En ce moment de confusion généralisée, les fiscalistes, ceux du gouvernement comme ceux de l'opposition de gauche, manifestent une fois de plus leur immorale mais prévisible convergence. On va très bientôt la retrouver à l'œuvre contre nos libertés. Par conséquent, en présence du retournement dialectique d'une contestation légitime au départ, on évitera ici de se tromper d'ennemi.
Ainsi, toujours plus facile à retourner qu'une veste, un gilet peut d'autant plus changer la signification vague de sa couleur jaune.
Après des jours et des jours de mobilisation, la coordination s'est ébauchée. Elle a exclu d'avance, en étiquetant extrême droite, ou en stigmatisant comme ultra-droite[1], tout ce qui ne va pas dans le sens de plus de fiscalisme, plus d'étatisme et plus de socialisme. On présente ce petit groupe dirigeant, à la demande même des pouvoirs publics, comme représentant les mécontents de façon quasi officielle. Ils ont donc rédigé et les médias ont diffusé un texte de revendications[2].
Leur lecture tant soit peu attentive ne laisse aucun doute quant à l'inspiration des rédacteurs.
Ils ont donc pris les manettes d'un mouvement jusqu'ici spontané. Totalement contraire aux intérêts des gens qui se rassemblent encore un peu partout sur les ronds-points, qui trouvent enfin leur utilité, et les croisements de nos routes, leur plateforme et leurs mots d'ordre doivent être rejetés.
Les révolutionnaires conscients et organisés l'ont appris. Leurs adversaires sérieux le savent. Lénine qui, je crois, connaissait le sujet, l'a dit en son temps : pas d'action révolutionnaire sans organisation révolutionnaire, pas d'organisation révolutionnaire sans théorie révolutionnaire[3].
Toute l’attention de la presse et des médias conformistes se focalise sur les Champs Élysées, et semble se désintéresser de ce qui va conduire les gens de la CGT de Bastille à Madeleine.
"Nous serons intraitables", a prévenu Christophe Castaner. Il se rengorge ainsi, avec une semaine de retard, d'un dispositif permettant de protéger ce qu'on appelle, sans aucun cocorico inutile, la plus belle avenue du monde. Il déclarait la chose impossible en vue du 24 novembre. Miracle : il découvre la recette pour le samedi suivant : "Dès qu’il y aura des dégâts, des provocations, nous sanctionnerons, nous interpellerons et nous livrerons à la justice." Ci-devant maire de Forcalquier il ne se reconnaît aucunement dans Tartarin de Tarascon. Promis, juré.
En face, aujourd'hui comme toujours, la CGT et son chef Martinez. La grande préoccupation de la centrale tourne certes en ce mois de décembre commençant, autour des élections Fonction publique. "Les agents de la fonction publique, titulaires et contractuels, vont élire" en effet "leurs représentants dans les instances paritaires. Un enjeu majeur pour tous", met en vedette le site internet de l'organisation. Or, disons-le : très légitimement au départ, les intéressés ont parfaitement pris conscience, contrairement aux indices truqués de l'INSEE, de leur baisse de pouvoir d'achat.
Les 24 et 25 novembre, en clôture du congrès du vieux PCF, que l'on enterre trop vite car on le croit cliniquement mort, Ian Brossatl, figure montante de l'organisation stalinienne affirmait clairement lui-même sa volonté de récupérer[4].
À la veille de la troisième manifestation nationale des fameux contestataires, prévue ce 1er décembre, l'opération de détournement de la protestation initiale est devenue évidente.
JG Malliarakis
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Apostilles
[1] Cet élement de langage nouveau, qui vient pratiquement de sortir, est associé à des violences que "l'extrême doite" nationaliste ne cesse de condamner et dont on ne épétera jamais assez qu'elles viennent des black blocs et de eux qu'on appelle les racailles.
[2] "Zéro SDF, retraites, salaire maximum... Découvrez la liste des revendications des "gilets jaunes"
[3] cf. par exemple le texte "Engels et l'importance de la lutte théorique".
[4] cf. "PCF : soutien aux gilets jaunes et nouvelle direction."








M. Poutine, forcément dans le mauvais rôle, est accusé d’avoir « annexé » la Crimée en 2014, puis construit un pont de 18 km entre Taman et Kertch, pont qui a pour effet visible de clore la mer d’Azov et de faire de celle-ci une sorte de mer intérieure aux côtes contrôlées aux trois-quarts par la Russie. Remarquons d’abord que personne ne s’émeut des ponts turcs qui enjambent déjà le Bosphore ou de celui qui sera ouvert en 2023 dans les Dardanelles - mais il est vrai que la Turquie est dans l’Otan, du bon côté donc. Rappelons surtout que la Russie n’a pas occupé et annexé unilatéralement un territoire étranger : c’est bien la majorité des Criméens (les deux tiers) et de leurs représentants qui ont initialement fait sécession d’une Ukraine à laquelle un décret soviétique de 1954 avait rattaché leur péninsule, la séparant ainsi arbitrairement de la mère patrie russe.
Existe une seconde interprétation, qu’il est difficile, même pour les moins objectifs, de passer sous silence. Il s’agirait en fait d’une énième provocation de Kiev, après de nombreux incidents maritimes. Les autorités ukrainiennes incitant même à dynamiter le fameux « pont de Crimée », on peut comprendre que les garde-côtes russes se soient montrés intraitables : on peut passer mais à certaines conditions, la première étant de ne pas pénétrer sans autorisation dans les eaux territoriales russes. Cette interprétation est d’autant plus plausible que le président ukrainien, M. Porochenko, donné archi-battu à l'élection présidentielle de mars prochain, peut voir dans l’incident l’occasion d’endosser la tenue toujours valorisante de chef militaire. C’est sans doute pourquoi il dramatise la situation, prédisant une « invasion terrestre », voire une « guerre totale » et faisant en conséquence instaurer la loi martiale pour trente jours dans les zones frontalières.
On sait que le récit national russe fait de Kiev (photo) le berceau historique de la Russie. M. Poutine, d’abord préoccupé par la sécurité de son pays, considère que l’Ukraine ne peut pas être alliée d’une organisation militaire dirigée contre la Russie. Il n’a nullement besoin de jouer les matamores pour être pris au sérieux. Comme le déplore manifestement M. Haski, le chroniqueur de France Inter (géopolitique, 8h17), l’armée russe est « une armée en état de marche » et la Russie « une puissance majeure qui sait se faire respecter » - ce qui est, convenons-en, plutôt rassurant pour les Russes. L’avenir dira si M. Porochenko a eu tort de penser qu’il pouvait aller trop loin, un pont trop loin en quelque sorte, en envoyant ses navires titiller les garde-côtes russes.