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économie et finance - Page 822

  • "Merde in France" (1)

    Chacun sait que durant les vingt-trois premières années de la cinquième république la gôche resta dans l'opposition. Fortement empreinte de marxisme dès lors où il était question de critiquer la structure en place, la Sfio et ses descendants incarnèrent, contrairement à d'autres pays européens, l'ancrage politiquement excentré. La critique du capitalisme, notamment durant la première décennie de la cinquième république fut tellement peu fondée, que même Albin Chalandon, ministre de l'industrie sous Pompidou, finit par reconnaître que l'économie française ressemblait à cette époque davantage à l'économie soviétique qu'à celle des Etats-Unis. Depuis 1981, soit 32 ans, la gôche exerça le pouvoir 18 ans. En conséquence, même si c'est de peu, elle eut durant cette période davantage les rênes en ses mains que la droate.

    Le bilan si on prend en compte le dernier tiers de siècle, droate et gôche confondues, apparaît aujourd'hui comme particulièrement désastreux. Il me semble nécessaire d'ajouter à cette période, l'intégralité du septennat de Valéry Giscard d'Estaing, tant il augure les décennies qui suivirent, avec la furieuse envie d'y inclure aussi le quinquennat de Georges Pompidou, responsable par exemple de la détestable loi Pompidou-Giscard de 1973.

    En revanche, tout à fait différente, fut la décennie précédente lorsque le général de Gaulle fut au pouvoir. Le général donna à la France une nouvelle république, autrement plus musclée que les précédentes, gage de stabilité politique. Concernant l'économie, le gaullisme fut le choix d'un juste milieu entre capitalisme et communisme, que l'on peut qualifier d'économie mixte voire planifiée. Dernier volet, cette fois ci concernant la géostratégie et le diplomatie, le choix du général, peut être bien marqué par son attirance originelle pour l'Action Française, fut celui du renvoi dos à dos de l'Urss et des Usa. Cette option courageuse était à l'époque d'autant plus risquée que le pacte de Varsovie attendait son heure à nos portes.

    Alors que, pour l'instant, Valéry Giscard d'Estaing passe pour être le président le moins aimé de cette république, il me semble que sur le long terme, c'est lui qui a gagné. La société dans laquelle nous vivons aujourd'hui n'est autre que la sienne. Jamais Vge ne fut républicain, même s'il appartint à un parti du même qualificatif, thuriféraire de la démocratie libérale qu'il fut. La société dans laquelle nous sommes aujourd'hui contraints de vivre est la sienne et nullement celle du général de Gaulle le jacobin ou de François Mitterrand son lettré opposant. Souvenons nous justement du gouvernement Mauroy, celui-là même qui maintint les magnétoscopes japonais bloqués dans les ports français. Souvenons nous aussi du plan de nationalisations opéré par le ce gouvernement, même si la nationalisation à 100% était à l'évidence abusive, permettant de conserver dans le giron français de très nombreuses entreprises qui eurent été avalées sinon...

    Le grand vent libéral, initié par Reagan et Thatcher voici plus de trente ans , a dévasté le monde et occasionné bien des naufrages. L'Europe de Bruxelles qui n'est autre que celle qui s'inspire de la pensée anglo-saxonne, est peut être satisfaisante pour l'Angleterre, mais nullement pour les colbertiens que nous sommes par tradition. La diminution de nos avantages, inhérents au fait français, vient de cet absurde choix d'une société qui n'est pas conforme à notre génie national. L'erreur serait de croire que les Français aient tous à pâtir de ce choix. On vient d'apprendre ainsi que les 500 Français les plus riches, avaient vu le montant de leur fortune augmenter de 25% en l'espace d'un an. 25% ! Dans le même temps, les Français que l'on peut qualifier de normaux ou de représentatifs, viennent de voir les intérêts - déjà faibles - de leur compte épargne, encore une fois diminuer. Voilà qui ne surprendra pas les marxistes, dont le modèle sociétal de référence en matière de capitalisme est pyramidal. Si l'extrême pauvreté ne touche pas, en terme de pourcentage, beaucoup de Français, force est de constater, qu'ils sont très nombreux à surveiller de très près leur compte courant par peur de passer dans le rouge. C'est ainsi que la formulation naguère erronée et propagandiste, d'une France de riches toujours plus riches et de pauvres toujours plus pauvres, est aujourd'hui devenue valide. A titre d'exemple et de justification, l'exécutif a déjà autorisé pas moins de 10 milliards de hausse de prélèvements pour l'année 2014. La TVA par exemple, augmentera de 6 milliards. Rappelons que la Tva est payée par tous , et que les différents taux vont grimper. Rappelons aussi que ce sont les plus pauvres – merci la gôche, l'autre façon d'être libéral – qui sont les premières victimes de cet impôt indirect. Bien évidemment, une diminution majeure de l'impôt sur les sociétés – entendez les grandes – est aussi prévue.

    Le phénomène est général et engendre des conséquences sociales. A titre d'exemple, au début des années 60, c'est 22% des élèves des grandes écoles d'ingénieurs qui étaient issus de milieu populaire; aujourd'hui ils ne sont plus que 9%. Rappelons aussi que le fait "Sdf" n'était pas voici 35 ans. C'est un aspect désormais banal de la société contemporaine.

    Les Etats-Unis, Bruxelles, et nos gouvernements successifs et complices, descellent progressivement les différentes briques du mur français. L'idée même d'immigration, ridicule en période de crise économique intense à fort taux de chômage – qui peut contester ? - continue d'être portée aux nues malgré les évidences. Il n'est d'ailleurs pas impossible que cette immigration avec ce qu'elle implique de communautarisme et d'affaiblissement de la nation, ne satisfasse les «élites» au motif que notre société ressemble de plus en plus à celle existant outre-atlantique, contribuant ainsi à souder les deux entités.

    Je pense sincèrement que tout ce processus a été élaboré et pensé. Et en ce sens, il y a préméditation. Voilà qui justifie au motif des évidences, quitte à choquer les donneurs de leçons qui pousseront les hauts cris, le terme bien connu de «complot».

    Philippe Delbauvre http://www.voxnr.com

    note

    (1) Jacques Dutronc, bien sur.

  • BCE-FMI-UE : la troïka censée sauver l’Europe de la crise a-t-elle organisé un énorme hold-up des contribuables ?

    La BCE, le FMI et l'Union européenne, que l'on appelle la troïka, ont refusé une restructuration immédiate de la dette grecque dès le début de la crise. Résultat de cette décision : ce sont les contribuables européens qui ont payé la facture.

    Atlantico : Après l'adoption de plusieurs plans de sauvetage pour les pays en difficulté, notamment la Grèce, la Troïka (le FMI, la Commission européenne et la BCE) est sous le feu de nombreuses critiques. Parmi celles-ci : ne pas avoir accepté une restructuration immédiate de la dette grecque afin que les détenteurs de dettes grecques puissent transférer ces "actifs", et donc le risque, vers les Etats européens, et donc les contribuables. L’action de la Troïka dans la crise a-t-elle consisté à faire peser le coût des mécanismes de sauvetage sur les contribuables européens ?

    François Lenglet : Il y a eu effectivement un transfert du risque des banques vers les contribuables de façon spectaculaire. Les banques ont fait plus ou moins faillite et se sont retrouvées dans des situations d'illiquidité. Par conséquent, le coût fut transféré sur le bilan des Etats, et donc sur celui des contribuables, avant de le déplacer de nouveau dans le bilan des banques centrales (au pouvoir financier en théorie illimité puisqu'elles sont à l'origine de l'émission de monnaie, NDLR) comme ce fut davantage le cas dans les pays anglo-saxons. Avec toutes les techniques de monétisation de la dette, nous allons dorénavant vers une diminution de la charge pesant sur les contribuables pour la reporter sur les épargnants. Les banques ont certes effacé pour 107 milliards de dette grecque début 2012, mais elles les avaient déjà transférés vers des détenteurs publics ou parapublics, même si ces opérations furent réalisées à perte pour elles.

    De manière générale, tout l'effort de redressement de l'Europe a été essentiellement concentré sur les contribuables. La Troïka, qui comprend le Fonds monétaire international, dirigé à l'époque par Dominique Strauss-Kahn, avait dès le début conçu un plan absurde en soi : la charge à la solde du contribuable était tout simplement trop élevée. Il y a eu dans un premier temps un véritable déni du problème. Nous nous sommes alors rapidement rendus compte que ce n'était pas tenable.

    La morale de l’Histoire est que les dettes excessives ne sont jamais remboursées. Résultat, petit à petit, nous avons commencé à alléger la dette grecque non plus en ne faisant payer que les contribuables, mais également les détenteurs de capital en imposant un "haircut", une restructuration de la dette, comme ce fut le cas dans les pays d'Amérique du Sud dans les années 1980. Ce qui a été fait pour la Grèce, et en partie pour l'Irlande où la durée de remboursement a été allongée, sera de nouveau décidé pour l'Italie, l'Espagne ou le Portugal. Ces pays se trouveront bientôt dans l'impossibilité complète de faire face à leurs engagements, ces derniers étant beaucoup trop lourds au regard de leur compétitivité et autres perspectives de croissance. Les calendriers de retour à 3% de déficit ont été détendus, ce qui est une façon de reconnaître que les contribuables ne peuvent en supporter davantage.

    Olivier Demeulenaere : Oui, ce fut un hold-up par lâcheté. L’Europe n’a pas eu le courage de trancher immédiatement. Il aurait fallu restructurer dès le début de la “crise grecque”, en 2010 et non en 2012 où il était déjà trop tard. Un défaut de paiement de la Grèce, accompagné d’une sortie de l’euro et d’une dévaluation, aurait certes été dommageable pour les banques allemandes et françaises, mais une action concertée de la BCE et des Etats à ce moment-là aurait pu leur sauver la mise et éviter un krach du système financier. Au lieu de cela, on a socialisé la dette en refilant le mistigri aux Etats, c’est-à-dire aux contribuables. C’était reculer pour mieux sauter : ces prêts des Etats furent en réalité des dons, puisque la Grèce était incapable de rembourser. Pire encore, on lui a enfoncé la tête sous l’eau en exigeant d’elle, en contrepartie de l’aide européenne, des mesures drastiques qui ont eu pour effet de plomber son activité économique et d’accentuer la casse sociale. Le bilan est catastrophique : tout le monde a plongé.

    Cette succession d’erreurs s’explique plus profondément par une raison politique, pour ne pas dire idéologique : Il fallait à tout prix sauver l’euro, ce dogme absurde, cette religion imposée aux peuples par les élites fédéralistes.

    Cependant, laisser la Grèce faire faillite, et mettre les banques qui en détenaient des actifs en difficulté, aurait-il davantage touché les citoyens européens par l'aggravation de la crise que cela aurait causé - surtout au regard des conséquences de la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 ?

    François Lenglet : Pour faire simple, nous acceptons aujourd'hui les solutions que nous avons refusé hier. Il n'est pas certain que le coût en termes de "déstabilisation de l'Europe" et d’"aggravation de la crise" aurait été plus fort s'il y avait eu une restructuration de la dette grecque dès le début de la crise. La bonne solution aurait même été de sortir la Grèce de l'euro. Soyons honnêtes : ce qui est inévitable finira de toute façon par se produire. Avec son niveau de compétitivité, il n'y a aucun avenir pour la péninsule hellénique en zone euro. Elle ne pourra jamais rétablir sa situation sans retrouver la liberté de son taux de change, sans quoi nous tuerons ce pays auquel cas il faudra lui envoyer des milliards d'euros d'aide annuels tout comme Paris aide la Lozère ou la Corrèze.

    Maintenir une situation économique intenable uniquement pour le symbole est aberrant : il est aberrant que la Grèce soit encore dans la zone euro au même titre qu'il est aberrant qu'elle y soit tout simplement entrée. D'autres pays d'Europe du Sud auraient d'ailleurs eux aussi tout intérêt à sortir sans quoi nous alourdissons sans cesse le coût de la crise. Un coût à la charge des contribuables.

    Ainsi, pour éviter le risque de panique généralisée suite à la sortie d'un pays, il faudrait parallèlement renforcer les liens entre les autres économies restantes. Il faut donc à la fois redéfinir la zone euro et intégrer de façon plus profonde, durable et solide les autres pays membres.
    La suite sur Atlantico

    http://www.observatoiredeleurope.com

  • Le fantôme du libéralisme

    L’’effondrement du modèle social français n’’a pas que des mauvais côtés. D’’une part parce que l’’extension du centralisme bureaucratique n’a jamais été une bonne chose pour nos libertés, d’’autre part parce qu’’il permet de constater que la tradition libérale française existe toujours, et demeure hélas dans l’’erreur.
    Retour du libéralisme sauvage
    Les contours de cette tradition, qui existe pourtant bel et bien, demeurent toutefois assez flous pour qu’’Alain Laurent se prête, dans Le libéralisme américain, à un travail de clarification sémantique. La polysémie du mot libéral” fait de son usage un exercice délicat. En France, libéral, presque toujours précédé du préfixe “ultra” ou “néo”, renvoie à un courant politique qui fait de l’’économie de marché le meilleur régulateur des rapports humains, et de l’’État l’’ennemi absolu des libertés individuelles. En Angleterre et aux États-Unis, être libéral, c’est accepter l’intervention de l’’État en économie, être progressiste en morale et bien souvent pacifiste en politique. En bref, c’’est un quasi-synonyme de social-démocrate.
    Alain Laurent soutient que la première acception est la vraie, tandis que la seconde n’est qu’’une vaste escroquerie visant à perpétuer dans les esprits les “acquis” des différentes formes d’’interventionnisme étatique et bureaucratique. Son avis est définitif, et prend sa source dans ses lectures de Von Mises et Hayek : « Mises rappelle dans la première partie de l’’ouvrage significativement intitulée Libéralisme et socialisme qu’’outre l’attachement à la tolérance, à la paix, à l’égalité devant la loi, à la démocratie et aux droits individuels fondamentaux, ce qui identifie par nature le libéralisme c’’est le primat du libre contrat et le respect intégral du droit de propriété – incluant “la propriété privée des moyens de production” […] qui sont au fondement d’’une économie de libre marché sans laquelle parler de libéralisme est absurde autant que scandaleux. »
    Le droit ou le marché
    La généalogie que M. Laurent dresse n’’est pas dénuée d’’intérêt. Le néolibéralisme dont il se fait le héraut ne serait finalement qu’’un retour au libéralisme des origines, celui de Bastiat, Smith et Locke. Ce finalement « vieux libéralisme » aurait été supplanté à partir du XIXe siècle par un « nouveau libéralisme » anglo-saxon teinté de socialisme, à son tour contesté après la seconde guerre mondiale par la nouvelle génération de « classical liberals ». Toutefois, plusieurs remarques s’’imposent.
    Premièrement, on voit mal en quoi l’’école de Manchester, qu’’A.Laurent porte au pinacle, peut prétendre au monopole de l’’étiquette libérale. On peut même se demander si ce courant, dans sa prétention à incarner la totalité de la tradition politique libérale, n’’en est pas qu’’une excroissance scientiste tout aussi datée que son adversaire “progressiste ” née des Lumières écossaises et teintée d’’évolutionnisme darwinien.
    Deuxièmement, les malentendus qui subsistent entre nouveau et ancien libéralisme renvoient à une tension mal éclaircie qui remonte aux premiers philosophes libéraux, et qui paraît irréductible - du moins quand on reste libéral : est-ce le droit ou le marché qui est la meilleure garantie des libertés individuelles ? L’’État ne joue-t-il pas au même titre que le marché un rôle de fractionnement des lieux de pouvoir, de “checks and balances pour reprendre l’’expression consacrée, utile à la défense des libertés civiles et politiques ? Toujours en partant de l’individu et de sa propriété comme un tout inviolable, l’’intervention de l’’État peut se justifier pour corriger une situation qui n’’est pas spontanément juste et contrevient à l’’idée pourtant chère à A. Laurent d’’égalité devant la loi.
    Notre auteur s’en prend au New Deal de Roosevelt et à la Great Society de Johnson, mais force est de constater que le langage de justification des deux hommes politiques emprunte au lexique libéral, et cela à raison. La grande loi de 1964 sur les droits civils mit fin à la sélection sur la couleur de peau dans les relations de travail. Elle fut une intervention étatique qui faussa le libre jeu des relations contractuelles entre employeurs et employés, et s’’explique par la primauté donnée à l’’égalité devant la loi sur la liberté du big business. Pour prolonger la remarque, il est étonnant d’’entendre un néolibéral faire l’’apologie du néoconservatisme, qui tient beaucoup plus de ce new liberalism interventionniste et assez peu soucieux de l’’augmentation des budgets fédéraux - notamment militaire - que du vieux libéralisme classique attaché à l’’État “veilleur de nuit”. Un Robert Taft en est bien plus proche, mais lui appartient au panthéon des conservateurs traditionnels, que sur un contresens M. Laurent considère comme des illuminés et des collectivistes.
    Nation et démocratie
    Pierre Manent appartient lui aussi à la tradition libérale, mais son horizon est plus conservateur. Elève de L. Strauss, lecteur de Tocqueville et de Oakeshott, il garde une attitude beaucoup plus réservée, voire sceptique, sur les bienfaits de l’’extension de l’’idéologie individualiste à toutes les sphères d’’activité humaine et sociale. Dans son dernier essai, le philosophe s’’alarme de la disparition de la nation, voire de l’’idée de cité sur laquelle s’’est bâtie toute l’’histoire de France. Le projet européen se proposerait de lui substituer une « agence humaine centrale » promotrice d’une forme démocratique sans peuple, une démocratie pure axée sur la « bonne gouvernance » et le respect des droits de l’’homme tout en oubliant la question de la souveraineté populaire : « La version européenne de l’’empire démocratique se signale par la radicalité avec laquelle elle détache la démocratie de tout peuple réel et construit un Kratos sans Demos. »
    La dynamique démocratique, que M. Manent identifie avec Tocqueville à l’’égalité des conditions, se caractériserait par l’’abolition des distances entre des hommes désormais persuadés d’’être souverains. L’’injonction démocratique fois l’’empathie pour l’’humanité et à éliminer toutes les instances de différenciation plus ou moins héritées des temps prédémocratiques : la hiérarchie, la courtoisie ou politesse, la bienséance et plus généralement tous les rites sociaux qui tendaient à organiser la séparation entre les hommes sont contestés par l’égalitarisme démocratique.
    L’’instrument du nivellement fut longtemps la nation, qui garantissait l’’égalité des citoyens avant que l’’Europe n’’en conteste le monopole. La civilisation et la liberté en Europe se seraient accommodées de la démocratisation grâce à l’’État souverain et au gouvernement représentatif, qui auraient « discipliné » le phénomène en l’’incarnant. On comprend que si M. Manent entend le phénomène démocratique comme un mouvement tendant à l’’égalité des conditions entre les hommes, l’’empire, froid, abstrait et bureaucratique européen s’’y oppose frontalement : « Embrassant les “valeurs” démocratiques, nous avons oublié le sens de la démocratie, son sens politique, qui est le gouvernement de soi. Le temps est revenu du despotisme éclairé, désignation exacte pour la somme d’’agences, administrations, cours de justice et commissions qui, dans le désordre mais d’’un esprit unanime, nous donne de plus en plus méticuleusement la règle. »
    Gouvernement de soi
    Si l’’essentiel du projet démocratique moderne relevait du très aristotélicien principe du gouvernement de soi, d’’hommes libres par des hommes libres, ça se saurait. Même si nous ne pouvons que nous féliciter d’’entendre un libéral exprimer son hostilité à l’’idéologie européiste, la démocratie originelle dont il se réclame pour condamner le procès d’« obsolétisation » de l’’État souverain et du gouvernement représentatif n’a jamais existé. On pourrait même soutenir que la modernité politique s’’est entièrement construite contre elle. Remarquons également que les éléments que M. Manent tente de sauver du mouvement égalitaire, la représentation et l’’État souverain, sont par nature non démocratiques : ces deux artifices que l’’on retrouve constamment dans la tradition libérale n’’ont jamais eu pour vocation de refléter le consentement populaire, mais bien d’’en limiter l’’intrusion directe dans la délibération collective.
    On sent notre auteur parfois sceptique sur la portée à donner à toutes les fictions morales et politiques qui servent à perpétuer l’illusoire alliance entre un système représentatif non démocratique et les manifestations du consentement populaire. L’’”individu souverain”, la “représentation nationale”, “la liberté de conscience”, “l’égalité des droits”, tous ces mensonges nécessaires pour rendre acceptable une évolution démocratique profondément égalitaire, niveleuse, portée sur l’’indifférenciation et la “mêmeté” masquent de plus en plus difficilement son caractère essentiellement nihiliste. Peut-être que M. Manent, plutôt que de prudence, aurait dû faire preuve de courage en rejetant complètement le projet démocratique. Mais curieusement, comme la plupart des libéraux tocquevilliens, il semble résigné. L’’histoire pour eux conduit inévitablement à la démocratie égalitaire, et les transformations qu’’elle engendre sont des acquis finalement assez définitifs, ce qui nous paraît être une concession à l’'esprit du temps et à la servitude.
    La tradition démo-libérale devient intéressante quand elle redécouvre ses propres faiblesses, et qu’’elle emprunte aux autres traditions politiques et philosophiques pour les masquer. Malheureusement pour elle, la monarchie comme l’’aristocratie ont saisi avec beaucoup plus de subtilités les problématiques touchant au pouvoir et à la liberté, et permettent avec beaucoup plus de certitudes de dépasser ses contradictions.
    Pierre CARVIN L’’Action Française 2000 du 4 au 17 mai 2006
    * Alain Laurent : Le libéralisme américain - Histoire d’un détournement, Les belles lettres, 271 pages, 21 euros.
    * Pierre Manent : La Raison des nations - Réflexions sur la démocratie en Europe, Gallimard, 100 pages, 11 euros.

  • Pharmaciennes et pharmaciens désormais visés. L'alternative est pourtant possible.

    Cet éditorial peut être considéré – malheureusement - comme la suite d'autres articles publiés récemment sur Voxnr. Ainsi, "Récession" (1), "L'été sera chaud" (2), "Les retraités, eux aussi, vont être plumés" (3) ainsi que, pour prendre un dernier exemple, très récent "Et ça continue, encore et encore …" (4).

    J'avais développé un point de vue dans le cadre du dernier article rédigé:

    "On a, et bien à tort, l'idée qu'une révolution est nécessairement ponctuelle et soudaine. Un autre type de révolution, dans la quiétude cette fois ci, donc plus insidieuse, passe par la succession de réformes minimes, qui permettent de parvenir au même résultat qu'une révolution brutale."

    L'article que j'ai lu dans la version papier du journal Les échos confirme mon analyse.

    Avant de développer mon point de vue, je souhaiterais à titre d'introduction, revenir à un article bien antérieur intitulé "Souhaitez vous vraiment que la France connaisse le miracle économique allemand ?" (5) et publié sur Voxnr le 1er février 2013. J'y montrais alors que ce pseudo-miracle entraînait une catastrophe sociale majeure en Allemagne. Mais aussi que ces lois imposant un deficit social, n'étaient pas le fait d'un gouvernement de droite mais bien du gouvernement Schröder labellisé Spd.

    Sachant la période estivale et donc la quiétude dont il peut bénéficier, le gouvernement Ayrault détricote progressivement et rapidement le tissu social français. C'est désormais le monopole des pharmacies qui est menacé en matière de distribution de médicaments. Rappelons que nos pharmaciens sont des petits et les hypermarchés, des multinationales. Les petits commerçants sont d'autant plus importants qu'ils contribuent à structurer les quartiers mais aussi à humaniser les échanges. Si on ne dialogue pas lorsqu'on prend sa viande sous cellophane au supermarché, on peut très facilement papoter avec les autres clients dans une boucherie. Voilà qui favorise le terroir et construit le tissu social.

    Dans les faits, l'autorité de la concurrence a publié mercredi 10 juillet un rapport concernant les prix pratiqués par les pharmaciens sur les produits d'automédication. Bien entendu, les Français risquent d'approuver la démarche au motif de paiements moins onéreux. Mais n'avons nous pas fait la même erreur avec nos différentes industries en raison de l'apologie de la concurrence. C'est ainsi que nous avons perdu textile, chantier naval, électroménager, ameublement, sidérurgie... En conséquence, si la baisse des prix est, de prime abord séduisante, elle se montre aussi catastrophique pour nous tous à long terme. On ne viendra pas me répondre que les politiciens libéraux ne savaient pas les conséquences à long terme en initiant des politiques libérales, durant les années 70, qui acceptent la concurrence avec des pays que l'on ne peut économiquement combattre, au motif de leurs faibles prestations sociales et salaires.

    L'automédication via des renseignements cueillis sur internet va faire des ravages: on ne s'improvise ni médecin, ni pharmacien... De même, les médicaments, en France prescrits uniquement sur ordonnance, sont disponibles désormais sur internet, notamment sur des sites asiatiques.

    Les libéraux, appelons donc les ainsi puisqu'ils ne sont ni de droite, ni de gauche, jouent la carte des individualités et des petits groupes contre l'intérêt général et le Peuple dans sa totalité. Si nous avions continué à acheter au même prix notre textile plutôt que de s'en aller quérir des produits asiatiques moins onéreux, nous aurions encore toute notre industrie textile. Et c'est bien sur vrai pour toute les industries.

    Il n'est pas trop tard pour prôner un protectionnisme intelligent pratiqué à l'échelle européenne face à une guerre économique que nous sommes en train de perdre.

    Engageons nous !

    Alain Rebours http://www.voxnr.com

    notes :

    (1) Récession ! http://www.voxnr.com/cc/politique/EFZFpluAulZZcdqjck.shtml

    (2) L'été sera chaud http://www.voxnr.com/cc/politique/EFZFFukkAytyEKtdIw.shtml

    (3) Les retraités, eux aussi, vont être plumés http://www.voxnr.com/cc/politique/EFZkElZVEpJswTeDJk.shtml

    (4) "Et ça continue, encore et encore ..." http://www.voxnr.com/cc/politique/EFZFZFVAyuRfMvlHEr.shtml

    (5) Souhaitez vous vraiment que la France connaisse le miracle économique allemand ? http://www.voxnr.com/cc/politique/EFVAZuVuEuPiEsKCLl.shtml

  • De l’internationale du capitalisme au patriotisme économique (arch 2006)

    Ce printemps 2006 est encore plus marqué que les précédents par une accélération des fusions, acquisitions et autres OPA transfrontalières impliquant des entreprises géantes. Une véritable frénésie touche l’’ensemble de la planète et semble sans limite. Certaines opérations plus médiatiques que les autres servent de révélateurs à un capitalisme sans complexe et sans repères nationaux.
    Finance cosmopolite
    Le lancement imminent d’’une OPA de Mittal Steel sur Arcelor reste à bien des égards le symbole de cette mondialisation qui caractérise la civilisation capitaliste. Un groupe coté à Londres, fondé par un ressortissant britannique d’’origine indienne et présent dans une vingtaine de pays, tente de prendre le contrôle d’’une société de droit luxembourgeois, installée principalement en France et en Espagne. L’’Inde à la conquête de l’’Europe !
    La plus vieille civilisation de l’’histoire à l’abordage de la plus vieille industrie inventée par l’’homme !
    Le même Arcelor venait, lui, de réussir l’acquisition d’un autre sidérurgiste, Dofasco, une société québécoise, au nez et à la barbe d’un assaillant germanique. Le vieux continent à l’’assaut de l’’Amérique.
    Par ailleurs, les “lobbies” pro-mondialisation de l’’Italie à la sauce Prodi ayant obtenu la chute de l’ancien président de la banque d’Italie, parce qu’il défendait “l’’italianité des banques de la péninsule”, plus rien ne s’’opposait à la prise de contrôle de la Banca Nazionale del Lavoro par la BNP. La “furia francese à l’’assaut des Lombards, initiateurs au Moyen-Âge du système bancaire moderne !
    Pendant ce temps-là, Saint-Gobain, entreprise fondée sous le règne de Louis XIV, “vengeait” Jeanne d’’Arc en prenant possession de BPB, l’’inventeur britannique du placo-plâtre, et Pernod-Ricard, à l’origine du “51”, s’’emparait d’’Alied Domecq. Le pastis plus fort que le whisky !
    Etc.
    Erreur de diagnostic
    Les chantres du déclin de la France se trompent comme souvent de diagnostic. Le déclin concerne le régime qui a déjà épuisé “cinq souffles”...
    Les forces vives de la nation ne sont pas à bout de souffle, elles peuvent encore s’’emparer d’’entreprises à l’’étranger. La médiatisation ne doit pas rester à sens unique, la France dynamique existe, et elle le prouve, son génie ne demande qu’’à s’exprimer quand le régime le permet.
    Mais pourra-t-elle participer encore longtemps aux échanges mondiaux alors que sa base arrière est minée par ce système en fin de parcours ? Si les transactions capitalistes semblent toutes identiques à première vue, les fondements de ces opérations peuvent très bien cacher des objectifs divergents.
    Les assauts de Mittal visent avant tout à griller les étapes de l’’histoire de la sidérurgie, en achetant une société comme Arcelor qui possède un savoir-faire et des brevets sans pareil dans sa branche. Si cette opération réussit, une partie de notre patrimoine économique sera perdu au profit d’’industriels qui utiliseront ces technologies sous d’’autres latitudes, où la main d’’oeuvre est moins coûteuse.
    Quant aux investissements français à l’’extérieur, ils cherchent de plus en plus à contourner les impasses de notre système juridique et social, qui ne favorise que faiblement la compétitivité de nos entreprises. La fuite des capitaux participe à cette logique en se drapant dans les plis de l’expansion économique de la nation, mais elle se traduit en définitive par des délocalisations. La pression concurrentielle est telle que notre économie pourrait subir dans les années qui viennent une série impressionnante de départs d’entreprises, si nos gouvernants ne témoignent pas de patriotisme économique, incitant nos sociétés à rester en France ou à revenir sur le sol national.
    La situation de la Grande-Bretagne devrait servir d’exemple : elle annonce les risques que prend la France, en laissant le capitalisme sans cadre national, comme le préconisent et l’’appliquent la Commission européenne et les instances de l’OMC.
    Exemple annonciateur
    Alors qu’’il triomphait auprès du CIO pour obtenir les Jeux olympiques en 2012, le Royaume-Uni perdait définitivement toute son industrie automobile. La Mini, Bentley et Rolls-Royce étaient déjà, comme Jaguar et Range Rover, aux mains de firmes étrangères, quand la faillite de Rover en 2005 entraîna sa prise de contrôle par une entreprise chinoise. En 2006, la saignée de la construction automobile anglaise se confirmait : PSA annonçait la fermeture de son usine britannique, quelques mois à peine après l’ouverture de son nouveau site en Slovaquie.
    Le message est clair. Sans effort pour accroître la productivité de nos industries, les firmes internationales (la holding du groupe Renault est installée à Rotterdam) n’hésiteront plus à fermer nos usines pour en ouvrir sous d’’autres cieux.
    Le patriotisme économique passe par une ferme volonté d’’appuyer nos industriels pour qu’’ils continuent à défendre nos intérêts économiques à partir de la France.
    Si nos gouvernants ne le font pas, personne ne le fera à leur place. Le maintien en France de nos sociétés est vital pour l’’emploi de demain. Un éloignement géographique des centres de décision et de recherche est toujours le signe précurseur du déclin de l’industrie concernée. Le drame de Péchiney, racheté par un canadien et en phase active de dépeçage depuis lors, n’’est pas la vue d’’un esprit au nationalisme étroit, mais la simple réalité de l’internationale du capitalisme vécue au quotidien. L’’inventeur de l’’aluminium victime du recyclage des capitaux flottants internationaux !
    Henri LETIGRE L’’Action Française 2000 du 4 au 17 mai 2006

  • Pierre Jovanovic : "Sommes-nous au bord du précipice ?"

  • Bolloré rattrapera-t-il Pinault ?

    PARIS (NOVOpress Breizh) – « Trois cent trente milliards d’euros. La fortune totale des 500 français les plus riches a progressé de presque 25% en un an. De quoi donner le tournis. » La rédaction de Challenges (11/07/2013) résume ainsi son classement 2013 des premières fortunes professionnelles. Bien entendu les 445 millionnaires en question (le plus petit affiche au compteur 64 millions d’euros de patrimoine) et les 55 milliardaires ne jouent pas dans la même cour ; il y a les « petits » riches et les « gros » riches.

    Tout va bien pour le top-10 : les membres s’enrichissent à un rythme beaucoup plus soutenu que les autres. En 1996, nos dix super-riches pesaient 20 milliards d’euros et 25% de la valeur totale des « 500 ». Aujourd’hui, après s’être encore enrichi de près de 30 milliards en douze mois, le Top-10 pèse 135 milliards, soit 40% du total !

    Lorsque les médias évoquent les plus grandes fortunes françaises, arrivent tout de suite en tête du classement Bernard Arnault (LVMH) et Liliane Bettencourt (L’Oréal). Mais, dans ce Top-10 la Bretagne est parvenue à se faire une place intéressante grâce à François Pinault (photo) (n°6) et Vincent Bolloré (n°7).

    Pour le premier, Challenges évalue sa fortune à 11 milliards d’euros, soit +4,7 milliards par rapport à 2012. Pour le second il est question de 8 milliards d’euros, soit une progression de 4,4 milliards par rapport à l’an passé. Notons que, dans le classement 2012, François Pinault occupait déjà la sixième place, avec une fortune de 6,3 milliards d’euros alors qu’elle n’était que de 1,236 milliard en 1996. Tandis que Vincent Bolloré pointait à la 11ème place avec 3,610 milliards – et seulement 89 millions en 1996.

    Challenges présente aussi la carte de visite des champions du Top-10. François Pinault a fondé son groupe (C.A. : 9,7 milliards) en 1963 et en possède 40,6%. Le changement de nom (PPR est devenu Kering lors de l’assemblée générale du 18 juin dernier) accompagne un recentrage sur le luxe (84% du C.A.) et le sport (16%) et la sortie de la distribution (vente de la Redoute, scission de la FNAC). A travers son holding Artemis, il détient aussi d’autres participations comme son vignoble de Château Latour, la société de ventes Christie’s, l’hebdomadaire Le Point et 2,8% de Vinci.

    M. Pinault peut afficher d’autres motifs de satisfaction en ce mois de juillet. Ainsi son holding familial contrôle désormais 70% du capital de la marque d’agro-alimentaire « Michel et Augustin », une PME connue pour sa mousse au chocolat, ses yaourts et ses biscuits. Il s’agit pour les deux « trublions s du goût » (sic) Michel de Rovira et Augustin Paluel-Marmont, grâce à cette augmentation de capital, de passer de 25 millions de chiffre d’affaires en 2013 à 100 millions dans les cinq ans, dont un quart à l’étranger (Le Figaro Economie, 09/07/13).

    Mais encore plus savoureux, le vieil ennemi de François Pinault, à savoir Bernard Arnault, le patron de LVMH, s’est vu condamné à une amende de 8 millions d’euros par la commission des sanctions de l’Autorité des marchés financiers. Cette dernière avait été saisie pour statuer sur les conditions d’entrée de LVMH dans le capital d’Hermès via des ELS (« equity live swaps ») entre 2008 et 2010. LVMH détient aujourd’hui 22,6% du capital du célèbre sellier. La commission des sanctions a retenu « la gravité des manquements successifs à l’obligation d’information au public ayant consisté à masquer toutes les étapes de la prise de participation de LVMH dans le capital d’Hermès » (Les Echos, 02/07/13).

    Quant à Vincent Bolloré, il contrôle près de 80% de son groupe (C.A. : 10 milliards) ; il est présent dans la logistique, l’agriculture, les médias (37% de Havas), les services (5% de Vivendi) et la banque (6% de Médiobanca). Son groupe a multiplié par deux ses résulatats en 2012. Autolib’, sa filiale de partage de voitures électriques, a remporté son quatrième contrat aux Etats-Unis, à Indianapolis. Tout cela profite au titre, qui a doublé en un an.

    Dans le club des milliardaires bretons, Challenges relève d’autres noms : la famille Rocher à La Gacilly (1,8 milliard, n°29), la famille Roullier à Saint-Malo (1,8 milliard, n°29 ex aequo), Louis Le Duff avec la Brioche dorée (1,1 milliard, n°49).

    Dans la catégorie des millionnaires, on trouve Roland Beaumanoir ( La City, Cache-Cache, Morgan, Bonobo), Jean-Paul Bigard (Bigard et Charal), Yves Guillemot (Ubisoft, Gamesoft), etc.

    Tout cela est bel et bon, mais il n’est pas certain que les retombées de ces enrichissements soient significatives pour la Bretagne. En dehors du groupe Yves Rocher dont les usines sont installées entre Redon et Ploërmel, avec un centre administratif important près de la gare de Rennes, les grandes familles bretonnes ne semblent guère faire d’efforts pour investir « au pays ». Lors de la dernière assemblée générale de Kering (ex-PPR) François-Henri Pinault a tenu à réaffirmer que son groupe demeurait français – bien que plus de 90% du chiffre d’affaires soit réalisé hors de France ; il en a profité pour rappeler qu’il était en train de faire construire un nouveau siège social sur le site de l’ancien hôpital Laënnec, en plein cœur de Paris (Les Echos, 12-13/07/13).

    Bien sûr, René-Théophile Laënnec (1781 Quimper-1826 Ploaré) fut un grand médecin – célèbre pour l’invention du « stéthoscope » – qui occupa la chaire de médecine pratique au Collège de France. Certes construire un siège social sur le site de l’hôpital qui porte son nom peut être considéré comme un moyen d’adresser un « clin d’œil » à la Bretagne. Mais installer une partie des activités de la direction générale à Saint-Malo ou à Dinan – à proximité de Trévérien – eût été nettement plus bénéfique pour la Bretagne. Dommage.

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  • Les impasses du hollandisme

    Jamais, depuis qu’il est à l’Elysée, il n’a en effet semblé aussi cerné.
    Certains de ses conseillers n’auraient pas trouvé aberrant qu’il garde le silence. D’autres estimaient suffisante une brève prise de parole à l’issue du défilé militaire sur les Champs-Elysées. Quelques-uns, enfin, défendaient l’idée d’une tribune dans la presse : au moins le président de la République n’aurait-il dit que ce qu’il souhaitait dire, sans dépendre de questions posées par d’autres.
    Comme souvent, François Hollande a attendu le dernier moment pour trancher, et ce n’est que mercredi 10 juillet qu’il a fait connaître son choix : dimanche, jour de la fête nationale, il s’exprimera finalement sur TF1 et France 2, sous la forme d’un entretien avec les journalistes Claire Chazal et Laurent Delahousse. Comme en 2012, en somme, à un détail près : l’interview se fera depuis l’Elysée, en dépit de l’engagement contraire pris pendant sa campagne…
    On comprend que le chef de l’Etat et son entourage se soient interrogés longtemps sur l’opportunité d’un tel rendez-vous. De l’avis général, y compris parmi ses proches, ses deux derniers passages à la télévision ont été des échecs. Son face-à-face avec David Pujadas, le 28 mars sur France 2 ? Trop long et trop « techno ». Sa prestation dans « Capital », le 16 juin sur M6 ? « Inadaptée » voire « inutile », convient-on volontiers à l’Elysée, où l’audience calamiteuse de l’émission a fait l’effet d’une douche froide. Dès lors, la question se posait nécessairement pour le 14-Juillet : à quoi bon s’exposer à nouveau ? Et pour dire quoi qui n’ait déjà été dit ?
    Comme à la veille de ses précédentes interventions devant les Français, ce sont les mêmes attentes qui s’expriment aujourd’hui à l’égard de M. Hollande. « On a besoin du récit de la nation, on a besoin de cet esprit collectif français, c’est fondamental. Le rôle du chef de l’État, c’est d’impulser, de donner le sens de la vision. J’imagine que ce sera sa perspective le 14 juillet », explique ainsi Pierre Moscovici, le ministre de l’économie et des finances.
    « Ce que l’on vit n’est pas seulement une crise conjoncturelle, c’est un changement du monde, le basculement du centre de gravité vers l’Asie. Quelle place pour la France ? Quel rôle pour l’Europe ? C’est ça, historiquement, le mandat de François Hollande », estime quant à lui Laurent Fabius. Une façon pour le ministre des affaires étrangères de sous-entendre que c’est à cette hauteur-là que doit se situer la parole présidentielle.

    Un président cerné
    S’il entend depuis le début de son mandat ces mêmes appels à définir le « cap » de son action ou sa « vision » de la France de demain, le chef de l’Etat se trouve pourtant dans une situation inédite. Jamais, depuis qu’il est à l’Elysée, il n’a en effet semblé aussi cerné. Jamais n’est apparue de façon aussi nette son incapacité à promouvoir sa politique.
    Pierre Moscovici en a fait l’amère expérience, dimanche 7 juillet, lors des Rencontres d’Aix-en-Provence où se pressaient économistes et chefs d’entreprise. Il a entendu les applaudissements de la salle quand Pierre-André de Chalendar, le président de Saint-Gobain, accusa les politiques de manquer de courage et de constance, expliquant que « la France est passée du déni au zigzag ». Il a surtout entendu les huées dont il fut l’objet quand il prit la parole à son tour pour défendre la politique du gouvernement.
    Ancien vice-président du Cercle de l’industrie, « social-démocrate » assumé, le ministre de l’économie ne s’attendait pas à cela : s’il y en a un au gouvernement qui connaît le patronat, c’est bien lui. Manifestement, cela n’a pas suffi…
    Pour se rassurer, le gouvernement ne voudrait voir dans ce vif échange que la démonstration d’une énième fronde patronale, une sorte de mouvement antipolitique, anti-impôt, aux relents poujadistes. La réalité est en fait plus préoccupante. Car, depuis le début du quinquennat, une partie des amis de François Hollande estime qu’il n’a pas pris la mesure de la crise, qu’il ne réforme pas assez vite, qu’il recourt trop à l’impôt, au risque de casser la croissance.

    Le débat sur « l’autre ligne »
    À Bercy, surtout, mais aussi dans d’autres cabinets ministériels, des conseillers qui s’affichent pourtant comme « socialistes » font un diagnostic analogue à celui que dresse Jacques Attali, l’ancien conseiller de François Mitterrand, dans son livre Urgences françaises (Fayard, 15,50 euros) : « La France ne sait pas se réformer. Le programme de François Hollande manque d’ambition depuis le départ. »
    Mais le drame de François Hollande n’est pas seulement qu’il peine à convaincre ses alliés dans son camp. Depuis le début de son mandat, plane le débat récurrent de « l’autre ligne », celle de la relance économique face au sérieux budgétaire, celle de la gauche rassemblée face à la majorité brouillonne.
    Depuis quelques semaines, des signes inquiètent particulièrement les proches du chef de l’Etat. Il suffit que les ministres Montebourg, Hamon, Duflot et Taubira dînent ensemble pour que surgisse l’idée d’une conspiration en marche.
    Il suffit que l’aile gauche du PS prenne une initiative commune sur la réforme fiscale avec les amis de Benoît Hamon et les anciens du courant des « reconstructeurs » désormais disséminés entre les clubs de la « Gauche durable » et de la « Gauche populaire », pour que les grognards « hollandais » – Stéphane Le Foll, Bruno Le Roux et François Rebsamen en tête – s’agitent en coulisses. « On sent monter quelque chose de pas bon dans la majorité et le parti, quelque chose d’assez construit regroupant des gens venus de courants différents », confie l’un d’entre eux.

    Le perdant-perdant hollandais
    Sans le dire clairement, ces amis du chef de l’Etat soupçonnent une « nébuleuse oppositionnelle » – mal identifiée encore – de vouloir remettre au centre du jeu leur ennemie jurée, Martine Aubry, superbement muette depuis un an. « Elle est la seule dans le casting général capable de porter une alternative », affirme un élu proche de la maire de Lille.
    Pour l’heure, les partisans d’un aggiornamento hésitent toutefois à sortir trop tôt du rang : le limogeage de Delphine Batho leur a démontré que l’Elysée et Matignon étaient capables de frapper fort et de couper les têtes dures. Alors, pour l’instant, ils se contentent de persifler en privé, de tempêter contre l’« autosatisfaction » qui règne à la tête de l’Etat, de brocarder le cabinet « techno » et « hors-sol » de l’Elysée, de tenter de fédérer les mécontents, mais sans encore passer à l’offensive ouverte.
    Voilà donc où en est François Hollande : pris sous le feu d’une double pression. D’un côté, il attise l’impatience de ceux qui rêvent déjà de redistribution et souhaitent le moins possible toucher aux acquis, persuadés que la crise économique va laisser place à un prochain cycle de croissance. De l’autre, il exaspère ceux qui veulent du sang et des larmes et qui, à l’inverse des premiers, sont convaincus que la crise est beaucoup plus profonde qu’il ne le dit…
    Lire aussi : Popularité de M. Hollande : le décrochage de l’électorat de gauche
    Refusant de choisir, s’efforçant de se situer au point d’équilibre entre ce qu’il considère être deux abîmes, il en arrive à cette impasse : à vouloir ne déplaire à personne, il prend le risque de mécontenter tout le monde. « Le président est un funambule qui avance sur un fil entre la colère possible des marchés financiers et celle du peuple. Il évite de cristalliser la situation, tout en désendettant dans une France désabusée », explique le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis.

    La tour d’ivoire de l’Elysée
    Pour l’heure, ce vent mauvais ne semble pas avoir franchi les grilles de l’Elysée, où les conseillers du président s’emploient à relativiser les motifs d’inquiétude. La grogne qui monte au sein du Parti socialiste ? « Ça montre que le PS est un parti de débat et, en même temps, ça n’empêche pas que les textes soient votés : pour nous, c’est donc gagnant-gagnant », veut croire un conseiller.
    L’incapacité du gouvernement à parler d’une seule voix, comme l’a encore montré, jeudi, le recadrage d’Arnaud Montebourg par Jean-Marc Ayrault après les propos favorables au gaz de schiste tenus l’avant-veille par le ministre du redressement productif ? « Bien sûr que plus de cohérence serait parfois préférable. Mais après tout, est-ce si grave ? Les Français voient qu’il y a de la sincérité là-dedans, pas comme si tout le monde était artificiellement le doigt sur la couture du pantalon », évacue un autre.
    L’impatience grandissante des Français ? « C’est normal que les résultats mettent du temps à venir : quand vous creusez un sillon et que vous semez des graines, ça ne pousse pas tout de suite », philosophe un troisième conseiller.
    Est-ce à dire qu’il n’y a rien à amender, rien à corriger ? Si, bien sûr : « Il faut qu’on ressoude un peu la majorité », reconnaît l’entourage du président, qui pour cela mise sur son déjeuner hebdomadaire avec Jean-Marc Ayrault avancé au lundi, afin de caler en amont la stratégie de la semaine. Et espère que la multiplication des rendez-vous à l’Elysée avec les fortes têtes de la majorité parlementaire (aile gauche du PS, écologistes) nourrisse le dialogue et assoupisse leur impatience.
    Pour le reste, les inflexions prévues sont essentiellement de l’ordre de la mise en mots. A l’Elysée comme au gouvernement, l’interview accordée au Monde du 10 juillet par Stéphane Le Foll, dans laquelle le ministre de l’agriculture explique que « changer de cap serait une erreur », mais que « changer [de] discours » est nécessaire, a été appréciée. « Stéphane a raison. La deuxième année du quinquennat doit être une année un peu différente. Dans la première, on avait à faire face à la crise de la zone euro, à créer le socle du changement. Maintenant, il faut essayer d’être plus dans l’explication », commente Pierre Moscovici, qui se promet de multiplier les déplacements de terrain pour être « au plus près des entreprises et des salariés »

    Quatre ans…
    Rien ne semble ébranler la confiance de l’exécutif, ni les doutes qui montent dans son camp, ni le retour dans l’arène de Nicolas Sarkozy à droite. Là encore la démonstration de force de l’ancien chef de l’Etat, lundi 8 juillet à l’UMP, dont le comportement souligne en creux ce que n’est pas François Hollande – audacieux, transgressif, prêt à tout –, ne fait pas peur.
    L’idée que l’ancien président, un an seulement après sa défaite, puisse déjà apparaître comme un recours, est balayée d’un revers de main. « Les Français ont la mémoire longue. Dans le pays, il n’y a pas d’envie de le voir revenir », assure ainsi Pierre Moscovici.
    Flagrant déni de réalité ou lucidité stoïque ? Quoi qu’il en soit, François Hollande n’a pas l’intention, pour l’heure, de se départir de sa sérénité à toute épreuve. Explication d’un proche : « Ce qui compte pour lui, ce n’est pas la courbe des sondages, c’est la courbe du chômage. Et puis de toute façon, il a le temps et les institutions pour lui. La présidentielle, c’est dans quatre ans. »
    Bastien Bonnefous, Françoise Fressoz et Thomas Wieder
    Le Monde .fr 12/07/2013 http://www.polemia.com