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économie et finance - Page 826

  • Une avancée du fiscalisme arbitraire en Europe

     

    130124

    On fait grand bruit autour de la subtile proposition de David Cameron développée le 23 janvier. En fin diplomate le premier ministre de Sa Gracieuse Majesté n'a pas manqué d'assortir son propos de conditions suspensives et autres clauses qui rendent totalement hypothétique la sortie négociée du Royaume-Uni hors de l'Union européenne. Personne ne peut ignorer que cette démarche, toute virtuelle, tend à récupérer au profit des conservateurs les voix du parti "Ukip", de Nigel Farage pour les élections de 2015. Ceci n'empêchera pas de constater en 2016 ou 2017 que, décidément la majorité des Anglais et les Écossais préfèrent demeurer dans l'Europe. En attendant, en 2014, les Continentaux, pour éviter le pire, auront bien sûr consenti de nouvelles concessions aux revendications londoniennes. Bien joué David.

    Le coq gaulois a réagi selon son habitude. On lui attribue pour cri national "cocorico" ; en vérité l'animal fait surtout "vroum-vroum", ce que confirment le petit sondage du Figaro et les 367 réactions de lecteurs. Nous le plaçons donc en médaillon de la présente chronique.

    Plutôt que de persister à mesurer, pour la millième fois depuis mille ans, la portée du bras de mer séparant le comté d'Artois du duché de Kent, on gagnerait à observer le contexte, dans lequel se place cette déclaration.

    Les institutions communautaires viennent en effet d'adopter le projet de TTF, taxe sur les transactions financières.

    Cinq pays s'y opposaient, parmi lesquels la Suède et, bien sûr, l'Angleterre. Cependant, ce 22 janvier le conseil des ministres des Finances, dernière instance consultée, a entériné le principe de cette mise en place. À ce projet adhèrent les gouvernements de 11 États-Membres sur 27.

    Les traités européens permettent de telles décisions fractionnelles. Il s'agira cependant de la première des "coopérations renforcées" dans le domaine névralgique de la fiscalité.

    Soulignons d'abord que cet impôt, au départ tout petit, est appelé à grandir selon une règle bien connue. D'origine gauchiste, il était proposé par Paris depuis plusieurs années. Aujourd'hui il est applaudi par 70 associations. Le grand cerveau du parti socialiste Benoît Hamon, ministre de l'Économie solidaire, a le salue pompeusement comme "une taxe qui commence à dessiner ce qu'est le monde post-Lehman Brothers".

    Remarquons à peine que les détails techniques de sa mise en œuvre restent problématiques. Un journal économique parisien habituellement sérieux, indiquait au gré du même petit article consacré à cette nouvelle, à deux endroits différents :
    - "la taxe Tobin rapporterait 20 milliards par an"
    - et plus loin : "la TTF, selon la façon dont elle est définie, pourrait rapporter plus de 10 milliards d'euros".(1)⇓

    Deux appellations, deux chiffrages en un seul texte. Ça promet.

    Faut-il rappeler, une fois encore, que la novlangue fiscaliste envisage toujours ce qu'un impôt "rapporte" au Trésor Public, et non ce qu'il coûte aux contribuables et à l'économie ?

    Au sein des institutions mesurons surtout que la synarchie européenne vient de franchir, assez discrètement, un pas considérable. Elle a obtenu, sur un point de détail, sur un projet soutenu par tous les utopistes de la Planète, sur un dossier encore très vague, une avancée majeure acceptée par les représentants des États.

    On a liquidé sans trop de bruit, en effet, en ce début de semaine le principe d'unanimité en matière fiscale.

    Les commentateurs agréés ne semblent s'intéresser en ce moment qu'aux relations personnelles entre M. Hollande et Mme Merkel. On nous les dit en voie d'amélioration, à en croire "Gala" et "Point de vue images du Monde". Pendant ce temps, comme dans le célèbre "Gilles" de Watteau, le fond de la scène se transforme. Les deux gros États désignés pour les pivots du système continuent leurs ébats d'hippopotames légers pour la joie des spectateurs, tandis que la réalité met en place tranquillement sa grosse machinerie.

    Ainsi l'année 2012 a vu la prise d'une partie du pouvoir par Mario Draghi, forçant les statuts de la Banque centrale européenne.

    L'année 2013 commence avec l'avènement du social démocrate néerlandais Dijsselbloem, peu connu dans son propre pays, à la tête d'une Eurozone en rupture désormais affirmée avec les principes constitutifs de l'Union monétaire.

    Et tout le monde semble applaudir à l'avènement pratique de ces pouvoirs désormais arbitraires, sans que personne ne puisse nous dire où nous mènent tous ces habiles joueurs de flûte.

    JG Malliarakis  http://www.insolent.fr/

    Apostilles

    1. cf. Les Échos du 23 janvier. 
  • 75 % des industriels français s’estiment compétitifs

    D’après une étude réalisée par le cabinet RolandBerger en partenariat avec L’Usine Nouvelle, les trois quarts des industriels français considèrent leur usine comme compétitive. La question du coût du travail ne semble pas aussi critique que celles de la performance de la fonction achats et de l’organisation industrielle.

    Estimez-vous que votre usine est compétitive ? C’est la question à laquelle ont répondu plus d’une centaine de directeurs de sites industriels, dans le cadre d’une étude menée par les consultants de RolandBerger en partenariat avec L’Usine Nouvelle. Menée fin 2012, en plein cœur du débat sur la compétitivité des usines françaises, cette étude dresse un état des lieux moins sombre que l’on pourrait penser. En effet, 63 % des patrons interrogés considèrent que leur site est compétitif, et 12 % le jugent même “très compétitif“.

    Bien sûr, cela ne les empêche pas de nourrir des inquiétudes pour 2013. Seuls 4 % des patrons de sites “compétitifs” envisagent une hausse de leur performance économique l’an prochain.

    Cette étude permet de dresser un portrait-robot de l’usine compétitive. “Il s’agit plutôt d’usines de taille moyenne à grande, de plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, commente Georges de Thieulloy, consultant au sein du centre de compétences Opérations chez RolandBerger. Parmi les usines les plus rentables, la majorité est intégrée à un groupe, et vend ses produits sur le marché français.” Un résultat qui peut s’expliquer par le fait que les entreprises confrontées à la concurrence internationale ont plus de mal à se considérer comme compétitives. L’usine compétitive “type” affiche également un engagement fort en matière d’innovation, et réalise plus de 10 % de son chiffre d’affaires sur des nouveaux produits lancés dans l’année.

    Le coût du travail n’est pas le critère le plus important

    Les directeurs de sites ont dressé leur liste des critères les plus déterminants pour être compétitif. Contre toute attente, le coût du travail ne ressort pas comme étant le critère le plus important. Cité par 79 % des répondants, il arrive en quatrième position derrière les achats de matières premières (87 %), l’efficacité du système de production (80 %) et la maîtrise des processus industriels (79 %).

    Les préoccupations des patrons français semblent donc plutôt tournées vers les achats. “Non seulement les achats ressortent comme le critère de compétitivité n°1, mais l’étude montre aussi que seulement 49 % des personnes interrogées se considèrent performantes sur ce critère“, commente Georges de Thieulloy. Ainsi donc, il reste beaucoup à faire en matière d’achats et, après les mesures prises fin 2012 pour réduire le coût du travail, il est probable que la question du coût des matières premières revienne rapidement sur le devant de la scène.

    Pas de problème d’organisation, d’après les patrons

    Le constat est assez différent pour tout ce qui touche à l’organisation industrielle. Interrogés au sujet de leur efficacité opérationnelle et de la maîtrise de leurs procédés (deux des trois critères-clés de compétitivité), les patrons s’estiment compétitifs à 64 % sur le premier critère et à 77 % sur le second. Pour Georges de Thieulloy, une telle autosatisfaction, c’est presque trop beau pour être vrai. “Il est plus facile d’identifier les problèmes chez les autres que chez soi, renchérit-il. Sur ces questions touchant à l’organisation, les résultats auraient été très différents si l’on avait interrogé les responsables de production plutôt que les patrons de site“.

    En parlant d’organisation, justement, il ressort de l’étude que les équipes marketing et Supply Chain sont peu impliquées dans le renouvellement du portefeuille produits. 58 % des organisations n’impliquent pas les personnes chargées de la gestion de la Supply Chain (chaîne d’approvisionnement). Ces derniers souffrent encore aujourd’hui d’un manque de considération, alors que leur capacité à définir le coût global d’un produit devrait en faire des interlocuteurs de choix pour les dirigeants. “Avec un marché qui a tendance à se mondialiser et des clients qui demandent toujours plus de personnalisation, les fonctions Supply Chain et marketing vont forcément gagner en poids au sein des organisations dans les années à venir“, conclut Georges de Thieulloy.

    L’Usine Nouvelle via http://fortune.fdesouche.com/

  • ‘Le monde vient d’adopter un nouvel étalon-or dans la plus grande discrétion’

    Le monde vient de se doter d’un nouvel étalon or, et cela s’est fait sans réunion au G20 pour en débattre, affirme Ambrose Evans-Pritchard dans le Telegraph.

    L’étude annuelle de la GFMS pour 2012, une société de recherches spécialisée sur les métaux précieux, avait déjà indiqué que les banques centrales à travers le monde avaient acheté plus d’or l’année dernière qu’elles ne l’avaient fait quasiment au cours des cinquante dernières années. Elles auraient ainsi acquis 536 tonnes d’or en 2012, qui ont été substituées aux réserves détenues dans les 4 devises les plus courantes : le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling. Parallèlement, elles ont réduit de 26% leurs détentions en obligations souveraines européennes de la zone euro, leur faisant retrouver les niveaux qu’elles avaient atteints il y a une décennie.

    C’est donc la perte de confiance dans les deux plus grandes devises de réserve du monde, le dollar et l’euro, qui suscite cette évolution. La crise de la dette a révélé les défauts de la monnaie unique, qui ne dispose pas d’une trésorerie capable d’intervenir pour la soutenir, tandis qu’elle est agitée de crises successives ; quant au dollar, c’est la dette abyssale des Etats Unis qui lézarde sa crédibilité.

    Ce mouvement est bien sûr initié par les pays détenteurs de ces 4 monnaies, rejoints par de nouvelles puissances émergentes. A eux tous, ils détiennent les deux tiers des 11.000 milliards de dollars de réserves en devises du monde. La Chine se serait fixée d’accroître ses réserves d’or pour qu’elles dépassent 2% du total de ses réserves en devises. La Russie s’est même fixée un seuil de 10% de ses réserves en or. Le même mouvement s’observe de toutes les régions du monde, en Amérique Latine, au Moyen-Orient, ou dans le Pacifique. Et cette semaine, on a appris que la Bundesbank procédait au rapatriement de ses réserves d’or détenues à New York et Paris. Selon Mohammed El Erian, le CEO de Pimco, cet évènement pourrait déclencher un vaste mouvement d’imitation à travers le monde. « Aucun pays ne voudra se retrouver à être le dernier à sous-traiter toute cette activité à des banques centrales étrangères », a-t-il dit.

    Pour Jim Sinclair, un expert dans le domaine de l’or surnommé « Mr Gold », la décision de l’Allemagne, qu’il compare à un séisme, est comparable en impact à la décision de Charles de Gaulle de rapatrier les réserves d’or de la France qui étaient conservées aux Etats-Unis à la fin des années 1960, qui avait été un signe avant-coureur de la suppression du système de Bretton Woods 3 ans plus tard. Il croit même que la décision de la Bundesbank pourrait sonner le glas du dollar comme monnaie de référence internationale.

    Mais pour Evans-Pritchard, l’or devrait plutôt s’intercaler comme un troisième étalon de référence aux côtés du dollar et de l’euro, ce qu’il estime être une bonne chose. « Un étalon-or partiel, créé par le marché international, et n’appartenant à personne, est le meilleur des mondes. Il offre une valeur de conservation (quoique sans rendement). Il agit comme un contrepoids. Il n’est pas assez dominant pour nuire au système. Offrons-nous donc trois devises mondiales, un tripode avec une jambe d’or. Il pourrait même offrir le luxe d’être stable », conclut-il.

    express.be via http://fortune.fdesouche.com

  • Catholicisme et libéralisme économique

    « Le très catholique Mario Monti [1]... ». C’est ainsi que France-Info (mercredi 2 janvier 2013) évoquait le professeur d’économie qui a été mis en place en Italie par le système oligarchique actuel. Pour corriger ce médiamensonge obscène, nous devons rappeler quelques repères à ce sujet.

    Chacun reconnaîtra qu’au XXème siècle, les penseurs catholiques plutôt traditionnels se sont surtout focalisés sur des critiques du marxisme. Cette concentration du discernement s’est traduite par une certaine tolérance idéologique envers le libéralisme économique. C’est ainsi que la réalité sociologique du catholicisme pratiquant manifeste des personnes bien établies dans le monde, plutôt aisées. Le fait que ces catholiques bourgeois se sentent tout à leur aise dans une église trahit l’ignorance doctrinale et religieuse de ce temps.

    Ce constat sociologique n’annule pas les déclarations du magistère dans le domaine. Notre vie quotidienne est formatée par le positivisme et tous ses corollaires (scientisme, relativisme, nihilisme…) dont le libéralisme économique est également un surgeon majeur. Mais l’enseignement de l’Église catholique sur le libéralisme économique est clair et précis.

    Nous connaissons les travaux de Jean-Claude Michéa [2] sur les racines philosophiques [3] de ce libéralisme de marché. Or, il faut savoir que ce libéralisme des échanges a pu se développer sur les bases philosophiques du positivisme issu, d’une manière paradoxale pour certains, du protestantisme. Le fidéisme protestant, en effet, en niant à l’homme sa capacité à définir l’ordre naturel, favorise la réduction des biens humains aux biens utiles. Or, cette réduction du sens de la vie humaine à la gestion utile de ce qui est, de l’existant, est une violence réelle faite aux intelligences qui cherchent la vérité.

    Le travailleur français, à l’origine majoritairement artisan, paysan ou ouvrier, s’est vu progressivement contraint à l’isolement face à la toute- puissance des structures étatiques. La Révolution a ainsi supprimé les anciennes Corporations (institutions de métiers qui protégeaient les affiliés à travers une législation reconnue) et les anciennes Mutuelles. En adoptant la loi « Le Chapelier » [4], cette Révolution a interdit au travailleur de s’associer en lui ouvrant une nouvelle ère : celle d’un esclavage de l’industrie naissante. La course à la productivité et au rendement allait ainsi servir l’éclosion et la pérennité de groupements économiques financièrement puissants et asservissants.

    Le droit au travail consacré par la sainte Déclaration des Droits de l’Homme cachait surtout le nouveau devoir de se faire exploiter par les puissants de ce monde.

    Le fruit de la libéralisation des esprits, dont Voltaire fut un travailleur acharné, a surtout été la légalisation de la loi de la jungle et le triomphe des appétits égoïstes, dans la droite ligne de l’anthropologie protestante [5]. Les hommes et les femmes, enfermés dans leurs appétits narcissiques, sont ainsi « naturellement » en concurrence et la réussite individuelle, l’arrogance, la superbe, la suffisance deviennent des vertus dans ce monde anglo-saxon. Il n’y a pas loin à voir dans la réussite matérielle le signe des vertus humaines les plus hautes… Ne voit-on pas ici l’arrière-plan protestant de la prédestination dont les signes sont la réussite sociale et les richesses matérielles ?

    Il a existé des patrons catholiques [6] conscients de leurs responsabilités et qui humanisaient autant que possible la vie de leur entreprise. Il faut ici rappeler en toute justice que c’est l’Église catholique qui les rappelait à leur devoir. Si la séparation de la foi et de la raison, aujourd’hui majoritaire dans les cerveaux catholiques, est une catastrophe sociale et ecclésiale, la séparation des classes laborieuses et de l’Église catholique en est une autre.

    Le catholicisme social en France : quelques exemples

    Pourtant, et c’est ce que nous voulons rappeler ici, il n’a pas manqué de voix, même parmi les évêques (eh oui, tout arrive !), pour exposer ce qu’on appelle la doctrine sociale de l’Église [7], laquelle explique l’inhumanité de la doctrine libérale. Sans exposer le détail de l’argumentation, il convient de rappeler que la tradition de l’Église n’est pas de soutenir sans discernement les pouvoirs établis, même si certains hommes d’Église y ont succombé. Nous ne dresserons pas ici une liste dont les noms sont maintenant inconnus pour la plupart. Nous pourrions ici rappeler l’engagement des cardinaux Liénart [8] et Guerry [9] contre cette violence économique et sociale, Frédéric Ozanam [10] ou encore Léon Harmel [11]. Le rappel de cette doctrine sociale au regard du libéralisme économique est essentiel en un temps où le surnaturalisme imprègne le catholicisme, ce qui se traduit par la désertion du combat politique authentique.

    Nous citerons le cardinal Richaud (1887-1968), archevêque de Bordeaux :

    « Le travail de l’homme est une réalité voulue par Dieu et sanctifié par le Christ. Le chômage est donc un mal moral avant d’être un mal économique. Ses conséquences sur la valeur personnelle de l’ouvrier, sur la condition de la vie au foyer, sur l’ensemble de la vie sociale, sont à peser avant tout licenciement. Le chômage ne peut être que temporaire et “subi” par les responsables de la Cité, de la profession, de l’entreprise. Tous les moyens doivent être mis en œuvre pour l’éviter ou le réduire [12]. Jamais il ne saurait être envisagé comme un bien pour relancer une affaire ou équilibrer une situation. Même en face de difficultés économiques d’une entreprise ou d’un pays, les dirigeants doivent avoir le souci de sauvegarder une priorité absolue aux salaires vitaux. Un abandon momentané de la rémunération du Capital, une réduction par le haut de la hiérarchie des salaires et des traitements, un engagement des réserves de l’entreprise peuvent apparaître nécessaires dans une période particulièrement difficile. C’est ici que la morale évangélique du renoncement doit dicter à ceux qui sont avantagés ou qui jouissent d’une plus grande sécurité les gestes que les Chrétiens doivent faire et qui entraîneront leurs collègues et leurs compatriotes… Le dirigeant chrétien… évitera de transférer sur d’autres les difficultés qu’il rencontre. Il s’associera à eux pour les partager… Une conscience chrétienne ne peut supporter qu’une certaine catégorie de citoyens exploitent une période de crise pour s’y enrichir tandis que d’autres connaissent des moyens d’austérité [13]. »

    La véritable Église du Christ a ainsi toujours combattu les abus de pouvoir en protégeant les humbles et les petits. Le catholicisme social n’est pas une vue de l’esprit. Ce christianisme authentique a en effet fourni de nombreux résistants.

    Un certain abbé Busson écrivait ainsi en 1819 :

    « Il est un autre socialisme que les peuples doivent accueillir sous peine de retomber, et bientôt, dans la barbarie : c’est le socialisme chrétien. Celui-ci se fonde sur la liberté, l’égalité et la fraternité, telles que la religion du Christ les révèle. Il ne crée pas une humanité fantastique, pour dicter des lois à l’humanité réelle. Il prend les hommes comme ils sont, avec leurs inégalités sans nombre, parce que ces différences dérivent naturellement de la différence même des individualités humaines. Et voilà pourquoi il cherche à faire servir, dans une juste mesure, la plénitude des uns de ressource à l’indigence des autres. »

    Le catholicisme social en Allemagne

    C’est pourtant au XIXème siècle en Allemagne que le catholicisme social va s’incarner de façon significative autour des « lois Ketteler » du nom de l’évêque de Mayence Wilhelm Emmanuel von Ketteler (1811-1877). Cet évêque ne s’est jamais prostitué aux autorités établies, ce qui lui a valu de nombreuses difficultés. Il est cité en exemple par Benoît XVI dans son encyclique sociale Dieu est amour (n° 27). Dans cet élan, Mgr Weis (1796-1869) écrivait : « Le sort des salariés des riches fabriques est plus oppressif que l’ancien esclavage. » Le fruit de ces réflexions est la création d’associations de protection ou encore la modification du droit du travail.

    En 1864, trois ans, donc, avant la parution du Capital de Karl Marx, monseigneur von Ketteler publie La question ouvrière et le christianisme [14].

    Il dénonce alors une oppression d’une grande actualité :

    « Il n’y a plus de doute possible aujourd’hui : l’existence matérielle de la classe ouvrière presque tout entière, c’est-à-dire la grande masse des citoyens de tous les États modernes, celle de leur famille, le pain quotidien nécessaire à l’ouvrier, à sa femme et à ses enfants, est soumise à toutes les fluctuations du marché et du prix de la marchandise. Connaissez-vous quelque chose de plus déplorable qu’une telle situation ? Quels sentiments doit-elle éveiller dans le cœur de ces malheureux qui se voient, chaque jour, eux et ceux qui leur sont chers, exposés aux éventualités d’un marché ! C’est le marché aux esclaves de l’Europe libérale, taillé sur le modèle de notre libéralisme et de notre franc-maçonnerie philantropiques, éclairés et antichrétiens »

    Léon XIII (1810-1903) reconnaîtra en von Ketteler son précurseur. Une de ses intuitions de résistance est la création d’associations ouvrières, sortes de syndicats, indépendantes de l’État bien entendu, mais également des réseaux capitalistes. Ce mouvement aboutira à la création d’un parti chrétien qui remportera plusieurs élections. Dans l’œuvre de Mgr von Ketteler se trouve également le projet de création d’un institut de crédit qui permet aux ouvriers de contrôler le capital de leur entreprise et la participation des travailleurs aux bénéfices.

    À la même époque, de nombreuses initiatives fleurissent en Occident. En France particulièrement, Mgr Freppel (1827-1891) et Albert de Mun (1841-1914) vont proposer la création de caisses de sécurité sociale. Ces initiatives annoncent les grandes lignes des encycliques sociales de Léon XIII qui ordonnent en conscience la protection des ouvriers.

    La doctrine sociale et les papes

    Pie XI (1857-1922) dénonça en son temps « le libéralisme immoral » que Pie XII (1876-1958) condamnera de nouveau en 1944 « comme contraire au droit naturel ». Il va sans dire que ces hommes connaissaient les relations étroites entre ce libéralisme et la pratique de l’usure, dénoncée depuis les débuts de l’Église [15].

    Cette doctrine sociale de l’Église se fonde sur ce qu’on appelle le droit naturel [16] et la Révélation : cette dernière n’annulant point le premier, dont les grandes lignes ont été définies par des philosophes grecs [17] et romains. Cette doctrine, issue d’une longue maturation, ne définit pas le travail comme une marchandise ou une simple force productrice dépersonnalisée. Cette doctrine sociale relativise donc le travail mais en lui redonnant ses lettres de noblesse : en l’humanisant.

    Concernant la propriété privée, elle ne la définit pas comme un droit absolu de disposer de ses biens [18]. S’inspirant de saint Thomas, elle précise, ce qui ne va pas sans étonner nos oreilles formées au matérialisme égoïste, que la propriété privée, bien que nécessaire [19] à la satisfaction des besoins vitaux et pour d’autres raisons, est destinée en droit au bien commun. Quand j’use d’un bien matériel (maison, moyen de locomotion, outil, etc), je ne dois pas le faire comme s’il m’appartenait en propre mais comme s’il était à tous, si bien que si je rencontre quelque nécessiteux, je dois lui céder ce bien comme s’il s’agissait d’une restitution. Saint Thomas finit ainsi son argumentation en citant saint Paul (1 Tm 6, 17-18) : « Recommande aux riches de ce monde... de donner de bon cœur et de savoir partager. »

    Cette communauté des biens ou destination universelle des biens [20] est traditionnelle dans l’Église, bien que les catholiques, travaillés par des décennies de bourgeoisie néo-protestante, l’aient oublié pour le plus grand bien de la marche libérale. L’Église parle ainsi de droit naturel, non qu’elle enseigne qu’on ne doit rien posséder en propre [21] mais que l’on ne doit pas oublier que, naturellement, nous naissons nus et sans possessions. Le riche qui, par exemple, s’empare en premier d‘une richesse (un puits d’eau par exemple) pour la partager avec le plus grand nombre agit bien et en justice : il faute par contre quand il empêche la redistribution selon un juste prix ou engrange des bénéfices démesurés. Saint Thomas cite dans cette question saint Ambroise : « Que personne n’appelle son bien propre ce qui est commun [22], car tout ce qui dépasse les besoins, on le détient par la violence. »

    L’Église catholique, à travers tout l’argumentaire de sa doctrine sociale, rejette le libéralisme sauvage et le capitalisme démesuré qui lâchent la bride des prédateurs, ouvriers d’injustice. L’aveuglement de trop nombreux catholiques en ce domaine est le fruit du travail de sape d’idéologies déformantes et déshumanisantes. Cette ignorance [23] grave engendre dans leur mode de vie un contre-témoignage non moins grave et empêche leur entrée dans la résistance efficace au nouvel ordre mondial positiviste.

    En 1937, Pie XI s’insurgeait :

    « Que faut-il penser des manœuvres de quelques patrons catholiques, qui, en certains endroits, ont empêché la lecture de notre encyclique Quadragesimo anno dans leurs églises patronales ? Que dire de ces industriels catholiques qui n’ont cessé jusqu’à présent de se montrer hostiles à un mouvement ouvrier que nous avons-nous-mêmes recommandé ? On combattra cette incohérence, cette discontinuité dans la vie chrétienne, que nous avons déplorée tant de fois, et qui fait que certains hommes [24] , apparemment fidèles à remplir leurs devoirs religieux, mènent, avec cela, par un déplorable dédoublement de conscience, dans le domaine du travail, de l’industrie ou de la profession, dans leur commerce ou leur emploi, une vie trop peu conforme aux exigences de la justice et de la charité chrétienne ; d’où scandale pour les faibles et facile prétexte offert aux méchants de jeter sur l’Église elle-même le discrédit. »

    Divini Redemptoris, 1937.

    Quand une structure se corrompt, elle le fait toujours par le haut. L’Église authentique subsiste dans l’Église catholique. Car de nos jours, il est facile de se dire catholiques, du moins dans les réseaux ecclésiaux, d’aller à l’église, de participer à sa vie liturgique et communautaire, voire même d’accéder à certains « grades ». C’est ainsi que l’Église institutionnelle présente parfois, ponctuellement, le visage d’une auberge de prostituées. Ne voit-on pas certains encourager cette situation indigne en entretenant l’ignorance et le mépris de l’étude : c’est ainsi qu’on confisque les clés de la formation en empêchant le peuple d’y accéder. On le conforte ainsi dans ce dédoublement de conscience qui sert l’ordre établi. Au sein de ces zizanies subsiste un petit reste de fidèles qui résiste aux compromissions inacceptables et prend conscience, par l’étude et la lecture, de la nécessité de la dissidence.

    « L’Église n’est ni à droite, ni à gauche mais au-dessus, non pour dominer mais pour servir. »

    Pie XII

    Nul ne peut juger la conscience d’un autre, mais Mario Monti n’est pas catholique : c’est objectivement un petit agent de groupes de domination privés protestants et juifs dont les buts exclusifs sont l’argent et le pouvoir. Entièrement soumis à ces intérêts au détriment du bien commun des personnes, il œuvre chaque jour contre cette doctrine sociale de l’Église qu’il devrait servir en cohérence. Son évêque devrait vigoureusement rappeler ces vérités au risque d’accentuer des contre-témoignages inadmissibles.

    Conclusion

    La société libérale-libertaire, qui est la finalité de l’idéologie mondialiste (à ne pas confondre avec la mondialisation), consacre le prêt à intérêt de l’individu égoïste, alors que la doctrine sociale de l’Église, tout en reconnaissant la propriété privée comme un bien objectif et humanisant, recommande le don gratuit pour l’autre.

    Historiquement, nous sommes passés de la noblesse au calcul intéressé. Il ne faut pas oublier les intentions des pères du libéralisme économique dominant dont un représentant emblématique est Bernard Mandeville (1670-1733). Dans sa Fable des Abeilles (1714), il manifeste qu’une société fondée sur les vertus ne peut pas être prospère matériellement. Il faut donc libéraliser les vices. Le principe de cette nouvelle société libérale sera l’utilité sociale de l’égoïsme. Il ne s’agit plus ici de combattre les vices mais d’en accepter d’institutionnalisation.

    C’est là un des fruits du protestantisme, tel que l’a manifesté Max Weber dans son Éthique protestante et l’esprit du capitalisme. L’Église reconnaît par ailleurs le rôle pertinent du profit comme le rappelle Jean-Paul II dans Centesimus Annus. La difficulté vient quand les âmes sont à ce point absorbées par la Cité temporelle que les soucis propres à cette Cité ont envahi l’esprit des citoyens. Peut-on encore combattre à la suite du Christ dans ces circonstances ? Le souci de la vérité apparaît alors comme une recherche désincarnée : mais dans cette logique, le plus désincarné se trouve être le Christ incarné…

    Un autre sociologue, Werner Sombrart (1863-1941), plus connu en son temps que Max Weber, a fait le lien entre l’économie capitaliste sauvage et la religion juive. Aujourd’hui, deux principes bancaires coexistent dans le monde occidental : l’un, issu du monde protestant, de tendance ascétique ; l’autre provenant du monde juif, de tendance plus spéculative, (cf. Alain Soral, Comprendre l’Empire). Ces deux principes bancaires co-gèrent la capacité qu’ils se sont donnée de créer de l’argent à partir de rien et de tirer profit de l’emprunt. C’est là le mode de fonctionnement de la religion mamonnique. Il apparaît que le positivisme philosophique est un des piliers de l’esprit du monde : logique de domination temporelle.

    Pour une analyse du prêt à intérêt chez saint Thomas : Somme Théologique, IIa-IIae, qu. 78.

    En rappelant le passage du Livre de l’Exode (22, 25), saint Thomas se situe dans la lignée des Pères de l’Église en affirmant le caractère peccamineux de l’usure. On peut dire que jusqu’à la Renaissance, travailler pour accroître ses richesses étaient considéré comme un péché : la finance était immorale. Il fallait trouver le juste prix. L’authentique catholicisme recommandait le prêt gratuit. On sait par ailleurs que deux Conciles (Latran 1315 et Paris 1532) ont solennellement condamné le prêt à intérêt.

    Pour une analyse globale de la question : Pamphile Akplogan, L’enseignement de l’Église catholique sur l’usure et le prêt à intérêt, L’Harmattan, 2010.

    Keroas http://www.egaliteetreconciliation.fr

    Notes

    [1] Né en 1943, après avoir fait le va-et-vient entre la Commission Européenne et la banque Goldman Sachs, il est nommé en novembre 2011 Président du Conseil des Ministres italien et démissionne en décembre 2012. Le technocrate œuvre pour le racket légal des italiens au service des banques privées. Candidat aux prochaines élections, il annonce vouloir poursuivre sur la même voie : libéralisations, mesures de compétitivité, etc.

    [2] Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche (Climats, 2002. Réédition Paris, Champs-Flammarion, 2006) et La double pensée. Retour sur la question libérale (Paris, Champs-Flammarion, 2008) dont Alain Soral nous a recommandé la lecture.

    [3] Le raisonnement est toujours le même : notre connaissance ne touche jamais la vérité des choses mais son aspect sensible seulement. Et par conséquent comme l’appétit suit la connaissance, mon désir sera borné à un calcul d’intérêt singulier. Suivront les utilitaristes anglo-saxons : Adam Smith (1723-1790), Jeremy Bentham (1748-1832), Bernard Mandeville (1670-1733), son disciple Ricardo (1772-1823), John Stuart Mill (1806-1873), Malthus (1766-1834), et plus tard Keynes (1883-1946). Ces auteurs positivistes peuvent s’opposer ici ou là mais leurs points de départs sont les mêmes. Il est intéressant de noter que pour Keynes, influencé par Moore (1873-1958), le bien ne peut être défini adéquatement de façon universel et nécessaire. Il nous faut donc nous en tenir aux institutions établies qui ont fait leur preuve dans l’histoire des hommes pour guider nos actions. L’aboutissement contemporain de cette filiation est Milton Friedman (1912-2006), prix Nobel d’économie (1976), dont la doctrine économique est devenue dominante dans la marche vers le Nouvel Ordre Mondial.

    [4] La Loi Le Chapelier (juin 1791, du nom de Isaac Le Chapelier, avocat au Parlement de Bretagne, et abrogée progressivement en 1864 et 1884) proscrit légalement : les organisations ouvrières, dont les corporations des métiers, mais aussi les rassemblements paysans et ouvriers et le compagnonnage. Étrangement, elle épargne les clubs patronaux, les trusts et ententes à caractère monopolistique.

    « Enfin, à ceux qui verraient encore dans la Révolution la naissance de l’égalité et de la fraternité réelles, nous rappelons la loi “Le Chapelier”. Soit l’avènement aussi dans le dos des “droits de l’homme”, mais sur le dos du petit peuple du travail, du plus brutal libéralisme économique ! La loi Le Chapelier, promulguée en France deux ans seulement après la prise de la Bastille, proscrivant les organisations ouvrières et les rassemblements de paysans. Interdisant, de fait, les grèves et la constitution des syndicats, ainsi que les entreprises non lucrative comme les mutuelles. Ne visant ni les club patronaux, ni les trust, ni les ententes monopolistiques qui ne furent jamais inquiétés, elle provoque, dès 1800 chez les ouvriers charpentiers, la formation de ligues privées de défense et de grèves sauvages, qu’elle (la loi) permet de réprimer jusqu’à Napoléon III » (voir loi Ollivier).

    Alain Soral, Comprendre l’Empire.

    [5] Pour la théologie protestante, avec bien-sûr des nuances chez les auteurs et les filiations, le péché originel a détruit (complètement obscurci) la nature humaine si bien que non seulement l’intelligence ne peut plus connaître le vrai mais la volonté est incapable de bien objectif. On verra ainsi une certaine forme d’anti-intellectualisme chez Luther lorsqu’il refuse de donner à l’intelligence la capacité d’accéder à la vérité. Sa définition de la nature humaine est telle qu’il l’estime incapable de connaître naturellement des vérités premières et d’aimer objectivement un bien. Sa formation nominaliste occamiste a fondé ce postulat. Dés lors, l’usage de la raison dans les matières de la foi, et donc la prétention d’exposer une théologie scientifique du donné révélé, est non seulement invalidée par cette orientation protestante mais lui est insupportable. L’usage de la raison humaine, avec sa logique naturelle, dans les matières de la foi, est un abominable scandale. Nous rappelons ici le texte bien connu : "dans les choses spirituelles la raison est non seulement aveugle et ténèbres, elle est vraiment la putain du diable, elle ne peut que blasphémer, déshonorer tout ce que Dieu a dit ou fait". Notre intelligence totalement détruite ne peut plus définir des vérItés naturelles et les vérités révélées de la foi ne sont pas rationnelles mais s’adressent uniquement à notre cœur, compris comme siège des sentiments. Ce sera le Dieu sensible au cœur de Pascal. Luther repoussait ainsi toute philosophie, et invalidait toute logique en théologie. "La logique n’est nulle part nécessaire en théologie, dit-il, parce que le Christ n’a pas besoin des inventions humaines". Et par conséquent Aristote devient pour lui le rempart impie des papistes. Son éthique est la pire ennemie de la grâce. Saint Thomas est rejeté, la Sorbonne est la mère de toutes les erreurs et Jacques Maritain peut conclure :"Luther en somme apportait à l’humanité 230 ans avant J.J. Rousseau une délivrance, un immense soulagement : il délivrait l’homme de l’intelligence, de cette fatigante et obsédante contrainte de penser toujours et de penser logiquement. La grande oeuvre révolutionnaire, à partir du protestantisme en descendant jusqu’à nos jours, c’est de ne permettre de repos à la raison que dans la contradiction. Elle met en nous une guerre universelle." Luther et ses disciples protestants de tous les temps mettent en oeuvre le programme philosophie de Guillaume d’Occam (franciscain anglais mort en 1347) : abandon de la philosophie réaliste jugée inutile et incertaine, séparation de la philosophie et de la théologie, prédominance du sentiment au détriment de la raison. Plus tard, quand la foi disparaîtra : réduction des biens humains aux biens utiles. Et comme le souligne Jean-Paul II dans Fides et Ratio (n° 48) : « la foi, ainsi privée de la raison, a mis l’accent sur le sentiment et l’expérience, en courant le risque de ne plus être une proposition universelle. Il est illusoire de penser que la foi, face à une raison faible, puisse avoir une force plus grande ; au contraire, elle tombe dans le grand danger d’être réduite à un mythe ou à une superstition. De la même manière, une raison qui n’a plus une foi adulte en face d’elle n’est pas incitée à s’intéresser à la nouveauté et à la radicalité de l’être ».

    [6] Voir plus bas, Léon Harmel.

    [7] Une synthèse de cette doctrine a été publiée en 2006 aux éditions du Cerf.

    [8] 1884-1973 : peu apprécié des traditionnalistes pour son progressisme, il développa cependant le syndicalisme chrétien.

    [9] 1891-1969 : figure du catholicisme social en France après-guerre.

    [10] 1813-1853 : professeur d’histoire de la littérature à la Sorbonne, béatifié en 1997.

    [11] 1829-1915 : industriel français, tertiaire de saint François. Le patronat catholique l’appréciait peu. Harmel rappelait la nécessaire autonomie de l’organisation ouvrière face au patronat.

    [12] L’indice N.A.I.R.U. est ainsi le taux de chômage nécessaire et suffisant pour limiter l’inflation. Équation économétrique essentielle dans le système libéral actuel et dénoncée par Etienne Chouard.

    [13] Le Figaro, 13-02-1959.

    [14] Disponible au téléchargement sur gallica.fr.

    [15] Cf ; Pamphile Akplogan : L’enseignement de l’Église catholique sur l’usure et le prêt a intérêt. L’Harmattan, 2010. L’auteur béninois s’étonne par ailleurs que le nouveau Code de Droit Canonique (1983) ne parle plus de l’usure. Le Compendium de la Doctrine Sociale de de l’Église (Cerf, 2006) rappelle cependant cette condamnation dans son n° 341 : « Si dans l’activité économique et financière la recherche d’un profit équitable est acceptable, le recours à l’usure est moralement condamné : « Les trafiquants, dont les pratiques usurières et mercantiles provoquent la faim et la mort de leurs frères en humanité, commettent indirectement un homicide. Celui-ci leur est imputable » (Catéchisme Église Catholique, n° 2269). Cette condamnation s’étend aussi aux rapports économiques internationaux, en particulier en ce qui concerne la situation des pays moins avancés, auxquels ne peuvent pas être appliqués « des systèmes financiers abusifs sinon usuraires » (CEC, n° 2438). Le Magistère plus récent a eu des paroles fortes et claires contre une pratique dramatiquement répandue aujourd’hui encore : « Ne pas pratiquer l’usure, une plaie qui à notre époque également, constitue une réalité abjecte, capable de détruire la vie de nombreuses personnes » (Jean-Paul II : Discours à l’Audience générale du 4 février 2004).

    [16] Pas celui de Hugo Grotius qui conserve l’expression mais en détourne le sens vers la subjectivité.

    [17] Dont le principal est Aristote, auteur indépassable dans l’ordre naturel.

    [18] Comme c’est le cas chez Grotius. Alors que chez Thomas d’Aquin, tout usage de la richesse doit avoir une destination communautaire (Somme Théologique, IIa-IIae, question 66, a.2).

    [19] Saint Thomas donne trois raisons qui justifie cette nécessité : 1° on prend davantage soin de ce qui nous appartient, 2° l’efficacité dans la gestion est plus assurée quand chacun s’occupe de son office et non quand chacun veut s’occuper de tout, 3° la paix sociale est plus garantie quand chacun est relativement satisfait vis-à-vis des biens extérieurs. Dans le cas des biens partagés ou indivis, il se rencontre beaucoup de conflits.

    [20] La destination universelle des biens de ce monde est rappelée dans le Compendium (Cerf, 2006) à partir du n° 171.

    [21] Sauf dans le cas de vocation particulière, avec des degrés selon les constitutions religieuses.

    [22] Ici, il parle de la propriété au point de vue de l’usage.

    [23] La prise de conscience ne suffit pas : il faut y ajouter la réforme de vie, en un mot sortir de la prostitution à l’ordre établi bourgeois et mercantile avec ses corollaires de consommation continue et avilissante.

    [24] La mixité récente a accentué cette dérive : l’accent mis en effet sur la communion relationnelle au détriment de la raison et de la vérité est une caractéristique de la vie ecclésiale catholique actuelle.

  • Énergie en Méditerranée

    L'approvisionnement en énergie de l'Europe est très dépendant du pétrole et du gaz russe. Cette situation ne serait pas étrangère au projet de couvrir de panneaux solaires toute l'Afrique du Nord et les pays du Proche-Orient.

    Les relations euro-méditerranéennes ont pris un tour décisif avec le lancement de l'Union pour la Méditerranée sous l'égide de Nicolas Sarkozy en 2007. En réalité, le président de la République a connu une défaite. En effet, son projet reposait sur l'idée d'établir des liens privilégiés entre les pays européens riverains de la Méditerranée et la rive sud. L'objectif était d'établir une zone d'influence française qui aurait fait contrepoids aux relations privilégiées de l'Allemagne en Europe centrale et orientale.

    Opposition allemande
    L'opposition acharnée d'Angela Merkel fit capoter le projet. En effet, lors d'une rencontre entre les chefs d'État français et allemand en mars 2008 à Hanovre, le chancelier exigea que tous les pays de l'Union européenne, dont l'Allemagne, participent au projet de l'Union pour la Méditerranée. Face à l'insistance d'Angela Merkel, le président français céda sur toute la ligne. Vidé de sa substance d'origine, le projet politique de Sarkozy s'est européanisé au profit des lobbies de Bruxelles et de leurs alliés de Berlin. Comment peut-on expliquer une telle volonté d'abattre le projet français au profit des instances européennes ? La réponse est simple ; elle tient à l'énergie.
    En effet, l'approvisionnement en énergie de l'Europe pose problème. Dépendant du pétrole et du gaz, les dirigeants bruxellois se sentent pieds et poings liés face au géant russe Gazprom. Afin de se dégager de cette emprise, des dirigeants d'instituts européens en liaison avec des pays sud-méditerranéens ont décidé de lancer en 2003 un projet misant sur l'énergie solaire. Il s'agit de couvrir de panneaux solaires toute l'Afrique du Nord et les pays du Proche-Orient afin d'irriguer l'Europe en énergie.
    Inversement, les pays sud-méditerranéens seront en mesure de bénéficier de la technique nécessaire pour dessaler l'eau de mer. Ainsi, leur agriculture verrait les rendements augmentés pour le plus grand profit de leurs économies. Sous l'égide de la branche allemande du Club de Rome, de la Fondation hambourgeoise pour la protection du climat (la HKF) et du Centre national de la recherche énergétique de Jordanie, une "Coopération trans-méditerranéenne pour les énergies renouvelables" (TREC) a vu le jour.

    Ces compléments venus des déserts
    C'est un véritable réseau international réunissant l'Europe (EU, essentiellement allemand), le Moyen-Orient (Middle East, ME) et l'Afrique du Nord qui, sous le sigle EU-MENA, a décidé de se lancer dans une politique définie comme suit : « Fournir de l'énergie propre à bon marché pour l'EUMENA, aussi rapidement que possible en se basant sur une coopération entre les pays de ces régions. TREC voit l'électricité en provenance des déserts comme un complément aux ressources européennes en énergie renouvelable ainsi qu'un moyen d'accélérer le processus de réduction des émissions européennes de CO² et d'augmenter la sécurité d'approvisionnement énergétique européenne. Pour les populations du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord (MENA), ce projet apporterait une fourniture importante d'énergie propre, des emplois, des sources de revenus économiques, des infrastructures améliorées, des possibilités de dessalement d'eau de mer et de nombreux bénéfices potentiels (comme par exemple l'agriculture) apportés par l'ombre des collecteurs solaires. »

    Projet titanesque
    Afin de promouvoir cette coopération trans-méditerranéenne, TREC s'est doté d'un outil appelé Desertec. Lancé lors d'une réunion à Munich en juillet 2009, avec l'appui d'une multitude de groupes financiers essentiellement germaniques, il consiste à engager plus de 400 milliards d'euros jusqu'en 2050. Ce projet titanesque repose sur l'idée phare de resserrer les liens politiques et économiques entre les deux rives de la Méditerranée. Il préfigure cet idéal ancien d'unifier l'Occident et l'Orient en un seul et même bloc comme au plus beau temps de l'Empire romain. Toute la question est de savoir si les pays musulmans accepteront ce projet et sa finalité voulus par les financiers apatrides de Bruxelles, de Londres et de Berlin.
    Pierre Hillard L’ACTION FRANÇAISE 2000  du 1er au 14 avril 2010

  • Arnaud Guyot-Jeannin : « En finir avec l'utopie mortifère du toujours plus ... »

    ET SI L'AVENIR ÉTAIT À LA « DÉCROISSANCE SOUTENABLE » ?

    Notre temps de crise économique est plus que tout autre fécond en mauvaises bonnes idées.
    Voir, par exemple, la « prime à la casse » destinée à soutenir le marché de l'automobile... sauf qu'elle a tué le marché de la voiture d'occasion, tué les revendeurs, tué les réparateurs... Et pire encore, embouteillé les casses avec des véhicules en parfait état de marche et qui, hier, auraient fait le bonheur de beaucoup d'entre nous. Cette course en avant commence à être remise en question. Notamment en raison des dégâts écologiques qu'elle engendre.
    Entretien avec un écologiste penchant sérieusement à droite ...

    La croissance économique peut-elle être infinie ?
    Non, il ne saurait y avoir de croissance infinie dans un espace-monde fini. Nous avons perdu le sens des limites inhérentes à la vie des civilisations. Nos excès et notre irrespect envers nous-mêmes comme envers la nature détruisent la biosphère. Le capitalisme est fondé sur l'accumulation du capital et du profit. Il est indissociable de la démesure, laquelle entraîne logiquement le dépérissement de toute société.

    À défaut d'une croissance infinie, pensez-vous qu'il soit préférable d'opter pour une croissance zéro, à la façon du Club de Rome, ou pour une décroissance, comme l'évoquent plusieurs penseurs de gauche actuellement ?
    Je suis partisan d'une décroissance soutenable. Il faut distinguer une « croissance zéro » impossible (plus du tout de croissance) d'une croissance négative possible (moins de croissance). Bien vivre ne passe pas nécessairement par la loi du « toujours plus » ; toujours plus de travail, d'objets, de consommation, de rentabilité, etc, Au contraire, bien vivre renvoie à la fameuse  « décence commune », chère à Orwell et à une décélération des modes de production, de consommation et a fortiori de spéculation. Cette dernière devant même cesser totalement. Cette décroissance soutenable commence à sensibiliser les réseaux de la droite anticonformiste qui cherche à sortir de l'ère du productivisme, du consumérisme, de l'industrialisme et d'un capitalisme financier de plus en plus immatériel. Le livre d'Alain de Benoist, Demain la décroissance, témoigne de cette volonté d'affranchissement du système rapace de la marchandise à l'heure de la globalisation néo-Iibérale et hyper-technicienne. D'autre part, il faut rappeler que la croissance se calcule d'après le PIB, qui intègre les richesses accumulées, mais jamais la pauvreté engendrée, ni même les dégâts enregistrés sur le plan environnemental. Il existe une règle entropique fatale à laquelle les Occidentaux vont devoir se plier ; on ne peut pas exploiter plus de ressources naturelles qu'on n'en possède.

    La droite qui encourageait, au XIXe siècle, à réfréner l'appétit de consommation, semble aujourd'hui être du côté de la société de consommation, cela ou nom des libertés économiques. Comment comprenez-vous cette évolution ?
    L'idéologie du désir sur le plan commercial et publicitaire produit naturellement une consommation de masse profitant au capitalisme de marché. La droite libérale a défendu ce consumérisme en évoquant des « libertés économiques » purement théoriques. En réalité, le jeu du marché libre a engendré de juteux profits pour de gros producteurs et de grands distributeurs, tous deux inféodés à l'actionnaire prédateur. Résultat des courses, inverse de celui attendu par les libéraux ; chacun se sent dépossédé de sa responsabilité et de sa liberté fonctionnelle propre. Il n'existe plus de libertés économiques dans un monde entreprenarial livré à la guerre de tous contre tous pour emporter un marché, la concurrence entre des partenaires de petite, moyenne et grande taille a laissé la place à la compétition entre les grosses multinationales de la planète qui monopolisent le marché. La grande distribution en témoigne. L'essayiste Flora Montcorbier a pu désigner justement le capitalisme occidental régnant comme un « communisme de marché ». (1)

    L'un des aspects majeurs de la décroissance concerne l'écologie. La droite a eu longtemps une réflexion et une action dans ce domaine, mois semble aujourd'hui étrangement absente de ce débat. Comment l'expliquez-vous ?
    En 1945, la droite a réfuté l'écologie qui était un de ses thèmes de prédilection par peur d'être assimilée à Vichy et à Pétain la terre, elle, ne ment pas. En 1968, la gauche a profité de l'enfermement de celle-ci dans le ghetto des réprouvés ou dans le camp de la gestion bourgeoise, le gaullisme immobilier et la société de consommation, pour reprendre l'offensive. Elle a monopolisé le thème de l'écologie, souvent en dévoyant son projet initial et en minimalisant ses revendications. Depuis quarante ans, la gauche politicienne s'est caractérisée par son ralliement à la société capitaliste en y mêlant son hédonisme festif. Syndrome bobo !
    Priorité au cosmopolitisme nomade,si prisé par le capitalisme transnational ! Quant à la droite, elle a fait le jeu du marché économiquement et a suivi la gauche dans ses thèmes sociétaux. Seuls quelques penseurs inclassables, revendiqués de droite par liberté d'esprit, comme Paul Sérant, Gustave Thibon ou Georges Suffert ont reposé urgemment la question écologique dans un milieu et une société qui leur étaient hostiles.

    Selon vous, le développement durable peut-il être obtenu par le jeu du marché ?
    Le « développement durable » est une expression développant surtout un oximore (mots contradictoires). L'idéologie du développement s'accompagne toujours d'une courte durée, car elle corrobore toujours les desseins de la rentabilité immédiate. Ainsi, le développement durable appelé aussi « capitalisme vert », « croissance verte » ou encore l'expression plus perverse « croissance soutenable », est un instrument redoutable du marketing financier. Notamment par l'effet rebond ! Les voitures moins polluantes ne le seront pas, au bout du compte, puisqu'elles seront achetées en plus grand nombre. Moins de pollution aujourd'hui, pour en éprouver davantage demain ! La décroissance soutenable ne se confond donc pas avec le développement durable. René Riesel n'a pas tort d'insister sur le rôle primordial d'une écologie résidant en premier lieu dans l'éradication du capitalisme industriel. La destruction de la « Forme-Capital » complétée par celle de la « Forme-Parti » et de la « Forme-Média » sont nécessaires à l'éclosion d'une société organique où l'homme se réenracine dans ses communautés d'appartenance et renoue avec le lien cosmique qui unit la Terre au Ciel.
    FLASH  18 juin 2009
    (1) L'Âge d'homme éditeur www.lagedhomme.com
    • Arnaud Guyot-Jeannin est journaliste et essayiste, il dirige la collection Vu autrement à L'Âge d'Homme. Il a notamment publié deux ouvrages collectifs qui traitent de l'écologie, Aux sources de l'erreur libérale 1999) et Aux sources de la droite (2000).
    • Cet entretien est également disponible dans l'hebdomadaire Les 4 vérités - www.les4verites.com - et ici reproduit grâce à la courtoisie de Guillaume de Thieulloy, son directeur.

  • Champ-de-Mars : quand les intentions de Bertrand Delanoë sont mises à nu !

    images.jpgOn se souvient qu’après la manifestation du 13 janvier contre le « mariage » homosexuel, Bertrand Delanoë avait adressé à la préfecture de police la facture de ce qu’il estimait être des dégâts provoqués par le «piétinement» des pelouses sur le Champ-de-Mars : un coût évalué à «au moins 100.000 euros».

    Un jeune paysagiste mosellan, Samuel Bingelmann, avait alors proposé de restaurer, à ses frais, la pelouse abîmée. Il estimait que les travaux lui reviendraient «à moins de 50.000 euros». Hé bien le jeune homme s’est fait éconduire par la socialiste Anne Hidalgo ! Celle-ci, première adjointe PS du maire de Paris, a dénigré mardi matin sur RTL la généreuse proposition :«Je ne suis pas sûre que ce soit fait aussi bien», a-t-elle déclaré.

    Des propos qui ont suscité l’indignation du directeur de l’entreprise Lorraine Plants, située en Moselle : «Comment peut-elle juger la qualité du travail de mes salariés? Les jardiniers de la Ville de Paris sont sûrement excellents, mais mes huit employés connaissent eux aussi parfaitement leur métier » s’est-il exclamé. Avant de poursuivre : « Je comprends bien que la mairie de Paris ne veuille pas me confier ces travaux, après tout c’est son droit, mais cela ne l’autorise pas à humilier mes employés. Je souhaiterais qu’elle leur présente ses excuses».

    Il est évident que la démarche de Bertrand Delanoë est totalement partisane. D’abord, nul n’ignore son positionnement dans le débat sur le « mariage » homosexuel. Et qu’il présente comme par hasard une facture à l’issue de ce grand rassemblement, lequel était pourtant bon enfant et étranger aux violences habituelles des manifestations revendicatrices de gauche contre lesquelles le maire de Paris n’a pourtant jamais à redire, voilà qui achève de dissiper les doutes sur les intentions de Monsieur Delanoë… Et s’il fallait encore en convaincre l’opinion, c’est désormais chose faite : car si la démarche du maire de Paris était honnête et uniquement animée par le sort de la pelouse du Champ-de-Mars, il aurait dû se réjouir de la proposition que venait de lui faire le jeune paysagiste. CQFD

    http://www.contre-info.com/

  • Ecoracialisme (3) -/ L'Age d'or

    Frédéric Malaval, auteur du livre Ecoracialisme, non encore paru en édition, nous propose en exclusivité sur un mode toujours original son troisième extrait. Son constat est d’un réalisme achevé. Quelques anecdotes personnelles agrémentent sa démonstration qui débouche sur une conclusion presque déconcertante ou tout au moins inattendue. Nous verrons si les lecteurs réagissent sur ce texte.
    Polémia

    L'Age d'or

    Depuis la seconde moitié du XXe siècle, on vit bien. Guerres, famines, épidémies, tout a quasiment disparu depuis 1950. La population mondiale est passée d'environ 2,5 milliards d’individus à cette époque à 7 milliards en 2010. Dix milliards bientôt ?

    Depuis 1950, aucun conflit majeur n’est venu perturber la marche du monde. Le total des tués pendant la Première Guerre mondiale aurait été de dix millions ; des hommes jeunes et en bonne santé. (…)

    Un constat s'impose : énormément de morts. Depuis 1945, il y eut des conflits, mais les mortalités avérées sont beaucoup plus faibles. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) envisage 250.000 morts pour faits de guerre en 2004, contre 500.000 par homicides et 1.000.000 de suicidés. Les pertes humaines d'aujourd'hui sont de surcroît à rapporter à une population qui a presque triplé en un demi-siècle.

    Les morts par famine ont, eux aussi, quasiment disparu. La malnutrition existe : les disettes sont encore nombreuses, condamnant les individus les plus fragiles. Mais de gigantesques famines en temps de paix, il n'y a plus. Chacun peut constater qu'en Europe les marchés et les magasins regorgent de victuailles abondantes et de qualité. Ailleurs, il en est de même. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Produit intérieur brut (PIB) mondial n'a cessé de croître (sauf en 2009, selon la Banque mondiale), ceci malgré des crises sévères comme l'effondrement de l'Union soviétique et de ses satellites.

    Quant aux épidémies, c’est un mauvais souvenir. La Grippe espagnole de 1918 avec ses 34 millions de morts est la dernière ayant marqué les esprits. Oublions aussi les choléras du XIXe. A Paris, l'épidémie de 1832 fit près de 19.000 victimes en six mois, autant à Marseille. En juin 2011, les autorités allemandes purent confirmer la source d'une épidémie de diarrhées mortelles. Bilan : 36 morts.

    Guerres, famines et épidémies étant contenues, au cours des cinquante dernières années la durée de vie moyenne a progressé de plus de 20 ans dans le monde, passant de 46 ans (1950-1955) à 68 ans (2005-2010). Mais les situations restent très contrastées, avec une durée de vie bien moindre dans beaucoup de pays. Alors qu'un Européen vit en moyenne 76 ans, un Africain vit en moyenne 55 ans. En France, l'espérance de vie était de 45 ans en 1900, soit moins que celle d'un Africain aujourd'hui.

    Cessons ici d'exposer des chiffres étayant une idée simple : nous vivons un Age d'or. Bien sûr, tout est contestable. Evénements et statistiques font toujours l'objet d'aménagements selon les motivations des protagonistes qui les avancent. Toutefois, si je prends mon exemple, celui d'un Européen francophone de nationalité et citoyenneté françaises, né quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ayant toujours vécu dans la partie européenne de la Ve République française, je n'ai connu ni la guerre, ni la famine, ni d'épidémie. De cela, j'en suis garant. Je ne crois pas qu'aucun de mes aïeux eut ce privilège. Mes deux grands-pères vécurent comme soldats les deux conflits mondiaux. Mon père se promena dans les Aurès. Une grand-mère de mes enfants subit encore (2011) les séquelles du typhus qu'elle contracta, enfant, dans un Großdeutsches Reich agonisant. Son époux, plus âgé, traversa ces années sur le fil du rasoir. Membre de la Hitlerjugend, il était mobilisable par la Waffen-SS en juillet 1944. Prudent, il se fit oublier. Il termina sa carrière comme un des protagonistes de la fondation de la Communauté européenne Charbon-Acier (CECA). Dans cette génération, j’ai croisé un Breton sachant, enfant, à peine parler français. Enrôlé dans l’US Air force, il se retrouva en 1945 parlant mieux l’anglais que sa langue nationale. Il termina sa carrière commandant de bord chez Air France, sur Boeing 747. Un Alsacien, étudiant en médecine, ayant commencé la guerre sous le drapeau français fut ensuite intégré comme infirmier dans la Wehrmacht. Il finit la guerre sous le même statut, mais dans l’Armée soviétique, après qu’il eut été fait prisonnier par les Russes. (…)

    Quelques chiffres et souvenirs argumentent ce constat

    Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la production de biens de consommation et de services a fortement augmenté. Le Produit intérieur brut (PIB) mondial a été multiplié par 7 en 50 ans. Tous les continents ont connu la croissance, les acquis des pays « riches » profitant aux pays « pauvres ».

    De 1900 à 1950, la consommation mondiale d'énergie est passée de 965 millions de tonnes d'équivalent pétrole (TEP) à 2.099 millions de TEP, soit une multiplication par 2,1. (…)

    La consommation de denrées alimentaires connaît, bien évidemment, les mêmes évolutions. (…)

    Que ce soient les ressources renouvelables, comme le poisson, ou non renouvelables, comme le pétrole, la consommation de tout ce qui est consommable a crû depuis 1950 dans des proportions supérieures à celles estimées depuis que l'Homo sapiens sapiens artificialise l'écosphère. Les chiffres sont connus et régulièrement diffusés par des mouvements écologistes. Le WordWatch Institute, créé en 1974 par Lester Brown, édite chaque année un « état du monde » sous le titre The State of the World. Cet organisme se veut le pendant inquiet des grandes organisations internationales créées par les Américains dans l'après-guerre pour coordonner leur politique mondiale : Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Organisation des Nations unies (ONU), FAO, OMS, etc. Les résultats sont à la hauteur des espérances de leurs initiateurs. (…)

    Le confort, la santé, la sécurité, etc., tout ceci caractérise la seconde moitié du XXe siècle. Le prix à payer en est cependant une crise écologique inconcevable auparavant. La solution envisagée pour la surmonter est le Développement durable, dernier avatar d'une Modernité dont on oublie les apports, car ils vont de soi, et dont la conséquence est qu'on « vit bien ».

    Alors , oui, nous vivons dans ce qui ressemble à un paradis. Forts de ces succès, ceux qui ont organisé ce monde peuvent légitimement revendiquer sa direction officielle. Qui sont-ils ? Les Etats-Unis d’Amérique. La classe dirigeante américaine et ceux qu'elle a convaincus de la bienveillance de ses entreprises poursuivent inlassablement ce but : améliorer les conditions de vie matérielles de chacun d'entre nous. Ceux-ci ont comme doctrine de référence un capitalisme mondialisé, garant de la réalisation terrestre du paradis biblique. L'Homme y est envisagé comme un producteur-consommateur. Les plus dynamiques créent et organisent la distribution de ces richesses. A l'instar d'une aristocratie guerrière qui assurait la sécurité des territoires qu'elle dominait, l'oligarchie capitaliste apporte la prospérité. Personne ne veut contester sa gouvernance car les bienfaits dont chacun bénéficie aujourd'hui sont largement supérieurs aux méfaits qu’elle engendre. Cela dure depuis plus d'un demi-siècle. De surcroît, aucune doctrine n'est capable de s'opposer par l'esprit à ce qui domine la tête et le cœur de nos contemporains. Actuellement, rien ne peut ébranler les fondations de la mondialisation heureuse ou, dit autrement, l’américanisation du monde conduite par les Etats-Unis.

    Frédéric Malaval
    Ecoracialisme (3) L’Age d’or
    17/01/2013

    A suivre  Correspondance Polémia – 22/01/2013

    Voir :

    Ecoracialism (1) / Introduction
    Ecoracialisme (2) / Un homme, une femme ; un homme/femme, une femme/homme 

  • Le Qatar financerait les groupes islamistes du Nord Mali !

    Le Qatar, c’est ce petit pays qui rachète la France morceau par morceau, comme nous avons déjà eu l’occasion de le manifester sur ce site.

    En juin dernier, l’hebdomadaire satirique français “Le Canard Enchaîné”, citait une source de la Direction du renseignement militaire français (DRM) selon laquelle le riche émirat gazier du Qatar,  le prince al-Thani, financerait les groupes islamistes qui avaient pris le contrôle de l’Azawad, dans le Nord-Mali.

    Selon cette source, « les insurgés du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA indépendantiste et laïc), les mouvements Ansar Eddine, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao) ont reçu une aide en dollars du Qatar ».

    Au début de l’année, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) aurait transmis plusieurs notes à l’Élysée, informant la présidence des « activités internationales » du Qatar. Apparemment sans grand effet, le prince al-Thani étant un grand allié de l’ancien président français Nicolas Sarkozy.

    Cette hypothèse paraît aujourd’hui confirmée par le Figaro. Le 20 janvier dernier, celui-ci évoquait l’équipement des djihadistes, auteurs de l’attaque du site gazier d’In Amenas : «On a trouvé parmi leurs kalachnikovs un modèle typiquement ­libyen, l’AK104, confie une source proche des militaires. Mais aussi des roquettes F5, petits modèles apparus pendant la guerre en Libye.» Leurs tenues aussi venaient de Libye : «Il s’agit de celles données par le Qatar aux rebelles du CNT (Conseil national de transition), reconnaissables à leur couleur ».

    Nous admettons donc nous être trompés en constatant que le Qatar rachetait la France morceau par morceau : manifestement, avec son argent et ses jeux d’alliances, il semble vouloir acheter la terre entière et y asseoir sa domination…

    http://www.contre-info.com/