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France et politique française - Page 4646

  • La publicité élément clé de l’idéologie dominante (3/5)

    C) Bombardement et bobardement publicitaire
    C.1. Il y a des bobards publicitaires tout comme il y a des bobards médiatiques. D’une certaine façon la publicité n’est d’ailleurs qu’un bobard continuel, alors qu’il arrive parfois au système médiatique de délivrer une véritable information.
    Exemples de bobards publicitaires :
    - la valorisation de qualités imaginaires (ex. le cas célèbre des épinards… en boîte qui seraient bons pour la santé car ils contiendraient… du fer !, les produits bio, les jus de fruits en boîte qui contiendraient des vitamines…, les boissons énergisantes, etc.) ; le syndrome de Findus (« On est très à cheval sur la qualité de nos produits »). Voir aujourd’hui l’accent mis sur les produits « sans », en particulier dans l’agro-alimentaire (sans colorant, sans additif, sans sel ajouté, etc., y compris sur des produits qui n’en avaient pas de toute façon comme les soupes « sans conservateur » Liebig ; voir aussi le « zéro bla-bla » de MMA Assurances – Enjeux Les Echos de septembre 2013) ;
    - les techniques de reconstruction du corps humain dans les photos publicitaires (cf. J.-P. Goude à propos de l’image de Grace Jones : « J’ai modifié une figure de la danse classique, l’arabesque, en lui ajoutant le pied flexe, qui est utilisé dans la danse africaine », « Je ne retouche pas, je n’aime pas ce mot … je déconstruis pour mieux reconstruire », Le Monde du 11/2/2012) ;
    - les faux experts qui servent à donner une coloration pseudo-scientifique aux effets supposés des produits ou des faux témoignages (en fait, des photos issues des banques d’images – notamment Getty Images ou iStockphoto – où l’on voit que les mêmes personnes sont utilisées sous des identités différentes [« chercheur », « éleveur », « client »] pour des publicités différentes) ;
    - faux avis de consommateurs sur Internet (ces avis influenceraient 70% des internautes, selon l’étude de l’agence Easy Panel/Testntrust d’août 2012 [LeMonde.fr du 3 juillet 2013]) ;
    - la publicité rédactionnelle clandestine (ex. les magazines auto, les fausses consommations de carburant affichées par les constructeurs automobiles : des résultats obtenus en réalité dans des conditions limites) ;
    - l’espace des appartements témoins artificiellement augmenté avec du mobilier qui n’est pas aux normes, etc.
    Ces tromperies sont néanmoins dangereuses pour les agences publicitaires quand elles sont découvertes (notamment par les mouvements consuméristes) car elles peuvent tomber sous le coup de la loi et finalement nuire à l’annonceur, c’est-à-dire lui faire une mauvaise publicité (exemple : condamnation récente de la Caisse d’Epargne Loire-Drôme-Ardèche pour publicité mensongère concernant six de ses placements – LeMonde.fr du 19 septembre 2013). Mais le public, soumis au bombardement publicitaire, a heureusement la mémoire courte !
    C.2. La publicité comme les médias agit prioritairement sur la sensibilité du récepteur et non sur son sens critique.
    Le développement de la logique de marques – qui est une tendance publicitaire contemporaine forte – vise justement à créer une relation émotionnelle avec le consommateur/cible afin de réduire son sens critique.
    Cette évolution a notamment été mise en lumière par Naomi Klein dans son essai célèbre No Logo paru en 2000 au Canada.
    C.2.1. De nombreuses études montrent la réalité de l’influence de la reconnaissance des marques sur la perception des consommateurs.
    Au début des années 1980 une étude montrait que des personnes souffrant de maux de tête se sentaient plus soulagées en prenant un cachet d’aspirine d’un groupe pharmaceutique connu, plutôt que d’un autre moins connu mais de même composition.
    Les travaux de McLure publiés en 2004 montrent de même l’influence de la marque sur l’appréciation explicite du produit par les consommateurs. Ils confirment les analyses plus anciennes, déjà citées par V. Packard en 1957, notamment sur les consommateurs de cigarettes (« Lors des tests ils ne sont pas capables de distinguer leur marque de cigarettes des autres. Ils fument donc vraiment une image », op.cit., page 48).
    Les travaux des neuro-psychologues sur IRMF (Imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle) le confirment : en l’absence de marque reconnue, les zones du cerveau sont plus activées que dans le cas contraire, comme si le sujet devait faire un effort supplémentaire pour apprécier la qualité du produit ; l’anticipation du résultat « grande marque » a notamment influencé le traitement de l’information gustative dans le cas d’expérience portant sur les boissons (Etude PLos One citée par Pierre Barthélémy, 18/6/2013).
    C.2.2. Le « branding » – la promotion des marques plutôt que des produits –traduit une inversion du rapport au produit. C’est le produit qui est un outil du marketing et non l’inverse. Le vrai produit c’est désormais la marque. Comme l’écrit le publicitaire américain Peter Schweitzer, « un produit c’est ce qui se fabrique en usine, une marque c’est ce qu’achète le consommateur » (cité par N. Klein, op. cit., page 304).
    La publicité met de moins en moins l’accent sur la valorisation de la qualité intrinsèque du produit et du service qu’il est censé rendre, comme dans les années 1950 (ex. la machine à laver Machin libère la femme des tâches ménagères), que sur le « style de vie » censé découler de la possession de ce produit (ex. « des voitures à vivre » de Renault, « mon smartphone ma vie » selon Samsung ; Nike se présentait comme « une société de sport », qui ne vend pas des chaussures mais « améliore la vie des gens par le sport et la forme physique », d’après Phil Knight, son président (N. Klein, op. cit., page 57). Le bourgeois gentilhomme disait la même chose quand il affirmait que son père n’était pas marchand mais qu’il était fort obligeant en donnant des étoffes en échange d’argent !
    Joule et Beauvois soulignent d’ailleurs l’importance de l’étiquetage comme moyen de manipulation : l’étiquetage consiste à doter la personne que l’on veut manipuler d’une qualité fictive (ex. la générosité, le souci des pauvres, la clairvoyance, etc.) pour l’inciter à se comporter dans le sens voulu par le manipulateur ; cela conduit la personne à tisser un lien entre ce qu’elle est (en fait ce que le manipulateur dit qu’elle est censée être) et son comportement (ce que le manipulateur attend d’elle).
    L’orientation de la publicité vers le « style de vie » plutôt que le produit lui-même s’inscrit dans cette mécanique d’étiquetage : elle consiste à faire croire que l’achat de tel ou tel produit recèlerait en lui-même de grandes valeurs de vie. Ainsi, dans les années 1990 il y a eu la mode de ce qu’on désignait ironiquement comme des « produits de bonté » (en achetant cette bouteille d’eau on versait quelques centimes à une noble cause humanitaire) ou, de nos jours, les produits « verts » (en achetant ceci… je sauve la planète) ou de « commerce équitable ».
    Avec les « marques » on achète non plus un produit mais tout un environnement émotionnel fictif et un style de vie (lifestyle) associé à ce produit (« Ma crème, c’est tout moi », « Shopi : Tout un état d’esprit pour vous guider vers les produits qui vous ressemblent » ; publicité Buick : « Elle vous donne le sentiment d’être l’homme que vous êtes », etc.).
    Le branding/style de vie aimerait enfin que le consommateur vive dans une marque, c’est-à-dire en étant soumis à une marque. Cela conduit à ce qu’on nomme la « voûte de marque », c’est-à-dire la vente d’une pluralité de produits n’ayant rien en commun, sinon de relever d’une même marque. Disney est le prototype de cette évolution : que la marque devienne la vie même. Walt Disney avait compris en effet que les gens qui regardaient ses films avaient envie de passer de l’autre côté de l’écran : d’où le premier Disneyland.
    Les marques s’efforcent ainsi de se glisser dans le quotidien des gens pour qu’ils consomment, c’est-à-dire qu’elles cherchent à accompagner le consommateur partout et tout le temps. Ainsi Nike se positionne comme coach virtuel des consommateurs avec le slogan « On va vous aider à vivre votre passion » : le running et le fitness (passions créées par la publicité en réalité).
    Scott Bedbury, vice-président marketing de Starbucks, déclarait ainsi que « Les consommateurs ne voient pas de différences énormes entre les produits » ; c’est pourquoi les marques doivent « établir des liens émotionnels » avec leurs clients : au moyen de « l’expérience Starbucks » (cité par N. Klein, op. cit., page 53). Voir aussi ce que déclarait l’auteur de la publicité de la Légende de Shalimar pour Guerlain, Brunon Aveillan : « J’aime faire rêver les gens avec des univers qui ne sont pas simplement centrés sur un produit » (Le Monde du 5 octobre 2013).
    Le branding est donc un moyen de conquête de l’imaginaire personnel et de la culture (on parle alors d’halogo), notamment grâce au sponsoring d’institutions publiques et de manifestations culturelles ou sportives.
    Michel Geoffroy, 6e Journée de la réinformation, 26/10/2013
    http://www.polemia.com/polemia-6e-journee-de-la-reinformation-la-publicite-element-cle-de-lideologie-dominante-35/

  • Cours d’histoire : les élèves de 5ème doivent savoir se repérer dans une mosquée

    BORDEAUX (NOVOpress via Infos Bordeaux) – Il faut désormais vous y faire. Nos chères têtes blondes doivent connaitre l’islam. Cet apprentissage n’est pas le fait de leurs camarades de classe, toujours plus nombreux, adeptes de cette religion, mais des manuels d’histoire au programme de la classe de 5ème. L’histoire se passe dans un collège de Bordeaux, et est narrée par nos confrères d’Islam Confidentiel, lettre hebdomadaire « dédiée à la question de l’islam, en France et dans le monde ».

    « Le document que nous reproduisons est un exercice exigé par un professeur d’une classe de 5e – les enfants ont autour de 13 ans – dans un collège de Bordeaux ! L’enfant doit apprendre à « se repérer dans une mosquée » !

    Il doit donc situer, sur le plan fourni, qui est celui de la mosquée de Kairouan, en Tunisie, l’emplacement de la qibia (le mur indiquant la direction de La Mecque…), du minaret, du mirhab (« cavité symbolisant la présence de Mohammed », le nom de Mahomet étant ici orthographié au plus proche de sa transcription de l’arabe), ou encore le minbar (l’équivalent de la chaire pour l’imam), ce qui est aussi l’occasion pour les enfants d’apprendre plein de mots nouveaux…

    Cours d’histoire : les élèves de 5em doivent savoir se repérer dans une mosquée

    Une initiative (malheureuse) du professeur ? Même pas. Celui-ci n’a fait qu’utiliser le manuel d’histoire-géographie de 5e publié par les éditions Belin, qui s’ouvre par un chapitre consacré aux débuts de l’islam. On y lit que cette religion a produit une « civilisation brillante », on y apprend la liste des « premiers califes » (jusqu’au XIIIe siècle…), on y découvre que, sous domi­nation mahométane, « les autres religions sont autorisées et encadrées par certaines règles contrai­gnantes », ce qui pourrait être l’occasion d’apprendre aux élèves le sens du mot euphémisme… Après quoi on peut passer à « l’Occident féodal », où l’on voit que les paysans ne travaillaient toute l’année que pour payer les impôts que les seigneurs (chrétiens) exigeaient d’eux.

    Mémoricide d’un côté, construction d’une mémoire factice sur des bases erronées de l’autre. Il n’y manque que l’adresse de l’imam le plus proche, pour la conversion ».

    http://fr.novopress.info/142726/cours-dhistoire-les-eleves-5em-doivent-savoir-se-reperer-mosquee/

  • L’écotaxe cristallise les tensions en Bretagne où la révolte gronde

    La grogne des Bretons contre l’écotaxe est montée d’un cran lors d’une manifestation à la violence sans précédent, samedi dans le Finistère, et les opposants se sont donné rendez-vous samedi prochain à Quimper pour un rassemblement qui s’annonce comme le point culminant de la mobilisation.

    Moins de 24 heures après les affrontements qui ont fait une dizaine de blessés aux pieds du portique écotaxe de Pont-de-Buis, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a assuré dimanche avoir “parfaitement entendu” et “parfaitement compris” le message exprimé par les manifestants.

    Sur France 5, le ministre a affirmé qu’il remettrait des propositions au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, lundi, comportant notamment des mesures pour l’agriculture et pour l’agroalimentaire. “Je ferai des propositions qui tiennent compte de ce que j’ai entendu et en même temps de ce que je sais être la situation en Bretagne et ailleurs“, a-t-il détaillé. Interrogé sur la possibilité d’augmenter la détaxe de 50% accordée à la Bretagne, M. Le Foll a estimé qu’il s’agissait d’”une bonne piste de réflexion“.

    Les manifestants avaient annoncé la couleur en se rendant samedi devant le dernier portique écotaxe finistérien encore en état de fonctionner coiffés de bonnets rouges, symbole de la révolution antifiscale en Bretagne sous l’Ancien Régime.

    Ils étaient un millier, au bas mot, avec 250 camions, des tracteurs aux remorques pleines de dizaines de tonnes de choux-fleurs, d’œufs, de bottes de paille et de pneus qu’ils ont enflammés.

    Les manifestants se sont heurtés à 150 gendarmes mobiles, renforcés en fin de journée par plus d’une centaine de CRS. “On fera tout, dans la limite du raisonnable, pour empêcher la destruction de ce portique“, a affirmé dimanche à l’AFP le préfet du Finistère, Jean-Luc Videlaine.

    Lors des affrontements, un manifestant a été grièvement blessé et deux autres légèrement, et côté gendarmes on dénombre six blessés légers, a-t-il précisé.

    C’est la première fois que ces manifestations contre l’écotaxe, qui durent depuis plusieurs mois en Bretagne, atteignent un tel niveau de violence. Dans les rangs des manifestants, on ne parlait même plus de manifestation mais de “révolte“.

    En Bretagne, depuis début août, trois portiques ont déjà été rendus inopérants, dont un abattu.

    Mais l’écotaxe cristallise aujourd’hui toute la grogne des Bretons qui voient l’agriculture et l’agroalimentaire, piliers de leur économie, s’effondrer, et les plans sociaux se multiplier comme chez le volailler Doux ou plus récemment chez Gad SAS où plus de 800 emplois ont été détruits.

    Les élus bretons, même socialistes, ne sont pas en reste pour demander au gouvernement de revoir sa copie sur l’écotaxe, ou tout bonnement son annulation. Le député PS du Finistère, Jean-Jacques Urvoas, a réitéré dimanche sur I>TELE la demande d’”ajournement” de l’écotaxe pour cette région que réclament “l’ensemble des députés de Bretagne et les collectivités bretonnes à majorité socialiste“.

    Si le gouvernement a promis de possibles ajustements d’ici la mise en service de l’écotaxe poids lourds, qui doit entrer en vigueur au 1er janvier, et un rabais de 50% pour la Bretagne, il refuse cependant de céder sur sa date de mise en application.

    Elle est prévue pour le 1er janvier“, a ainsi réaffirmé dimanche sur Europe 1 le ministre de l’Économie et des Finances, Pierre Moscovici, tout en ajoutant : “Nous entendons qu’il y a des crispations, voire des colères, des inquiétudes. C’est la raison pour laquelle nous avons fait des adaptations“.

    L’ex-ministre UMP Xavier Bertrand a appelé à “suspendre” l’entrée en vigueur de l’écotaxe prévue au 1er janvier 2014 “partout” en France, estimant sur “BFM Politique” RMC-Le Point que son application était en l’état “impensable“.

    Je comprends leur colère et je comprends qu’ils manifestent“, a commenté de son côté sur France 3 Marine Le Pen, présidente du Front national (FN).

    AFP (via La Dépêche)

    http://fortune.fdesouche.com/330417-lecotaxe-cristallise-les-tensions-en-bretagne-ou-la-revolte-gronde#more-330417

  • "Je rappelle volontiers que le parti nazi, ça voulait dire « national socialiste », d’accord ?"

    Quand Michel Fugain défend Jean Roucas :

    "Invité mardi des Grandes Gueules de RMC, le chanteur a livré le fond de sa pensée :

    «Je le dis, il a parfaitement raison, on n’a aucune raison de lui interdire quoi que ce soit. Il a des idées, il les défend. Après, que les gens considèrent qu’elle soient bonnes ou pas, c’est le problème des gens. Mais interdire à un humoriste de travailler sous prétexte qu’il défend tel ou tel type d’idées… ».

    Bref, Michel comprend que Jean Roucas s’insurge, et ce, même si les idées qu’il défend sont celles du Front National :

    « Le Front National, il avance depuis tout le temps. Il semble qu’il réunisse des suffrages supplémentaires d’année en année. La question s’est posée il n’y a pas tellement longtemps : est-ce que c’est un parti d’extrème-droite, ou pas ? […] Je rappelle volontiers que le parti nazi, ça voulait dire « national socialiste », d’accord ? C’est-à-dire, il y avait le mot socialiste dedans. Donc c’est un parti populiste, quoi, c’est là qu’ça se situe, c’est ni à droite, ni à gauche […] C’est au milieu de la route. »

    http://www.lesalonbeige.blogs.com/

  • Une gauche radicale exsangue

    Une gauche radicale sans ressources militantes : ce n’est pas nous qui le disons,...

    ...mais Sylvain Boulouque, historien de la gauche radicale, pour Le Nouvel Obs...

    " Si les gauches radicales ont pu espérer prendre en marche le train des mouvements lycéens, essentiellement issus des grands centres urbains, ces tentatives ont été vouées à l’échec, le mouvement n’est pas canalisé par des militants de la gauche radicale, en dépit de dénonciations rhétoriques utilisés par certains responsables socialistes, eux mêmes issus de mouvement de jeunesse.

    Le mouvement lycéen semble avoir été assez spontanée et la gauche radicale a cherché à y coller, les agendas des responsables de la gauche radicale étant libres à l’heure des manifestations. La gauche radicale semble exsangue, sans dynamique et sans ressources militantes. Les chiffres de votants à la fédération de Paris du PCF pour la désignation de la ligne officielle sont un indicateur (Ils sont inférieurs à 1200 votants, pour une Fédération qui comptait 4000 militants en 2009). [...]

    L’intégralité ici

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Une-gauche-radicale-exsangue

  • La publicité élément clé de l’idéologie dominante (2/5)

    B) La « société de l’information », société de l’intrusion publicitaire
    B.1. La publicité est dans une relation symbiotique avec les médias
    B.1.1. La publicité ne pourrait pas se passer aujourd’hui du système médiatique et réciproquement.
    Il y a une osmose entre les deux domaines (des affiches de film ressemblent à des publicités, des films servent à faire la publicité des produits (cf. le film Diana et les marques de luxe : « Les marques sont d’autant plus intéressées que Diana a eu de vrais liens avec elles. Et son image est non seulement glamour mais également associée aux actions caritatives », Paul Morizet, directeur mode et luxe de Corbis Entertainment, Les Echos du 1/10/2013. Voir aussi la publicité La Légende de Shalimar pour un parfum de Guerlain ; des acteurs de cinéma ou des vedettes du sport et des médias jouent ou posent pour des publicités : ex. la campagne « What else ? » de G. Clooney pour Nespresso ; la publicité, comme les médias, utilise la transmission de mots, d’images et de sons comme vecteurs).
    Significativement c’est en 1934, en réaction contre l’interdiction de la publicité à la radio, que M. Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis, créait ainsi sa propre radio, Radio-Cité (La Correspondance de la presse du 29 juillet 2013) illustrant l’alliance durable entre médias et publicité.
    B.1.2. Les ressources publicitaires font vivre les médias (cf. Ils ont acheté la presse, Picollec, 2013) ou au contraire les font mourir (ex. la mise au pas du Figaro Magazine dans les années 1980, la mise à mort de Médias en 2011) ; une grille de programmes ne peut désormais être pensée qu’en fonction de la manne publicitaire escomptée. La course à l’audience au sein des médias est en réalité une course aux recettes publicitaires. De fait les agences publicitaires sont devenues des poids lourds médiatiques (ex. Publicis) et aussi économiques.
    B.1.3. Les médias vendent en échange du « temps de cerveau disponible » au bénéfice des messages publicitaires : en fait ils vendent les lecteurs/spectateurs aux annonceurs et non pas l’inverse.
    L’étude de TFI-TNS Worldpanel Mediaway parue en 2010 montre, par exemple, que les campagnes de publicité télévisée ont fait progresser de 15% la part de marchés des marques auprès des personnes qui y étaient exposées ; de même 58% des campagnes télévisées génèrent des progressions de parts de marché en volume, sur la période 2007/2009 ; et 58% des personnes interrogées estiment que la publicité télévisée « rend les marques plus proches d’elles » (Les Echos du 14 mai 2010).
    « Vu à la télé » : une accroche publicitaire symbolique de la symbiose médias/pub !
    B.1.4. Le style publicitaire et le style de l’information médiatique se ressemblent beaucoup (pauvreté du vocabulaire, accent mis sur la sensibilité [images] aux dépens de la réflexion, préférence pour la nouveauté comme l’illustre le double sens du mot « nouvelles » ou « new(s) », etc.).
    B.1.5. Les commanditaires des campagnes publicitaires sont les mêmes que ceux qui possèdent les médias : l’oligarchie financière et de grandes entreprises mondiales. Médias et publicitaires ont de fait les mêmes patrons ou les mêmes clients et la même cible : la population est donc en réalité un temps publicitaire et inversement
    On rappellera que la moitié du temps libre serait passée devant un écran, selon l’enquête INSEE « Emploi du temps » (Le Monde du 10/11/2011). Selon l’enquête de Médiamétrie (Media in life), les Français déclaraient avoir 40 contacts avec les médias par jour en 2009 (Le Monde du 5/3/2010), 41 contacts en 2011 (Le Monde du 2/3/2011) et 42,5 en 2012 (La Correspondance de la presse du 15 mars 2013) ; 75% des personnes interrogées consultent au moins 3 médias par jour (La Correspondance de la presse du 15 mars 2013).
    Ce qui signifie que le temps d’exposition publicitaire suit la même progression.
    La pression publicitaire journalière (nombre de messages publicitaires présents dans l’environnement et pas uniquement dans les médias) serait estimée de 500 à 2000 en environnement urbain (voir site etopia.be) avec un taux d’attribution moyen de 60% (phénomène par lequel des personnes exposées déclarent reconnaître le message qui leur est montré et qui sont capables de citer sans erreur l’annonceur correspondant au message publicitaire).

    B.2.   Le temps médiatique
    B.2.1. Personne n’est donc à l’abri de l’emprise publicitaire en Occident de nos jours, ni dans le temps ni dans l’espace, ni les enfants ni les adultes ni les vieux. Le bombardement de messages publicitaires est permanent et de nature totalitaire.
    • Les enfants et les adolescents constituent en particulier une cible publicitaire majeure.
    Cela est vrai depuis les débuts de la publicité. V. Packard cite une vedette de la télévision américaine qui déclarait en 1956 : « Je ne dis pas que l’on doive forcer les enfants pour qu’ils harcèlent leurs parents afin qu’ils achètent des produits vantés à la télévision, mais je ne peux nier qu’on agit tous les jours en ce sens » (op. cit., page 151). Cinquante ans après, l’explosion des moyens de communication n’a fait que renforcer le phénomène.
    On estime aujourd’hui qu’à 18 ans un jeune décide au sein de la famille de 90% des achats le concernant directement, de 73% des achats de ses petits frères et sœurs, de 65% des achats de la famille et de 48% des achats des parents pour eux-mêmes (Eléments, hiver 2004-2005).
    La présence d’enfants encourage en outre l’équipement numérique des ménages, selon l’étude du ministère de la Culture sur « Les ménages et les technologies de l’information et de la communication en France et en Europe en 2012 » (La Correspondance de la presse du 31 mai 2013). Enfin, le poids économique des adolescents augmente avec leurs ressources (argent de poche, petits jobs). Les enfants et les jeunes sont donc un fort enjeu de publicité.
    On rappellera qu’au début de l’année le bureau américain chargé de la protection des consommateurs (Federal Trade Commission) a alerté sur le fait que les boutiques en ligne d’Apple et de Google et les applications pour appareils portables pour enfants collectaient des informations privées et les partageaient souvent avec des développeurs et des commerciaux, permettant d’envoyer des publicités personnalisées (La Correspondance de la presse du 3 janvier 2013). L’étude Kids TV Report citée plus haut montre aussi que les géants du Web proposent tous désormais des programmes TV jeunesse (Amazon, Hulu, Itunes ou Samsung, par exemple) dans une logique de fidélisation commerciale (La Correspondance de la presse du 12 septembre 2013).
    Dans son ouvrage Born to Buy (2005), l’Américaine Juliet Schor affirme que l’enfant moyen regarde par an plus de 40.000 messages commerciaux (soit plus de 100 par jour !) sans compter les publicités se glissant dans les films, les jeux vidéo et l’Internet. On rappellera à cet égard qu’en 2010 55% des enfants de 11 à 13 ans possédaient un compte Facebook, selon le baromètre Calysto (Le Monde du 26 avril 2011).
    • Les femmes de la classe moyenne ont aussi été une cible publicitaire majeure et ancienne, dans la mesure où les études montraient qu’elles décidaient une part importante des dépenses des familles.
    • Les seniors deviennent aussi une cible, pour la promotion de la « silver economy ». Bref toute la population !
    • Les espaces « sans publicité » vont en outre en se réduisant car on assiste dans le même temps à un phénomène de privatisation de l’espace public (sponsoring, privatisation et sous-traitance des services publics ; voir la transformation de la Gare St-Lazare en centre commercial, etc.) qui s’accélère depuis la fin du XXe siècle.
    La publicité a par exemple aussi conquis, sinon créé, le sport contemporain. Comme le déclarait significativement le directeur d’Imalis : « Pour nous la coupe du monde [de football] est un levier. C’est l’un des moments forts où chacun veut montrer son appartenance tribale » (Le Monde du 18 juin 2010). On pourrait même se demander si aujourd’hui le sport, devenu « spectacle sportif », et la publicité n’ont pas fusionné en Occident (non seulement le sponsoring ; ex. la mode du jogging a aussi été encouragée par les vendeurs d’équipements et par le cinéma américain, alors que ses vertus réelles sont douteuses).
    En conclusion, la publicité c’est la même chose que les médias, mais dit autrement.
    Or ces espaces commerciaux ne sont plus des espaces publics, des forums où l’on peut par exemple manifester (les manifestants politiques sont interdits de centre commercial au motif qu’il s’agit d’un espace privé). Non seulement la publicité envahit tout mais elle neutralise tout.
    Le nombre d’espaces où seule la publicité commerciale est autorisée progresse. La publicité moderne a pour caractéristique, en effet, d’envahir l’espace où elle s’introduit ou le support qu’elle utilise.
    B3)    Les techniques publicitaires ne se dissocient plus des techniques de communication
    B.3.1. La publicité colle étroitement au développement des nouvelles technologies de communication car l’indice d’influence d’Internet serait 2 fois plus élevé que celui de la télévision et 5 à 6 fois plus fort que celui de la presse.
    Les dépenses publicitaires se concentrent donc sur les médias en expansion (principalement Internet et les tablettes) et diminuent dans les médias en déclin relatif (télévision et surtout presse écrite).
    A noter que les dépenses mondiales de publicité dans les nouvelles technologies s’élèveraient selon Magna Global (Mediabands) à 378 Mds € dont 23% pour les médias numériques en 2013, avec une forte croissance sur les moteurs de recherche (+14,6%), la vidéo en ligne (+21%) et les formats mobiles (+54%) (La Correspondance de la presse du 17 juin 2013). Aujourd’hui en Europe, selon l’Adex Benchmark Report (IAB Europe /IHS), Internet représenterait ¼ de la publicité (la publicité en ligne ne représentait que 10,6% encore en 2006) ; les investissements dans la publicité en ligne dépassent désormais ceux de la presse quotidienne (Les Echos du 29 août 2013).
    91% des internautes sont exposés quotidiennement à la publicité diffusée sur Internet (étude Adyoulike et Ifop du 29 au 31 mai 2013 – La Correspondance de la presse du 1er juillet 2013). Selon cette étude sur Internet et la télévision, les Français seraient exposés à 70 publicités par jour sur chacun de ces supports.
    B.3.2. Des techniques de plus en plus sophistiquées sont mises au service de la publicité.
    On notera au préalable que la littérature est peu prolixe sur les outils aujourd’hui mis en œuvre par les agences de publicité. On attend encore le J. Assange ou l’E. Snowden des agences de publicité et de marketing ! A noter que de son temps déjà V. Packard se plaignait de l’opacité des publicitaires quant aux techniques mises en œuvre (op.cit., page 13).
    Les nouvelles technologies permettent en tout cas une action d’influence ciblée, donc plus efficace, plus réactive et aussi moins coûteuse qu’une publicité à caractère général (moins chère qu’un affichage dans un grand quotidien ou un spot télévisé). C’est pourquoi les grandes marques s’en emparent avec avidité (ex. Nike cible de plus en plus sa publicité sur le web, le street marketing et les réseaux sociaux [« Running avec Nike »]).
    Ces techniques permettent de passer d’une publicité « industrielle » cherchant à toucher le plus vaste public possible au moyen de supports de grande diffusion spectaculaire (presse, cinéma, affiches, télévision) à une approche beaucoup plus individualisée et « intelligente » (comme il y a des bombes intelligentes…) des cibles. C’est notamment le grand apport de la publicité sur Internet, les écrans nomades et les réseaux sociaux ; ils permettent en effet :
    a)- le ciblage du profil de l’internaute puisque celui-ci laisse des traces. On estime que 40 à 50% de ces traces seraient utilisées à des fins publicitaires (cahier du Monde n° 21214 du 3 avril 2013), malgré l’interdiction de croisement des fichiers. Concernant uniquement la France, la CNIL a mené son audit sur 250 sites Internet « régulièrement fréquentés par les internautes français » au terme duquel « il apparaît que 99% d’entre eux collectent des données à caractère personnel » (LeMonde.fr du 13 août 2013). La CNIL et l’INRIA avaient déjà relevé, dans leur rapport « Mobilitics », l’utilisation des données des smartphones sous le système d’exploitation Apple à des fins publicitaires : notamment accès à Internet, géolocalisation du mobile, accès à l’identifiant unique de l’iPhone, voire accès aussi au carnet d’adresses et au calendrier de l’utilisateur, etc. (LeFigaro.fr du 11 avril 2013). A noter aussi que les cookies ne sont pas effaçables des applications mobiles…
    Comme le déclare Nicolas Teisseire, associé au cabinet Roland Berger, « avec les données Internet, les publicitaires peuvent s’adresser à l’identité virtuelle de la personne » qui est plus précise que les données par CSP, par exemple, et mieux connaître le profil du client, donc lui proposer les produits qu’il est susceptible de demander (Cahier du Monde n° 21214 du 3 avril 2013).
    Ces techniques permettent en outre de calculer avec grande précision le retour sur investissement des campagnes.
    b)- un effet d’orchestration et de bouche à oreille, beaucoup plus efficace pour la publicité qu’un discours de marque (cf. travaux de K. Lewin déjà cités) : les ¾ des mentions d’une marque sur Internet ne seraient pas aujourd’hui le fait de la marque elle-même (Cahier du Monde n° 21214 du 3 avril 2013). De fait, ce sont les consommateurs eux-mêmes qui deviennent des agents publicitaires.
    c)- une interactivité propice à la fidélisation des clients. Le directeur marketing de Proctor et Gamble affirme que la campagne interactive pour le rasoir Gillette « Fusion proglide power » (sic) a permis de « gagner de la préférence de marque, ce qui est le but de toute campagne télévisée traditionnelle ; et de faire tester notre produit : 90% des internautes qui ont été sur nos pages ont consommé » (Les Echos du 23 mai 2011) ; voir aussi la méthode « play along » qui associe à des jeux télévisés des internautes, ce qui permet de « qualifier » un public, donc de le cibler ; de même Nespresso a mobilisé les 7 millions de membres de son club pour imaginer une nouvelle campagne publicitaire avec G. Clooney (Le Monde du 7/11/2009). Bel exemple de victimes contribuant à resserrer la maille du filet publicitaire !
    d)- d’une façon générale l’utilisation d’outils informatiques permet une plus grande flexibilité du support publicitaire (cf. panneaux publicitaires J.C. Decaux pour La Redoute qui présentent des vêtements différents selon… la météo ambiante grâce à des capteurs – cf. Cahier du Monde n° 21214 du 3 avril 2013). Et le suivi du consommateur est plus étroit (cas des produits en gondole qui changent de place pour se trouver sur le trajet du client dont les attentes ont été ciblées et qui a été géolocalisé, études de « eye tracking » observant le cheminement du regard du client sur un rayon de supermarché, filmage pour analyse du comportement des clients devant un étalage, la plupart du temps à leur insu). Le magazine en ligne britannique Quartz a aussi révélé la mise en place à Londres de poubelles « intelligentes » équipées de wi-fi qui absorbent les données des smartphones des passants pour leur proposer des publicités ciblées (LeFigaro.fr du 14 août 2013).
    e)- enfin, les nouvelles technologies permettent de multiplier les écrans : « To be everywhere, everytime » (cf. le développement des panneaux publicitaires sous forme d’écrans). Le but est de faire que le spectateur puisse voir partout et à toute heure l’émission de son choix, donc être soumis partout à la publicité, grâce à l’informatique nomade. C’est bien la réalisation de la prédiction d’Orwell : la télévision qu’on ne peut éteindre et qui vous regarde (ce que fait Internet).
    La société de l’information, tant vantée par l’oligarchie, est donc aussi une société de l’intrusion publicitaire et donc de l’emprise commerciale croissantes.
    Michel Geoffroy, 6e Journée de la réinformation, 26/10/2013
    http://www.polemia.com/polemia-6e-journee-de-la-reinformation-la-publicite-element-cle-de-lideologie-dominante-25/

  • Delamarche Déclare: "Ça va aller de plus en plus mal. Et il faut s'attendre à ce que ça pète."

  • L’immigration n’est une chance pour personne

    Extrait d'une tribune d'Yves Meaudre, président d'Enfants du Mékong, sur Liberté Politique :

    "Pour éviter que ne recommence la tragédie de Lampedusa, il faut retenir une seule idée : l’immigration n’est une chance pour personne. C’est un drame pour tous, un retour du servage et du pillage avec la complicité des bonnes consciences.

    Comme ONG consacrée à l’aide aux enfants du Sud-Est asiatique, pour nous qui depuis trente ans avons attaché nos actions quotidiennes à des populations qui fuient la guerre, la faim ou l’oppression politique, nous disons que l’immigration est le drame absolu. Un arrachement pour les parents qui ne reverront jamais leurs enfants, pour les vieux qui n’ont comme sécurité que leur descendance, pour les nations désorganisées qui perdent leurs futures élites. Le cri des évêques d’Orient qui appellent les chrétiens à rester en est le symbole pathétique !

    Beaucoup de nos contemporains ne réalisent pas que l’immigration à laquelle ils condamnent des populations affolées enrichit les trafiquants et les exploiteurs. Parmi ces trafiquants, il y a des policiers et des douaniers. On le sait : ces marchands de voyage embarquent à prix d’or des désespérés qui engouffrent des fortunes auxquelles a contribué toute leur parentèle.

    Les chiffres donnent le vertige. Plusieurs des enfants exilés pris en charge par Enfants du Mékong à Paris, retournaient à l’état servile dès leur départ de l’association. Pendant un an ou plus, ils se retrouvaient dans des ateliers clandestins de la Porte de Choisy pour rembourser leur passage. Nos moralistes s’associent à ces trafiquants.

    Comparer l’immigration espagnole, italienne ou polonaise avec celle venant d’Afrique est malhonnête. Il y a trop de drames aujourd’hui pour oser dire que l’immigration est une chance. C’est une tragédie. On vide certains pays d’Afrique ou d’Europe centrale de leurs meilleurs médecins parce que les ministères concernés (Santé, Finances) sont incapables de changer la loi. Il suffirait de lever les numerus clausus de nos facultés. Cela permettrait d’avoir plus de diplômés pour nos campagnes. Résultat : on pille les pays pauvres de leurs meilleures ressources, eux qui ont tant besoin de leurs rares médecins !

    Oui, l’immigration est un drame. Il faut se décider à aider les enfants à vivre auprès de leurs parents, c’est ce que fait Enfants du Mékong depuis trente ans. Nous l’avons fait alors que la guerre se poursuivait au Cambodge, nous l’avons fait en Birmanie alors que le régime était la dictature que l’on sait, nous le faisons au Tibet. [...]"

    http://www.lesalonbeige.blogs.com/

  • La publicité élément clé de l’idéologie dominante (1/5)

    Avant d’aborder la question de savoir comment la publicité se met au service de l’idéologie dominante, il convient de rappeler quelle est cette idéologie.
    L’idéologie dominante est un mélange (explosif) de trois composantes principales :
    - l’idéologie des Lumières, revisitée par l’idéologie libertaire de Mai-1968 et qui s’exprime notamment aujourd’hui dans la nouvelle idéologie des droits de l’homme, l’antiracisme, et la promotion de la « diversité » et du cosmopolitisme ;
    - le libre-échange comme modèle économique et le monde anglo-saxon comme modèle social ;
    - la prétention à créer un homme nouveau et une société nouvelle, qui emprunte à l’appareil idéologique de la gauche et qui suppose de s’affranchir des principes démocratiques traditionnels, pour imposer à la population des évolutions qu’elle ne souhaite pas.
    Au plan sociologique cette idéologie sert de justification et de levier à la prise du pouvoir par l’oligarchie des dirigeants des grandes entreprises mondialisées et des institutions financières, au sein des sociétés occidentales (post-démocratie).
    Pourquoi la publicité diffuse-t-elle cette idéologie ?
    Cinq raisons.
    A) La publicité, une idéologie intrusive
    A.1. La persuasion publicitaire est une idéologie
    A.1.1. Selon la définition de l’idéologie selon Jean Baechler (Qu’est-ce que l’idéologie ? Idées Gallimard, 1976), la publicité est une idéologie, c’est-à-dire un discours qui vise à produire des effets sur le comportement de ceux qui le reçoivent. L’idéologie politique est un discours qui vise une finalité politique (en particulier qui légitime la distinction ami/ennemi).
    La publicité est une idéologie à finalité commerciale qui vise à légitimer un comportement d’achat compulsif.
    Par essence la publicité est donc une « manipulation » qui vise à provoquer un comportement que le sujet n’a pas nécessairement voulu consciemment ou personnellement. Vance Packard définit ainsi dès 1957 les publicitaires comme des « manipulateurs » (La Persuasion clandestine, Calmann-Lévy, 1958).
    La publicité s’efforce en effet de faire apparaître au client potentiel que le produit qu’elle met en scène présente :
    - une valeur perçue supérieure à son coût perçu : il s’agit de mettre l’accent sur les qualités réelles et supposées (ex. la mise en exergue de qualités en réalité accessoires : les gadgets destinés à vendre des automobiles, alors qu’ils n’augmentent pas en général les performances ou la sécurité du véhicule, et à en diminuer le coût apparent (d’achat [ex. 499 € et non pas 500…] ou d’usage) ;
    - une valeur supérieure à celle des produits de la concurrence (même si la publicité comparative est interdite).
    Il s’agit donc à chaque fois de jouer sur les perceptions du sujet autant et sinon plus que sur le produit lui-même. Pour cette raison la publicité se rattache à la désinformation, à l’action psychologique et à l’influence.
    A.1.2. Il n’y a pas de différence de nature entre publicité, propagande et influence, sinon que les émetteurs des messages peuvent différer. La publicité est une forme d’influence de la population qui ne se différencie pas fonctionnellement de la désinformation à caractère politique, idéologique ou sectaire. La seule différence tient à ce que cette désinformation se développe à une échelle très vaste et qu’elle est encouragée ouvertement.
    Par contre, la cible est bien la même : formater le même citoyen, qu’il se présente sous la forme de l’électeur, du lecteur, de l’auditeur, du téléspectateur ou du consommateur.
    Non seulement la cible est la même, mais le contenu des messages est en outre très proche au fond, qu’il s’agisse de la propagande médiatique ou de la propagande publicitaire. « La publicité n’est pas seulement parole commerciale, mais aussi parole politique, parole sociale, parole morale, discours idéologique toujours. Elle est le langage dominant de la culture », Bernard Cathelat (Publicité et Société, Payot 2001).
    A.1.3. La publicité (comme la propagande politique…) aime se présenter sous la forme de communication (ex. la charte de Publicis fait référence à la communication et non à la publicité). Lors de l’ouverture de la télévision française à la publicité (le 1er octobre 1968 sur la première chaîne et en 1971 sur la seconde, soit après Mai-1968, ce qui est significatif), le slogan était d’ailleurs « Avec la publicité vous êtes informés » : une façon d’identifier information et publicité.
    Mais c’est une communication biaisée car :
    - elle ne repose pas sur un dialogue ni sur une demande : elle impose des messages unilatéralement au public pour le transformer en consommateur ;
    - les publicitaires s’arrogent en outre le droit intrusif de « communiquer » quand bon leur semble (ex. coupures de films, publicité subliminale, profilage des consommateurs, envoi de messages publicitaires sur Internet, ciblage du profil des internautes, etc.) et en tout cas de plus en plus.
    En fait, ce n’est pas de la communication mais bien de l’intrusion, une intrusion à caractère totalitaire, en outre.
    A.2. La persuasion publicitaire est une coercition
    La publicité relativise la portée de l’affirmation selon laquelle la concurrence et le marché donnent au consommateur la liberté de choisir le produit « qu’il veut » (le consommateur/client n’est-il pas roi ?). En fait, cette liberté du choix cache l’obligation de choisir, donc d’acheter, comme le souligne de son côté François Brune : obligation justement créée par la désinformation publicitaire.
    A.2.1. Les techniques de manipulation publicitaire ont commencé d’être théorisées aux Etats-Unis au moment de la seconde guerre mondiale, lorsqu’il s’agissait de préparer les ménages américains à l’économie de guerre (cf. travaux de Kurt Lewin, Décisions de groupe et changement social, 1947). Les travaux de Lewin ont montré qu’en passant d’un modèle de commandement à un modèle plus suggestif, car donnant l’apparence du libre choix, on parvenait mieux à faire changer le comportement des gens (en l’occurrence les ménagères américaines) dans le sens souhaité.
    Dans la suite de ces analyses fondatrices, Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois (Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, PUG [Presses universitaires de Grenoble] 2002), enseignants de psychologie sociale, affirment que les techniques de manipulation sont d’autant plus efficaces qu’elles sont pratiquées dans un contexte de liberté de choix apparente. Les études montrent que les comportements attendus seraient 25% fois plus élevés quand l’expérimentateur a apparemment donné le choix à ses sujets (« mais-bien-sûr-vous-êtes-libre-de ») que dans le cas contraire.
    A.2.2. La publicité est justement une douce coercition qui repose sur la fiction du choix raisonné laissé au consommateur. Mais c’est une désinformation car la publicité vise à provoquer en réalité l’achat compulsif permanent.
    Joule et Beauvois, dans leur Petit traité, mettent l’accent sur le comportement de persévération comme vecteur de manipulation, c’est-à-dire le fait que les personnes aient tendance à adhérer durablement à leurs décisions initiales en rationalisant leurs choix a posteriori, même si ces décisions se révèlent peu profitables.
    Comme l’écrivent Joule et Beauvois on peut se demander paradoxalement « si l’une des fonctions essentielles des images publicitaires, plutôt que d’appâter le client potentiel, ce que l’on proclame, ne serait pas de conforter les clients effectifs dans les comportements d’achat qu’ils ont déjà réalisés, ce qu’on ne dit pas » (op. cit., page 224).
    - La « fidélisation » des consommateurs autour des marques renvoie clairement à ce processus de persévération/rationalisation.
    - La publicité cherche en outre à créer une tension destinée à donner naissance à une envie à assouvir (créer une envie pour la transformer ensuite en « besoin »). D’après certaines études (notamment évoquées par V. Packard), 7 achats sur 10 seraient compulsifs, comme pour se libérer d’une tension (qui a été provoquée par la manipulation publicitaire justement).
    Vance Packard montre comment les psychologues, les psychiatres et les psychanalystes ont investi après la seconde guerre mondiale le domaine de la publicité et des relations publiques aux Etats-Unis. Ils vont en effet fonder une nouvelle démarche publicitaire sur le principe que les attentes des consommateurs ne sont pas rationnelles et qu’une publicité efficace passe par « l’analyse » de leurs mobiles et motivations réels, afin de découvrir et d’exploiter leurs phobies ou leurs préférences cachées. D’où le développement exponentiel des recherches de motivation (à base d’entretiens, de sondages ou de dynamiques de groupe) pour connaître les « véritables raisons » pour lesquelles les gens achètent ou n’achètent pas un produit. Comme dans la démarche psychanalytique, il s’agissait de « libérer » le consommateur en quelque sorte du refoulé qui ferait obstacle à sa pulsion de consommation.
    Packard mettait par exemple en lumière le fait que les supermarchés (et a fortiori les hypermarchés de nos jours !) ont justement pour effet de soumettre le consommateur à un stress créé par l’accumulation de produits sur les rayons, dont il doit se libérer justement en remplissant son caddie. Accessoirement les étalages sont conçus pour attirer l’œil des client(e)s sur les produits où la marge de profit est la plus grande (notamment par l’usage des couleurs ou des emballages adéquats), ou sont constamment maintenus pleins car cela stimule l’achat (22% d’achats en plus si les rayons sont toujours pleins (op. cit., page 106). Il cite des études montrant aussi que les achats sont moindres quand le client doit s’adresser à un vendeur plutôt que se servir lui-même (ce qui était d’ailleurs la règle jusque dans les années 1950).
    Il ne s’agit pas que d’une approche de théoriciens.
    Ainsi, par exemple, M6 Publicité, en collaboration avec Ipsos Trend Observer, présentant ses tendances publicitaires pour 2013 insiste sur trois axes majeurs : la créativité pour tous (« jusqu’à l’exubérance, l’extravagance »), le luxe pour tous (merci la crise !!!…) et la « liberté avant tout », c’est-à-dire le « sans engagement, sans contrainte d’une consommation rapide et spontanée » (sic)… (La Correspondance de la presse du 18 avril 2013). C’est reconnaître ouvertement que l’on vise l’achat compulsif « spontané » et non pas raisonné.
    Michel Geoffroy, 6e Journée de la réinformation, 26/10/2013
    http://www.polemia.com/polemia-6e-journee-de-la-reinformation-la-publicite-element-cle-de-lideologie-dominante-15/