Tout pouvoir dictatorial arrive par sa propagande à pervertir le langage, cette perversion ajoutant à la pression générale. La dictature du pouvoir écologiste ne se différencie pas des autres à cet égard. C'est ainsi que l'écofolie se manifeste ces jours-ci par la semaine du développement durable qui se déroule en France du premier au sept avril. Il y a beaucoup à dire sur la vogue de ces « semaines » ou de ces « journées » : ce sont surtout l'occasion d'innombrables parlottes et de fêtes adjacentes, qui se déroulent bien entendu avec l'argent du contribuable générant la ruine en conséquence.
Il faut dire et répéter, pour ceux qui ne le savent pas, que si le socialisme détruit toutes les industries ou les chasse ailleurs, il est une fabrication qu'il n'arrête pas et c'est la fabrication des phrases idiotes : nous avons à ce sujet des listes mémorables. Avec l'écofolie que nous connaissons, il se produit un autre phénomène : c'est la généralisation de véritables fables conduisant à la perversion du langage.
LE MOT « DURABLE »
Au premier rang des fables, se trouve en quelque sorte la fable suprême qui est l'usage et l'abus du mot « durable ».
Si l'on a échappé à l’illettrisme organisé officiellement par la prétendue éducation prétendue nationale, il est facile de savoir que l'adjectif « durable » désigne quelque chose qui est « de nature à durer longtemps, qui présente une certaine stabilité, une certaine résistance ». Tel est l'usage commun du vocable.
Cette conviction des honnêtes gens est tout à fait balayée par la logomachie officielle actuelle. Le terme « durable » s'attache désormais à ce que la secte des écolos accepte par ses décrets de désigner comme tel. Le décret est sans appel dès lors que des grands prêtres de la nouvelle religion ont rendu leur verdict ; parmi eux se trouvent Jean-Louis Borloo et Nicolas Hulot. Les décrets sont parfois surprenants et contradictoires. C'est ainsi que l'électricité est devenue une ennemie publique pour des raisons tout-à-fait incompréhensibles : la « fée électricité » qui avait aidé les hommes à vivre en mettant de la clarté dans l'obscurité sans se confier au hasard des chandelles se trouve bannie et condamnée.
La fable se reflète au niveau des gouvernements. Nous avons une dame, Madame Nathalie Kosciusko-Morizet, qui est ministre de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement et se désigne fièrement comme l'organisatrice de la fameuse semaine. La perversion du langage a fait son œuvre ; un des prédécesseurs de cette dame avait dit que son premier travail serait de savoir ce qu'est un « développement durable ». La dame en poste aujourd'hui ne semble plus avoir d'incertitudes, la coalition des intérêts et la naïveté générale étant passées par là. Il existe dans beaucoup d'autres pays des ministères semblables car serait trop triste de camper seule dans la fable. Remarquons d'ailleurs en passant que le terme même de développement a une signification tout à fait incertaine sur le plan économique dans la langue française telle qu'on la connaît ; l'ajout de l'adjectif « durable » ne fait qu'augmenter l'intensité de la fable et la perversion du langage.
Le business se baigne dans ces eaux troubles tout simplement parce que le public est tellement conditionné par la presse et les médias aux ordres que n'importe quel produit se vend mieux s'il est qualifié de « durable ». Si les gouvernements ont des ministres du développement durable, les grandes firmes s'engagent dans la même direction avec très souvent un directeur du développement durable (DDD pour les intimes) qui appartient au comité de direction. Les écoles s'y mettent et une école de commerce a ouvert une filière « gestion et développement durable » justement pour offrir une chance de décrocher un job dans la filière des DDD.
La firme Renault pour vanter une nouvelle gamme de voitures indique dans un grand journal : « le développement durable n'est pas une simple posture, c'est une nécessité pour préserver l'avenir de notre planète ». Nous pensions humblement qu'une voiture était un objet destiné à vous porter sans trop de danger en temps et en heure d'un lieu à un autre : la voici chargée d'assurer l'avenir de la planète !
L'ENVIRONNEMENT
A la suite de la fable suprême du « développement durable » se déclinent une foule d'autres expressions. Celle de « sauver la planète » est l'une d'entre elles et également l'invitation à être « eco-responsables ». Il nous est demandé maintenant d'être « eco-responsables » au bureau. Cela veut dire par exemple de réduire le nombre de pages d'un rapport en écrivant recto-verso ; également, il faut faire baisser le besoin de climatisation et, sans rire, une association propose dans le cadre de la vie professionnelle de développer les réunions téléphoniques ou les conférences Internet et également de privilégier le train à la voiture, toujours pour sauver la planète.
Le mot « environnement » est aussi l'un des nouveaux vocables. La constitution comporte une charte de l'environnement qui s'efforce d'une façon pathétique de définir l'indéfinissable. Telle quelle est, cette charte est surtout un moyen offert aux écolos d'étendre leur influence au nom du monopole de l'amour de la nature qu'ils se sont attribués.
Nous lisons : « les grands groupes s'éloignent parfois de leur métier pour promouvoir l'environnement ». Il est fort inquiétant pour les actionnaires grands, moyens ou modestes que de voir les grands groupes s'engager ainsi dans une promotion pour une sorte de fantôme.
Voici d'ailleurs que « la bourse se veut aussi de plus en plus éco responsable » et il y a des fonds « socialement responsables ». Le terme « socialement » s'ajoute à la panoplie. Dans la même ligne nous lisons que la finance investit « pour un monde meilleur ». Or vendre des produits ou services convenant à la clientèle semble la seule action pour un monde meilleur qu'un entrepreneur peut et doit engager, sans que les écolos interviennent en quoi que ce soit. Le bonus-malus écologique est un autre exemple célèbre de la perversion du langage ; qui peut vraiment prétendre que tel ou tel modèle de voiture est bon ou mauvais pour l'environnement, sinon ceux qui se saissisent du monopole abusif de la parole. Signalons le bilan carbone qui prétend mesurer les émissions de CO2 dont les personnes ou les groupes sont responsables. Ce CO2 est devenu aussi de son coté un ennemi public !
LE GESTE CITOYEN
Parmi les fables qui se répandent se trouve le qualificatif de « citoyen ». C'est faire un geste citoyen que d’éteindre l'électricité que nous retrouvons ici. Plus généralement et dans la foulée se trouvent les calculs « d'empreinte écologique ». Cela revient à exprimer la surface nécessaire pour qu'une personne ou un groupe n'épuise pas la planète. C'est ainsi que les prêtres de la nouvelle religion, voulant « mettre du sang à la une », ont démontré qu'il faudrait bientôt une deuxième planète, à cause de cette terrible empreinte.
Terminons par le conte assez désopilant des taxis verts et des taxis bleus. Si vous commandez à Paris un taxi vert, une voix suave vous dira que vous allez avoir un taxi vert car les taxis bleus participent à la lutte pour l'environnement. Soit. Un peu perplexe vous attendez votre taxi vert et vous voyez arrivez une mercédès tout noire. Dialogue avec le chauffeur : « Je m'attendais à une voiture de couleur verte » « Vous n'y êtes pas ; le point important est que mon taxi respecte l'environnement » « Fort bien. Mais que viennent faire les taxis bleus ? » « Cher Monsieur, c'est la maison-mère des taxis verts et leurs propres taxis sont différents! » On ne peut que conclure que la flotte immense des taxis bleus ne respecterait pas l'environnement. Nous savions bien, de toute façon, que le verdissement du langage n'a aucune importance et que personne ne pourra jamais savoir ce qu'est l'environnement. !
Michel de Poncins http://libeco.net/
France et politique française - Page 5042
-
L'ECOFOLIE ET LA PERVERSION DU LANGAGE
-
Revue de presse économique de Pierre Jovanovic
Émission diffusée sur Radio Ici et Maintenant le 30 janvier 2013
-
« Le mariage pour tous » Une supercherie linguistique doublée d’un mensonge
Dans le concert des arguments développés par les « pour » et les « anti » mariage gay, il est une voix qu’on n’a jamais entendue : celle de la langue française.
Au cours de mes 40 années d’enseignement (collège et lycée) en qualité de professeur de Lettres Classiques, j’ai toujours attaché une grande importance à la valeur des mots. Choisir le mot exact, le « polir sans cesse » comme disait Boileau, c’est à la fois s’assurer qu’il exprime parfaitement ce que l’on veut dire mais c’est aussi s’assurer que l’on sera bien compris de son auditoire.
La polémique que suscite le projet de loi sur le mariage gay offre un bel exemple de cette dilution de la pensée dans le brouillard d’une terminologie approximative. A force de triturer les mots dans tous les sens, les mots n’ont plus de sens et l’opinion déboussolée y perd son latin. Les slogans réducteurs répercutés par les médias ne font qu’entretenir la confusion au point qu’on a parfois l’impression d’avoir perdu le sens commun.
Prenons quelques exemples :
Premier exemple : La notion de « couple » homosexuel est-elle adaptée ? La réponse est non.
Si l’on se réfère à la terminologie du « Bon Usage », l’assemblage de deux éléments de même nature ne constitue pas un « couple » mais une « paire ». Ainsi, on dira une paire de ciseaux, une paire de lunettes et non un couple de ciseaux ou un couple de lunettes. Il en est de même pour les êtres vivants. Deux boeufs assemblés sous le même joug forment une paire de boeufs et non un couple de boeufs. Deux jumeaux de même sexe constituent une paire de jumeaux et non un couple de jumeaux. On pourrait multiplier les exemples.
La langue française nous indique clairement que la notion de « couple » repose sur un principe de différenciation et d’altérité. Le couple, c’est « un homme et une femme unis par des relations affectives, physiques » (Robert 2012). La prise en compte de la fin de la définition ne doit pas faire oublier le début. La distorsion sémantique à laquelle on s’adonne chaque fois qu’on évoque un « couple » homosexuel crée une confusion dommageable que rien ne peut justifier, pas même une évolution des moeurs. Il s’agit bien ici d’appeler un chat « un chat »
2ème exemple : qu’est-ce qu’un parent ?
La reconnaissance officielle du « couple » homosexuel entraîne nécessairement – tout le monde le sait - une modification du Code Civil. La disparition des mots « père » et « mère » au profit de la notion de « parent 1 » et « parent 2 » n’est en fait qu’une supercherie linguistique doublée d’un mensonge puisque le mot désigne étymologiquement les deux personnes (père et mère) qui conjointement sont à l’origine de toute naissance. En latin, le verbe parere veut dire « engendrer » pour le père, et « enfanter » pour la mère. Comment peut-on expliquer à un enfant que ce mot de « parent » (quel que soit son numéro) s’applique à une personne qui est totalement étrangère à sa naissance, un clandestin en quelque sorte ? La loi peut-elle cautionner ce mensonge ?
Ces deux exemples suffisent à démontrer que la terminologie avancée par les partisans de la loi n’est qu’un écran de fumée destiné à masquer une stratégie plus sournoise que les récentes manifestations viennent d’ailleurs de confirmer. Il semble en effet que les partisans du « mariage pour tous » se soient déjà engouffrés dans une brèche : l’incohérence du projet de loi :
Une incohérence interne à la loi : un « couple » homosexuel est par définition stérile. Il est donc logique que les homosexuels aient recours à des artifices s’ils veulent avoir des enfants. C’est le sens de leur revendication première : le droit à l’adoption, baptisé outrageusement « droit à l’enfant ». Le projet de loi prévoit cette disposition mais interdit la PMA (procréation médicalement assistée pour les femmes) et la GPA (gestation pour autrui pour les hommes c’est-à-dire le recours possible à une mère porteuse). Comment justifier cette contradiction alors que la loi du « mariage pour tous » est présentée comme une extension des droits ? Les récentes manifestations des partisans du mariage ont clairement démontré que les homosexuels entendaient s’appuyer sur cette contradiction pour pousser plus loin leurs exigences. Sur cette question, on note les premiers signes d’un fléchissement de la part des promoteurs de la loi. Le recours à la PMA, exclue dans un premier temps, pourrait faire l’objet d’un amendement présenté par les députés de la majorité. Cette concession, logique en elle-même, met à nu la vraie nature du débat. Le « mariage pour tous », présenté au départ comme l’objectif essentiel, apparaît de plus en plus clairement comme un simple point de passage, une étape transitoire pour obtenir « in fine » une égalité de droit pleine et entière avec les couples hétérosexuels stériles.
Comme le droit à l’adoption ne changera pas grand-chose à la situation des homosexuels, vu les réticences de la plupart des états à confier des enfants à des homosexuels, c’est bien sur la PMA et la GPA que se concentre toute la pression. Une fois acquis le droit à la PMA pour les femmes homosexuelles, comment interdire aux hommes, au nom de ce même principe d’égalité, d’avoir recours à la GPA ? Si c’était le cas, il y aurait là une discrimination incompréhensible, voire une injustice, tout à fait contraire à l’esprit même du projet de loi.
Le piège des slogans
Il est une autre supercherie linguistique qu’il convient de dénoncer et qui tient au discours même des homosexuels. Pendant longtemps, leur combat a été placé sous le signe du « droit à la différence », droit qui leur a été reconnu par l’ensemble de la communauté nationale avec la création du PACS. Aujourd’hui, le thème du « droit à la différence » a totalement disparu du glossaire homosexuel. Bizarre ! Ce virage à 180 degrés a quelque chose de surprenant et pourtant personne ne s’en étonne. Il est vrai que le slogan « le mariage pour tous » est plus rassurant et plus rassembleur que « le droit à la différence » jugé sans doute trop « clivant » pour employer un terme à la mode, un concept dépassé en tout cas que l’on range sans complexe au rayon des accessoires. Au contraire, « le mariage pour tous » sonne comme un appel à la fête, à la fusion universelle de toute l’humanité, un remake d’ « Embrassons-nous, Folleville », en somme une préfiguration du « paradis pour tous ». Qui peut résister à un tel programme ?
Malheureusement, cette vision édénique du mariage est en décalage complet avec la réalité des faits. Il est d’abord étrange que le PACS ait eu si peu de succès auprès de la communauté homosexuelle alors que cet aménagement de la législation était notamment prévu pour elle. Et si le mariage présente tant d’attraits, comment expliquer que tant d’hommes et de femmes, de la base jusqu’au sommet de l’Etat, choisissent l’union libre c’est-à-dire le non-mariage ?
Il est notable également que nombre d’homosexuels vivent leur vie le plus naturellement du monde sans réclamer nécessairement le passage devant Monsieur le Maire. Certains même s’étonnent de ce déchaînement médiatique sur une question qui leur est totalement étrangère.
Alors, au bout du compte, que penser de tout ce tapage, de tout ce galimatias ?
Pas grand chose, sinon que derrière ces acrobaties sémantiques ou stylistiques, il y a la volonté de nier une évidence.
La négation d’une évidence :
Quel que soit le mode de procréation choisi, la naissance d’un enfant est nécessairement le résultat de la rencontre de deux cellules, masculine et féminine. La différenciation sexuelle est constitutive de l’être humain, même si les choix de vie peuvent ensuite amener certains individus à la vivre différemment. De ce fait, on ne peut admettre qu’une simple évolution des moeurs soit un argument suffisant pour modifier le statut du couple et celui de la famille, tels qu’ils nous ont été transmis depuis les origines de notre civilisation. Les Romains eux-mêmes, qui pratiquaient librement et indifféremment les deux formes de sexualité, n’ont jamais songé à remettre en question ce mode d’organisation de la famille pour une raison très simple mais essentielle : cette structure de la cellule familiale est la seule à garantir la filiation. Grands législateurs (ne pas oublier au passage que notre Code Civil découle directement du Droit Romain), ils ont toujours tenu à préserver ce socle de l’organisation sociale. Quant à l’adoption, très courante à Rome, elle a toujours été soigneusement encadrée par tout un arsenal juridique de manière à préserver l’intégrité des liens du sang. De ce fait, l’adoption n’était juridiquement admise que dans le cadre d’une famille déjà constituée et sur le modèle du couple hétérosexuel.
Jamais deux sans trois :
Mais il y a plus grave : la stérilité naturelle du « couple homosexuel » induit nécessairement l’intervention d’un tiers de l’autre sexe pour le rendre fécond. Dès lors, l’accès à la PMA ou à la GPA (quelle que soit la procédure adoptée, c’est-à-dire avec ou sans rapport sexuel) conduit à s’interroger sur la nature de ce prétendu « couple » qui ne peut assurer à lui seul son désir d’enfant. Ce qui revient à dire que le contrat de mariage que signeraient deux personnes de même sexe inclut nécessairement l’intervention prévisible d’une troisième personne. Il ne s’agit donc plus d’un « couple » mais d’une « triade », une forme d’adultère biologique accepté et reconnu par la loi. Sans parler des inévitables dérives financières qu’entraînera nécessairement la recherche effrénée de donneurs et de mères porteuses. Dans certains pays, on assiste déjà à des combinaisons multiples où les homosexuels s’adjoignent - pour un temps ou pour longtemps et moyennant finances –
le concours d’une ou plusieurs personnes pour mener à bien leur projet. Nous sommes là devant le risque majeur d’une marchandisation de l’enfant et par extension de la vie humaine. L’embryon devient un objet de convoitise assimilable à n’importe quel produit de consommation. Dans un proche avenir, on peut même imaginer l’achat en pharmacie de paillettes de sperme ou d’ovules congelées qu’on pourrait se procurer aussi facilement que la pilule contraceptive ou le Viagra, le tout remboursé par la Sécurité Sociale, au nom de ce « droit à l’enfant » brandi comme un dogme par les partisans de la loi.
Au terme de cet argumentaire, une conclusion s’impose :
Le « mariage » pour quelques-uns est en fait une menace « pour tous » :
A l’évidence, l’adoption de ce projet de loi fait courir à notre société un danger d’autant plus grand qu’il est paré de toutes les vertus aux yeux du plus grand nombre. Pour employer le langage des internautes, c’est un dangereux « cheval de Troie » qu’on introduit dans la législation française. « Malheureux citoyens, quelle folie est la vôtre ! » s’écriait Laocon en voyant les Troyens disposés à introduire ce cheval maudit dans les murs de leur ville (Enéide, II, 42).
Abandonné sur la plage, ce cheval imaginé par Homère avait tous les attraits d’un cadeau des dieux. Les Troyens sont restés sourds à l’avertissement de Laocoon. Ils ont fait mieux. Pour faciliter l’entrée du cheval dans la ville, ils n’ont pas hésité à abattre une partie de leurs murailles.
On connaît la suite ! …
Il est vain d’imaginer qu’on puisse contenir toutes les dérives inhérentes au projet de loi tel qu’il est présenté aujourd’hui. C’est bien sur la notion même de « mariage pour tous » qu’il faut se battre et résister. Si cette digue saute, le risque de submersion est hors de tout contrôle.
Daniel Godard, Professeur de Lettres Classiques
Dans le cortège des partisans de la loi « le mariage pour tous », il y avait un slogan intéressant :
« UNE PAIRE DE MERES VAUT MIEUX QU’UN PERE DE MERDE »
Si l’on accepte de faire l’impasse sur le caractère outrancier et injurieux du propos, ce slogan est une aubaine !
Pour la première fois, l’union de deux femmes est reconnue comme une « paire » et non comme « un couple »
J’y vois la confirmation (involontaire) de mon analyse du mot « couple »
Les arguments en faveur du mariage homo s’effondrent d’un coup devant cette évidence.
Merci à celui ou à celle qui est à l’origine de ce slogan lumineux et providentiel ! -
LE CHOMAGE ENTRETENU PAR LE POUVOIR
Les nouvelles sur le front du chômage sont sinistres et le pouvoir ne cesse d'en gémir à juste titre ; il pleure en fait sur sa propre incapacité à mener le combat, celle-là venant hélas de son idéologie destructrice.
Nous donnerons peu de chiffres, ces derniers se trouvant dans les journaux et les médias. Le pays compte fin 2012 pas moins de 284 600 chômeurs de plus pour l'année et le total représente 10% de la population active. Il est utile de noter qu'une grande partie de cette population n'est pas sujette à la maladie : fonctionnaires et assimilés. Après les rectifications nécessaires, il serait possible que le vrai taux soit de 20 %.
Les plans sociaux se succèdent les uns après les autres. Un effet cumulatif se produit, les entreprises profitant de la panique pour fermer des sites.
L'exemple de l'automobile est frappant. Cette industrie, si riche d'emplois variés, est prise en ciseaux. D'une part se trouve la paupérisation, œuvre volontaire du gouvernement comme nous l'avons montré souvent dans ces flashs et de l'autre la cherté relative de la main d'oeuvre à cause de charges indues.
FLORAISON DE DISPOSITIFS
Dans ce désastre dont le pouvoir est l'auteur, celui-ci a deux comportements. Il galope de-ci de-là dès qu'un plan social se dessine et vient pleurer sur place en dépêchant un ou plusieurs ministres ; des promesses intenables, soit économiquement soit juridiquement, sont émises et, tout aussi tôt, il court ailleurs.
Son autre stratégie est d'inventer des dispositifs : ce mot qui devrait être banni de l'action publique, reflète la volonté des politiques de réparer les calamités dont ils sont si souvent les auteurs ; en général, le dispositif n'est qu'une usine à gaz de plus s'ajoutant à la galaxie d'usines à gaz préexistantes : voir les emplois d'avenir ou les contrats intergénérationnels. C'est pourtant, sur cette base que, par ignorance ou légèreté, le Président avait promis dans des vœux de terrasser la bête avant la fin de 2013. Le voici aujourd'hui contraint piteusement de faire du rétropédalage.
C'est en ce moment, le mardi 22 février, que la Cour des comptes lance un rapport assassin sur les aides publiques en faveur du marché du travail, à savoir justement ces dispositifs. Ces aides représentent 50 milliards d'euros par an, soit 2,5 points de PIB. Elles s'accompagnent de la hausse du chômage dont la Cour remarque qu'elle risque de se prolonger, les plus faibles en souffrant davantage. Elle en profite pour épingler le régime des intermittents du spectacle : il creuse le déficit de l'assurance-chômage d'un nouveau milliard chaque année pour seulement 3 % des demandeurs d'emploi.
Les lamentos sur le chômage ne sont pas nouveaux car les mauvaises nouvelles déferlent depuis longtemps, que ce soit sous des gouvernements de la fausse droite ou de la vraie gauche. L'énoncé de la kyrielle des dispositifs censés le corriger est impossible.
POURQUOI ET COMMENT LE CHOMAGE
En fait il y a deux causes majeures : le code du travail et la fiscalité en folie.
Le code du travail compte 4 200 pages et augmente chaque année de 500 pages. Il est rempli d'obstacles à l'emploi. Signalons en particulier la difficulté de licencier, avec le temps et l’argent perdus dans les prud'hommes. C'est comparable au maintien dans les lieux qui a ruiné le logement pendant de longues années.
L'immense tissu des entreprises est prêt à créer des emplois en grand nombre si on ne les en empêche pas par les lois fiscales et sociales. Cela peut concerner aussi bien des firmes de milliers de personnes que des PME ou des TPE. Comment se prend la décision d'embaucher ou pas ? Il faut légitimement que l'embauche maximise les profits. Le risque est toujours important. Il faut que ce risque soit largement inférieur aux profits espérés, ceci si possible d'une façon pérenne. C'est là que la fiscalité intervient dans le cadre de la centaine d'impôts que paient les entreprises. Aux impôts plus ou moins connus s'ajoute une incertitude permanente qui avec Hollande s'est fortement aggravée. Il n'est pas étonnant, dans ce contexte, que les entrepreneurs restent l'arme au pied en rongeant leur frein.
L'histoire du TITANIC est instructive. Le capitaine était seul maître à bord comme le veut l'usage. Il a mal analysé les faits et, surtout, s'est obstiné dans l'erreur : la suite est connue. Par un pur hasard électoral, le capitaine du vaisseau France a tous les pouvoirs, ce qui est très rare. A lui de s'informer sur les causes réelles du chômage. Sur cette base, il est facile de définir la route de l'emploi. Il peut, grâce à ses pouvoirs, bousculer les oppositions inévitables. S'il s'obstine dans l'erreur, il va précipiter les passagers du vaisseau contre l'iceberg dur de la réalité.
MICHEL de PONCINS http://libeco.net -
En Italie, comme en France, les jeunes des classes populaires votent à droite

ROME (NOVOpress) – C’est un lieu commun à la vie dure qui vient d’être mis à bas en Italie par une étude menée par l’institut IPSOS sur le vote des jeunes.
Si 21% des jeunes (de 18 à 29 ans) interrogés ont déclaré ne pas avoir l’intention de voter aux prochaines échéances électorales, 30% se sont affirmés de gauche contre 31,5% de droite. Dans la catégorie des jeunes affirmant « voter à droite », les classes populaires et les enfants d’ouvriers sont beaucoup plus représentés que parmi les jeunes votant à gauche.
« Aujourd’hui, les jeunes qui votent à gauche sont souvent des fils de cadres ou de professions libérales bénéficiant d’un certain confort économique tandis que les jeunes s’affirmant de droite sont souvent des fils d’ouvriers, ayant dû abandonner assez tôt leurs études ou travailler parallèlement à celles-ci. C’est une nouveauté et presque une inversion totale de la dichotomie droite/gauche présente dans l’imaginaire collectif. » commente ainsi un de membres de l’institut Toniolo, à l’origine de cette enquête
La conclusion de l’enquête est ainsi sans appel: les jeunes de gauche appartiennent très majoritairement à la classe moyenne-supérieure.
Crédit photo : DR.
-
AFFAIRE CAHUZAC La gauche mondialisée
L’affaire Cahuzac symbolise, à certains égards, la "mondialisation" de la gauche, qui s’est définitivement détournée d'un socialisme enraciné, au point de faire cause commune avec l’UMP.
Arnaud Montebourg, L'Écho républicain, 7 juillet 2011 : « Je suis désolé, il y a un système affairiste au sein du Parti socialiste qui n'a rien à voir avec le socialisme. » Assurément, depuis l'affaire Urba, apparue sous le premier septennat de Mitterrand, un affairisme récurrent caractérise les socialistes et leur conception du pouvoir comme leur rapport à l'argent.
Trahison du pays réel
On ne peut que souscrire aux paroles du ministre du Redressement productif, lesquelles ont été subliminalement reprises, en écho, par Jean-Luc Mélenchon, le tonitruant coprésident du Parti de gauche qui lança à la face d'un Jérôme Cahuzac, ministre délégué au Budget, peu à l'aise, qu'il représentait « la vieille gauche sociale-libérale ». Sans tomber dans une trop longue exégèse, précisons tout de même que Mélenchon est loin, très loin de pouvoir se réclamer d'une gauche plus authentique que celle de son contradicteur. Si ce dernier semble approuver le ralliement de son parti au libre-échangisme mondialisé, le premier, qui prône la régularisation de tous les clandestins et l'assouplissement des conditions d'accès à la nationalité française, se fait également le chantre d'un communisme de marché dans lequel les immigrés tiennent le rang d'armée de réserve du capitalisme, pour paraphraser Marx. Et c'est bien là le problème. La gauche radicale ou socialiste contemporaine française n'a plus rien à voir avec le mouvement socialiste ouvrier tel qu'il est né dans la première moitié du XIXe siècle. Dans Le Complexe d'Orphée, Jean-Claude Michéa explique comment le socialisme s'est littéralement et définitivement perdu dans un compromis hasardeux avec la gauche dite républicaine, au moment de l'affaire Dreyfus : « en acceptant ainsi de se mêler, pour la première fois de son existence, à la guerre civile bourgeoise » contre les "blancs" antidreyfusards, « le mouvement socialiste français venait donc de sceller l'acte de naissance de la gauche moderne. [...] Il ne faudrait alors que quelques décennies à l'historiographie républicaine pour conférer à ce nouveau clivage ("rouges" et "bleus" enfin réconciliés sous le drapeau unitaire de la "gauche" contre les "blancs" de la "droite" et de la Réaction) la dignité rétrospective d'une vérité éternelle. » La droite de gouvernement n'est pas en reste dans ce que l'on pourrait appeler l'appropriation privée de la chose publique. Mais lorsque c'est la gauche donneuse de leçons et incarnation autoproclamée du Bien que l'on prend la main dans la confiture, l'affaire prend un tour autrement plus scabreux. La trahison des classes laborieuses est consommée !
Qui oserait soutenir que l'UMPS (avatar de ces anciens États confédérés que furent, le PC «F», le PS, le RPR et l'UDF) n'est pas en collusion systémique et que là où les moutons d'électeurs croient voir de l'alternance, il n'y a, en réalité, qu'une absence d'alternative ? Si la monarchie, comme toute institution humaine, n'est pas la panacée, il convient de reconnaître qu'elle tient ses serviteurs un peu mieux éloignés que les autres des forces centrifuges de l'accaparement clientéliste.
Des vices décuplés
Dans Mes idées politiques, Charles Maurras écrivait ces phrases fortes et d'une confondante évidence : « Corrompu, corrupteur, c'étaient les vices du prince. Ils ne découlaient pas du principe [monarchique]. Lui mort, il suffisait qu'un prince honnête et modéré lui succédât pour que l'intégrité reprît ses droits. Au lien qu'en démocratie l'élu peut être vertueux, il n'en est pas moins le produit et le producteur, l'effet et la cause de la ploutocratie souveraine. Elle l'a fait nommer, il la soutient donc, elle régénère son autorité en faisant renouveler son mandat, et la défend de son mieux contre la justice et contre la nation. » En épousant le dogme du marché, les néo-socialistes marchent à contre-courant du peuple et de la patrie et inoculent, à l'un comme à l'autre, les terribles poisons du sans-frontiérisme, du transgenre indifférencialiste et du consumérisme hédoniste. Ils ont tout trahi, au point d'en avoir perdu le sens commun. Cette « common decency » décrite par Georges Orwell, qui fait défaut à notre oligarchie hors-sol, demeure fondamentalement la chose la mieux conservée par le pays réel, ainsi que l'ampleur de la manifestation contre le "mariage" homosexuel l'a bien montré ce dimanche 13 janvier.
Aristide Leucate Action Française 2000 du janvier-février 2013aleucate@yahoo.fr
-
La droite est morte, vive la droite !
En un demi-siècle, la droite n'a guère renouvelé ses cadres, encore moins ses idées. Les bonnes volontés ne manquent pourtant pas, mais rien d'enthousiasmant ne vient les soulever. Pas de projet, que des rejets. Si avec tout cela, la droite n'est pas encore morte, c'est miracle. Quoi qu'on pense des conservateurs américains, force est d'admettre qu'en un peu plus de trente ans, ils sont parvenus à retourner l'opinion outre-Atlantique. Comment ? En renouvelant d'abord une garde-robe mitée. Puis en pensant à nouveaux frais un monde qui avait changé. C'est pas compliqué de faire une révolution conservatrice. Qu'attendons-nous ?
Ideas matter : les idées comptent. C'est l'une des antiennes les plus connues du conservatisme américain. Et c'est sur cette conviction que ses têtes pensantes ont refait, durant les années 70 et 80, une grande partie de leur retard sur des progressistes tendance Berkeley, trop convaincus d'incarner pour toujours le sens de l'Histoire. Inconscients de la reconquête qui s'annonçait, endormis par leurs illusions, les avant-gardistes négligèrent de rouvrir leurs manuels de philosophie et de science politique : la guitare, c'était plus fun. Discipline par discipline, colloque par colloque, débat par débat, ils en arrivèrent ainsi à perdre pied face à une droite morale et pratique, plus conséquente et mieux charpentée, dont le travail de fond lui permit de gagner rapidement en assurance et d'assumer plus sereinement sa propre vision du monde.
L’opinion publique, elle, sut vite gré aux conservateurs de lui présenter une réflexion exigeante et consistante. Le succès politique suivit, dans la foulée de la «Révolution Reagan ». Le plébiscite des urnes fut une manière pour les électeurs de faire savoir - avec un peu d'agressivité - qu'ils n'étaient pas seulement une bande de névrosés réactionnaires attendant des élites progressistes qu'elles les sauvent de leurs préjugés en les coupant de leurs racines, mais plus simplement des adultes aptes à lire, comparer, observer et juger de l'écart entre les discours et la réalité. L'intérêt de cette reconquête (ou de cette rédemption) idéologique du peuple de «droite» aux États-Unis n'est invalidé ni par la débauche de «communication» inhérente à la rhétorique reaganienne, ni par l'émergence plus tardive des néo-conservateurs, anciens gauchistes qui sont à la vraie droite américaine (tout étant relatif) ce que Bernard Kouchner est au gouvernement Sarkozy. En ce temps-là, il y eut, réellement, une reprise de l'initiative intellectuelle à droite de l'échiquier conceptuel américain ; un blitzkrieg métapolitique.
La récente victoire d'Obama ne remet pas en cause ce phénomène, pris sur le temps long. Car la victoire de l'enfant de Chicago (et autres lieux) doit beaucoup, avant tout, à l'ineptie bushiste en matière de politique étrangère, mais aussi à l'orgie obscène dans laquelle s'est vautré pendant quinze ans le capitalisme financier américain, orgie applaudie à tout rompre, d'ailleurs, tant par les démocrates que les républicains, avant que tous, effarés, ne se voient brusquement rouler aux enfers de la récession. Cette victoire du Président métis ne s'est pas jouée sur une remise en question fondamentale des acquis intellectuels et moraux hérités du nouveau conservatisme US, mais sur la meilleure réponse à apporter à la crise économique qui secoue l'Amérique. Quant aux acquis intellectuels du conservatisme américain, solidement implantés, ils continuent à structurer l'échiquier politique, du débat sur l'avortement à la remise en cause de la discrimination positive, du renouveau du patriotisme aux passes d'armes sur la légitime défense. Malgré l'hystérie passée d'Obamania, un examen attentif des professions de foi des élus démocrates au Congrès achève d'ailleurs de balayer toute idée de raz-de-marée progressiste -tel que l'entendent les Européens - aux États-Unis.
Sans forme, pas de fond qui tienne
En termes de rapports de forces métapolitiques, et malgré tout ce qui nous sépare culturellement de lui, on doit donc constater que le conservatisme américain a construit du solide - je ne dis pas forcément du vrai. Comment ? Il fallait d'abord pour opérer cette cristallisation que les conservateurs deviennent crédibles et attirants : des idées et une image. En adoptant une posture s'attachant sérieusement au fond, leurs intellectuels ne commirent pas l'erreur de négliger la forme. Dans le cadre turbulent des années 70, William F. Buckley, Alan Bloom et les autres accompagnèrent leur offensive intellectuelle d'une stratégie extrêmement moderne de présentation et de séduction, portée par des cercles de réflexion innovants, percutants et sachant jouer du décalage, de l'humour et de l'insolence. Disons pour faire court qu'ils se mirent aussi à la guitare. Ils avaient tout compris. L'intelligence des garçons et des filles de 18-19 ans qui hantent les campus n'est, à tout prendre, qu'un créneau de cerveau provisoirement disponible, un marché comme un autre, qui repose sur un enthousiasme, un appétit de vivre et une radicalité rafraîchissante, à la merci du premier bouquin un peu stimulant ou du premier discours construit venu.
À force de paradoxes brillants et de blagues philosophiques balancées d'un air détaché en jouant sur le manque d'humour conscientisé et prétentieux des libéraux - ces derniers lisant assidûment les structuralistes français, c'était facile de se moquer -, ces intellectuels conservateurs attirèrent petit à petit à eux de jeunes chercheurs, universitaires, écrivains et journalistes qui, s'ils avaient eu devant les yeux le spectacle de vieux croûtons réacs tournant en rond, ressassant leurs obsessions et racontant leur guerre, auraient été voir ailleurs et fissa. Après coup, on appelle ça une « génération intellectuelle de droite» en oubliant que rien, en ce domaine, n'est jamais spontané. Une pensée doit séduire avant de convaincre, et il vaut mieux que l'aphorisme précède le syllogisme. Cette hiérarchie n'est pas morale, disait en substance Socrate à Gorgias, mais pour arracher un jeune « desouche » à son i-phone, il faut sans doute en passer par là. Intellectuellement, si l'on danse, c'est que la mélodie est bonne (Nietzsche était un excellent joueur de piano). Il est toujours temps, ensuite, de s'intéresser à la partition.
Qui diable a envie de s'habiller comme son arrière-grand-père ?
Cette reconquête ne fut pas une partie de plaisir. On le sait : le reproche le plus handicapant qui soit pour la pensée de droite est le soupçon de ringardise que la gauche lui ressert régulièrement, sur l'air connu : le conservatisme s'appuie sur la tradition, qui fait référence au passé, qui s'oppose au présent donc à la vie. Qui diable a envie de penser et de s'habiller comme son arrière grand-père, demande la gauche avec l'assurance d'être entendue ? Tout ce qui vit doit s'adapter. CQFD. « Ringards » : une arme de destruction massive qui pétrifie régulièrement des conservateurs trop pusillanimes pour déconstruire ce type de sophisme. Or, le petit noyau post-Vietnam de penseurs et d'intellectuels américains « de droite » a été assez habile pour ne pas subir ce rapport de force, mais pour le retourner à son profit en renvoyant l'accusation de ringardise à la gauche. De la critique de la discrimination positive et de l'apologie des valeurs chrétiennes traditionnelles pour les conservateurs classiques, jusqu'au « wilsonisme botté » des néo-conservateurs eux-mêmes, la mouvance conservatrice et para-conservatrice américaine a su, malgré des tiraillements et des chamailleries internes importantes, imposer ses choix (quoi qu'on pense de ces derniers) comme des idées neuves, plus en phase avec la marche du monde que les nuées des libéraux.
Plus important encore, et qui devrait nous fasciner : elle a réussi, par cette stratégie, à faire école, à transmettre une envie à sa propre relève, des trentenaires qui ont considéré qu'au lieu de céder à la pression d'une époque permissive il valait la peine de se battre pour des idées exigeantes certes, mais vivantes et stimulantes. Des idées, du foutre, du mouvement : ça facilite les vocations. Buckley est mort, mais ses descendants continuent d'écrire. Précisons bien entendu que tout ceci est arrivé en Amérique, sur une terre où droite et gauche (conservateurs et libéraux) partagent la même idéologie du progrès et la même révérence pour la démocratie et le capitalisme. Le contexte de contre-insurrection intellectuelle conservatrice que nous venons de décrire est donc, reconnaissons-le évidemment, tout à fait spécifique, et non transposable totalement à une situation française (et européenne) à la fois plus polarisée et plus nuancée. Pour autant, et malgré les impasses provisoires auxquelles le néo-conservatisme trotsko-likoudiste a conduit le conservatisme historique américain, l'histoire de ce retournement (ou de ce rééquilibrage) demeure plein de leçons pour nous. Voici pourquoi.
L'audit inquiétant de la droite française
Les récentes élections régionales, quelque roboratives quelles aient pu être perçues, ne doivent pas faire illusion. « Ça repart », oui. Mais vers où, et comment ? Nulle part en réalité, tant que la droite nationale française restera intellectuellement ce qu elle est : une coquille vide. D'abord, le socle, et donc une question préalable : de quels atouts dispose cette famille d'esprit ? Influence ? Zéro. Finances ? Zéro. Crédibilité ? Unité d'action ? Soyons sérieux. Ses publications sont en phase terminale, à part quelques titres dont la qualité ou l'originalité motive encore un lectorat par ailleurs sursollicité. Ses sites Internet - sauf cas rarissimes (Zentropa, F. de Souche) - sont peu professionnels ou, s'ils le sont, ne sont ni glamour, ni à jour. Les visiteurs se défoulent, faute de mieux, sur des forums mal modérés. Beaucoup de ses grilles de lecture sont datées (moins que celles du parti socialiste et de la mouvance antifasciste, chez qui l'inculture du renégat culturel le dispute au grotesque du bourgeois libertaire, mais tout de même).
Seule richesse : ses militants, leur rage de vivre debout, leur générosité. Mais ces derniers sont éparpillés, et se soucient davantage de taper sur le copain d'à côté que de réinventer un monde, ou plus modestement de critiquer efficacement la politique gouvernementale et l'inanité intellectuelle du sarkozysme. Les talents non coordonnés de la Droite nationale, de la Réaction, de la Tradition - et autres entités à elles apparentées - exécutent une danse brownien-ne permanente autour de leurs ego majuscules. Dans ces conditions, la génération qui serait censée reprendre le flambeau intellectuel de cette famille d'esprit -exsangue et suffisamment apathique pour avoir laissé Nicolas Sarkozy récupérer ses thématiques en 2007 sans lui sauter à la gorge-devra être plus que motivée : héroïque.
Ne doutons pas de la conviction et de la résolution de la relève qui se prépare, mais interrogeons-nous cependant sur la pérennité de ce qui prétend se rebâtir, régionales ou pas, sur des fondations pourries. Au lieu de se détendre et de boire frais, certains en arrivent même à perdre leur sens de l'humour, usant leurs maigres forces dans de picrocholines querelles où l'on contemple, effaré, de jeunes droitistes talentueux s'interrogeant gravement lors de conciles tenus à trois dans une cabine téléphonique. C'est amusant. Deux minutes. À force de faire le styliste, on finit en stylite. Les militants et les tâcherons ne faisant pas profession de purisme excessif admirent de loin les arabesques conceptuelles de ces Tertullien en Ioden, avant de prendre la tangente en haussant les épaules.
Formation d'abord !
Autre point douloureux : l'envie. Dans notre société individualiste, la chaire est faible parce que la chair est faible ; on manque d'orateurs et d'intellectuels parce que cela ne rapporte plus assez : l'Avenir de l'Intelligence avait déjà résumé ce débat. C'est décevant mais c'est ainsi: l'héroïsme sans compensation a des limites. Et quelles que soient les protestations plus ou moins convaincantes des matamores qui plastronnent bannière au vent, que peut aujourd'hui proposer la droite nationale à ses fidèles, sinon un dévouement systématique, sans résultats et sans horizon ? Ce n'est pas très grave dans l'absolu, mais il faut être conscients que cela durera longtemps, à vue de nez. Les traversées du désert peuvent durcir, et former des apôtres. Mais lorsque ces derniers ont quelque chose à croire et espérer. Dans le cas contraire, les traversées du désert ne fabriquent que des scissions, des abandons, des aigris, des dépressifs, ou des ratés. Pas de quoi attirer les vocations d'intellectuels organiques. Certains choisiront de considérer cela comme une saine tradition - le désespoir en politique est une sottise absolue - et serreront les dents en attendant que ça passe : le militant national est dur au mal, et saura faire tout son devoir en attendant un autre deuxième tour surprise aux élections présidentielles. On peut aussi commander une bière, s'asseoir ensemble et chercher des solutions moins cons : la vie est courte et Sarkozy convaincant, il l'a prouvé.
La seule alternative raisonnable, en dehors de prêcher par l'exemple (familial en particulier) et sans rompre avec le combat quotidien, semble bien de faire comme les Prussiens après 1806 : se former.
D'abord, peut-être, différencier thématiques, valeurs et idées : c'est sur cette confusion que Sarkozy a réussi son hold-up à droite (et chez les bourgeois de gauche). Pour la famille d'esprit « national », cela revient à une formation de fond, une remise à neuf des moyens d'influence, de l'arsenal idéologique, des thématiques, des réseaux, des médias de droite nationale (on ne peut plus incriminer le «complot» pour être petits et médiocres, Internet est libre). Certains vieux titres et réseaux disparaîtront ? Fors la reconnaissance que nous devons aux anciens, ce n'est pas une tragédie. Il a bien fallu un jour - c'était au XIXe - que le Gaulois, le Soleil et l'Univers mettent la clé sous la porte. Paix aux cendres presque refroidies de leurs épigones.
D'autres canaux d'information, retrempés et plus inventifs, demeureront. De nouveaux porte-voix naîtront, qui renouvelleront sûrement l'intérêt du public pour le diagnostic droitiste, confirmé par tous les événements. Le temps travaille pour nous. Mais pour bien négocier les prochains tournants, les dix ans qui viennent devront être mis à profit pour former une génération à la dialectique, à l'histoire des idées politiques, à l'argumentation médiatique, à une vision dépoussiérée de la dichotomie droite-gauche, à la théorie économique, aux langues étrangères, à la communication, etc. En conservant nos fondamentaux, mais sans crispations puériles (il vaut mieux connaître Gary Becker - et savoir le critiquer - que d'apprendre à réciter les Poèmes de Fresnes à l'envers).
Rajeunir les cadres, dépoussiérer les meubles
Et surtout - surtout - sans stratégie de boutique ni morgue intellectualiste pour puceaux de parvis (laissons ça aux jeunes de gauche, rebelles bavards et subventionnés). Une fondation Terra Nova de droite nationale? Ce serait un début. Limiter à 60 ans « l'âge des capitaines » dans les mouvements « nationaux » ? Ce serait intéressant : voir la pyramide des âges du Vlaams Belang. Et pour le financement, ma foi, il a existé des cimentiers généreux, on trouvera bien des solutions pour payer ce travail intellectuel de rénovation. Internet ? Notons, en cette année 2010, la façon assez swing qu'a eu Barack Obama de prouver que le recours à la générosité populaire peut payer lorsqu'on est capable d'inspirer un espoir crédible. Voilà pour les fonds. Pour le fond au singulier, les solutions existent en France. Mieux, elles ont déjà été expérimentées - et ce sera la conclusion de cet apologue.
L'intuition de ce que l'on a appelé la « Nouvelle Droite » était la bonne, dès les années 70 : le salut ne peut venir que d'une métapolitique originale sur la forme et solide sur le fond, sans reprise a priori de tout ce qui a été accompli avant. Reconnaître les combats menés par nos prédécesseurs : oui. Demeurer prisonnier de leurs jugements : non. Pour cela, inventer des formes nouvelles, opérer des rapprochements paradoxaux, faire bouger les lignes, au prix de quelques infarctus chez les chaisières, pourquoi pas. À l'époque, un article d'Alain de Benoist dans la revue Item commençait ainsi : « La vieille droite est morte. Elle l'a bien mérité ». C'était clair, c'était drôle, c'était brillant, insolent et inventif. C'était la Nouvelle Droite. Elle ne faisait ceci dit que formaliser une exaspération depuis longtemps ressentie par les espoirs les plus brillants de la droite nationale.
Depuis, force est de constater que la ND, pour revenir à elle, a tourné en rond. Elle n'est pas morte - heureusement, qu'est-ce qu'on lirait ? -, mais elle a échoué. Qui bene amat, bene castigat : comme intellectuellement on lui doit beaucoup, on lui doit aussi la vérité. On dira donc que cet échec, comme la Vieille Droite qu'elle vilipendait avec raison, elle l'a bien mérité. Parce que lorsqu'on souhaite sincèrement bâtir une métapolitique du réel, on ne passe pas des années à chercher à remplacer Jésus-Christ par Zeus dans un pays qui a derrière lui le cloître de Moissac, la cathédrale de Chartres et - accessoirement - 1 500 ans de christianisme. Ne pas reprendre systématiquement ce qu'ont fait nos prédécesseurs ? Oui. Mais cela ne doit pas dispenser de garder le sens des proportions (c'est très grec, le sens des proportions). Dans les années 70, les hommes d’Église, par leur contamination marxiste, ont pu dégoûter les esprits droits. Mais il aurait fallu discerner la part de conjoncture et de permanence dans cette crise, concernant une Institution vieille d'une sagesse de 2000 ans.
Analyser et combattre le marxisme de sacristie en gardant à l'idée la splendeur dépouillée de l'abbaye du Thoronet, c'était si dur que ça pour une droite intellectuelle qui rappelle sans cesse l'importance de la longue durée historique ?
De certains intellectuels indiscutables, dont certains prirent comme symbole l'horloge qui présidait à leurs débats, on aurait pu attendre qu'ils intégrassent de manière plus réaliste cette dimension temporelle essentielle.
C'est l'identité d'abord qui doit être durable
L'important, en somme, n'est pas de savoir si concernant le derby métaphysique polythéisme/monothéisme, certes essentiel, la ND avait raison sur le fond, mais de se rendre compte qu'à le bétonner, elle perdait du temps en se coupant peu sagement de pans entiers de la droite nationale - et singulièrement des catholiques qui ont prouvé qu'ils avaient de la ressource et de la vitalité (voir la dynamique et la jeunesse des communautés traditionalistes). Insistons lourdement : le chatoiement différentialo-nominaliste des valeurs polythéistes, c'est passionnant. Mais l'inertie culturelle aussi. Dans métapolitique il y a politique, ce qui aurait dû entraîner - forcément, nous sommes dans l'infra-monde et non dans la Cité platonicienne - certaines restrictions mentales opportunes. À part ça, la ND avait tout juste (et je souligne : tout, forme et fond). Mais à cause de ça (et de quelques autres défauts mineurs), elle a raté une occasion historique de recomposer culturellement et métapolitiquement autour d'elle une nouvelle génération de droite, par-delà les chapelles mémorielles et religieuses. Une faute, compte tenu du brio intellectuel de ses membres fondateurs. Si l'on compare cette tentative qui appartient aujourd'hui à l'histoire des années 70 et 80 avec ce qui s'est passé aux États-Unis à la même période, et sur quoi débutait le présent article, on dira que la ND a peut-être manqué de réalisme. Désunis, nous ne pesons rien.
Après cette analyse, empressons-nous de préciser que la lecture d'Elément est de salubrité publique et qu'elle devrait être recommandée aux intellectuels catholiques, qui se contentent généralement de dénigrer ce journal sans y mettre le nez : ils enrichiront leur vocabulaire limité au thomisme d'arrière-salle, se confronteront à des textes stimulants, et mettront un peu de vin dans l'eau de leur mysticisme énervant (au premier sens du terme). Pour le reste, pardon d'être raisonnablement pessimiste, mais il faut cesser de rêver : les dix ans qui viendront seront tristes, et à peine suffisants pour lire tous les livres. Nonobstant les taquineries qui précèdent, nous laisserons la conclusion à Alain de Benoist, dont la clarté inimitée viendra fort à propos cadrer le principe de reconquête intellectuelle que tous, désespérément et ardemment, nous appelons de nos vœux, quelles que soient nos chapelles : « La tradition n'est pas le passé : voilà ce qu'il ne faut pas cesser de dire et de redire. La tradition n'a ni plus ni moins à voir avec le passé qu'avec le présent et l'avenir. Elle est au-delà du temps. Elle ne se rapporte pas à ce qui est ancien, à ce qui est "derrière nous", mais à ce qui est permanent, à ce qui est "au-dedans de nous". Elle n'est pas le contraire de la novation, mais le cadre dans lequel doivent s'effectuer les novations pour être significatives et durables » (Les idées à l'endroit, éditions Libres Hallier, 1979).
Un renouvellement significatif et durable ? Ce serait bien. Tous ensemble réunis autour d'un principe commun ? Ce serait mieux. Nous sommes Français en Europe, issus des mémoires celte, germanique et latine, de civilisation gréco-romaine et de culture chrétienne (que nous croyions au Christ ou non). Quoi qu'en disent ceux qui confondent communautés et ghettos, le pivot de nos réflexions, dans ce monde acharné à stériliser les racines, sera sans doute l'Identité. À condition de la conjuguer sereinement, sans exclusives datées, enfermements débiles ou postures puristes.
Bruno Wieseneck LE CHOC DU MOIS juillet 2010 -
Génération décervelée / PISA : une enquête biaisée (archive)
Les résultats médiocres de la France au test PISA organisé par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) ont déjà fait couler beaucoup d'encre et fait annoncer des orientations nouvelles. Et c'est bien le but de ces évaluations réalisées tous les trois ans dans 65 pays membres ou partenaires de l'organisation internationale : modifier les politiques et donc, peu ou prou, augmenter l'emprise étatique sur la manière d'enseigner et son contenu. On notera donc d'emblée l'insistance des analystes de l'enquête sur le rôle néfaste joué par le libre choix de l'école, l'assouplissement des cartes scolaires et toutes autres mesures qui reconnaissent les libertés et les droits des parents en ces matières. Ils seraient facteurs de régression. Mais il faut savoir ce qui est mesuré et comment. Une épaisse publication de l'OCDE - 292 pages ! - accompagne l'enquête pour répondre à ces questions, montrant que les « compétences » que l'on cherche à évaluer sont aussi celles que l'on cherche à promouvoir. Dans une certaine mesure, c'est une histoire de serpent qui se mord la queue.
Cette insistance socialisante rend d'elle-même les méthodes et les résultats de l'enquête suspects, non dans leur matérialité (on mesure bien ce que l'on mesure) mais, au moins dans certains domaines, dans la nature des épreuves, et à travers les conclusions qui sont tirées des enquêtes sociologiques qui accompagnent les tests.
Est-ce vraiment le libre choix des parents plus fortunés ou plus cultivés de mettre leurs enfants dans des écoles meilleures qui « plombe » le niveau des moins bons ? Il serait plus exact de dire que la volonté d'échapper à un système jugé médiocre est proportionnelle à la médiocrité du système, et il est donc normal que le niveau général dans ces pays-là soit plus bas !
La Suède, qui fut longtemps championne aux enquêtes PISA, déplore aujourd'hui sa « chute » vers le milieu du tableau. Mais une double raison en est donnée : la libéralisation de la carte scolaire, et la hausse des phénomènes migratoires, soulignent les analystes, étant entendu que les immigrés de première génération ont deux fois moins de chances de réussir à l'école que ceux de deuxième génération, qui se rapprochent un peu plus des autochtones. Ceux-ci sont 17 % à stagner au niveau un, contre 35 % des enfants d'immigrés de deuxième génération et 42 % des enfants d'immigrés de première génération. Même chose en Irlande et dans plusieurs pays européens... En France, pas moins de 13 % des jeunes participant aux tests étaient issus de l'immigration. Le test PISA confirme que leurs résultats sont moins bons ; ils font donc baisser le niveau moyen.
La Corée-du-Sud et la Finlande sont en tête. La Corée ne brille pas par une approche laxiste de l'éducation : elle est même effroyablement élitiste, seuls les meilleurs pouvant espérer un avenir confortable. La Finlande est toujours vantée comme le pays dont le système éducatif est le plus remarquable et le plus excellent - mais qu'est-ce que cela signifie au juste ? Faute de savoir le finlandais, je ne puis dire si les Finlandais apprennent réellement à devenir intelligents à l'école. Ce qu'on peut souligner, c'est que l'école n'est obligatoire qu'à partir de sept ans...
L'enquête PISA 2009, dont nous apprenons les résultats, était particulièrement axée sur la lecture, ou plus exactement la reading literas qu'on pourrait traduire par la « lecture lettrée », tautologie volontaire destinée à faire comprendre qu'on n'évaluait pas tant la capacité à lire, à lire à voix haute par exemple, que le degré de compréhension des textes. Il s'agit de savoir si les jeunes sont capables de lire pour leur plaisir (et là, on est dans le domaine de l'enquête d'opinion), pour appliquer leur connaissance de la lecture à la vie de tous les jours, pour rechercher des informations, dans les rapports sociaux, dans le monde du travail.
Les deux autres domaines évalués, les mathématiques et les sciences, avaient respectivement été mis en exergue en 2003 et 2006.
Dans ces domaines comme dans celui de la lecture, ce ne sont pas des connaissances qui sont évaluées, mais des « compétences » et une capacité à utiliser (plus ou moins intelligemment) les connaissances et l'expérience acquises. Sans surprise, les thèmes du réchauffement global, de la pollution... sont assez présents dans l'ensemble des épreuves.
Depuis 2000, les tests de lecture ont été profondément révisés et remaniés et incluaient pour la première fois, dans 19 des 65 pays participants, des épreuves de lecture électronique. Toutes catégories confondues : depuis les longs textes informatifs avec des liens hypertexte à explorer, jusqu'aux messages sur les forums et les SMS. La conséquence de cette inclusion est simple : elle accentuera la volonté des différents ministères de l'Education de multiplier les travaux sur Internet. C'est bien dans l'air du temps mais plus cela se fait tôt, et plus cela se fait de manière généralisée, plus le lien entre la parole et la lecture est rompu.
Les tests de lecture « sur papier » utilisés dans le cadre de l'enquête PISA évaluent très peu la compréhension fine dans un texte littéraire, et beaucoup la capacité à lire un plan, un schéma, ou des avertissements sur des paquets de biscuits contenant des arachides...
Un plan de métro imaginaire mérite une mention spéciale. La « compétence » vérifiée est celle de savoir repérer un itinéraire en tenant compte d'une légende. Il faut par exemple dessiner sur le plan le chemin le plus court que l'on peut prendre pour aller d'une station à une autre. Piège : le chemin théoriquement le plus court emprunte un tronçon de ligne en construction indiqué en pointillé sur le plan, comme le précise la légende. Seul un tiers des jeunes de 15 ans testés ont donné la bonne réponse : le trajet un peu plus long, mais effectivement accessible. La moitié qui donna la réponse fausse mais passant par le tronçon en construction eut néanmoins une partie des points...
Au fil des analyses, on s'aperçoit que les jeunes peuvent assez facilement être classés « bons lecteurs » s'ils savent rechercher et retrouver une information dans un texte ou sur un « support » quelconque, même si parfois cela demande de reformuler ce qui est demandé. Quelques exercices exigent une compréhension plus fine. Par exemple : il faut choisir parmi une série d'opinions sur les recherches dans l'espace. Et dire celle qu'on préfère, en expliquant pourquoi, c'est-à-dire en donnant l'idée principale, à peine reformulée. Ce n'est pas sorcier.
De l'avis des concepteurs des « items », il y a en a un qui dépasse en difficulté tous les autres. C'est une présentation historique de Thucydide, suivi d'un discours imaginaire que cet auteur attribua à Périclès. Les élèves doivent donner l'idée générale de ce texte : une défense et illustration de la démocratie athénienne, même quand Athènes n'est pas victorieuse à la guerre. On acceptait pour cela des réponses assez succinctes (du genre « l'auteur cherchait à rendre les Athéniens fiers de leur ville ») : un quart seulement des jeunes testés, pour la plupart ceux classés parmi les « excellents », en furent capables. Un cinquième supplémentaire obtint une partie des points pour avoir parlé de « démocratie ».
En somme, on peut très bien être classé « bon » ou « excellent lecteur » par PISA et ne pas aller beaucoup plus loin que le sens tout de même évident d'un texte.
Mais l'étude nous dit tout de même quelque chose de très précis sur ceux qui ne comprennent quasiment rien à ce qu'ils lisent.
À cette aune, apprendre que les jeunes Français sont 20 %, contre 15 % en 2000, à se situer dans le bas du tableau des lecteurs, tableau dont le niveau moyen n'est pas particulièrement reluisant, est une pierre de plus dans le jardin de nos ministres et experts successifs de l'Education. Toutes tendances politiques confondues.
Jeanne Smits PRESENT du 10 décembre 2010 -
[Vidéo] Fillon, la droite molle
François Fillon à propos de la PMA et de la GPA : « Nous réécrirons la loi en cas d’alternance »
Autant dire qu’il laisse libre le PS de faire adopter le mariage et l’adoption homo !
Les Français de conviction devront s’en souvenir !
Offensif mais pas trop. Ce mercredi, dans un discours de bonne tenue, François Fillon a pris l’engagement, au nom de l’opposition, de revenir sur la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui en cas de légalisation puis d’alternance politique. Un recul par rapport à aux déclarations d’octobre 2012 de l’ancien Premier ministre et député UMP de Paris, qui parlait de remettre en cause la dénaturation du mariage et l’adoption.[...]
Vidéo et la suite sur NdF
-
Sondage : La sourde colère des «invisibles»
D’après un sondage exclusif Ifop-Valeurs actuelles jamais les Français n’ont été aussi pessimistes pour leur situation personnelle que sous le mandat de Hollande. Petits patrons, enseignants, policiers, infirmières… Après la crise de confiance, le choc de la défiance ?
Entre le président de la République et ceux qui constituaient, autrefois , le socle électoral de la gauche, c’est un véritable abîme qui s’est creusé. Le combler relève, pour l’heure, d’une mission quasi impossible.
Il avait promis, durant sa campagne, d’être «le président de la confiance» et de «redonner confiance à la France». Pari perdu. Huit mois après son élection, seuls 12 % des Français, selon notre sondage exclusif Ifop-Valeurs actuelles, pensent que leur “situation personnelle se sera améliorée à la fin du mandat de François Hollande”. Contre 44 % qui estiment qu’elle va se dégrader et le même nombre qui juge qu’elle ne va pas évoluer. À ce terrible désaveu pour le chef de l’État s’en ajoute un autre : c’est parmi les catégories populaires que la défiance est la plus forte : 9 % des ouvriers et 10 % des employés — moins de un sur dix au total — jugent que son action aura un impact positif sur leur vie quotidienne. […]
C’est peu dire, pourtant, que les «élites» intellectuelles, pas plus que les politiques, n’ont su tirer les conclusions qui s’imposaient. Persévérant, au risque d’une explosion du «populisme», à privilégier encore et toujours les intérêts des «minorités visibles» sur les attentes de cette «majorité d’invisibles». Là où ces derniers sont niés, voire piétinés, les premiers continuent d’être l’objet de tous les soutiens.
Inventé, en 2006, par le sociologue et universitaire Stéphane Beaud dans son livre la France invisible (La Découverte), le terme recouvre «ces millions de femmes et d’hommes qui, malgré leur nombre, sont masqués, volontairement ou non, par les chiffres, le droit, le discours politique, les représentations médiatiques, les politiques publiques, ou se retrouvent enfermés dans des catégories dépassées qui occultent leur condition d’existence». […]