibilité de gouverner.
Une optique symbiotique
Althusius se place dans une optique “symbiotique”. Il évoque un “partenariat horizontal” entre les communautés et les corps (risque: permanence des conflits d'intérêt; incapacité à discerner l'essentiel). Le monarque n'exerce que des pouvoirs qui lui ont été explicitement reconnus. La stabilité consiste donc à déléguer le moins de pouvoirs possibles au monarque. Aucune force locale ne peut être étouffée: elles doivent toutes rester disponibles pour construire la “socialité”. Chez Althusius, il n'y a pas juxtaposition du pouvoir et du peuple. Le pouvoir ne sert qu'à promouvoir les énergies du peuple. Le principe, c'est que le peuple, leg de l'histoire et de la culture, a toujours la priorité dans ses variances et ses évolutions, par rapport à la machine étatique et à l'administration. L’État n'est, ne peut être, qu'un instrument au service du peuple.
Dans la pensée d'Althusius, les communautés sont de trois ordres :
1. Elles sont publiques et territorialisées, comme les provinces et les villes.
2. Elles sont privées, nécessaires, volontaires, comme les états (les Stände) ou les guildes (les corporations, les associations professionnelles).
3. Elles sont privées et naturelles, comme les familles.
En tenant compte des ressorts qui animent toutes ces formes de communauté, Althusius procède à un élargissement maximal du politique, où il n'y a plus de séparation entre l'individu et l'Etat, ni de séparation entre le public et le privé. Si la politique est exclusivement déterminée d'en haut, comme dans le système de Bodin qui élimine les “corps intermédiaires”, nous n'avons plus, dans la société, que des individus complètement atomisés et des instances collectives, figées et coercitives. En revanche, si la politique est déterminée par le bas, c'est-à-dire par la pluralité que constitue la “corporéité folcique”, comme dans le système symbiotique suggéré par Althusius, il n'y a pas d'individus non imbriqués dans une structure de participation. Il y a dès lors “communautarisation permanente”, interaction constante entre groupes.
En conclusion, les solutions monistes et dualistes sont rigides. Elles refusent de tenir compte des variations incessantes à l'œuvre dans la société ou la “corporéité folcique”. Il arrive toujours un moment où elles entrent en “déphasage”. Dans la solution pluraliste, les communautés du Volkskörper sont en interaction constante. Voilà pourquoi elle est un modèle aujourd'hui, comme le laisse sous-entendre Edouard Goldsmith, dans sa vision à la fois contestatrice, écologique et conservatrice, ou Joël de Rosnay dans son ouvrage L'homme symbiotique (Seuil, 1995). Si les systèmes monistes avancent l'aequalitas, où tous sont sommés de devenir identiques, pareils, sans déterminations originales ou circonstances différenciantes, les systèmes pluralistes avancent l'aequabilitas, où tous ont droit à un traitement égal, à de l'aide, à de la sollicitude de la part de la communauté, pour ce qu'ils sont, dans toutes les différences qu'ils incarnent, recèlent, réellement ou virtuellement.
La subsidiarité est donc un projet social qui permet de sortir :
- de la logique totalitaire (Bodin/Hobbes);
- de la logique des contrats hypersimplifiés;
- de la logique individualiste.
Mais dans le Traité de Maastricht, rien de bien précis n'est dit quant au passage à un droit subsidiaire. Les textes du Traité ne sont pas clairs quant au rôle des régions et du Conseil Consultatif des Régions. Rien n'est dit quant à la responsabilité des Etats et nous assistons à un accroissement constant des compétences de la Commission. Dans ce contexte, le lobbying s'exerce en faveur des grands consortiums et non pas en faveur des petites communautés.
D'où, au-delà des siècles, Althusius nous lègue une pensée instrumentalisable, dont la fonction est à la fois critique et constructive. Mais le contexte actuel est peu favorable à ce corpus doctrinal pluraliste. La tradition communautaire a été refoulée en Occident au profit de l'individualisme libéral, considéré comme le “seul scientifique”. Mais les problèmes s'accumulent, notamment au niveau écologique. Locke et Rousseau ont épuisé leurs potentialités. Mais non pas Althusius, von Gierke, Tönnies et Perroux. Le véhicule pour repropulser cet idéal communautaire dans le débat intellectuel et politique aurait pu être les partis verts. Hélas, ils se sont laissés complètement oblitérés par des gauches finalement fidèles aux logiques coercitives de Bodin et des Jacobins, sous prétexte que ces logiques étaient révolutionnaires et donc “progressistes”. Les écologistes indépendants en Allemagne, autour de Strelow, les biorégionalistes américains, autour de Kirpatrick Sale, ont perçu cette dérive des Verts belges et français, qui restent prisonniers d'une vieille alternative, désormais dépourvue de toute pertinence: Locke (qu'ils rejettent) ou Rousseau (dont ils épousent sans nuance toutes les contradictions).
Nous sommes effectivement dans l'impasse. Raison pour laquelle notre organisation réagit et compte agir par le biais d'associations représentant le tissu social réel, le tissu social de base.
Robert STEUCKERS. http://robertsteuckers.blogspot.com/
Sources :
- Helmut LECHELER, Das Subsidiaritätsprinzip. Strukturprinzip einer europäischen Union, Duncker & Humblot, Berlin, 1993.
- Alois RIKLIN, Gerard BATLINER (Hrsg.), Subsidiarität. Ein interdisziplinäres Symposium, Nomos Verlagsgesellschaft, Baden-Baden, 1994.
- Matthias SCHULZ, Regionalismus und die Gestaltung Europas, Kraemer, Hamburg, 1993.
géopolitique - Page 988
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Définir la subsidiarité
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L’intervention militaire française au Mali vise-t-elle à assurer les intérêts d’Areva ?
Les soldats français vont-ils risquer leur vie au Mali pour « la France » ? Pour empêcher « l’islamisation » de la région ? Pour défendre la « conditions des femmes et de la liberté d’expression », comme l’indiquait Bernard Kouchner sur BFMTV ce samedi, ou pour qu’Areva puisse obtenir les droits d’exploitation d’une mine d’uranium de 5’000 tonnes dans le sud-ouest du pays qu’elle convoite depuis de nombreuses années ?
L’intervention française, baptisée « Opération Serval », du nom d’un félin africain, a été décidée après que les islamistes d’Ansar Edine ait pris plusieurs positions dans le sud du pays, notamment la région de Komma, et menaçaient de prendre la capitale Bamako, et donc d’avoir un contrôle total du pays.
Une situation qui posait un problème à la France, non pas pour les raisons « humanitaire » si chères à Bernard Kouchner et autres BHL, mais plus vraisemblablement parce que la société Areva, groupe industriel français spécialisé dans les métiers du nucléaire, en particulier l’extraction de minerai d’uranium, bataille depuis plusieurs années pour obtenir l’exploitation de quelques 5’000 tonnes de minerai qui se trouvent à Faléa, une commune de 21 villages et 17’000 habitants, située dans une région isolée à 350 kilomètres de Bamako.
L’histoire de l’exploration du sous-sol de la région de Faléa ne date pas d’hier : dans les années 1970, déjà, la Cogema (l’ancien nom d’Areva) et le Bureau de Recherche Géologique Minière en collaboration avec la société d’Etat malienne (SONAREM) avaient effectué travaux de prospection. L’exploitation n’avait pas semblé rentable à l’époque, notamment du fait de l’enclavement de la zone, des problèmes d’accès à l’eau et de l’énergie nécessaire au fonctionnement de la mine. Depuis, le contexte mondial a changé et c’est désormais une véritable « colonisation minière » qui se joue au Mali.
Depuis 2005, la société canadienne Rockgate a été mandatée par le gouvernement malien afin d’effectuer des forages et recherches à Faléa. Rockgate a produit en 2010 un rapport préliminaire, qui a ensuite été complété par Golder Associates, une société internationale de « conseils dans les domaines connexes de l’énergie » qui indique « que le Mali offre un environnement de classe mondiale pour l’exploitation d’uranium ».
Depuis 2011, Rockgate a mandaté l’entreprise française Foraco, basée à Marseille et cotée en bourse à Toronto, pour l’aider dans l’expansion des explorations et forages à Faléa.
La France semble donc bien engagée sur le dossier de l’uranium malien. D’ailleurs, son ambassadeur, Christian Rouyer, déclarait il y a quelques mois « qu’Areva sera le futur exploitant de la mine d’uranium à Faléa. »
De là à penser que l’intervention militaire française au Mali vise principalement à protéger les intérêts d’Areva, il n’y a qu’un pas.
Spencer Delane, pour Mecanopolis
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Le « plan de paix » de l’ONU pour la Syrie est une supercherie
L’ « ambassadeur de la paix » des Nations Unie (ONU) Lakhdar Brahimi tente de négocier une transition gouvernementale avant les prochaines élections en Syrie. Non seulement les efforts de Brahimi sont vains, ils sont aussi totalement hypocrites. Proposer un « gouvernement transitoire » au beau milieu de ce qui constitue en réalité une invasion étrangère, financée, armée et ouvertement perpétuée par des intérêts étrangers, viole à la fois la souveraineté de la Syrie et la propre charte fondatrice de l’ONU.
C’est comme si un envoyé de l’ONU visitait la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale et proposait un gouvernement transitoire en pleine invasion nazie. L’ONU serait de toute évidence un facilitateur de l’injustice, non pas un médiateur pour la paix.
Le Los Angeles Times rapporte ceci dans son article « Lakhdar Brahimi s’efforce de raviver le plan de paix pour la Syrie » :
« L’ambassadeur de la paix Lakhdar Brahimi a fait une nouvelle avancée jeudi pour amener les représentants syriens et les rebelles à négocier, visant à raviver un plan favorisant un gouvernement transitoire et la tenue d’élections, lequel avait échoué en raison de désaccords sur l’avenir du président Bachar Al-Assad. »
L’ONU n’a pas du tout réussi à discerner l’opposition légitime en Syrie des bandes de terroristes armés vagabonds commettant des atrocités à grande échelle contre le peuple syrien, nombre d’entre eux non originaires de Syrie, tous armés par les États-Unis, l’OTAN et leurs alliés régionaux incluant Israël, l’Arabie Saoudite et le Qatar dans le cadre d’un plan de longue date pour procéder à un changement de régime à la fois en Syrie et en Iran. La presse occidentale n’appuie pas seulement les tentatives hypocrites de l’ONU, elle s’est acharnée à délégitimer toute opposition en Syrie refusant de prendre les armes ou s’opposant à une intervention étrangère.
Alors que le Los Angeles Times tente de présenter le plan de l’ONU comme étant raisonnable et le président syrien Bachar Al-Assad et la Russie comme seuls obstacles à la paix, ce plan constitue en fait encore une autre tentative de dépeindre le conflit comme une lutte politique au lieu de l’invasion étrangère qu’il est réellement.
La Syrie est envahie par des terroristes étrangers
Les « rebelles » armés que l’ONU refuse de condamner comprennent des combattants étrangers d’Al-Qaïda, incluant des organisations terroristes internationales figurant sur les listes du département d’État des États-Unis, des Nations Unies et du département de l’Intérieur du Royaume-Uni, soit le Groupe islamique combattant libyen (GICL), Al-Nosra, également connu sous le nom d’Al-Qaïda en Irak et des extrémistes des Frères musulmans syriens. Les pays occidentaux ne négocieraient avec aucune de ces factions terroristes, si d’une façon ou d’une autre, leurs armes se détournaient de la Syrie pour viser l’Occident. Pourtant, l’Occident exige non seulement que la Syrie les reconnaisse et qu’elle négocie avec eux, mais aussi qu’on les laisse régner sur tout le pays.
En novembre 2011, dans l’article « Un dirigeant islamiste libyen a rencontré l’Armée syrienne libre, un groupe d’opposition » le Telegraph rapportait :
Abdelhakim Belhadj, dirigeant du Conseil militaire de Tripoli et ancien chef du Groupe islamique combattant libyen a « rencontré des dirigeants de l’Armée syrienne libre à Istanbul et à la frontière turque », a déclaré un représentant militaire travaillant avec Mr. Belhadj. Il a été envoyé par Moustapha Abdel Jalil (le président libyen intérimaire).
« Les nouveaux dirigeants libyens offrent des armes aux rebelles syriens », un autre article du Telegraph, admettait :
The Daily Telegraph a appris que les rebelles syriens ont tenu des pourparlers secrets avec les nouvelles autorités libyennes vendredi dans le but d’obtenir des armes et de l’argent pour leur insurrection contre le régime du président Bachar Al-Assad.
À la réunion qui s’est tenue à Istanbul et où se trouvaient des représentants turcs, les Syriens ont demandé de l’« aide » aux représentants libyens, se sont fait offrir des armes et peut-être des volontaires.
« Un plan est mis en œuvre pour envoyer des armes et même des combattants libyens en Syrie » a affirmé une source libyenne ayant requis l’anonymat. « Une intervention militaire est en cours. Vous verrez dans quelques semaines. »
Plus tard ce mois-là, on rapportait qu’environ 600 terroristes libyens étaient entrés en Syrie afin de commencer des opérations de combat. Le journaliste de CNN Ivan Watson a accompagné des terroristes au-delà de la frontière turco-syrienne et à Alep. En juillet 2012, CNN révélait qu’effectivement, des combattants étrangers, surtout des Libyens, se trouvaient parmi les militants.
Entre-temps, des résidents du village où les Faucons syriens avaient établi leur quartier général ont dit que des combattants de plusieurs nationalités nord-africaines servaient également dans les rangs de la brigade. Un combattant volontaire libyen a par ailleurs déclaré à CNN qu’il compte voyager de la Turquie vers la Syrie dans les prochains jours afin d’ajouter un « peloton » de combattants libyens au mouvement armé.
Mercredi, l’équipe de CNN a rencontré un combattant libyen qui avait quitté la Turquie et s’était rendu en Syrie avec quatre autres libyens. Le combattant portait une tenue de camouflage et avait un fusil Kalashnikov. Il a dit que d’autres combattants libyens étaient en route.
Certains combattants étrangers sont clairement attirés parce qu’ils voient cela comme […] un djihad. C’est donc un aimant pour les djihadistes qui voient cela comme une lutte pour les musulmans sunnites.
En somme, la Syrie est envahie depuis presqu’un an par des terroristes libyens. De plus, immédiatement après que les États-Unis aient reconnu leur propre « coalition d’opposants » triée sur le volet comme les « représentants du peuple syrien », son chef, Moaz Al-Khatib, a tout de suite exigé que les États-Unis lèvent les sanctions contre l’organisation terroriste d’Al-Qaïda, Al-Nosra.
« Il faut réviser la décision de considérer un groupe luttant contre le régime comme un groupe terroriste. Nous pouvons être en désaccord avec certains groupes, leurs idées et leur vision politique et idéologique, mais nous affirmons que toutes les armes à feu des rebelles servent à renverser le régime criminel et tyrannique. »
L’Occident refuse non seulement de reconnaître que la Syrie est confrontée au terrorisme étranger et intérieur, il participe aussi activement à l’armement, au financement et à l’hébergement en lieu sûr de ces factions terroristes. La Turquie, membre de l’OTAN, est un complice direct de l’agression extraterritoriale de la Libye, qu’elle facilite en accueillant les combattants libyens à l’intérieur de ses frontières, tout en coordonnant leur armement, leur financement et leur logistique lorsqu’ils traversent la frontière turco-syrienne. La CIA des États-Unis facilite également l’invasion libyenne de la Syrie le long des frontières turques.
En juin 2012, dans son article « La C.I.A. aiderait à acheminer des armes à l’opposition syrienne », le New York Times (NYT) a concédé que « des officiers de la CIA opèrent en secret au sud de la Turquie » et acheminent des armes, dont « des armes semi-automatiques, des grenades propulsées par fusée, des munitions et quelques armes antichars ». Le New York Times insinue que la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar sont les principaux fournisseurs d’armes alors que la CIA coordonne la logistique.

Image: Les « amis de la Syrie » comprennent de nombreux conspirateurs mentionnés dans le reportage exhaustif de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection ». La violence en Syrie n’est pas le résultat d’un soulèvement du peuple syrien porteur d’« aspirations politiques », mais plutôt celui de la conspiration et de la machination d’une élite mondiale ayant prémédité il y a longtemps la destruction de la Syrie pour son propre programme géopolitique global.
La politique étasunienne envers la Syrie remonte aussi loin qu’à 2007, où les représentants des États-Unis ont admis qu’ils planifiaient le renversement du gouvernement syrien à l’aide d’extrémistes sectaires étrangers et en utilisant des pays comme l’Arabie Saoudite pour acheminer des armes et du financement, surtout pour maintenir l’illusion qu’ils n’étaient pas impliqués.
Le long reportage de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection », publié dans le New Yorker en 2007 expose les plans étasuniens visant à utiliser des moyens clandestins pour renverser le gouvernement syrien dans le cadre d’une action plus vaste ayant pour but de miner et détruire l’Iran. « Le renforcement de groupes extrémistes sunnites épousant une vision militante de l’islam, hostiles aux États-Unis et sympathisants d’Al-Qaïda, sont un sous-produit de ces activités », écrit Hersh.
Al-Nosra est ouvertement affilié à Al-Qaïda. Dire que le GICL est « sympathisant d’Al-Qaïda » serait toutefois trompeur : le GICL, c’est Al-Qaïda.
Selon le rapport du West Point Combating Terrorism Center de l’armée étasunienne, « Les combattants étrangers d’Al-Qaïda en Irak », le GICL a fusionné en 2007 avec l’organisation terroriste créée par les États-Unis et l’Arabie Saoudite.
L’apparent essor de recrues libyennes se rendant en Irak pourrait être lié à la coopération accrue entre le Groupe islamique combattant libyen et Al-Qaïda, laquelle a atteint son point culminant le 3 novembre 2007 lorsque le GICL s’est officiellement joint à Al-Qaïda. (page 9, .pdf)
Hersh poursuit son reportage en déclarant « le gouvernement saoudien, avec l’approbation de Washington, fournirait des fonds et de l’aide logistique afin d’affaiblir le président syrien Bachar Al-Assad ». Cela comprenait l’offre de milliards de dollars à des factions pro-saoudiennes au Liban soutenant des groupes militants qui traversent maintenant la frontière libano-syrienne pour rejoindre leurs homologues libyens.
La conspiration élaborée, mise à exécution en 2007 et décrite par Seymour Hersh citant une myriade de sources étasuniennes, saoudiennes et libanaises, se déroule de toute évidence devant nos yeux. Cette conspiration n’était pas fondée sur des considérations humanitaires ou la « démocratie », mais plutôt sur les intérêts mutuels des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie Saoudite, et consistant à renverser les gouvernements de pays souverains vus comme des menaces à leur influence collective extraterritoriale à travers la région.
En ne reconnaissant pas une conspiration documentée, fomentée par des intérêts étrangers et visant à faire tomber violemment le gouvernement de la Syrie (et éventuellement de l’Iran) l’ONU démontre une fois de plus qu’elle est un instrument servant des intérêts spécifiques. Sa tentative de négocier un « plan de paix » avec des terroristes étrangers envahissant la Syrie en tant que mandataires des puissances occidentales est dépourvue de toute légitimité. Le gouvernement syrien et ses alliés doivent redoubler d’efforts pour présenter le conflit pour ce qu’il est, une invasion, et réclamer l’appui et la patience de la communauté internationale alors que la Syrie confronte et met en échec ces envahisseurs étrangers et les intérêts étrangers qui les arment et les guident.
Lakhdar Brahimi, tout comme Kofi Annan avant lui, ne fait que gagner du temps pour le discours chancelant de l’Occident. La Syrie et ses alliés doivent finalement le laisser s’écrouler afin que le véritable sauvetage de la Syrie puisse avoir lieu, par des opérations de sécurité antiterroristes dans tout le pays et la confrontation diplomatique des intérêts étrangers soutenant le terrorisme à l’intérieur et autour de la Syrie.
Tony Cartalucci Mondialisation.ca
Le 28 décembre 2012
Le blog de Tony Cartalucci : Land Destroyer
Article original : The United Nations Syria “Peace Plan” is a Fraud
Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca
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Pourquoi le Québec, l’Écosse, la Flandre et la Catalogne ne seraient-ils pas indépendants…
C’est quand même Charles de Gaulle (ex-président français) qui s’est exclamé le 24 juillet 1967 à l’hôtel de ville de Montréal : « Vive le Québec libre ! »C’est aussi la communauté internationale qui a immédiatement reconnu l’indépendance du Monténégro après le référendum de mai 2006 et cela, selon le principe de l’autodétermination des peuples à disposer d’eux-mêmes.Que l’on se rappelle aussi en France du référendum le 8 février 1962 qui accorda l’indépendance à l’Algérie…Quant au Kosovo, partie de la Serbie depuis le XIIème siècle, il s’est proclamé unilatéralement indépendant le 17 février 2008 et a été légitimé par plusieurs États de l’Union européenne, dont la France, et par de nombreux autres États comme les USA.Ce pays, de 11.000 km2 et de 2,2 millions d’habitants aurait-il plus d’influence ou de poids économique que la Catalogne (32.000 km2 et 7,3 millions d’habitants), que la Flandre (13.000 km2 et 6,7 millions d’habitants) ou que le Québec (1.600.000 km2 et 8 millions d’habitants).Et ne parlons pas du PIB par habitant ! Kosovo = 2.700€ ; Monténégro = 3.000€ ; Malte = 20.000€ ; Québec = 26.000€ ; Ecosse = 28.000€ ; Catalogne = 31.000€ ; Flandre = 33.000€.Pourquoi encore refuser aux uns ce que l’on a accordé aux autres ?Ces régions qui aspirent à leur autonomie totale seraient-elles vouées aux abîmes si elles proclamaient leur souveraineté ?Est-ce que la désolation, la récession et les faillites ravageraient ces contrées dès leur indépendance ?Pourra-t-on encore longtemps affirmer que l’Écosse, la Catalogne, la Flandre ou le Québec n’ont aucune raison de se séparer d’un État centralisateur et omnipotent ? Que ces nations auraient moins de justification d’exister que des pays comme Malte, la Slovénie, la Macédoine ou le Monténégro ?Assez d’hypocrisie : les Flamands, les Écossais, les Québécois et les Catalans méritent eux aussi leur souveraineté !
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Le président biélorusse défend Bachar al-Assad et met l'Europe en garde
Le président biélorusse défend Bachar al-Assad et met l’Europe en garde :
Le président Loukachenko à l’adresse des dirigeants occidentaux : "Vous paierez cher ce que vous faites en Syrie"....
Le président biélorusse défend Bachar al-Assad... par revolutionary-soul -
Les paras français se déploient au Mali
Un groupement de la 11e Division parachutiste (11e DP) s’est déployé près de Mopti, dans la ville de Sévaré (640 km au nord de Bamako). Cela préfigure une opération plus vaste qui devrait se dérouler dans les heures et les jours à venir. Paris a reçu le soutien des capitales africaines de la région, mais aussi de Washington, Moscou et Pékin, pour mener à bien cette opération destinée à éradiquer les groupes jihadistes armés, en appui de l’armée malienne.
Le gouvernement français avait donné son accord ce vendredi 11 janvier à l’aide militaire réclamée par le Mali, menacé par une offensive menée par les groupes islamistes armés (Ansar Dine…) qui occupent le nord du pays. François Hollande a précisé que la France ne s’engagera que « dans le cadre des résolutions de l’ONU » en Afrique. Paris a d’ores et déjà demandé aux ressortissants français « dont la présence n’est pas indispensable au Mali » de « quitter provisoirement le pays » en raison de « la forte dégradation de la situation sécuritaire ».
Selon des sources anglophones, des éléments appartenant au 2e Régiment étranger de parachutistes (2e REP) auraient été déployés (voir ici et surtout ici).
Parallèlement, des avions militaires Hercule C-130 transportant des armes et des soldats étaient arrivés jeudi à Sévaré (centre du Mali), où l’armée malienne dispose d’un poste de commandement opérationnel et qui est proche de Konna, la localité prise le même jour par des islamistes.
En appui à ce dispositif au sol, la France dispose d’avions à Ndjamena (Tchad), des Mirage F1CR et 2000 D (voir ici), qui peuvent être engagés en quelques heures. Il y aurait déjà eu plusieurs missions de reconnaissance aérienne et des frappes sur certaines positions tenues par les islamistes. Selon des médias francophones africains, « deux hélicoptères français (1), initialement basés au Burkina Faso voisin ont attaqué les positions des islamistes permettant à l’armée malienne au sol de reprendre progressivement des positions délaissées dans l’après-midi au profit des islamistes » (voir ici). Selon la même source, « l’armée française est entrée en action dans la nuit de jeudi à vendredi à Konna et Douentza, villes situées dans le centre du Mali, sur la ligne de front qui oppose l’armée du pays et les islamistes. »
De plus, plusieurs détachements dépendant du commandement des opérations spéciales (13e RDP…) seraient déjà en opération sur zone dans des missions de reconnaissance et d’évaluation des capacités éventuelles de l’adversaire.
Sévaré est à moins de 60 kilomètres par la route de la ville de Konna, désormais entre les mains des bandes armées jihadistes. Les forces françaises font face à un millier de combattants disposant d’une centaine de 4x4 armés. Les unités françaises opèrent conjointement avec des éléments des forces nigériennes (CEDEAO) et maliennes.
Selon divers observateurs occidentaux, cette opération pourrait s’amplifier et durer plusieurs mois.
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L’option militaire laisse Washington sceptique
Une intervention militaire visant à déloger les groupes salafistes du Nord-Mali doit être avant tout africaine, selon le général américain Carter Ham. Le patron d’Africom, qui s’exprimait le 14 novembre dans les locaux de l’ambassade des États-Unis à Paris, considère qu’une telle opération doit être « pensée, conduite et exécutée » par les Africains.Lire la suite sur La lettre du continent
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Notes :
(1) Il pourrait s’agir de Gazelle SA-341 armés de canons de 20 mm. Fin septembre 2011, de sources concordantes de l’armée burkinabé, au moins deux hélicoptères Gazelle avaient été acheminés en pièces détachées par l’armée française au Burkina Faso (source).
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Syrie : l'ouragan se rapproche
Alors que le conflit en Syrie entre dans son vingt-deuxième mois, rien ne bouge toujours sur le plan diplomatique, mais les gesticulations militaires extérieures s'accentuent.
Au large des côtes syriennes, la Russie est en train de procéder au renforcement de sa flotte et, sur la frontière turque, les États-Unis déploient un système de missiles ultra-performant.
Le 13 décembre, le secrétaire américain à la Défense, Léon Panetta, a annoncé que l'armée américaine déployait six batteries de missiles sol-air Patriot PAC-3 ; une arme redoutable. Pour armer ces batteries, les Allemands dépêcheront 400 soldats, les Américains autant (à moins qu'ils ne soient déjà en place, via leur base aérienne d'Incirlik à l'extrême est de la Turquie, non loin des frontières irakienne et syrienne) et les Néerlandais, 360. Ces trois pays sont les seuls à posséder au sein de l'Alliance Atlantique de tels missiles, capables d'intercepter des missiles balistiques tactiques ou de croisière, mais aussi des avions.
Rappelons que les Pays-Bas avaient déjà déployé des Patriot en Turquie en 1991 et 2003 lors des deux guerres du Golfe. Le déploiement est décidé sous le prétexte de « défendre » la Turquie contre une éventuelle attaque syrienne. Il constitue, en fait, une escalade significative de la politique guerrière américaine. Les systèmes de missiles peuvent être utilisés à la fois contre des avions de combat et des missiles, afin d'assurer une couverture aérienne aux forces d'opposition ou d'établir une zone dite « d'exclusion aérienne » le long de la frontière, deux éléments précurseurs d'une action militaire directe.
La décision est intervenue quelques jours seulement après une réunion de la Conférence internationale des amis du peuple syrien à Marrakech, lors de laquelle les principales puissances, dont les États-Unis, ont officiellement donné leur bénédiction à la « Coalition nationale de la révolution syrienne et des forces d'opposition ». Ce groupuscule a été bricolé if y a un mois seulement par le gouvernement Obama dans le but d'être sacré gouvernement officiel.
Si le régime d'Assad venait à tomber, selon le vœu des Américains et de leurs alliés, cela représenterait une cuisante défaite pour l'Iran, la Chine et, surtout, pour la Russie. La Syrie « anti-impérialiste » est un verrou qui, d'une certaine façon, protège l'accès à ces pays qui sont encerclés aujourd'hui par de multiples bases militaires américaines.
Alors que les États Unis accentuent leur pression, la Russie procède à la relève de sa petite flotte de guerre qui croise au large des côtes syriennes. Le patrouilleur Iaroslav Moudryi, les navires de débarquement Kaliningrad et Alexandre Chabaline, le remorqueur SB-921 et le navire de ravitaillement Lena ont quitté leur port d'attache de Baltiïsk en mer Baltique à destination de la Méditerranée. La Russie a démenti les informations selon lesquelles elle utilise ces navires pour acheminer des armes. Selon certains, Poutine se préparerait à évacuer ses ressortissants de Syrie à un moment où les forces du régime multiplient les bombardements des banlieues rebelles près de Damas et d'Alep. Va-t-il lâcher Assad ou contrer Obama ?
Les Russes, défenseurs de facto des chrétiens d'Orient
Moscou ne se bat pas pour la Syrie, ni même pour, coûte que coûte, garder une base dans la région. Comme tous les États, elle lutte pour le pouvoir, le prestige, c'est-à-dire pour continuer à être perçu comme une force qui compte, à l'extérieur, mais aussi à l'intérieur, notamment au Caucase menacé d'islamisation. Car après la Syrie, les terroristes accentueront sans nul doute leur pression du côté de la Tchétchénie. La position russe n'est comprise ni dans le monde arabe, ni en Occident. Au début, elle a été interprétée comme purement mercantile. Il se disait que le régime de Bachar El Assad était un bon client pour l'industrie militaire russe qui, dépitée de la perte de ses marchés en Iran, en Libye et ailleurs, aurait fait des pieds et des mains pour garder son dernier débouché.
Mais la Russie entend aussi exercer son rôle traditionnel de protecteur des chrétiens orthodoxes du Levant et en particulier de Syrie, où ils constituent la majorité des chrétiens locaux. Le patriarcat orthodoxe russe, dont l'influence sur Vladimir Poutine est notoire, exerce, dit-on, d'intenses pressions à ce sujet. Cela compte pour les autorités russe, même si en Occident ceux qui nous gouvernent souffrent d'amnésie civilisationnelle. De plus, environ 5 000 citoyens russes résident officiellement en Syrie, mais le ministère des Affaires étrangères russe évalue leur nombre réel à plus de 25 000 personnes, comptant les conjoints de citoyens syriens et leurs enfants...
Les Russes savent très bien que la mise à l’écart et, a fortiori, l'exil d'Assad, signifierait la démoralisation des forces loyalistes et la désagrégation immédiate de la Syrie. Et ruinerait donc vingt mois de stratégie diplomatique russe, sans parler d'incalculables dommages en terme d'influence et de prestige pour le Kremlin. La Russie redeviendrait, comme l'était l’URSS avant 1990 - mais en pire, puisque ayant perdu ses glacis d'Europe orientale et d'Asie Centrale -, un pays stratégiquement isolé et encerclé par l'alliance atlantique sur son flanc ouest et par une mosaïque d’États islamistes alliés pervers de l'Occident sur son flanc sud. Poutine n’est pas homme à se laisser enfermer dans ses frontières. Aussi est-on en droit de penser qu'il va assurer à son client syrien un approvisionnement en armes et continuer de lui assurer l’assistance logistique requise. Dans cette configuration d’une Russie droite dans ses bottes, les assauts des insurgés islamistes continueront d'être repoussés, mais pour combien de temps encore ?
Henri Malfilatre monde & vie 26 décembre 2012Lien permanent Catégories : actualité, anti-national, géopolitique, insécurité, international, lobby 0 commentaire -
DE MOINS EN MOINS D'URSS ET DE PLUS EN PLUS D'OTAN ! 2008
La cartographie, au même titre que les chiffres, est le plus souvent aveugle et neutre. Et là, cartes et chiffres, objectivement, le sont, lorsque concernant l'OTAN, puisque disponibles sur le site internet de cette même organisation, à juste titre créée pour nous protéger du danger soviétique mais qui n'en finit plus d'étouffer l'Europe, la Russie_ voire le reste du monde_, alors même que le péril rouge n'est plus qu'un mauvais souvenir. Pourquoi, et surtout, pour qui ? Ou, pour être plus précis, dans l'intérêt de qui ?
Oui, pourquoi cette mécanique à l'envers? Lorsque l'on est menacé, il est logique et souhaitable que vos alliés vous protègent. Mais quand le péril diminue, un véritable allié ne devrait-il pas relâcher son amicale pression? Oui. Mais non. Sûrement parce qu'en politique, et en politique étrangère, surtout, il n'existe pas plus d'amis que d'ennemis ; seulement des intérêts, comme disait jadis Louis XIV, en une phrase peut-être apocryphe, mais qui mériterait de ne plus l'être. Cette amicale pression devient donc de plus en plus pressante et de moins en moins amicale. Logique: l'époque étant de plus en plus cynique, il convient de la faire passer avec des arguments de plus en plus sentimentaux. Du genre de ceux de cet immense couillon de droite vous donnant illico envie de virer à gauche :
Michel Sardou : « Si les Ricains n'étaient pas là, nous serions tous en Germanie », chanson inepte, sortie en mai 68, contre laquelle des gauchistes encore plus hébétés ont jugé bon de manifester. François Mitterrand était autrement plus intelligent. Antigaulliste de toujours, il a néanmoins su poursuivre ce qu'il y avait de meilleur dans la politique du Général, dès le 10 mai 1981. C'est-à-dire: assurer à Ronald Reagan, alors locataire de la Maison blanche, que ses quatre ministres communistes de l'époque n'étaient que fantoches et que la France disposait d'une taupe au plus haut niveau des instances dirigeantes du Kremlin, dont même la puissante CIA ignorait jusqu'à l'existence, nom de code "Farewell" . Puis, dès 1987, alors que le Mur de Berlin n'a plus que deux ans à vivre, assurer aux hommes de la DST et de la DGSE qu'une nouvelle guerre a commencé: celle, économique et politique, que les Américains nous menaient en sourdine depuis longtemps, mais qui allait bientôt passer à la vitesse supérieure. Mitterrand, malgré son étiquette de "socialiste", était donc plus gaulliste - ou patriote, si l'on admet que les deux épithètes puissent éventuellement être synonymes -, que son actuel successeur, gaulliste certes proclamé, mais laquais de ce pays dans lequel « il se sent si bien chez lui », pour reprendre ses propres "termes : Sarkozy.
Revenons-en à cette éloquente cartographie. Les bases de l'OTAN, autrefois cantonnées à l'Europe de l'Ouest - France non comprise, rappelons-le -, n'en finissent plus de grignoter à l'Est. Mieux qu'une partie d'échecs, il s'agit là d'un jeu de go. Embrasser l'adversaire pour mieux l'étouffer, la sainte Russie, en l'occurrence. Les pays Baltes qui basculent, la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie, la Bulgarie; même la Pologne, qui préfère acheter des avions américains plutôt que français ou européens. Ne parlons même pas de l'Ukraine ou de l'Afghanistan. Ce ne sont plus des bases, mais des métastases... Et quand, élégance diplomatique oblige, l'OTAN ne peut plus apparaître sous simple pavillon de complaisance, elle reprend le véritable intitulé de sa raison sociale: "US Base", « Fight For Freedom », « Guerre Against The Terrorisme », « Jesus On Our Side », équivalent yankee du teuton « Gatt Mit Uns» ou du mahométan « Allah Akhbar », et toutes ces choses... Du coup, c'est le monde arabe, l'Indonésie, première nation musulmane du monde et cette Chine, sortant juste du coma communiste, qui se retrouvent, tel le lapin dans le collet du braconnier. L'Inde, dans la foulée, est dans la ligne de mire : elle doit être indépendante, mais pas trop. Souveraine, mais pas plus que ça. Même le Japon, devenu allié obligé, après deux bombes atomiques larguées - une seule aurait bien suffi à faire capituler l'empereur Hiro-Hito -, commence à râler contre la présence de ces bases US censées protéger le pays du Soleil Levant. La Guerre froide continue d'avoir bon dos.
Simple exercice de pure spéculation : et si les données de ce grand jeu planétaire étaient inversées, que dirions-nous? Imaginons que l'armée algérienne campe au Vatican - car, pour les musulmans, l'Arabie Saoudite est un grand Vatican: il peut y avoir des églises dans les Emirats, mais pas dans le royaume wahhabite, tout comme il peut y avoir mosquée et synagogue à Rome, mais pas sur les terres du successeur de saint Pierre. Imaginons encore que l'Europe, de Brest jusqu'aux Balkans, soit truffée de bases syriennes, libyennes et marocaines.
Que les Jordaniens campent aux abords de la Russie, que les Yéménites fassent de même à ceux de la Chine. Et que les Égyptiens tiennent militairement Amérique centrale et du Sud sous tutelle militaire. Ou que la soldatesque tunisienne campe en plein Texas. Oui, que dirait-on? Assez logiquement, que les Arabes et les musulmans sont un danger planétaire, surtout s'ils avaient, tels les USA, refusé de signer tout protocole visant à protéger notre Terre commune, ce Jardin, par Dieu légué. Tel n'est pas véritablement le cas, loin s'en faut. Donc, qui sont les adversaires? Les "adversaires", pas les ennemis, car cela tendrait à poser, en préambule, qu'il puisse exister des peuples "gentils" et des peuples "méchants", alors que la science politique bien comprise ne consiste qu'à seulement s'en prendre aux gouvernements qui les dirigent. D'où cette dernière question, pour finir : où sont les intérêts de la France et de l'Europe? Qui soutient la Chrétienté, telle la corde le futur supplicié ? Sûrement pas celui qui s'acharne à défendre ceux qui n'en finissent plus de nous envahir. Soit le premier des Français, en la circonstance, qui voudrait tant nous faire confondre nos enjeux nationaux à nous et ses intérêts personnels à lui. A la longue, écrire et réécrire son nom devient fatigant. Allez... Nicolas Sarkozy. A lui comparé, Georges Marchais, c'était Honoré d'Estienne d'Orves, C'est dire dans quelle abîme nous sommes. . .
Béatrice PEREIRE : National Hebdo du 24 au 30 avril 2008 -
De l'“intervention humanitaire" en Libye (2011)
Entretien avec le Prof. Dr. Vijay Prashad (Etats-Unis)
Le professeur Vijay Prashad est né et a grandi à Calcutta en Inde; Il est aujourd’hui le directeur du département des “Etudes internationales” au Trinity College d’Hartford, dans le Connecticut aux Etats-Unis. Il est l’auteur d’une histoire du tiers-monde, intitulée “The Darker Nations”. Il nous déclare: “Il aurait été bien embarrassant de faire passer Khadafi devant un tribunal”. Notre professeur d’origine indienne ne critique pas seulement l’attaque de l’OTAN contre le convoi qui transportait Khadafi mais aussi l’assassinat de l’ancien dictateur libyen.
Q.: Prof. Prashad, nous venons de lire le bilan que vous tirez des 42 ans de règne de Khadafi. Comment jugez-vous l’assassinat du Colonel et de son fils Moutassim ?
VP: La façon dont a été conduite l’attaque de l’OTAN contre le convoi, puis l’exécution de Khadafi, sont des faits particulièrement interpellants parce qu’ils sont en contradiction formelle avec les principes de l’ONU et de la Convention de Genève qui interdisent les exécutions perpétrées sans jugement. Philip Alston, qui fut jadis le porte-paroles de l’ONU, avait établi des critères très clairs, s’opposant aux assassinats délibérés ou aux meurtres “spontanés”. Je suis heureux d’apprendre que l’ONU fera enquête à propos de la mort de Khadafi, même si l’organisation ne pourra pas imposer des mesures sévères. Car elle enquêtera seulement sur l’espace-temps entre la capture de Khadafi et sa mort, et ne se penchera pas sur l’attaque aérienne contre le convoi qui le transportait, alors que ce convoi ne présentait aucun danger pour la vie de civils.
Q.: L’OTAN prétend le contraire : les véhicules auraient présenté un “danger considérable” pour la population civile...
VP: Vu la situation, cette affirmation est dépourvue de crédibilité. En quoi consistait donc le “danger considérable” ? Nous devrions recevoir plus de preuves et non pas seulement nous contenter de cette affirmation. Qui est de nature irresponsable. Les affirmations de ce genre ne peuvent en rien constituer les bases rationnelles d’une explication. Y a-t-il des preuves que le convoi attaquait des civils ? Comment l’oeil du ciel a-t-il pu le savoir ? Si l’on tient compte de la longue histoire des tentatives d’assassinat par voie aérienne — comme par exemple par le biais de drones — on ne peut déduire, dans le cas qui nous préoccupe, qu’il y avait un combat réellement engagé. L’affirmation de l’OTAN ne me convainc pas.
Q.: Dans l’ensemble, l’attaque de l’OTAN contre la Libye peut-elle être qualifiée d’ “intervention humanitaire” ?
VP: Si cela avait été une “intervention humanitaire”, au sens véritable du terme, l’OTAN aurait d’abord tenté d’amener les parties à une table de négociations pour chercher les bases d’une paix. Ensuite, l’OTAN aurait alors rapidement veillé à ouvrir des “corridors humanitaires” vers l’Egypte, la Tunisie, le Tchad et l’Algérie, pour permettre aux civils, coincés dans les villes assiégées, de fuir. Rien de cela n’a été fait. Dans le cas de la Libye, nous avons plutôt affaire à une forme guerrière d’“intervention humanitaire”. Elle parie sur une victoire militaire au lieu de parier sur un processus qui aboutirait à une solution pacifique du conflit. Car on voit désormais que la vengeance est à l’oeuvre et que sévissent des groupes armés dans tout le pays. C’est une terrible tragédie.
Q.: Y avait-il intérêt à faire taire Khadafi ?
VP: Très probablement. Khadafi aurait eu beaucoup de choses à dire. Par exemple sur l’étroite collaboration entre le MI5 britannique, la CIA et les services secrets égyptiens qui utilisaient les prisons libyennes pour pratiquer la torture. Et cela n’aurait été qu’une anecdote parmi de nombreux faits... Khadafi aurait eu pas mal de choses à raconter sur Berlusconi. Ou sur les puissances arabes du Golfe, qu’il haïssait, et qui le haïssaient encore davantage.
Q.: Dans votre livre, vous faites une distinction entre le Khadafi des premières décennies de son règne et le Khadafi ultérieur...
VP: Oui. Je pense qu’il y a eu, pour parler simple, deux Khadafi. Les Etats inféodés à l’OTAN cherchent à faire oublier que le Khadafi de ces dernières années a été une sorte de réformateur néo-libéral et un allié contre le terrorisme. Le Khadafi des premières décennies, entre 1969 et 1988, fut un homme d’Etat soucieux de créer des “biens sociaux” pour son peuple. La population s’est habituée à être gâtée. Mais quel avenir attend aujourd’hui la Libye, selon les propres paroles du secrétaire général de l’OTAN? Elle aura des dirigeants pro-occidentaux, qui lui offriront une fausse liberté politique et lui imposeront le néo-libéralisme, afin de fabriquer une sorte de Dubai en Méditerranée. N’est-ce pas là le but déclaré?
(entretien paru dans DNZ, Munich, n°45/2011).
R.Steuckers -
Guerres injustes et criminelles...Irak Inglourious bastards*
Qui ne se souvient des mots « mission accomplie » prononcés par le matamore (1) G.W. Bush depuis le porte-avions USS Abraham, le 1er mai 2003 au lendemain de la chute de Bagdad ? Si la mission était de renvoyer l'Irak à l'âge de pierre, d'y semer chaos et dévastation, et bien la mission est alors en effet pleinement accomplie !
TOUT CELA POUR QUOI ?
Aujourd'hui, huit ans et neuf mois après le début de l'Opération Iraqi Freedom (autrement nommée Choc et Effroi) les Américains ont achevé de se retirer d'Irak en traversant à l'aube du dimanche 18 décembre - presque à la sauvette - la frontière koweïtienne. Alors que reste-t-il de neuf années d'occupation ? Rien, si ce n'est une ambassade à la soviétique dans la zone verte, au cœur de Bagdad, avec ses 16 000 personnels qui y seront rattachés... un corps étranger sur une terre qui rejette avec dégoût et mépris ceux qui prétendaient les délivrer d'une odieuse dictature et leur apporter la démocratie et ses bienfaits.
Que reste-t-il de neuf années de bruit et de fureur ? Rien, si ce n'est des monceaux de cadavres et l'exaspération de haines inexistantes du temps de l'épouvantable dictature baasiste, nationale, socialiste et laïque. L'Amérique rappelle aujourd'hui ses troupes dans la honte et le déshonneur, lesquels ont éclaté dans l'ultime descente de la Bannière étoilée le 15 décembre, dans l'arrière-cour d'une zone aéroportuaire sécurisée... c'est le dos à un mur vaguement masqué par un filet de camouflage usagé que Léon Panetta, secrétaire américain à la Défense, a prononcé l'éloge funèbre d'une entreprise qui restera dans l'histoire comme une extraordinaire foirade achevée en apothéose avec le refus de Bagdad d'accorder une quelconque immunité aux soldats américains qui auraient été chargés de poursuivre la formation de l'armée indigène. C'est sur ce cinglant camouflet que le président Obama s'est en vérité résigné à signer le 21 octobre le retrait total des troupes... Désormais, ne subsistent plus de la formidable armée de 171 000 hommes et de leurs 505 bases que 157 soldats devant poursuivre la formation des officiers irakiens et un contingent de Marines pour la protection de l'ambassade !
Précisons que lors de cette pitoyable cérémonie d'adieux aux armes, ni le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki ni aucun autre ministre n'avait cru nécessaire de se déplacer, déléguant la représentation du gouvernement au seul le chef d'état-major de l'armée irakienne, le général Babaker Zebari. Quelle humiliation pour l'Amérique et pour l'Occident embarqué tout entier, volens nolens, dans la faillite de l'impérialisme mégalomaniaque et irresponsable des néoconservateurs judéo-protestants américains... À moins, bien entendu, que semer le chaos n'ait été le véritable objectif pour la faction de schizophrènes, ou de grands initiés, qui - tel l'emblématique Michael Leeden(2) - se font adeptes et chantres de la théorie du chaos constructif et ont trouvé dans l'Irak martyr, pour leur psychopathie messianique, un terrain d'expérience grandeur nature.
UN BILAN CONSTERNANT, OU PIRE, EFFRAYANT !
Un bilan consternant au regard des fleuves de sang versés et de l'infini cortège de misères et de douleurs. Un avis d'ailleurs assez largement partagé dans le camp des vainqueurs si l'on en croit les réflexions publiées par Le Figaro [16 décembre 2011] du colonel John Nagl, président du Center for a New American Security et proche du général David Petraeus, lui-même ancien commandant en chef des forces de l'Otan en Afghanistan et actuel patron de la Central Intelligence Agency… « Cela fait plus de vingt ans que nous nous battons en Irak si vous remontez à la première guerre du Golfe. Le prix payé dans ce pays par nos forces a été gigantesque, bien supérieur à tout ce que les militaires américains auraient pu imaginer. Nous avons mis à bas un dictateur qui était une menace pour la sécurité du monde, mais le prix payé pour organiser l'après-Saddam a été incommensurable... ». Ajoutons, un fiasco total !
Ceci étant, cet homme du sérail ne peut s'empêcher de se payer de mots lorsqu'il déclare - et semble (ou feint de) croire - que la Grande Amérique a « mis à bas un dictateur qui était une menace pour la sécurité du monde ». Une bien dérisoire menace après douze années de blocus, une armée dépenaillée et des pertes humaines - depuis février 1991 et avant mars 2003 - estimée au-delà du million par les organisations spécialisées des Nations unies que sont la FAO, l'UNICEF, l'OMS. Même si les chiffres produits ne sont pas vérités d'Évangiles, et même fortement minorés, ils donnent malgré tout la mesure de l'état de santé d'un pays déjà saigné à blanc en 2003 avant même le premier assaut. Que pouvait peser alors un pays de 23 millions d'habitants face au bloc démographique de quelque 400 millions d'âmes face à la coalition initiale associant les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie avec son gigantesque potentiel en terme de puissance militaire, économique et industrielle(3) ?
Au final, un bilan officiel corrigé et maquillé qui n'en demeure pas moins désastreux pour ces presque dix années de conflit : officiellement 4481 GI's morts, 32 000 blessés et mutilés, 802 milliards de $ évaporés en pure perte - pas pour tout le monde ! - et sans doute près de 600 000 Irakiens passés ad patres ou au fil de l'épée pour leur apprendre - une fois pour toutes - à vivre en bons démocrates(4) ! On pourra toujours dire que ce départ « la queue entre les jambes »(5) est un succès pour la présidence Obama puisque se promesse de rapatrier les guys aura été tenue... Oui mais à quel prix ? Reste le goût amer des mensonges éhontés relatifs aux armes de destruction massives ou à la complicité irakienne avec Al Qaïda, des tortures avilissantes infligées aux détenus sans jugement d'Abou Grahib - qualifiées de « mauvais traitements » dans les colonnes du Figaro - ou encore les Chasses du Comte Zaroff façon Blackwater (6)… une impressionnante série de meurtres et de viols perpétrés par l'armée et ses mercenaires - contractants - qui ne sont pas sans rappeler certains comportements qui accompagnèrent en 1944 l'avancée des "Libérateurs"...
Sans oublier l'exode des chrétiens d'Irak soumis à des persécutions inédites depuis l'avènement de l'islam, et contraints à chercher leur salut dans l'exil. Mais qui en a cure à Washington sachant que la majorité des 4 ou 500 000 chrétiens qui vivaient en Irak encore en 1991 [moins de 200 000 aujourd'hui] est composée de "papistes", c'est-à-dire d'Assyro-Chaldéens catholiques...
DE MORTELLES "ERREURS" ?
Des « erreurs qui ont altéré le prestige des États-Unis dans le monde arabe et leur influence mondiale » nous dit encore le quotidien de M. Dassault, et c'est peut dire... Car c'est tout l'héritage civilisationnel de l'Occident qui sort avili d'une guerre livrée pour le pétrole certes, mais plus encore pour assurer les arrières de l'État hébreu, lequel prétend ne pas devoir survivre hors d'une culture obsessionnelle du complexe obsidional de l'assiégé permanent.
À l'issue d'un calvaire de vingt et un ans, l'Irak s'apprête donc à assurer désormais seul sa sécurité, mais, comme disent les commentateurs, la capacité de ses forces armées à assurer la stabilité du pays pose question ! Car l'Irak, en dépit des 900 000 membres de ses forces de sécurité formés à grand frais, est loin d'être "pacifié" quoi qu'en dise Barack Obama qui parle à son endroit, certainement sans savoir, de "stabilité" ! Qu'attendre en effet d'un État majoritairement chiite dans l'actuel contexte de tension régionale et de désignation comme cibles de la Syrie et de l'Iran, lequel pays est également chiite, eu égard à la volonté affichée des mousquetaires occidentalistes [Royaume-Uni/France/Allemagne/États-Unis] d'en découdre avec la Syrie baasiste, socialiste et nationale ? À Bagdad, les signes avant-coureurs d'épuration - ou à tout le moins de règlements de comptes - se multiplient entre les forces régulières à majorité chiite et les milices sunnites notamment la Sahwa - le Réveil. Celle-ci, forte d'une dizaine de milliers d'hommes, a été constituée par le Pentagone vers la fin 2006 dans les zones tribales sunnites afin d'y contrer la montée en puissance des islamistes radicaux soutenus et armés par l'Arabie séoudite. Or, l'intention annoncée du Premier ministre Nouri al-Maliki de démanteler ces milices - devenues inutiles selon lui - est de fort mauvaise augure, d'autant que ces dernières semaines quelque 600 personnes soupçonnées d'appartenir à l'ex-Parti Baas ont été arrêtées !
ET UN AVENIR IMMÉDIAT PASSABLEMENT INQUIÉTANT
Sur le fond, les Américains laissent - faut-il dire abandonnent ? - un pays plongé dans une crise politique profonde avec la décision du bloc laïc Iraqiya de suspendre sa participation aux séances du Parlement. Cette formation politique - celle de l'ancien Premier ministre Iyad Allaoui - forme le second groupe parlementaire avec 82 députés contre 159 pour la coalition des partis religieux chiites de l'Alliance nationale. Aujourd'hui, Iraqiya dénonce sans ambages « l'exercice solitaire du pouvoir » de Nouri al-Maliki. Celui-ci a d'ailleurs demandé au Parlement de démettre son Vice-Premier ministre sunnite, Saleh Moutlak, appartenant à Iraqiya et accusé d'avoir appartenu au Baas ! Celui-ci ne s'est d'ailleurs pas gêné pour déclarer à la chaîne CNN que « Washington laisse maintenant l'Irak aux mains d'un dictateur pire que Saddam Hussein, qui ignore totalement le partage du pouvoir, contrôle étroitement les forces de sécurité et a fait procéder ces dernières semaines à plusieurs centaines d'arrestation » !
Pour ne pas conclure, disons que le retrait d'Irak intervient dans un contexte régional de plus en plus volatile, celui des soulèvements populaires et des velléités maintes fois annoncées au plus haut sommet des États, en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Israël par la bouche du président Pérès, de frapper l'Iran de façon préventive et sans exclure a priori l'emploi de l'arme nucléaire... Capacité de rétorsion ou assurance vieillesse que la « Communauté internationale » reproche vertement à Téhéran de vouloir acquérir ! En fin de compte, l'enjeu et l'issue véritable de la guerre d'Irak se situe à n'en pas douter en Syrie car sans changement de régime à Damas, l'axe irano-syro-libanais se maintiendra et alors, selon toute vraisemblance, l'Irak s'agglomérerait naturellement à un bloc chiite dominant la région. Une perspective et une hantise indicibles pour les pétromonarchies au premier rang desquelles l'Arabie séoudite et le Qatar qui savent que dans ce cas de figure leurs jours seraient comptés !
L.C. Rivarol du 23/12/2011 au 5/1/2012
* Inglourious Basterds 2009. Titre du film "culte" de Quentin Tarentino, douze fois oscarisé et awardisé trente-sept fois nommé et Palmé d'or en 2009 au Festival de Cannes pour ses descriptions de boucheries innommables, de sacrifices humains esthétisants. Titre qui comporte deux altérations orthographiques par rapport à l'écriture commune : lnglorious Bastards. Film de dément ou de démon (scènes voluptueuses de mutilations d'une rare obscénité dans la violence), montrant que l'histoire fantasmée supplante désormais l'histoire réelle... interdit aux moins de 12 ans en France où les préadolescents se trouvent ainsi légalement conditionnés précocement à la folie meurtrière, laquelle devrait un jour ou l'autre, sans doute, se retourner contre ses promoteurs... les mêmes qui en tirent gloire et fortune. Film qui constitue au demeurant un symptôme de dépérissement civilisationnel et de l'engloutissement de nos sociétés dans la démence collective, soit la déconstruction traumatique de l'imaginaire collectif - et partant du psychisme individuel - car il n'est pas ici seulement question d'un banal retour à la barbarie, mais d'un angoissant glissement vers les limbes de l'infrahumain.
1) C'est sous un calicot géant portant la mention « Mission accomplie » et barrant les superstructures du porte-avions nucléaire USS Abraham que le 43e président des États-Unis prononça le 1" mai 2003 un discours retentissant annonçant la fin en Irak des « opérations de combats majeures » mais non l'achèvement de « la guerre au terrorisme ».
2) Michael Ledeen, rédacteur de la néo-conservatrice National Review, fut le conseiller pour les affaires internationales de Karl Rove, éminence grise jusqu'à sa démission en 2007 du président G.W. Bush. Ledeen occupe la « chaire de la liberté » au sein du think tank American Enterprise Institue où il œuvre aux côtés de Richard Perle. Ancien collaborateur des services secrets américains, israéliens et italiens, son nom est associé à l'attentat qui fit en 1980,85 morts à la gare de Bologne dans le cadre de ce qui s'est appelé la « stratégie de la tension », laquelle visait à barrer la route du pouvoir au PCI. Il est également l'un des membres fondateurs du Jewish Institutefor National Security Affairs et consultant du cabinet de relations publiques Benador Associates, grands spécialistes du viol des foules par la propagande de masse.
3) Au total ce sont vingt nations qui se coaliseront successivement pour gérer la paix impossible d'Irak où la situation devient rapidement intenable. Notons que ni la France, ni le Canada, le plus proche allié des États-Unis, ne participeront à une guerre qu'ils peuvent a posteriori se féliciter d'avoir évitée... et à une occupation incomparablement plus coûteuse en vies humaines et en exactions de toutes sortes que ne l'aura jamais été l'occupation allemande en Europe de l'Ouest. Les échelles de classement dans la barbarie seraient décidément à revoir !
4) Selon les sources l'évaluation du nombre de victimes irakiennes varie de 1 à 10. Wikileaks s'appuyant sur ses interceptions de données militaires américaines fait état de 109 032 morts : 60 % des décès concerneraient des civils, soit 66 081 personnes. Quelque 23 984 insurgés, 15 196 membres des forces gouvernementales irakiennes et 3 771 autres membres de la coalition complètent ce sinistre tableau. En octobre 2006 cependant, la revue médicale britannique de renommée internationale, The Lancet, évaluait le nombre de morts irakiens dus à la guerre à 655 000. Celle-ci avait comparé les taux de mortalité dans les foyers interrogés en 2006 à des chiffres officiels de 2003. D'autres bilans font monter le nombre de morts au-delà du million, ainsi l'Institut de sondage britannique Opinion research était parvenu à évaluer le nombre de morts entre mars 2003 et août 2007. Remarquons que les pertes subies par les contractants, personnels civils armés, ne sont pas répertoriées.
5) Le 25 mars 2003, l'ancien inspecteur de la Commission d'enquête des Nations unies pour le désarmement, et ancien officier du corps des Marines, Scott Ritter, déclare sur l'antenne de la radio TSF : « Les États-Unis vont quitter l'Irak la queue entre les jambes, sur une défaite. [...] À chaque fois que nous affrontons les troupes irakiennes, nous pouvons gagner quelques batailles tactiques, comme nous l'avons fait pendant dix ans au Vietnam, mais nous ne serons pas capables de gagner cette guerre, qui est à mon avis perdue ». Jugement vérifié même si Ritter s'est trompé quant au calendrier de la débâcle. Ce "patriote", comme il aime à se présenter, eut le courage de révéler que, lorsqu'il œuvrait au sein de l'Unscom - United nations spécial commission dont il a démissionnée en 1998 voir supra -, il y œuvrait pour le compte conjoint de la CIA et du Mossad israélien.
6) À la fin du premier semestre 2009, le nombre de contractuels travaillant en Irak pour le compte du Pentagone est estimé à 132 610, soit l'équivalent en nombre de soldats américains déployés. Afin de faire la lumière sur les fraudes massives étant intervenues dans les contrats attribués par le Pentagone en Afghanistan et en Irak, un rapport officiel du 7 juin 2009 rédigé par une Commission bipartite - Commission on Wartime Contracting in Iraq and Afghanistan associant Démocrates et Républicains - avance le chiffre de 250 000 pour les personnels contractuels - mercenaires - présents sur les deux fronts. En Afghanistan, les 68 197 mercenaires sont aussi nombreux que les hommes sous l'uniforme ! Le recours au mercenariat ayant au demeurant été dopé par l'élection du Prix Nobel de la Paix, Barak Obama.
7. Si la violence est en baisse après le pic sanglant des années 2006 et 2007, les attentats, les exécutions sommaires et les enlèvements restent fréquents dans le pays : en novembre 2011,187 Irakiens, dont 112 civils, 42 policiers et 33 soldats ont trouvé la mort lors d'attaques ; le mois précédent ce sont 258 personnes qui avaient perdu la vie dans des circonstances analogues.
