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France et politique française - Page 5133

  • Genèse de la pensée unique par Claude BOURRINET

    Polymnia Athanassiadi, professeur d’histoire ancienne à l’Université d’Athènes, spécialiste du platonisme tardif (le néoplatonisme) avait bousculé quelques certitudes, dans son ouvrage publié en 2006, « la lutte pour l’orthodoxie dans le platonisme tardif », en montrant que les structures de pensée dans l’Empire gréco-romain, dont l’aboutissement serait la suppression de toute possibilité discursive au sein de l’élite intellectuelle, étaient analogues chez les philosophes « païens » et les théologiens chrétiens. Cette osmose, à laquelle il était impossible d’échapper, se retrouve au niveau des structures politiques et administratives, avant et après Constantin. L’État « païen », selon Mme Athanassiadi, prépare l’État chrétien, et le contrôle total de la société, des corps et des esprits. C’est la thèse contenue dans une étude éditée en 2010, Vers la pensée unique. La montée de l’intolérance dans l’Antiquité tardive.

     

    Un basculement identitaire

     

    L’Antiquité tardive est l’un de ces concepts historiques relativement flous, que l’on adopte, parce que c’est pratique, mais qui peuvent susciter des polémiques farouches, justement parce qu’ils dissimulent des pièges heuristiques entraînant des interprétations diamétralement apposées. Nous verrons que l’un des intérêts de cette recherche est d’avoir mis au jour les engagements singulièrement contemporains qui sous tendent des analyses apparemment « scientifiques ».

     

    La première difficulté réside dans la délimitation de la période. Le passage aurait eu lieu sous le règne de Marc Aurèle, au IIe siècle, et cette localisation temporelle ne soulève aucun désaccord. En revanche, le consensus n’existe plus si l’on porte le point d’achoppement (en oubliant la date artificielle de 476) à Mahomet, au VIIe siècle, c’est-à-dire à l’aboutissement désastreux d’une longue série d’invasions, ou aux règnes d’Haroun al-Rachid et de Charlemagne, au IXe siècle, voire jusqu’en l’An Mil. Ce qui est en jeu dans ce débat, c’est l’accent mis sur la rupture ou sur la continuité.

     

    Le fait indubitable est néanmoins que la religion, lors de ce processus qui se déroule quand même sur plusieurs siècles, est devenue le « trait identitaire de l’individu ». L’autre constat est qu’il  s’éploie dans un monde de plus en plus globalisé – l’orbis romanus – dans un empire qui n’est plus « romain », et qui est devenu méditerranéen, voire davantage. Une révolution profonde s’y est produite, accélérées par les crises, et creusant ses mines jusqu’au cœur d’un individu de plus en plus angoissé et cherchant son salut au-delà du monde. La civilisation de la cité, qui rattachait l’esprit et le corps aux réalités sublunaires, a été remplacée par une vaste entité centralisée, dont la tête, Constantinople ou Damas, le Basileus ou le calife, un Dieu unique, contrôle tout. Tout ce qui faisait la joie de vivre, la culture, les promenades philosophiques, les spectacles, les plaisirs, est devenu tentation démoniaque. La terre semble avoir été recouverte, en même temps que par les basiliques, les minarets, les prédicateurs, les missionnaires, par un voile de mélancolie et un frisson de peur. Une voix à l’unisson soude les masses uniformisées, là où, jadis, la polyphonie des cultes et la polydoxie des sectes assuraient des parcours existentiels différenciés. Une monodoxie impérieuse, à base de théologie et de règlements tatillons, s’est substituée à la science (épistémé) du sage, en contredisant Platon pour qui la doxa, l’opinion, était la source de l’erreur.

     

    Désormais, il ne suffit pas de « croire », si tant est qu’une telle posture religieuse ait eu sa place dans le sacré dit « païen » : il faut montrer que l’on croit. Le paradigme de l’appartenance politico-sociale est complètement transformé. La terreur théologique n’a plus de limites.

     

    Comme le montre Polymnia Athanassiadi, cet aspect déplaisant a été, avec d’autres, occulté par une certaine historiographie, d’origine anglo-saxonne.

     

    Contre l’histoire politiquement correcte

     

    La notion et l’expression d’« Antiquité tardive » ont été forgées principalement pour se dégager d’un outillage sémantique légué par  les idéologies nationales et religieuses. Des Lumières au positivisme laïciste du XIXe siècle, la polémique concernait la question religieuse, le rapport avec la laïcité, le combat contre l’Église, le triomphe de la raison scientifique et technique. Le « récit » de la chute de l’Empire romain s’inspirait des grandes lignes tracées par Montesquieu et  Gibbon, et mettait l’accent sur la décadence, sur la catastrophe pour la civilisation qu’avait provoquée la perte des richesses antiques. Le christianisme pouvait, de ce fait, paraître comme un facteur dissolvant. D’un autre côté, ses apologistes, comme Chateaubriand, tout en ne niant pas le caractère violent du conflit entre le paganisme et le christianisme, ont souligné la modernité de ce dernier, et par quelles valeurs humaines il remplaçait celles de l’ancien monde, devenu obsolète.

     

    C’est surtout contre l’interprétation de Spengler que s’est élevée la nouvelle historiographie de la fin des années Soixante. Pour le savant allemand, les civilisations subissent une évolution biologique qui les porte de la naissance à la mort, en passant par la maturité et la vieillesse. On abandonna ce schéma cyclique pour adopter la conception linéaire du temps historique, tout en insistant sur l’absence de rupture, au profit de l’idée optimiste de mutation. L’influence de Fernand Braudel, théoricien de la longue durée historique et de l’asynchronie des changements, fut déterminante.

     

    L’école anglo-saxonne s’illustra particulièrement. Le maître en fut d’abord Peter Brown avec son World of late Antiquity : from Marcus Aurelius to Muhammad (1971). Mme Athanassiadi n’est pas tendre avec ce savant. Elle insiste par exemple sur l’absence de structure de l’ouvrage, ce qui ne serait pas grave s’il ne s’agissait d’une étude à vocation scientifique, et sur le manque de rigueur des cent trente illustrations l’accompagnant, souvent sorties de leur contexte. Quoi qu’il en soit, le gourou de la nouvelle école tardo-antique étayait une vision optimiste de cette période, perçue comme un âge d’adaptation.

     

    Il fut suivi. En 1997, Thomas Hägg, publia la revue Symbolae Osbenses, qui privilégie une approche irénique. On vide notamment le terme le terme xenos (« étranger ») de son contenu tragique « pour le rattacher au concept d’une terre nouvelle, la kainê ktisis, ailleurs intérieur rayonnant d’espoir ». Ce n’est pas un hasard si l’inspirateur de cette historiographique révisionniste est  le savant italien Santo Mazzarino, l’un des forgerons de la notion de démocratisation de la culture.

     

    La méthode consiste en l’occurrence à supprimer les oppositions comme celles entre l’élite et la masse,  la haute et la basse culture. D’autre part, le « saint » devient l’emblème de la nouvelle société. En renonçant à l’existence mondaine, il accède à un statut surhumain, un guide, un sauveur, un intermédiaire entre le peuple et le pouvoir, entre l’humain et le divin. Il est le symbole d’un monde qui parvient à se maîtrise, qui se délivre des entraves du passé

     

    Polymnia Athanassiadi rappelle les influences qui ont pu marquer cette conception positive : elle a été élaborée durant une époque où la détente d’après-guerre devenait possible, où l’individualisme se répandait, avec l’hédonisme qui l’accompagne inévitablement, où le  pacifisme devient, à la fin années soixante, la pensée obligée de l’élite. De ce fait, les conflits sont minimisés.

     

    Un peu plus tard, en 1999, un tome collectif a vu le jour : Late Antiquity. A Guide to the postclassical World. Y ont contribué P. Brown et deux autres savants princetoniens : Glen Bowersock et Oleg Grabar, pour qui le véritable héritier de l’empire romain est Haroun al-Rachid. L’espace tardo-antique est porté jusqu’à la Chine, et on met l’accent sur vie quotidienne. Il n’y a plus de hiérarchie. Les dimensions religieuse, artistique politique, profane, l’écologique, la sexuelle, les femmes, le mariage, le divorce, la nudité – mais pas les eunuques, sont placées sur le même plan. La notion de crise est absente, aucune allusion aux intégrismes n’est faite, la pauvreté grandissante n’est pas évoquée, ni la violence endémique, bref, on a une « image d’une Antiquité tardive qui correspond à une vision politiquement correcte ».

     

    La réaction a vu le jour en Italie. Cette même année 1999, Andrea Giardina, dans un article de la revue Studi Storici, « Esplosione di tardoantico », a contesté « la vision optimiste d’une Antiquité tardive longue et paisible, multiculturelle et pluridisciplinaire ». Il a expliqué cette perception déformée par plusieurs causes :

     

    — la rhétorique de la modernité,

     

    — l’impérialisme linguistique de l’anglais dans le monde contemporain (« club anglo-saxon »),

     

    — une approche méthodologique  défectueuse (lecture hâtive).

     

    Et, finalement, il conseille de réorienter vers l’étude des institutions administratives et des structures socio-économiques.

     

    Dans la même optique, tout en dénonçant le relativisme de l’école anglo-saxonne, Wolf Liebeschuetz, (Decline and Full of the Roman City, 2001 et 2005), analyse le passage de la cité-État à l’État universel. Il insiste sur la notion de déclin, sur la disparition du genre de vie avec institutions administratives et culturelles légués par génie hellénistique, et il s’interroge sur la continuité entre la Cité romaine et ses successeurs (Islam et Europe occidentale). Quant à Bryan Ward-Perkins, The fall of Rome and the End of Civilization, il souligne la violence des invasions barbares, s’attarde sur le trauma de la dissolution de l’Empire. Pour lui, le déclin est le résultat de la chute.

     

    On voit que l’érudition peut cacher des questions hautement polémiques et singulièrement contemporaines. Polymnia Athanassiadi prend parti, parfois avec un mordant plaisant, mais nul n’hésitera à se rendre compte combien les caractéristiques qui ont marqué l’Antiquité tardive concernent de façon extraordinaire notre propre monde.

     

    Polymnia Athanassiadi rappelle, en s’attardant sur la dimension politico-juridique, quelles ont été les circonstances de la victoire de la « pensée unique » (expression ô combien contemporaine !). Mais avant tout, quelle a été la force du christianisme ?

     

    La révolution culturelle chrétienne

     

    Le christianisme avait plusieurs atouts à sa disposition, dont certains complètement inédits dans la société païenne.

     

    D’abord, il hérite d’une société où la violence est devenue banale, du fait de la centralisation politico-administrative, et de ce qu’on peut nommer la culture de l’amphithéâtre.

     

    Dès le IIe siècle, en Anatolie, le martyr apparaît comme la « couronne rouge » de la sainteté octroyée par le sens donné. Les amateurs sont mus par une vertu grecque, la philotimia, l’« amour de l’honneur ». C’est le seul point commun avec l’hellénisme, car rien ne répugne plus aux esprits de l’époque que de mourir pour des convictions religieuses, dans la mesure où toutes sont acceptées comme telles. Aussi bien cette posture est-elle peu comprise, et même méprisée. L’excès rhétorique par lequel l’Église en fait la promotion en souligne la théâtralité. Marc Aurèle y voit de la déraison, et l’indice d’une opposition répréhensible à la société. Et, pour une société qui recherche la joie de vivre, cette pulsion de mort paraît bien suspecte.

     

    Retenons donc cette aisance dans l’art de la propagande – comme chacun sait, le nombre de martyrs n’a pas été si élevé qu’on l’a prétendu – et cette attirance morbide qui peut aller jusqu’au fond des cœurs. Le culte des morts et l’adoration des reliques sont en vogue dès le IIIe siècle.

     

    Le leitmotiv de la résurrection des corps et du jugement dernier est encore une manière d’habituer à l’idée de la mort. Le scepticisme régnant avant IIIe siècle va laisser place à une certitude que l’on trouve par exemple chez Tertullien, pour qui l’absurde est l’indice même de la vérité (De carne christi, 5).

     

    L’irrationalisme, dont le christianisme n’est pas seul porteur, encouragé par les religions orientales, s’empare donc des esprits, et rend toute manifestation surnaturelle plausible. Il faut ajouter la croyance aux démons, partagée par tous.

     

    Mais c’est surtout dans l’offensive, dans l’agression, que l’Église va se trouver particulièrement redoutable. En effet, de victimes, les chrétiens, après l’Édit de Milan, en 313, vont devenir des  agents de persécution. Des temples et des synagogues seront détruits, des livres brûlés.

     

    Peut-être l’attitude qui tranche le plus avec le comportement des Anciens est-il le prosélytisme, la volonté non seulement de convertir chaque individu, mais aussi l’ensemble de la société, de façon à modeler une communauté soudée dans une unicité de conviction. Certes, les écoles philosophiques cherchaient à persuader. Mais, outre que leur zèle n’allait pas jusqu’à harceler le monde, elles représentaient des sortes d’options existentielles dans le grand marché du bonheur, dont la vocation n’était pas de conquérir le pouvoir sur les esprits. Plotin, l’un des derniers champions du rationalisme hellène, s’est élevé violemment contre cette pratique visant à arraisonner les personnes. On vivait alors de plus en plus dans la peur, dans la terreur de ne pas être sauvé. L’art de dramatiser l’enjeu, de le charger de toute la subjectivité de l’angoisse et du bon choix à faire, a rendu le christianisme particulièrement efficace. Comme le fait remarquer Mme Athanassiadi, la grande césure du moi, n’est plus entre le corps et l’âme, mais entre le moi pécheur et le moi sauvé. Le croyant est sollicité, sommé de s’engager, déchiré d’abord, avant Constantin, entre l’État et l’Église, puis de façon permanente entre la vie temporelle et la vie éternelle.

     

    Cette tension sera attisée par la multitude d’hérésie et par les conflits doctrinaux, extrêmement violents. Les schismes entraînent excommunications, persécutions, batailles physiques. Des polémiques métaphysiques absconses toucheront les plus basses couches de la société, comme le décrit Grégoire de Nysse dans une page célèbre très amusante. Les Conciles, notamment ceux de Nicée et de Chalcédoine, seront des prétextes à l’expression la plus hyperbolique du chantage, des pressions de toutes sortes, d’agressivité et de brutalité. Tout cela, Ramsay MacMullen le décrit fort bien dans son excellent livre, Christianisme et paganisme du IVe au VIIIe siècle.

     

    Mais c’est surtout l’arme de l’État qui va précipiter la victoire finale contre l’ancien monde. Après Constantin, et surtout avec Théodose et ses successeurs, les conversions forcées vont être la règle. À propos de  Justinien, Procope écrit : «  Dans son zèle pour réunir l’humanité entière dans une même foi quant au Christ, il faisait périr tout dissident de manière insensée » (in 118). Des lois discriminatoires seront décrétées. Même le passé est éradiqué. On efface la mémoire, on sélectionne les ouvrages, l’index des œuvres interdites est publié, Basile de Césarée (vers 360) établit une liste d’auteurs acceptables, on jette même l’anathème sur les hérétiques de l’avenir !

     

    Construction d’une pensée unique

     

    L’interrogation de Polemnia Athanassiadi est celle-ci : comment est-on passé de la polydoxie propre à l’univers hellénistique, à la monodoxie ? Comment un monde à l’échelle humaine est-il devenu un  monde voué à la gloire d’un Dieu unique ?

     

    Son fil conducteur est la notion d’intolérance. Mot piégé par excellence, et qui draine pas mal de malentendus. Il n’a rien de commun par exemple avec l’acception commune qui s’impose maintenant, et dont le fondement est cette indifférence profonde pour tout ce qui est un peu grave et profond, voire cette insipide légèreté contemporaine qui fuit les tragiques conséquences de la politique ou de la foi religieuse. Serait intolérant au fond celui qui prendrait au sérieux, avec tous les refus impliqués, une option spirituelle ou existentielle, à l’exclusion d’une autre.  Rien de plus conformiste que la démocratie de masse ! Dans le domaine religieux, le paganisme était très généreux, et accueillait sans hésiter toutes les divinités qu’il lui semblait utile de reconnaître, et même davantage, dans l’ignorance où l’on était du degré de cette « utilité » et de la multiplicité des dieux. C’est pourquoi, à Rome, on rendait un culte au dieu inconnu. Les païens n’ont jamais compris ce que pouvait être un dieu « jaloux », et tout autant leur théologie que leur anthropologie les en empêchaient. En revanche, l’attitude, le comportement, le mode de vie impliquaient une adhésion ostentatoire à la communauté. Les cultes relevaient de la vie familiale, associative, ou des convictions individuelles : chacun optait pour un ou des dieux qui lui convenaient pour des raisons diverses. Pourtant les cultes publics concernant les divinités poliades ou l’empereur étaient des actes, certes, de piété, mais ne mettant en scène souvent que des magistrats ou des citoyens choisis. Ils étaient surtout des marques de patriotisme. À ce titre, ne pas y participer lorsqu’on était requis de le faire pouvait être considéré comme un signe d’incivisme, de mauvaise volonté, voire de révolte. En grec, il n’existe aucun terme pour désigner notion de tolérance religieuse. En latin, l’intolérance : intolerentia, est cette « impatience », « insolence », « impudence » que provoque la présence face à un corps étranger. Ce peut être le cas pour les païens face à ce groupe chrétien étrange, énigmatique, considéré comme répugnant, ou l’inverse, pour des chrétiens qui voient le paganisme comme l’expression d’un univers démoniaque. Toutefois, ce qui relevait des pratiques va s’instiller jusqu’au fond des cœurs, et va s’imprégner de toute la puissance subjective des convictions intimes. En effet, il serait faux de prétendre que les païens fussent ignorants de ce qu’une religion peut présenter d’intériorité. On ne s’en faisait pas gloire, contrairement au christianisme, qui exigeait une profession de foi, c’est-à-dire un témoignage motivé, authentique et sincère de son amour pour le dieu unique. Par voie de conséquence, l’absence de conviction dûment prouvée, du moins exhibée, était rédhibitoire pour les chrétiens. On ne se contentait pas de remplir son devoir particulier, mais on voulait que chacun fût sur la droite voie de la « vérité ». Le processus de diabolisation de l’autre fut donc enclenché par les progrès de la subjectivisation du lien religieux, intensifiée par la « persécution ». Au lieu d’un univers pluriel, on en eut un, uniformisé bien que profondément dualiste. La haine fut érigée en vertu théologique.

     

    Comment l’avait décrit Pollymnia Athanassiadi dans son étude de 2006 sur l’orthodoxie à cette période, la première tâche fut de fixer le canon, et, par voie de conséquence d’identifier ceux qui s’en écartaient, à savoir les hérétiques. Cette classification s’élabora au fil du temps, d’Eusèbe de Césarée, qui procéda à une réécriture de l’Histoire en la christianisant, jusqu’à Jean Damas, en passant par l’anonyme Eulochos, puis Épiphane de Salamine.

     

    Néanmoins, l’originalité de l’étude de 2010 consacrée à l’évolution de la société tardo-antique vers la « pensée unique » provient de la mise en parallèle de la politique religieuse menée par l’empire à partir du IIIe siècle avec celle qui prévalut à partir de Constantin. Mme Athanassiadi souligne l’antériorité de l’empire « païen » dans l’installation d’une théocratie, d’une religion d’État. En fait, selon elle, il existe une logique historique liant Dèce, Aurélien, Constantin, Constance, Julien, puis Théodose et Justinien.

     

    L’édit de Dèce, en 250, est motivé par une crise qui faillit anéantir l’Empire. La pax deorum semblait nécessaire pour restaurer l’État. Aussi fut-il décrété que tous les citoyens (dont le nombre fut élargi à l’ensemble des hommes libres en 212 par Caracalla), sauf les Juifs, devaient offrir un sacrifice aux dieux, afin de rétablir l’unité de foi, le consensus omnium.

     

    Deux autres persécutions eurent lieu, dont les plus notoires furent celles en 257 de Valérien, en 303 de Dioclétien, et en 312, en Orient, de Maximin.

     

    Entre temps, Aurélien (270 – 275) conçut une sorte de pyramide théocratique, à base polythéiste, dont le sommet était occupé par la divinité solaire.

     

    Notons que Julien, le restaurateur du paganisme d’État, est mis sur le même plan que Constantin et que ses successeurs chrétien. En voulant créer une « Église païenne », en se mêlant de théologie, en édictant des règles de piété et de moralité, en excluant épicuriens, sceptiques et cyniques, il a consolidé la cohérence théologico-autoritaire de l’Empire. Il assumait de ce fait la charge sacrale dont l’empereur était dépositaire, singulièrement la dynastie dont il était l’héritier et le continuateur. Il avait conscience d’appartenir à une famille, fondée par Claude le Gothique (268 – 270), selon lui dépositaire d’une mission de jonction entre l’ici-bas et le divin.

     

    Néanmoins, Constantin, en 313, lorsqu’il proclama l’Édit de Milan, ne saisit probablement pas « toute la logique exclusiviste du christianisme ». Était-il en mesure de choisir ? Selon une approximation quantitative, les chrétiens étaient loin de constituer la majorité de la population. Cependant, ils présentaient des atouts non négligeables pour un État soucieux de resserrer son emprise sur la société. D’abord, son organisation ecclésiale plaquait sa logique administrative sur celle de l’empire. Elle avait un caractère universel, centralisé. De façon pragmatique, Constantin s’en servit pour tenter de mettre fin aux dissensions internes génératrices de guerre civile, notamment en comblant de privilèges la hiérarchie ecclésiastique. Un autre instrument fut utilisé par lui, en 325, à l’occasion du concile de Nicée. En ayant le dernier mot théologique, il manifesta la subordination de la religion à la politique.

     

    Mais ce fut Théodose qui lança l’orthodoxie « comme concept et programme politique ». Constantin avait essayé de maintenir un équilibre, certes parfois de mauvaise foi, entre l’ancienne religion et la nouvelle.  Pour Théodose, désormais, tout ce qui s’oppose à la foi catholique (la vera religio), hérésie, paganisme, judaïsme, est présumé superstitio, et, de ce fait, condamné. L’appareil d’État est doublé par les évêques (« surveillants » !), la répression s’accroît. À partir de ce moment, toute critique religieuse devient crime de lèse-majesté.

     

    Quant au code justinien, il défend toute discussion relative au dogme, mettant fin à la tradition discursive de la tradition hellénique. On élabore des dossiers de citations à l’occasion de joutes théologiques (Cyrille d’Alexandrie, Théodoret de Cyr, Léon de Rome, Sévère d’Antioche), des chaînes d’arguments (catenae) qui interdisent toute improvisation, mais qui sont sortis de leur contexte,  déformés, et, en pratique, se réduisent à de la propagande qu’on assène à l’adversaire comme des coups de massue.

     

    La culture devient une, l’élite partage des références communes avec le peuple. Non seulement celui-ci s’entiche de métaphysique abstruse, mais les hautes classes se passionnent pour les florilèges, les vies de saints et les rumeurs les plus irrationnelles. L’humilité devant le dogme est la seule attitude intellectuelle possible.

     

    Rares sont ceux, comme Procope de Césarée, comme les tenants de l’apophatisme (Damascius, Pseudo-Denys, Évagre le Pontique, Psellus, Pléthon), ou comme les ascètes, les ermites, et les mystiques en marge, capables de résister à la pression du groupe et de l’État.

     

    Mise en perspective

     

    Il faudrait sans doute nuancer l’analogie, la solution de continuité, entre l’entreprise politico-religieuse d’encadrement de la société engagée par l’État païen et celle conduite par l’État chrétien. Non que, dans les grandes lignes, ils ne soient le produit de la refonte de l’« établissement » humain initiée dès le déplacement axiologique engendré par l’émergence de l’État universel, période étudiée, à la suite de Karl Jaspers, par Marcel Gauchet, dans son ouvrage, Le désenchantement du monde. Le caractère radical de l’arraisonnement de la société par l’État, sa mobilisation permanente en même temps que la mise à contribution des forces transcendantes, étaient certes contenus dans le sens pris par l’Histoire, mais il est certain que la spécificité du christianisme, issu d’une religion née dans les interstices de l’Occident et de l’Orient, vouée à une intériorisation et à une subjectivité exacerbées, dominée par un Dieu tout puissant, infini, dont la manifestation, incarnée bureaucratiquement par un organisme omniprésent, missionnaire, agressif et aguerri, avait une dimension historique, son individualisme et son pathos déséquilibré, la béance entre le très-haut et l’ici-bas, dans laquelle pouvait s’engouffrer toutes les potentialités humaines, dont les pires, était la forme adéquate pour que s’installât un appareil particulièrement soucieux de solliciter de près les corps et les âmes dans une logique totalitaire. La question de savoir si un empire plus équilibré  eût été possible, par exemple sous une forme néoplatonicienne, n’est pas vaine, en regard des empires orientaux, qui trouvèrent un équilibre, un compromis entre les réquisits religieux, et l’expression politique légitime, entre la transcendance et l’immanence. Le néoplatonisme, trop intellectuel, trop ouvert à la recherche, finalement trop aristocratique, était démuni contre la fureur plébéienne du christianisme. L’intolérance due à l’exclusivisme dogmatique ne pouvait qu’engager l’Occident dans la voie des passions idéologiques, et dans une dynamique conflictuelle qui aboutirait à un monde moderne pourvu d’une puissance destructrice inédite.

     

    Il faudra sans doute revenir sur ces questions. Toutefois, il n’est pas inutile de s’interroger sur ce que nous sommes devenus. De plus en plus, on s’aperçoit que, loin d’être les fils de l’Athènes du Ve siècle avant le Christ, ou de la République romaine, voire de l’Empire augustéen, nous sommes dépendants en droite ligne de cette Antiquité tardive, qui nous inocula un poison dont nous ne cessons de mourir. L’Occident se doit de plonger dans son cœur, dans son âme, pour extirper ces habitus, ces réflexes si ancrés qu’ils semblent devenus naturels, et qui l’ont conduit à cette expansion mortifère qui mine la planète. Peut-être retrouverons-nous la véritable piété, la réconciliation avec le monde et avec nous-mêmes, quand nous aurons extirpé de notre être la folie, la « mania », d’exhiber la vérité, de jeter des anathèmes, de diaboliser ce qui nous est différent, de vouloir convertir, persuader ou contraindre, d’universaliser nos croyances, d’unifier les certitudes, de militariser la pensée, de réviser l’histoire, d’enrégimenter les opinions par des lois, d’imposer à tous une « pensée unique ».

     

    Claude Bourrinet http://www.europemaxima.com/

     

    • Polymnia Athanassiadi, Vers la pensée unique. La montée de l’intolérance dans l’Antiquité tardive, Paris, Les Belles Lettres, 2010.

  • La paysannerie, fer de lance de l'Occident

    L’immigration africaine et maghrébine que l'on subit actuellement est une immigration qui est incapable de cultiver et qui sera toujours incapable de cultiver, c'est à dire de nous nourrir. C'est donc une immigration sans intérêt.
    De la main d'œuvre on en a. Il suffit de piocher dans notre administration, tentaculaire, étouffante, inutile et pléthorique.
    Les paysans ont non seulement un grand sens de la famille, un grand sens moral, mais ils ont aussi le sens de la terre, du terroir, de la propriété, des limites et des frontières. Ils sont l'âme de notre pays depuis toujours. Quand on s'adresse à eux, on est sûr de s'adresser à LA FRANCE.
    Le FN devra, prioritairement s'appuyer sur nos paysans.
    Mon beau-père était paysan, d'origine italienne. Un italien du nord aux yeux clairs. Un grand gaillard, avec des mains deux fois comme les miennes. Un type qui était allé à l'école primaire seulement 2 ans, de 7 ans à 9 ans.
    Il parlait un français impeccable, pratiquement sans accent et écrivait presque sans fautes, alors que l'on sait la difficulté de notre écriture et quand il entendait chanter la marseillaise il pleurait... oui, il pleurait !
    Travailleur infatigable, c'était un père, un époux, un voisin, un ami et un beau-père parfait. Je ne lui connaissais aucun défaut, sauf justement, peut-être, celui de ne pas en avoir, et je me suis mis à penser tendrement à lui hier soir. Je me disais: "que serait la France sans des gens comme lui ?"... "que serait le monde ?"...
    Les peuples du tiers-monde sont de plus en plus nombreux parce que plus féconds. Nos femmes ayant moins d'enfants que les leurs, notre population diminue pendant que la leur augmente à la vitesse grand V.
    Ce qui les gonfle de fierté, d'orgueil, leur donne toutes les arrogances du monde et leur font caresser les espoirs les plus fous et les rêves le plus stupides: ils vont nous remplacer... d'autant que tous nos grands cerveaux, statisticiens, calculateurs, puissants cogiteurs et nobles intellectuels devant l'éternel, chiffres en main, raisonnement par A plus B en main, leurs donnent raison: leur grand nombre et notre faible nombre fera, peu à peu et inéluctablement qu'ils seront un jour les maîtres du monde.
    Mais voilà, tous ces beaux messieurs oublient une chose... oh! une toute petite chose... une chose ridicule, insignifiante... une chose qui va de soi... une chose dont il n'est même pas nécessaire de parler tellement elle est futile, sans importance... une chose si dérisoire, tellement ordinaire, commune... une chose d'un quotidien, d'un banal... bref, une chose tout à fait négligeable: NOUS MANGEONS TOUS LES JOURS.
    Hé oui ne vous en déplaise messieurs les cerveaux, nous mangeons, et tous les jours... vous, moi, même les gens du tiers-monde.
    Et s'ils mangent, c'est grâce à nous et uniquement grâce à nous, grâce à nos paysans qui se crèvent pour vous, pour nous, et pour EUX, entre 12 heures et 14 heures par jour, toute l'année, le plus souvent sans week-end, sans congés, sans fêtes, par tous les temps, et même la nuit pour les labours, avec les phares.
    Seul l'Occident est en autosuffisance alimentaire. Seuls l'Occident produit des aliments en excédent et il les vend pour trois fois rien, quand il ne les donne pas.
    Tous ces islamistes agressifs qui nous toisent du haut de leur toute-petitesse et qui ne cessent d'essayer de nous détruire ou de nous dominer, tous ces africains d'Afrique ou des îles qui ne cessent de nous traiter de sales colonisateurs, de sales exploiteurs, sont parfaitement incapables de subvenir à leurs simples besoins alimentaires.
    Ils sont totalement inconscients du fait qu'ils ne vivent ou ne survivent que grâce à nous. Ce qu'ils ont dans leur assiette, le plus souvent vient de chez nous, vient du travail de nos paysans.
    L'agriculture occidentale, c'est l'arme absolue contre tous ces minables, ces imbéciles et ces ingrats, toujours prêts à mordre la main qui les nourrit.
    Ce sont nos paysans qui font que ces pays ridicules existent. Sans eux c'est la famine et la dépopulation.
    Depuis la nuit des temps, depuis que le monde est monde, l'agriculteur a toujours été considéré comme un être vil, un sous-homme, un esclave, juste bon à nourrir ceux qui ne faisaient rien... et qui étaient tellement plus importants, vous pensez bien !
    Pourtant les paysans sont la base des bases.
    J'ai vécu 5 ans à la campagne, avec ma femme, quand nous étions jeunes. Je les ai vu travailler. Incroyable !
    Ah bien sûr, ils sont libres... « C’est le temps qui commande » comme ils disent... mais quel boulot bon Dieu quel boulot. Ce sont de petits chefs d'entreprise. Il faut avoir beaucoup de qualités pour mener une exploitation, même petite. Il faut savoir gérer, donc ne pas être idiot, il faut être un peu mécanicien, un peu vétérinaire, un peu chimiste, avec tous les produits qui sont utilisés et il ne faut surtout pas compter son temps et sa peine. La Sécu ne les rembourse qu'à 50% (100% pour les gitans, les clandestins et les fonctionnaires-bidons... qu'ils font manger). Ils sont écrasés d'impôts et de taxes de toutes sortes et on s'arrange toujours pour leur acheter leurs produits pour trois fois rien. En plus, la société entière les snobe... on fait comme s'ils n'existaient pas, on les évite, les ignore... on fait tout pour ne pas en parler... un paysan... vous pensez bien !
    Pourtant ce sont des gens qui ont souvent un grand sens de la famille et un grand sens moral. C'est honteux !
    Comment les gens les plus indispensables à notre vie peuvent-ils être les plus méprisés.
    Sans doute la nature humaine... C'est vrai qu'il est très difficile de supporter de se sentir en dette envers quelqu'un... C'est peut-être ça, mais je n'en sais rien. Pour moi, cela restera toujours un mystère.
    Toujours est-il que la paysannerie est le fer de lance de l'Occident.
    Il l'a toujours été et il l'est aujourd'hui plus que jamais. 
    Tous les pays minables qui nous jalousent, nous insultent et viennent trépigner et baver jusque devant notre porte sont totalement dépendants de nos paysans: l'Algérie importe 60% de son alimentation, l'Egypte 70%, l'Arabie Saoudite qui essaie de dominer le monde 100%, les autres pays du tiers monde entre 30 et 80%. Seule la Chine est en auto-suffisance alimentaire, et encore pas tous les ans. L'Inde en est encore très loin.
    Grâce à notre agriculture nous avons un moyen de pression énorme et imparable sur pratiquement tous les pays du monde. On peut les affamer du jour au lendemain.
    La France est beaucoup plus puissante qu'il n'y paraît car elle possède une paysannerie nombreuse, travailleuse, efficace, très productive: "L'Agriculture française est la deuxième du monde" disait Marine dans son discours d'investiture à la présidence du FN.
    Elle le redira sans doute dans son discours d'investiture à la présidence de la République. Les paysans...voyez un peu la beauté de leurs campagnes, de nos campagnes... ces paysages enchanteurs, bucoliques...
    Quel travail ! C'est incroyable, colossal.
    Bravo mesdames, bravo messieurs... sans vous...
    Même pour marcher sur la Lune il faut d'abord manger.
    Sans paysannerie, aucun pays n'existe? aucun, aucun, aucun !
    Le mépris total, l'ignorance totale du paysan, qui est fortement ancrée dans notre culture, fait qu'on se laisse imposer des prix exorbitants pour les matières premières. Le pétrole par exemple.
    Un sac de pomme de terre devrait valoir mille fois un barril de pétrole.
    Manger est quand même plus important que tourner une clef de contact.
    Hé bien non ! Il semblerait que non. On en est arrivé à ce point d'aberration que l'on nourrit des gens qui non seulement nous ruinent, nous épuisent mais nous menacent.
    Alors que nous pourrions les mettre à genoux le plus facilement du monde.

    Ce monde est fou !

  • Épilogue à l'UMP – par Alain de Charente

    L'insoutenable suspens vient donc de prendre fin et le feuilleton « Dallas » en version Française a fini par trouver son épilogue avec  la nomination sans fanfare mais avec tintamarre  de Jean-François Copé à la tête de l'UMP.
     
    L'accouchement s'est plutôt mal passé dans sa phase terminale et la mise bas s'est faite dans la douleur et dans les cris, alors que la grossesse avait été relativement calme et sereine durant la gestation, les deux prétendants au trône n'ayant pas manqué devant les caméras d'afficher un semblant de camaraderie et de complicité, certes feintes, mais de nature à faire croire que cette course à la présidence de l'UMP n'était pas une guerre fratricide, une guerre des chefs, mais uniquement l'affichage de deux caractères différents, en phase et en osmose sur l'essentiel, unis sur un objectif commun... servir la France au travers du parti désormais d'opposition à la gauche.
    La griserie des estrades de meeting et la soif de pouvoir auront finalement fait voler en éclat toutes ces bonnes intentions et cette course à l'échalote aura réussi à tourner au pugilat, à l'affrontement à couteaux tirés, aux échanges à fleurets non mouchetés, aux tirs à balles réelles, duel féroce et sanglant assez éloigné du style BCBG dont cherchaient à s'affubler les deux protagonistes pourtant bien propres sur eux, qui, il n'y a pas si longtemps se gaussaient avec délectation des démêlés  internes au PS, englué dans ses rivalités d'individus, sans oublier bien sur la participation active des lieutenants de chaque camp qui n'auront pas été les derniers à alimenter la mayonnaise avec des déclarations acides, assassines, et pas toujours d'une grande élégance, pour la plus grande satisfaction des journalistes de caniveaux, toujours friands et en quête de la « petite phrase de trop », seul fonds de commerce qu'ils soient capables d'exploiter correctement.
    Le vernis a craqué la façade s'est lézardée et nous avons pu constater que les ténors de la Droite dite « Républicaine » n'avaient pas grand-chose à envier à leurs homologues socialistes confrontés eux aussi à ces mêmes comportements dès lors qu'il y a un fauteuil confortable à prendre et qu'il est convoité par plusieurs. 
    N'y aurait-il pas parmi nos nombreux dictons et adages une histoire de poutre, de paille, de voisin....qui pourrait correspondre à ce pitoyable spectacle ?...
    Sans doute que cet accouchement sans anesthésie et la délivrance aux forceps va laisser des traces, car la cicatrice est large, profonde, sanguinolente, et la convalescence risque d'être longue et difficile. Il va sans doute  falloir pour les partenaires d'hier et adversaires d'aujourd'hui attendre quelques temps pour avoir de nouveau des rapports amoureux (politiquement bien sur !)
    Le constat amer qu'il est donc possible de faire au terme de cet épisode fâcheux pour la droite est que non seulement le pays est coupé en deux électoralement au plan national, ce que l'on constate depuis la fin de la dernière guerre avec les alternances systématiques gauche/droite ou droite/gauche, mais nous voyons que pour compliquer encore un peu plus la situation, au sein d'un même parti qui se voudrait majoritaire, il n'y a pas unité mais division.
    On est donc assez loin de pouvoir espérer voir s'instaurer une unité nationale qui serait pourtant nécessaire face aux dangers qui nous menacent, mais dont l'élite politicienne ne semble pas appréhender l'urgence... Et le mot « rassemblement » utilisé à tout va en permanence durant cette campagne ne semble pas le plus approprié pour décrire la situation devant laquelle se trouve aujourd'hui ce parti qui déjà sérieusement blessé et mis à mal suite lors des derniers rendez-vous électoraux, n'aura pas été en mesure de renaître dans de bonnes conditions.
    Reste à savoir maintenant quelle sera la stratégie envisagée par le nouveau patron et surtout quelle sera l'attitude des sympathisants, adhérents, militants du parti qui auront vécu ce psychodrame en direct, aux premières loges  et qui se trouvent aujourd'hui répartis en deux clans, les vainqueurs et les vaincus.

    En tout cas bravo et merci messieurs Copé et Fillon pour nous avoir distraits et divertis en nous faisant oublier durant quelques heures nos préoccupations quotidiennes avec ce spectacle haut en couleur, à la fois mi-comique et mi-tragique, moitié comédie, moitié mélodrame.

  • Economistes, institutions, pouvoirs

     Je prends ici le risque de mettre en ligne la communication que j’ai faite à la table ronde « Economistes et pouvoir » du Congrès de l’AFEP (Association française d’économie politique) qui s’est tenu à Paris du 5 au 8 juillet 2012, risque puisque les textes universitaires ne vivent pas très bien hors de leur biotope universitaire. Je le fais cependant à l’occasion du supposé renouvellement du Conseil d’analyse économique (CAE) et accessoirement comme une pièce à verser au débat qui a fait suite à la parution du livre de Laurent Mauduit, Les Imposteurs de l’économie. Mais non sans avertir que ce texte a le style de son caractère et de ses circonstances : académique (quoique…), comme il sied à un colloque… académique, avec quinze minutes de temps de parole strictement comptées. Ceci dit pour signaler que lui reprocher ce à quoi sa nécessité de forme le vouait ne fera pas partie des commentaires les plus malins possibles. A part quoi, on peut discuter de tout — au fond.

    Intérêts à penser

    Sur un sujet à haute teneur polémique comme celui d’aujourd’hui, il est peut-être utile de ne pas céder immédiatement à l’envie (pourtant fort légitime) de la castagne et, au moins au début, de maintenir quelques exigences analytiques, conceptuelles même. Pour commencer donc, et dût la chose vous surprendre, voici ce que dit la proposition 12 de la partie III de l’Ethique : « L’esprit s’efforce autant qu’il le peut d’imaginer ce qui augmente la puissance d’agir de son corps. » La chose ne vous paraîtra sans doute pas aller de soi à la première lecture, mais cette proposition livre ni plus ni moins que le principe de l’idéologie, à savoir que la pensée est gouvernée par des intérêts à penser, mais de toutes sortes bien sûr, très généralement les intérêts du conatus, c’est-à-dire tout ce qui peut lui être occasion de joie (c’est-à-dire d’augmentation de la puissance d’agir de son corps).

    Derrière la pensée donc il y a toujours des désirs particuliers de penser, déterminés bien sûr par les propriétés idiosyncratiques de l’individu pensant, mais aussi — et en fait surtout — par sa position sociale dans des milieux institutionnels. C’est cette position sociale qui conforme ses intérêts à penser, je veux dire à penser ceci plutôt que cela, à avoir envie de penser, de s’efforcer de penser dans telle direction plutôt que dans telle autre. La question est donc celle des profits ou des intérêts à penser ce qu’on pense, et dont il faut redire qu’ils peuvent être de toutes natures : monétaires bien sûr, mais aussi, et évidemment surtout, institutionnels, sociaux, symboliques, psychiques, et à tous les degrés de conscience — ce qui, par parenthèses, devrait suffire à écarter les lectures catastrophiquement béckeriennes [1] de ce propos…

    Sans surprise en tout cas, Spinoza rejoint ici Bourdieu : dites moi à quel domaine institutionnel vous appartenez et quelle position particulière vous y occupez, et je vous dirai quelles sont vos inclinations passionnelles et désirantes, y compris celles qui vous déterminent à penser. Si donc on pense selon ses pentes, c’est-à-dire si l’on est d’abord enclin à penser ce que l’on aime à penser — et telle pourrait être une reformulation simple de (Eth., III, 12), ou plutôt pour lui donner la lecture structurale qui lui convient : si l’on est enclin à penser ce qu’on est institutionnellement déterminé à aimer penser —, alors c’est ce bonheur de penser ce qu’on pense, parce que cela procure toutes sortes de joie, qui est au principe pour chacun du sentiment de la parfaite bonne foi, du parfait accord avec soi-même, et de la complète indépendance, de la complète « liberté » de penser.

    Il est donc probablement inutile d’aller chercher même les économistes de service sur le terrain de la corruption formelle : leur corruption est d’une autre sorte. Elle est de cette sorte imperceptible et pernicieuse qui laisse en permanence les corrompus au sentiment de leur parfaite intégrité, dans leur pleine coïncidence avec les institutions qui, dirait Bourdieu, les reconnaissent parce qu’ils les ont reconnues.

    Les effets d’harmonie sociale qui accompagnent les normalisations institutionnelles réussies rendent donc superflue la thèse formelle du conflit d’intérêt.

    De ces économistes qui, ignorant tout de l’idée de critique, rejoignent ouvertement le camp des dominants, il n’y a pas même à dire que ce sont des vendus, car ils n’avaient pas besoin d’être achetés : ils étaient acquis dès le départ.Ou bien ils se sont offerts avec joie.

    La thèse du conflit d’intérêt d’ailleurs, à sa lettre même, est vouée à rester impossible à établir. De tous les arguments, où le misérable le dispute au ridicule, avancés par exemple par le cercle des économistes (en fait certains de ses membres) pour sa défense, il n’y en a qu’un qui soit un peu robuste : tous ces gens-là mettront quiconque au défi de « prouver » le conflit d’intérêt. Et on ne le prouvera pas ! On ne le prouvera pas, non pas parce qu’on aura du mal à mettre la main sur les pièces à conviction décisives, mais parce qu’il n’existe pas.

    Si je me suis livré à ce bref détour théorique en introduction, c’est précisément pour rappeler qu’il existe bien d’autres modes de l’alignement des discours que le conflit d’intérêt, et qu’en lieu et place de la transaction monétaire explicite et consciente, il est une myriade de transactions sociales implicites et le plus souvent inconscientes qui concourent bien plus sûrement au même résultat, avec en prime le superbénéfice de la bonne conscience pour tout le monde, ce supplément heureux de toutes les harmonies sociales.

    Economistes et journalistes, en rangs serrés

    C’est donc plus un regard sociologique et institutionnaliste qu’un regard journalistique et criminologique qu’il faut prendre sur le paysage dévasté de ladite science économique. A cet égard, la thèse du conflit d’intérêt est un sous-produit de l’hypothèse plus générale de la crapulerie — alias, s’il y a du mal dans le monde, c’est parce qu’il y a des crapules. Ainsi, expliquer la commission des économistes de service par le conflit d’intérêt équivaut dans son ordre à expliquer la crise financière par Kerviel et Madoff, ligne qui entraîne irrésistiblement les solutions dans les impasses de l’éthique. Aussi, très logiquement, tenter de mettre un terme aux malfaisances à coup de déontologie, de chartes et de transparence aura-t-il les mêmes effets, je veux dire la même absence d’effet, ici que là.

    Evidemment, c’est un très grand progrès que de porter au jour les turpitudes de ces économistes, comme se sont attachés à le faire de longue date, et dans l’indifférence générale, Le Monde Diplomatique, Acrimed et tout le mouvement de critique des médias, puis décisivement Jean Gadrey dans un texte de son blog, plus récemment le livre sans doute salutaire, quoique parfois surprenant, de Laurent Mauduit. Et l’on est tout aussi évidemment mieux avec des déclarations d’intérêt que sans ! Mais qui les lira, et qui en fera vraiment état ? Les journalistes ? Pour en faire quel usage ? Dans ses critiques Le Monde des Livres n’omet plus de signaler que Bernard-Henri Lévy et Alain Minc sont au conseil de surveillance du journal. Ce devoir pieusement acquitté, on peut alors continuer de lécher comme d’habitude [2]…

    Par élargissement de la focale institutionnelle, on voit donc que la question n’est pas seulement celle des économistes supplétifs de la mondialisation, mais aussi celle des médias qui en sont les complices, solidaires, et qui les ont imposés sur un mode quasi-monopolistique — tout ce petit monde vantant par ailleurs les stimulants bienfaits de la concurrence non distordue…

    Car à la fin des fins, qui a promu ces individus, dont certains sont des olibrius ? Qui les a poussés sur le devant de la scène ? Qui, par exemple, s’est porté partenaire avec empressement, il y a une dizaine d’années, de cette navrante pantomime qu’est le « prix du jeune économiste » — dont Antoine Reverchon dans un numéro récent du Monde Economie [3] n’hésite pas à faire un modèle de pluralisme, on croit qu’on rêve…

    Comme on sait, cet effet d’imposition a été d’autant plus puissant qu’il a été le fait de la presse dite de gauche, je veux dire de fausse gauche : Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, France Inter, et jusqu’à France Culture — la honte… —, et ceci depuis des décennies. La complicité organique de ces médias avec ces économistes a passé les seuils où toute régulation intellectuelle a disparu. Avec ce sens très particulier de l’évidence qui est l’un des charmes de la bêtise, un article de ce même numéro du Monde Economie s’interroge en toute candeur : « Qui n’a jamais apporté ses conseils à une société privée ? A une banque ? A un gouvernement ? » Mais enfin, bien sûr ! Quel économiste n’a jamais fait ça ?… Mais il faudrait faire l’analyse complète de ce numéro décidément remarquable du Monde Economie, comme d’ailleurs de toutes ces opérations en mode damage control de cette presse auto-commise à la défense des experts organiques de l’ordre néolibéral, Dominique Nora pour le Nouvel Obs [4], ou l’inénarrable Eric Le Boucher pour Slate [5], journalisme de service au service des économistes de service.

    Misère de la déontologie universitaire

    Ces simples évocations laissent entrevoir à elles seules l’ampleur du déport vers les pôles de pouvoir de tout un paysage institutionnel. Au sein duquel il faut évidemment compter les institutions de la science économique elle-même. Là encore, les patchs éthiques de la déontologie et de la transparence promettent d’être terriblement insuffisants. Les chers collègues et les comités de lecture des revues scientifiques liront-ils les déclarations d’intérêt ? Bien sûr ils les liront. Et puis ? Et puis rien évidemment ! La science économique dominante, de son propre mouvement, en suivant ses seules pentes « intellectuelles » (si l’on peut dire… ) et ses orientations théoriques, a donné son aval avec enthousiasme au tissu d’âneries dont les mises en pratique ont conduit à la plus grande crise de l’histoire du capitalisme. Je vous propose alors l’expérience de pensée suivante — c’est une contrefactuelle : période 1970-2010, soumissions aux revues, avec toutes les déclarations d’intérêt en bonne et due forme, des papiers de Fama, Jensen, Merton, Scholes, Summers, Schleifer, etc. Taux de rejet pour cause de collusion trop manifeste avec des intérêts privés ? Zéro, évidemment. C’est donc, là encore, toute une configuration institutionnelle, celle du champ de la discipline, qui a produit cet état dans lequel le discours de la science économique dominante est devenu si adéquat aux intérêts des dominants que se faire payer pour dire quelque chose qu’on a spontanément et « scientifiquement » pensé ne peut pas porter à mal.

    Voilà alors que, par une espèce de tropisme du pire, le système français, pris de décalcomanie institutionnelle, se met à imiter ledit modèle étasunien.

    Et la recherche est désormais en proie au fléau des fondations. Dans son ouvrage, Laurent Mauduit fait de curieuses différences en parant PSE [6] de tous les mérites, pour réserver à TSE [7] le rôle du vilain. Plutôt que de se perdre dans des différences secondes, c’est le principe premier lui-même, celui de l’organisation par fondation, qu’il faudrait questionner.

    Car en voilà une autre harmonie sociale, institutionnellement équipée, et là aussi, tout s’y emboîte à merveille : la science-scientifique la plus consacrée a pris le pli de dire d’elle-même des choses qui se trouvent n’offenser en rien les puissances d’argent (et je parle par litote) ; assez logiquement les puissances d’argent commencent à se prendre de passion pour une science si bien disposée et se proposent de « l’aider », comme une sorte de devoir citoyen sans doute…

    Mais qui peut sérieusement croire un seul instant qu’Exane, Axa, Boussard et Gavaudan Gestion d’Actifs (puisque ce sont les « partenaires » de PSE) pourraient ainsi offrir de larges financements si ces généreux mécènes n’étaient pas de quelque manière assurés d’avoir à faire à une institution qui, majoritairement, ne viendra à aucun moment défier sérieusement leurs intérêts fondamentaux sur le plan intellectuel ? Voici donc ce qu’on peut lire sur le site de PSE : « Le rôle des partenaires privés est central : leur engagement contribue au décloisonnement entre recherche académique et société civile ». L’on notera d’abord que ces décloisonnements s’effectuent toujours dans la même direction, et ensuite que c’est là très exactement l’argument sans cesse rabâché par le Cercle des économistes pour justifier ses agissements : « si nous sommes dans les banques et les conseils d’administration, c’est pour sortir de notre tour d’ivoire, aller au contact de la réalité, et parce que nous avons le goût du terrain »

    Romain Rancière (PSE) peut bien proposer une charte à l’usage des chercheurs de PSE, on ne voit pas, et pour les raisons que j’ai déjà indiquées, quels changements significatifs elle pourrait produire à elle seule, et surtout quand, mettant les individus sur le devant de la scène, elle omet de mettre en question l’institution elle-même, dans ses principes fondamentaux. Quitte à faire dans la transparence, il serait sûrement intéressant de rendre publics les résultats des conventions de recherche entre PSE et, par exemple, Axa Research Fund, ou bien avec la fondation Europlace Institute of Finance — on imagine d’ici les brûlots…

    Laurent Mauduit est malgré tout porté à voir dans la moindre part des partenaires privés dans PSE (relativement à TSE) une démonstration d’auto-modération et de sage prudence. Je lui propose une autre interprétation : PSE en voulait autant que TSE ! C’est juste que le fund raising a un peu foiré en route… après quoi, bien sûr, il est toujours possible de faire de nécessité vertu. Je lui proposerais même une interprétation de l’interprétation : en moyenne, PSE affiche un enthousiasme pour les mécanismes de marché un petit peu en retrait par rapport à TSE — amis économètres, à vos codages ! Intensité market friendly des publications vs. millions d’euros levés : je vous prédis des R2 étincelants.

    Refaire les institutions d’une science sociale critique

    Spinoza explique dans le Traité politique qu’il ne faut pas attendre le bon gouvernement de la vertu des gouvernants — pari sur un miracle voué à être perpétuellement déçu —, mais sur la qualité des agencements institutionnels qui, en quelque sorte, déterminent des comportements extérieurement vertueux mais sans requérir des individus qu’ils le soient intérieurement.

    Parce que ce sont les institutions, spécialement quand nous sommes exposés à un air du temps aussi nocif que celui d’aujourd’hui, parce que ce sont les institutions, donc, qui déterminent les choses aimables à penser, il n’y a pas de salut hors de la reformation des institutions. Une reformation qui vise à consolider les principes de celles que nous habitons, et à tenir à distance celles qui veulent nous coloniser.

    Dit plus explicitement : le bazar déontologique ne nous sera que d’une très mince utilité. Il n’y a qu’un seul combat qui ait quelque sens et quelque poids, c’est le combat institutionnel de l’AFEP [8], et spécialement sous le diagnostic que les institutions « officielles » de la science économique, l’AFSE, les sections 5 du CNU et 37 du CNRS étant sans doute irrémédiablement perdues, il faut construire autre chose à côté.

    Autre chose qui ne nous défende pas seulement contre la corruption par les pouvoirs constitués, mais qui nous protège aussi de l’asservissement au pouvoir diffus de ce qui se donne à un moment donné comme le cercle des opinions légitimes, à l’intérieur duquel sont enfermées les seules différences tolérées. On ne prend conscience de cet effet particulièrement pernicieux qu’à l’occasion de grands événements qui déplacent d’un coup les frontières tacites du dicible et de l’indicible, du pensable et de l’impensable, choc massif de délégitimation qui laisse soudainement à découvert les amis de l’ancienne légitimité.

    A cet égard, l’effet de la crise financière présente aura été des plus amusants, en tout cas des plus spectaculaires. Ainsi a-t-on vu quasiment brandir le poing, parfois même dire « capitalisme », des économistes qui en quinze ans n’avaient rien trouvé à redire ni à la mondialisation, ni à la financiarisation, ni à l’Europe libérale — contestations alors extérieures au cercle de la légitimité, où il fallait impérativement se maintenir si l’on voulait continuer d’avoir tribune régulière au Monde ou à Libération, droit d’être invité à donner conseil au Parti socialiste, et peut-être plus tard de toucher la main d’un ministre.

    Certains qui fustigeaient l’irresponsable radicalité se retrouvent quelques mois plus tard à dire cela-même qu’ils critiquaient — c’est que dans le glissement de terrain tout bouge si vite, et qu’il faut bien tenter de suivre… D’autres commencent à s’indigner bruyamment de choses qui jusqu’ici les laissaient indifférents — et il n’y a pas plus drôle que ce spectacle des néo-rebelles tout occupés à faire oublier leurs propos, ou leur absence de propos d’hier.

    Comme toujours plus grotesque que la moyenne, le Cercle des économistes négocie comme il peut son virage sur l’aile pour ne pas sombrer dans le ridicule et avec le monde qu’il a toujours défendu. Avec un parfait sérieux, il publie maintenant des ouvrages intitulés « Le monde a-t-il encore besoin de la finance ? », ou bien « La fin de la dictature des marchés ? », ce dernier, je vous le donne en mille, sous la direction hilarante de David Thesmar…

    Dans sa lettre 30 à Oldenburg, Spinoza écrit ceci : « si ce personnage fameux qui riait de tout vivait en ce siècle, il mourrait de rire assurément ». On voudrait vraiment que le rire ne soit pas la toute dernière chose qu’il nous reste face à ces gens sans principe, ces opportunistes, et ces demi-retourneurs de veste qui sont le fléau de la pensée critique — dont c’est normalement la fonction de penser contre un air du temps, et d’en assumer le risque de minorité. Mais en parfaits individus libéraux, tous ces gens sont de petites machines procycliques.

    C’est le déséquilibre de nos institutions qui détruit les régulations de la décence et permet que soient à ce point foulées au pied les valeurs intellectuelles les plus élémentaires. On peut donc dire à quelques années d’écart une chose et son contraire, mais sans un mot d’explication, ni le moindre embarras de conscience — et toujours au nom de la science !

    Ce ne sont pas des chartes qui nous délivrerons de ça, voilà pourquoi il importe de construire autre chose. Autre chose qui affirme qu’une pensée vouée à la simple ratification de l’ordre établi ne mérite pas le nom de pensée. Autre chose qui élise la vertu contracyclique de la critique comme notre forme de la vertu. Autre chose, en somme, qui, par l’effet de sa force collective institutionnalisée — donc en extériorité — nous attache à cette vertu en nous déterminant à aimer penser autrement.

    Notes

    [1] Gary Becker est un économiste qui s’est signalé par son projet de théoriser tous les comportements humains à l’aide du modèle économique du choix rationnel. Quand un criminel envisage de passer à l’acte, un fumeur d’arrêter, un individu de se marier, ou de divorcer, etc., il s’agit toujours d’une décision prise sur la base d’un calcul rationnel des profits et des pertes. Evidemment cette brillante entreprise intellectuelle a été, comme il se doit, couronnée d’un prix Nobel…

    [2] Modulo, bien sûr, les variations des rapports de force qui commandent de moins lécher quand l’individu devient moins léchable

    [3] « Dogmatisme, conflits d’intérêt, la science économique suspectée », Le Monde Economie, 3 avril 2012.

    [4] Dominique Nora, « Les économistes sont-ils des imposteurs ? », Le Nouvel Observateur, 2 avril 2012.

    [5] Eric Le Boucher, « Les économistes, bouc émissaire de la crise », Slate, 23 mars 2012.

    [6] PSE, Paris School of Economics, créée sous Dominique de Villepin pour réaliser un équivalent français de la LSE (London School of Economics) ou du MIT, imités jusqu’au bout, y compris dans les formes du financement, puisque PSE est adossée à une fondation qui lève des capitaux auprès de généreux donateurs privés.

    [7] La même chose à Toulouse (Toulouse School of Economics).

    [8] AFEP, Association française d’économie politique qui s’est créée en 2009, en rupture avec l’officielle AFSE (Association française de science économique), autour du problème des manquements gravissimes au pluralisme intellectuel dans les institutions académiques de la science économique.

     par Frédéric Lordon  La pompe à phynance
  • Racisme anti-Blancs, islamisation : bienvenue à Meaux

    Racisme anti-Blancs, islamisation, substitution ethnique, communautarisation : bienvenue dans la ville de Jean-François Copé.

    La parabole du pain au chocolat, un reportage sur la cité de Beauval, à Meaux, diffusé le 22 novembre sur France 2 (« Complément d’enquête »).

    Deux « Français d’origine » présentés dans le reportage : Pamela et son fils Warren. « Leur religion : le hip-hop. » Leur meilleur ami : Ali. Signe particulier : « le mélange des cultures »

    « On est dans un contexte qui, malheureusement, peut faire peur aux Français de souche. (…) Ce qui a changé c’est la population. »

    http://www.fdesouche.com/

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  • Conférence de presse « normale » : Hollande ou l'art politicien de durer ?

    De Hollande à Sarkozy, grande continuité des politiques mais changement des méthodes. A l’activisme médiatique de Sarkozy succède la fausse bonhommie politicienne de François Hollande. Bon connaisseur du monde politique, Bruce Denisse décrypte ici la dernière conférence de presse du Raminagrobis de l’Elysée : « En politique, il n’y a pas de problème que l’absence de solution ne finisse par résoudre ».
    Polémia

    Aux qualités d’une naissance normande (p’têt’ ben qu’oui, p’têt’ ben qu’non) l’actuel président de la République a ajouté une carrière politique en Corrèze dont la célébrité locale de la IVe République, le petit père Queuille, a laissé pour la postérité cette phrase magique : « En politique, il n’y a pas de problème que l’absence de solution ne finisse par résoudre ». Né, baptisé et engagé en politique sous de pareils auspices, il n’y a rien d’étonnant à ce que, depuis six mois, l’ensemble de la presse le brocarde pour son inaction, voire son inactivité, alors que le monde médiatique venait de vivre depuis des années dans la surexcitation, la réponse immédiate à des difficultés au final jamais résolues et les conférences de presse improvisées, sur tout et sur rien, trop souvent dans une rhétorique dont la caractéristique essentielle était de masquer une ignorance crasse sur la plupart des sujets.

    C’est pourquoi la conférence de presse de François Hollande du mardi 13 novembre 2012 a montré, de ce point de vue, une étonnante déstabilisation des journalistes, tellement habitués à prendre la forme pour le fond qu’ils étaient incrédules devant ce retour à la normale. C’est pour cela qu’il ne faut pas se méprendre : j’ai, personnellement, et sans porter de jugement de valeur, assisté à un vrai retour du politique dans cet exercice si particulier et dont j’ai retenu cinq points essentiels, car il faudrait plus d’espace pour prétendre à l’exhaustivité.

    1/ – Vote des étrangers, la balle est passée aux centristes

    Le vote des étrangers aux élections municipales : manifestement, il s’en moque, car si c’était bien dans son programme, comme ce le fut un temps dans celui de Nicolas Sarkozy, il n’ira pas au référendum s’il n’a pas de majorité des trois cinquièmes au Parlement. Il est assuré du soutien de ses troupes. La balle est donc dans le camp de droite. Combien seront débauchés ? Chirac n’a-t-il pas voté l’abolition de la peine de mort en 1981, alors que celle-ci était dans le programme de Mitterrand et non dans le sien ? Sur ce sujet, le feu est désormais dans le camp d’en face, et la voie parlementaire est exclusive de toute alternative. On peut donc s’attendre à ce qu’il fasse la même réponse pendant 5 ans, sauf capitulation d’une poignée de « modernes », face aux « conservateurs », ce qui promet des soirées animées aux groupes UMP et UDI. Bravo l’artiste !

    2/ – Mariage LGBT : le grand débat

    La stratégie d’entrisme, dans tous les partis politiques, de ce groupe de pression allergique à la biologie est un modèle du genre, si l’on ose dire ! La transformation en problème juridique d’une question dans laquelle la procréation assistée divise le monde médical lui-même relève du grand art. Il y aura donc un débat exhaustif, où les rabbins, les évêques et les imams (de France) seront appelés à se prononcer. Après tout, sous prétexte que la tremblante du mouton ne pouvait pas se transmettre aux bovidés, on a transformé de paisibles ruminants en carnivores avec à la clef l’affaire de la vache folle ! Tout est possible ! Et le Parlement français s’apprête à transformer officiellement des hommes en femmes, chose que le Parlement britannique lui-même n’a pas encore osé faire ! Manifestement, ce n’est pas non plus une question prioritaire, car le Conseil constitutionnel sera saisi dans tous les cas de figure. Et l’on peut tout attendre d’un groupe de sages amateurs de corridas, y compris de ne pas être sensibles aux charmes du LGBT.

    3/ – Nucléaire : on reverra ça en 2025

    En 2025, le nucléaire ne devrait plus représenter que 50% de notre « mix-énergétique ». Cela tombe bien : en 2022, François Hollande ne sera plus là, et les centrales du plan « Giscard » décidé les 28 janvier et 1er février 1975 auront tout juste 50 ans entre 2025 et 2035. Les Verts peuvent donc râler tout leur saoul : on n’arrête pas une centrale avant sa fin de vie… Si ça n’est plus une filière d’avenir immédiat, ce n’est pas un problème immédiat non plus.

    4/ – Ministres : méfiance (justifiée) à l’égard de la « société civile »

    Rappel : nul n’est indispensable au gouvernement, pas plus les « Verts » que Louis Gallois. Longue, en effet, est la cohorte des représentants de la société civile dont l’appel, pour les gouvernements de droite ou de gauche, aux compétences supposées, s’est achevé en tragi-comédie dans le meilleur des cas. Des « jupettes » à Fadela Amara et Rama Yade, en passant par Francis Mer, Kofi Yamgnane ou Jean-Jacques Servan-Schreiber, les fausses-valeurs rétamées par la cruauté d’un monde qui n’est pas le leur n’incitent guère, en période de crise, à distribuer des portefeuilles ministériels comme on donne des hochets. Avis aux téméraires qui n’ont pas encore compris que les cimetières sont remplis de gens indispensables et que ceux qui écrivent des rapports ne sont nullement pressentis pour les mettre en œuvre. Gallois comme les autres.

    5/ – Retour à la loi ?

    Rappel à la loi pour Notre-Dame des Landes – on est loin de la force injuste de la loi de François Mitterrand : la décision est prise, les recours sont épuisés et les chiens aboient, la caravane passe. Les risques de voir François Hollande contester les décisions de justice sont nulles. Aurore Martin qui circulait en Pays basque en se croyant à l’abri l’a appris à ses dépens.

    6/ – Retour à la politique ?

    Ce retour du politique, que la loi de finances pour 2013 illustre de façon violente pour beaucoup, montre, s’il en était encore besoin, que la technostructure a repris les rênes et que son porte-parole, désormais pour cinq ans à l’Elysée, manie l’humour pour dissimuler une volonté de fer et n’a pas le complexe du cancre des beaux quartiers vis-à-vis de ceux qui savent que la gestion d’un pays comme le nôtre n’est pas un jeu mais un sacerdoce. Après six mois de rodage, le diesel est en route. Gare à ceux, à gauche, qui ne l’auraient pas compris.

    Bruce Denisse http://www.polemia.com
    20/11/2012

    Voir aussi, pour une lecture moins indulgente :

    Les enclumes
    Présidence Hollande : cela ne se présente vraiment pas bien
    Les cent risibles

  • Interview de Alain Escada dans le journal RIVAROL de vendredi 23 nov

     

    Alain Escada est le président de l’Institut Civitas, moteur de la mobilisation contre l’ouverture du mariage civil aux homosexuels. Nous avons voulu recueillir ses propos au lendemain de la grande mobilisation parisienne organisée par cet institut.

    RIVAROL : L’Institut Civitas organisait ce dimanche 18 novembre une grande manifestation nationale à Paris contre l’ouverture du mariage aux homosexuels. Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs le pourquoi de cette mobilisation ?

    Alain ESCADA : Il s’agissait pour nous, ce dimanche, de manifester contre le projet de loi présenté en conseil des ministres le 7 novembre dernier et visant à dénaturer le mariage et la parenté. Un projet de loi qui, selon les mots de François Hollande, n’est qu’une “étape”. Un projet de loi qu’on peut qualifier de boîte de Pandore et qui, après le “mariage” homosexuel, permettra demain, au nom d’un droit au « mariage pour tous », le mariage polygame et le mariage incestueux. Il faut être bien conscient que le gouvernement veut nous imposer une véritable révolution sexuelle et défigurer le concept de famille, brisant ainsi le socle de base de la société.

    R. : Ne pensez-vous pas que le “mariage” homosexuel est moralement bien plus grave que le mariage polygame ?

    A. E. : Sans aucun doute. Son effet est bien plus déstructurant pour la société. Mais il est néanmoins utile de noter que l’un entraînera l’autre. C’est une question de délai. Jacques Attali, au cours d’un entretien à la télévision en janvier de cette année, avait estimé que la polygamie serait l’un des enjeux de la prochaine campagne présidentielle.

    R. : Quels soutiens politiques et religieux avez-vous reçus pour votre initiative ?

    A. E. : A l’échelon politique, nous avons reçu le soutien du Collectif « Elus locaux pour la Famille », lancé fin octobre par des maires de petits villages, sans étiquette politique, et qui regroupe aujourd’hui plus de 500 élus. Nous avons aussi pu compter sur le soutien de quelques élus locaux de l’UMP, du PCD, du MPF, du PDF et du FN. De façon générale, quasiment l’ensemble des mouvements de la « droite nationale » ont appelé à participer et à manifester le 18 novembre. Il faut aussi souligner la présence à notre manifestation de Jacques Bompard, député-maire d’Orange, et de Bruno Gollnisch, député européen. Par contre, Marine Le Pen s’est abstenue d’appeler à se joindre à notre manifestation et, par la suite, après la déferlante médiatique qui a suivi le “montage” réalisé par Caroline Fourest, elle a même cru stratégique de prendre ses distances avec notre manifestation, cédant à un « politiquement correct » dont elle est pourtant par ailleurs elle-même victime.

    Du côté religieux, nous avons pu compter sur l’appui discret mais efficace de quelques prêtres diocésains, notamment de la Communauté Saint-Martin et de l’Emmanuel, ainsi que sur toutes les communautés « Ecclesia Dei » et, naturellement, sur la Fraternité Saint-Pie X.

    R. : Savez-vous pourquoi le Front National de Marine Le Pen n’a pas appelé ses militants à se joindre à vous ?

    A. E. : Il me semble que c’est notre aspect confessionnel qui la dérange. Je le regrette. Ceci dit, c’est un travers très présent parmi nos contemporains que de demander aux catholiques de s’abstenir d’afficher leur foi, leurs convictions dans la vie publique. Et c’est justement le rôle de Civitas de rappeler qu’au contraire, il ne faut pas des catholiques tièdes, “branchés”, consensuels, mais des catholiques fiers et audacieux.

    R. : Quel bilan tirez-vous de la mobilisation de dimanche ?

    A. E. : Cette manifestation a été un succès, surtout compte tenu de la campagne de dénigrement dont elle a fait l’objet de la part de certains milieux « cathos branchés ». Avec près de 20 000 participants, nous avons pu réaliser une union de diverses forces de la mouvance catholique et des patriotes sincères au service du bien commun. Nous avons pu mobiliser à nos côtés des élus dont le raisonnement ne se limite pas à de sombres calculs électoraux. Tout cela est bien sûr prometteur pour la suite. Cela permet à bien des catholiques de constater qu’ils peuvent s’exprimer en tant que tels. Non seulement ils le peuvent mais ils le doivent. Nous avons un devoir de vérité, loin des concessions et des compromis.

    J’ajoute que le succès de foule de la manifestation de la veille n’aurait pas existé si Civitas n’avait pas appelé à manifester le dimanche 18 novembre puisqu’il ne fait aucun doute que la manifestation du samedi s’est organisée par des milieux “branchés” pour ne pas nous laisser occuper tout le terrain de la défense de la famille. Ainsi, nous avons, par notre démarche, réussi également à faire sortir de leur torpeur des milieux timorés. Et, telle une mauvaise conscience, nous avons poussé des évêques à sortir de leur silence. Pas avec la vigueur qu’on attend d’un prélat face à un tel sujet, mais tout de même, c’est un pas et nous sommes l’aiguillon !

    R. : La « Manif pour tous », organisée la veille de la vôtre par la “catholique” « déjantée et branchée » Frigide Barjot a réuni près de 100.000 personnes. Quelle analyse en faites-vous ? Quelles sont vos différences ?

    A. E. : Les différences les plus évidentes portent sur les principes qui sous-tendent l’action. L’artiste qui se fait appeler Frigide Barjot se dit catholique mais souhaite que les catholiques masquent leur foi lorsqu’ils s’expriment ou manifestent.
    Première incohérence. Frigide Barjot voulait par contre que sa manifestation dite « a-confessionnelle » regroupât également des juifs et des musulmans, ce qui, pour que ce ne soit pas qu’un effet d’annonce, aurait nécessité de permettre à des croyants du judaïsme et de l’islam d’exprimer leurs convictions religieuses, mais alors comment le refuser aux catholiques ? D’où, au final, une manifestation dont le profil sociologique était très homogène et reflétait la grande bourgeoisie catholique malgré toutes les demandes de Barjot de s’habiller comme pour un bal masqué.
    Deuxième incohérence. Par ailleurs, Barjot appelait tout à la fois à marcher contre le mariage homosexuel et contre l’homophobie. Or le concept d’homophobie a été créé de toutes pièces par le lobby homosexuel pour intimider ses adversaires. En 2004, le président de SOS-Homophobie avait tout résumé de la sorte : « Quiconque est contre le mariage homosexuel est homophobe. » En adoptant la sémantique du lobby qui est à l’origine de la loi qu’elle prétend combattre, Barjot commet une faute grave. C’est se tirer une balle dans le pied.
    Troisième incohérence. Ajoutons que Barjot cultive une attitude « gay friendly » pour le moins curieuse, allant jusqu’à porter un blouson avec inscription publicitaire pour un bar gay de Paris, le 7 novembre dernier, lors de sa conférence de presse de présentation de sa manifestation. J’en arrête là. Je ne peux, quant à moi, accepter de mélanger l’erreur et la vérité. Un combat, quel qu’il soit, doit reposer sur des principes solides.

    R. : Votre manifestation a été attaquée par un groupe féministe extrémiste, les Femen. Pouvez-vous nous en dire plus ? Que s’est-il vraiment passé ? […] suite dans le journal

    Propos recueillis par Paul THORE.http://fr.altermedia.info/

  • XVIIe TABLE RONDE, intervention de Pierre Vial


    XVIIe TABLE RONDE, intervention de Pierre Vial par terreetpeuple

  • À propos des étrangers qui se sont battus pour la France

    Quand j'étais gamin, un petit vieux qui avait fait quatorze - dix-huit m'avait raconté une drôle d'histoire. A l'époque, on écoutait les anciens.
    Alors qu'il revenait du front, il avait pris le train pour revenir chez lui, dans les bons vieux trains aux sièges de bois. Il était entré dans un compartiment où se trouvait un tirailleur sénégalais. Lorsqu'il s'est assis, une odeur pestilentielle lui a pris le nez et la gorge. Cela venait-il du tirailleur sénégalais ? A l'époque, il était encore permis de penser cela. Mais justement non, cela ne venait pas de là, mais de la musette du sénégalais. Dedans se trouvait une tète de «Boche» blond aux yeux bleus grands ouverts que le tirailleur avait emmené chez lui comme un trophée. Il l'avait prélevée avec son coupe-choux sur un cadavre allemand. Il voulait ramener cela en Afrique dans son village natal et susciter ainsi l'admiration de ceux de sa tribu envers le «guerrier».
    L'ancien «poilu» m'avait aussi raconté que pendant leurs heures perdues, ceux des troupes coloniales coupaient les oreilles des «Boches» pour en faire des colliers. C'était leur façon à eux de défendre les valeurs républicaines.
    Dans les films, on montre souvent les troupes allemandes réserver un sort particulier aux troupes coloniales. Il est vrai qu'ils en avaient gardé un souvenir particulier pendant la première guerre mondiale.
    Vérité ici, erreur au-delà. Les Allemands ont toujours trouvé incorrecte l'utilisation des troupes coloniales par les Anglais et les Français. C'était selon la formule consacrée « amener le nègre sur le Rhin ». Quand les Français avaient occupé la Ruhr après la première guerre mondiale, ils avaient trouvé malin, pour humilier un peu plus les Allemands, d'envoyer des troupes coloniales ce qui a d'ailleurs eu comme contrecoup de faire monter l'extrême-droite allemande.
    À l'heure où la république nous parle sans cesse de la dette de la France envers les étrangers qui se sont battus pour elle, il est bon de rappeler la vieille histoire de cette relation et faire son récapitulatif.
    Pendant la révolution française, la populace parisienne avait massacré les Gardes suisses qui s'étaient mis au service de la France et de son roi. Ce ne fut guère glorieux tout comme pour les Harkis que le gouvernement gaulliste a abandonnés et laissé massacrer.
    Pendant la seconde guerre, on a beaucoup parié des républicains espagnols qui sont arrivés les premiers dans leurs blindés à Paris. Serait-il inconvenant de se poser la question de savoir si c'étaient les mêmes qui, quelques années plus tôt en Espagne, violaient les bonnes sœurs, incendiaient les monastères et les églises, égorgeaient les curés.
    La république aime insister avec complaisance sur le rôle des étrangers qui se sont battus à notre place et que l'on doit admirer. Ironie de l'Histoire : cela finit par rejoindre la propagande nazie pour qui la République avait complètement abâtardi les Français, incapables de se battre, poussant dans le dos leurs frères de couleur pour aller au casse-pipe défendre les « valeurs républicaines » (les revoilà, celles-là).
    D'ailleurs, pendant la première guerre mondiale on n'a pas envoyé à l'abattoir que les troupes coloniales (loin de là). Il suffit de lire les listes interminables de noms sur les monuments aux morts pour trouver ridicule la fixation que l'on fait actuellement sur les vingt mille musulmans qui sont morts (1% des pertes).
    Certes la France a encore envoyé en Indochine des troupes coloniales, mais il y a eu beaucoup d'anciens Waffen SS ou tout simplement de la Wehrmacht qui se sont, en fin de compte, jusqu'en Algérie, plus longtemps battus dans l'armée de la république que pour l'Allemagne nazie. Lorsque la république nous dit qu'il faut rendre hommage aux étrangers combattants, on se doute bien que ce n'est pas à ceux-là qu'elle nous demande de penser. A Dien bien Phu Français et Allemands se sont trouvés unis dans le même sacrifice.
    Il ne faut pas non plus oublier que certains étrangers qui ont combattu dans l'armée française ont après tourné casaque et nous ont tiré dessus, comme certains chefs du FLN. La France les avait formés et appris à se faire la main à nos dépens. Beaucoup s'étaient engagés uniquement pour la solde. La France les a donc payés.
    Ceux qui pendant la guerre, s'étaient engagés pour des raisons idéologiques, l'avaient fait pour combattre l'homme blanc représenté alors par l'Allemagne. Faut-il pour cela leur dire merci pour l'éternité ?
    Nous conclurons de tout ceci qu'un peuple guerrier doit avant tout compter sur lui-même. L'apport dans le fond infime qu'ont apporté certains étrangers ne justifie au total aucune dette pour la France, tant sur le plan moral que financier. Nous n'avons à rendre hommage qu'aux vrais guerriers qui se sont battus toute leur vie pour notre pays uniquement.
    De la même façon on aurait pu tout aussi bien étudier les Français ou Gaulois qui se sont battus pour une puissance étrangère, des légions gauloises de l'Empire romain jusqu'à la division Charlemagne, sans oublier tous les mercenaires français qui se sont battus pour des causes diverses
    Patrice Gros-Suaudeau 

  • Mariage et homosexualité

    Le projet d’ouverture du mariage aux couples homosexuels a déjà fait l’objet d’un grand nombre d’articles sur notre site mais il manquait le point de vue d’un juriste sur la question. Eric Delcroix traite ce sujet sous l’aspect de l’histoire du droit.  

    Le débat sur le projet d’ouverture du mariage aux couples homosexuels justifie, au-delà des passions, quelques réflexions que je crois conformes à ce que l’on appelait jadis, plus que naguère tant les choses vont vite, le sens commun.

    Objet de l’institution

    Historiquement, la finalité du mariage est l’organisation sociale de la procréation. Le mariage a toujours été conçu comme fondateur de la cellule de base de la famille, lieu de la procréation et de l’éducation des enfants. Le projet d’ouverture du mariage aux couples du même sexe perd évidemment de vue ces réalités et ouvre l’institution à deux dérives :

    1°- Celle de l'immixtion inédite de la puissance publique dans le domaine de l’amour, dérive totalitaire redoutable – cet amour que Céline décrivait plaisamment comme « l’infini à la portée des caniches ». Faire des institutions publiques l’arbitre des relations affectives a quelque chose de terrifiant.
    2°- Celle de préparer le terrain à l’adoption par les époux homosexuels, parachevant la dissolution de la famille biologique, ce qui est ressenti comme normal par les esprits antiracistes.

    Qu’était la famille ?

    La famille était traditionnellement en Europe la cellule constitutive de base de la nation (natus, natio, communauté de naissance), mais il est vrai qu’elle n’est plus guère comprise comme telle.

    Les mentalités ont évolué, encouragées par l'Etat, notamment en France, sous l’empire de la droite institutionnelle, essentiellement dans les années soixante-dix, déjà au nom des sentiments, subjectivités affectives si peu adaptées au raisonnement juridique.

    Tout d’abord, ce fut la mise à égalité de l’enfant légitime et de l’enfant adultérin, faisant du point de vue de la progéniture un statut indifférencié qui revient à autoriser de fait la polygamie. Auparavant, seul l’enfant légitime portait le nom de la famille – de façon coutumière (*) celui du père, parfois accolé à celui de la mère – et avait vocation à recueillir l’héritage familial. La loi était dure, mais la famille, comme institution, était, pour la puissance publique, non pas le lieu de l’amour et du Bisounours, mais la matrice d’un peuple, d’une nation et d’une ethnie. Dans ce système, la mère de famille ne risquait pas de voir ses enfants mis en concurrence avec les bâtards d’un mari volage… C’était avant la reconnaissance par l'Etat, ce « monstre froid » (Nietzsche), d’une catégorie juridique chez le sujet de droit, catégorie extravagante jusqu’ici inconcevable, celle de l’énamouré (mais puisqu’il l’aime, mais puisqu’ils s’aiment, etc.).

    Ensuite, ce fut le démantèlement de la souche raciale, au sens premier du terme, de la lignée, par l’apparition d’un véritable « marché » de l’enfant (n’entend-on pas parler d’un « droit à l’enfant » ?). S’inspirant du droit romain, qui privilégiait l’ingenuus (enfant biologique de bonne naissance), Napoléon avait introduit dans le Code civil l’institution de l’adoption, bien éloignée de ce qu’elle est devenue… Pour le Code civil – Code Napoléon – l’adopté ne pouvait être qu’une personne majeure et l’adoptant qu’une personne sans enfant d’au moins cinquante ans. Le procédé visait à éviter, autant que faire se peut, de casser la famille biologique par la mise en concurrence des enfants légitimes avec des pièces rapportées pour le port du nom, des titres et le partage du patrimoine. Il n’était pas possible d’adopter n’importe qui.

    Qu’est devenue la famille aujourd’hui ?

    Selon le Code civil, la condition la plus courante était celle de l’adoptant ou des époux adoptants qui s’étaient occupés « pendant au moins six ans » de l’éducation de l’adopté du temps qu’il était mineur. Ces soins au mineur ne donnaient toutefois pas un droit à l’adoption : encore fallait-il que l’enfant, devenu majeur et donc enfin adoptable, y consente. Il n’était pas question de « droit à l’enfant » en ce temps-là.

    Ce n’est qu’en 1923, en présence de nombreux enfants orphelins de la Grande Guerre, que le législateur a permis l’adoption des mineurs. (Il est vrai que le droit romain admettait déjà l’adoption d’une personne impubère.) Il fallait tout de même, pour adopter, ne pas avoir d’enfant, avoir au moins trente-cinq ans et, pour l’adoption par des époux, que leur mariage ait au moins huit ans : toujours ce souci de protéger la famille ; toujours ce souci de privilégier la lignée. C’était avant les réformes de la Ve République…

    En effet, toutes ces rudes institutions protectrices de la famille ont été démantelées, en conformité avec les droits de l’homme, pervertis depuis une cinquantaine d’années par le principe égalitariste de non discrimination : démantelées sans guère d’opposition, tant cela est en phase avec l’individualisme exacerbé contemporain alors que la famille est un milieu holiste par nature. En tout cas, cette évolution ne s’est heurtée à aucun volontarisme d’opposition de l'Etat – sous Pompidou et Pleven –, bien au contraire, alors que c’était une question sociétale et non de mœurs. Il y a toujours un ministère de la Famille, mais plus de doctrine susceptible d’appuyer une politique familiale. Il est intéressant de voir que, de nos jours, la majorité des enfants naissent hors mariage, dans des proportions qui correspondaient, dans les années soixante, à peu près au taux qui prévalait aux Antilles et chez les Afro-Américains. Autres temps autres mondes…

    Ouvrir le mariage ou... l’abolir?

    Depuis 1972, l’enfant légitime est mis en concurrence parfaite, c’est-à-dire indifférente et égale, avec l’enfant adultérin, et les adoptions peuvent se faire malgré l'existence d’enfants naturels ou légitimes. C’est comme on veut : à la carte, « à ma guise » pour reprendre le slogan publicitaire d’une compagnie d’assurance. Au surplus les principes de l’adoption ont été inversés et l’adoption vise de nos jours d’abord les mineurs. Aussi s’est-il constitué un véritable marché international de l’enfant, avec ses modes, ses coûts et ses races au choix, comme pour les chiots…

    Dans ces conditions de chaos familial, faut-il ouvrir le mariage à tous les énamourés ou, dans une vision plus pragmatique et rigoureuse, ne vaut-il pas mieux le supprimer purement et simplement ? Les couples pourraient bénéficier d’un statut civil volontaire, un peu à la façon du PACS, à convenir par devant un notaire comme régime régissant l’organisation de leur patrimoine. Ce statut permettrait aussi la réversion de la retraite. Et dans ce cas, les enfants leur conféreraient ces avantages fiscaux que le seul amour ne saurait raisonnablement justifier.

    Le mariage légal, profane, avait été institué pour concurrencer le mariage religieux et d’abord catholique. Aussi est-il interdit au ministre d’une religion de célébrer des mariages sans que les fiancés justifient de leur mariage civil préalable (art. 433-21 du Code pénal). L'Eglise, qui est ici dans son rôle avec le refus du mariage homosexuel, serait bien avisée de revendiquer, en cas de vote du projet de loi, l’abrogation de cette mesure.

    Eric Delcroix http://www.polemia.com
    22/11/2012

    (*) Le nom marital relevait d’une coutume multi-séculaire. Ce n’est qu’en 1893 que cette dernière a été reconnue par la loi. Aujourd’hui c’est « à ma guise » (voyez supra), le nom du mari, de la femme ou des deux, ce qui ne fait qu’ajouter à la confusion dans les lignées (art. 311-21 nouveau du Code civil).