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France et politique française - Page 5151

  • Le danger européen devient chaque jour plus pressant

    2018 : la fédération de la zone euro voit le jour

    Un croisement entre les États-Unis et la République fédérale allemande, voilà à quoi devrait ressembler la future fédération de la zone euro selon la Commission européenne.

    Même si l’exécutif européen se garde bien de prononcer le « f word » (elle préfère la très médiatique expression : « union économique et monétaire véritable et approfondie »…), c’est bien un saut fédéral qu’elle propose aux États membres d’effectuer dans une « communication » de 55 pages rendue publique mercredi. Un document particulièrement ambitieux qui tranche avec l’habituelle prudence de José Manuel Durao Barroso : il n’a pas hésité à batailler plus de cinq heures pour faire adopter ce texte par le collège des 27 commissaires.

    Le président de l’exécutif européen se met ainsi en position de peser sur le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement des 13 et 14 décembre prochain qui doit adopter la « feuille de route » listant les étapes menant à l’union politique de la zone euro : il redoute, en effet, que les gouvernements profitent de l’accalmie qui règne sur les marchés pour remettre à plus tard une intégration, certes douloureuse en terme de partage de souveraineté, mais absolument nécessaire. « Le papier de la Commission, particulièrement ambitieux, est parfaitement compatible avec notre feuille de route », se réjouit-on dans l’entourage de Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, qui met actuellement la dernière main à ce document en collaboration avec Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne et… Barroso. « La différence est qu’il entre dans des détails que nous n’aborderons pas, car ils peuvent fâcher ».

    L’idée centrale de l’exécutif européen est d’aboutir dans cinq ans (au plus tôt, car il faudra modifier les traités européens) à la mise en place d’un « budget central important » de la zone euro qui permettrait de faire face à des « chocs asymétriques » (c’est-à-dire touchant certains États membres et pas d’autres) ou à des « chocs communs à la zone euro ». La Commission estime même qu’il pourrait servir à mettre en place des politiques contracycliques à court terme, « comme par exemple dans le système américain d’allocations de chômage où un fonds fédéral rembourse 50 % des allocations excédant la durée standard à concurrence d’un maximum donné, sous réserve que le chômage ait atteint un certain niveau et continue d’augmenter ». Il ne s’agit donc pas de mettre en place des « transferts permanents », car cela aurait des effets pervers en encourageant l’irresponsabilité des gouvernements. [...]

    La suite sur Coulisses de Bruxelles  http://www.actionfrancaise.net

  • L’immigration clandestine profite à certains gros patrons

    FPI-Le Gaulois - Ce reportage jamais diffusé par TF1 date de novembre 2009. Il a été retiré de l’émission « Combien ça coûte » sur ordre de son producteur Patrick Dechavanne. Il montre de manière flagrante le manque de volonté du gouvernement de l’époque (Sarkozy/Fillon) et son double langage en matière d’immigration. Il fait également apparaître la collusion entre certains « gros dirigeants » d’entreprises et le « monde politique ». Fort heureusement, il met aussi en évidence le courage et la ténacité de certains fonctionnaires dont la charge est de faire respecter la Loi française.

    http://www.francepresseinfos.com/

  • L’ÉCLATEMENT DE L’UMP : UNE CHANCE POUR LA FRANCE

    Tout et son contraire a déjà été dit sur la crise que traverse l’UMP depuis quinze jours, à la suite de la tentative, pour l’heure avortée, de lui procurer un président à la légitimité démocratique incontestable et incontestée puisque sorti des urnes. Les commentateurs n’ont pas cessé d’analyser les causes et de prévoir les éventuelles conséquences de ce drame bourgeois.

    Et de chercher surtout à qui profite un spectacle, il est vrai, peu ragoûtant, mais qui a le mérite de révéler le vrai visage de ceux qui avaient brigué les suffrages des militants, qui sont les premiers perdants. Au Front National ? A l’UDI — le dernier machin centriste fondé par Jean-Louis Borloo — ? Au PS ? A Sarkozy soi-même ? A tous à la fois, sans doute, même si c’est à des degrés divers. Les adhésions « coups de colère » dont bénéficient aujourd’hui la droite nationale et le centre peuvent se révéler sans lendemain, si l’UMP recouvre un semblant d’unité. Le PS n’a évidemment pas intérêt à ce que la crise d’une droite « bien sous tous rapports », voire si complaisante, s’aggrave, ou simplement se prolonge, même si elle a été heureuse de l’effet de diversion que l’UMP lui a fourni de manière si désintéressée. Quant à Sarkozy, il n’est pas, soit dit en passant, indemne de tout reproche quant à l’état dans lequel il a laissé l’UMP, l’ayant privée durant cinq ans, tel le tyran de Syracuse, de toute tête pouvant — il est vrai aisément en son cas — dépasser la sienne. Les puristes diront que c’est la république qui, de toute façon, ne sort pas grandie de ce déballage de linge sale en place publique. Nous n’en savons rien, n’étant pas comptable de la vertu de Marianne.

    Pourtant, comme toujours en régime partisan, les commentateurs se sont attachés à l’écume des choses, en l’occurrence aux conséquences politiciennes d’une tragi-comédie politicienne, oubliant de s’attacher à l’essentiel en posant la seule question qui vaille : un éventuel éclatement de l’UMP serait-il, oui ou non, bénéfique à la France ? Car c’est du point de vue de la France — oserons-nous dire de la seule France ? —, du moins du seul intérêt national qu’il convient d’aborder la question.

    Or, nous le déclarons sans ambages, l’éclatement de l’UMP serait une chance pour la France. Syndicat d’intérêts à visée hégémonique fondée en 2002 pour regrouper en son sein le centre-droit et les droites libérale et gaulliste, en vue d’assurer la réélection de Jacques Chirac à la présidence de la république, l’UMP a favorisé la confusion des genres au sein d’une famille politique qui avait toujours assumé, plus ou moins douloureusement, plus ou moins à son avantage, sa diversité. Son effet premier fut surtout d’éradiquer ce qu’il pouvait rester de gaullisme dans un paysage politique qui subissait déjà depuis près de deux décennies le double tropisme de l’impérialisme moral de la gauche (habilement mis en scène par Mitterrand avec l’affaire de Carpentras, imposant à une droite qui se laissait faire la ligne brune que celle-ci ne devait pas franchir) et de l’impératif européiste, qui ringardisait l’idée nationale.

    Ce néoréalisme, partagé par une gauche qui abandonnait progressivement le prolétariat français pour un peuple incertain de substitution, et une droite qui devenait a-nationale, a permis l’émergence d’un pays légal quasi-uniforme, sans autres couleurs et saveurs que celles d’une « diversitude » imposée par une idéologie mondialiste qui préfère les communautarismes centrifuges aux identités historiques. Bref, l’UMP a capté, et stérilisé, les revendications d’un pays réel qui refuse les conséquences, dont il est le premier à souffrir, d’un mondialisme dont la gauche et la droite « républicaines » sont, à quelques différences de degrés prêts, les zélés serviteurs.

    Otage volontaire d’une gauche dont elle partage les politiques en termes de supranationalité et d’européisme, d’immigration, d’insécurité, de soumission à l’argent-roi, réticente avec timidité à des dérives sociétales qu’elle combat en ordre dispersé et sans grande conviction, la droite officielle est devenue le principal problème de la vie politique française. Son éclatement libérerait des énergies. Non pas tant celles de cadres, dont le cou pelé indique bien le choix qu’ils ont toujours fait ou qui se trouveraient comme des gallinacés ayant trouvé une perle devant une liberté qu’ils n’ont jamais revendiquée, que celles de militants et d’électeurs qui, désorientés par la putréfaction de l’UMP, auraient à retrouver leurs repères en dehors d’un exercice imposé de soutien à une droite « républicaine » aussi castratrice que la gauche est « morale ».

    En se décomposant — seule façon pour elle d’être vraiment « décomplexée » —, l’UMP rendrait à chacune de ses composantes sa vérité. Le paysage politique français y gagnerait en sincérité et en véritable diversité. Ce serait évidemment une chance pour ces militants bafoués depuis trente ans, trompés dans leur patriotisme et la défense de leurs intérêts véritables, soumis à un chantage moral qu’ils ont à la fois toujours récusé mais subissent par discipline. C’en serait une aussi plus grande pour un électorat qui, enfin, verrait se rompre des digues artificielles imposées par la gauche à une droite veule et lâche. C’en serait une enfin pour la France, à laquelle l’hypothèque d’une droite d’imposture a fait tant de mal.

    Non que cet éclatement fût suffisant. Il ouvrirait simplement des perspectives que l’existence de l’UMP suffit seule à boucher. Car il appartiendrait aux patriotes de savoir saisir la chance historique qui s’offrirait à eux. De toute façon, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. L’UMP, parce qu’elle est précisément un syndicat d’intérêts, a des ressorts insoupçonnés. Un patriote doit en revanche souhaiter que le discrédit dans laquelle elle est tombée laisse des traces profondes auprès des Français. Il y va de l’intérêt national.

    François Marcilhac, éditorialiste de L’Action Française http://www.actionfrancaise.net

  • Mieux qu’un long discours

    http://www.contre-info.com/

  • « Présenter un autre Bainville »

    Docteur en histoire, journaliste à Canal Académie, Christophe Dickès publie un troisième ouvrage consacré à Jacques Bainville : un recueil où l'on retrouve les analyses de politique étrangère du chroniqueur de L'AF, mais où l'on découvre aussi ses contes et ses récits de voyage.
    o L'Action Française 2000 – Vous venez de publier un troisième ouvrage sur Jacques Bainville. Pourquoi cet intérêt ?
    o Christophe Dickès – Il y a deux raisons à cela. D'abord le rôle joué par mon père : quand j'étais adolescent, il m'a dit que Jacques Bainville avait prédit la Seconde Guerre mondiale ; c'est entré dans une oreille et ça n'est jamais ressorti. Ensuite, à l'occasion de ma deuxième année de faculté d'histoire, j'ai travaillé sur les relations internationales avec le Pr Soutou. Et dans la liste de livres à lire absolument à la Sorbonne figuraient Les Conséquences politiques de la Paix de Jacques Bainville. J'ai commencé à collectionner ses livres, séduit par la pertinence des analyses. Il y a deux ou trois interprétations des causes de la Seconde Guerre mondiale. Il y a la cause unique : Hitler seul responsable. Mais en Angleterre, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, Taylor a développé une thèse soulignant la faiblesse des démocraties, reprenant en partie les idées de Bainville.
    o Dans l'anthologie que vous consacrez à Bainville, le lecteur peut être surpris de ne pas voir son Histoire de France ou son Napoléon...
    o L'Histoire de France et le Napoléon sont constamment republiés. Je voulais, sous le conseil de mon éditeur, présenter un Bainville autre mais classique par ailleurs. L'Histoire de France reste une oeuvre de commande. En revanche, l'Histoire de deux peuples ou Les Conséquences politiques de la paix sont le fruit d'une longue réflexion quotidienne. Je voulais mettre en avant le chroniqueur de politique étrangère. Mais à côté de cela, j'ai voulu convaincre l'éditeur de la valeur littéraire de Bainville et de ses contes, proprement délicieux dans le style et souvent méconnus. Ils sont de la même veine que les oeuvres historiques pour le talent littéraire, l'ironie en plus. Ils font penser à Voltaire ou à Patrick Süskind aujourd'hui. On y trouve des réflexions acérées sur la nature humaine. Tous les contes connus figurent dans ce recueil. J'y ai ajouté tous les voyages, notamment son rapport diplomatique et ses articles sur la Russie, visitée en 1916 à la veille de la révolution.
    o On note des déceptions de voyage ; là où Charles Maurras s'était enthousiasmé, Jacques Bainville est plus sceptique...
    o Il est déçu par la Grèce. On peut dire qu'il était plus Romain que Grec. Ces vieilles pierres éparses devaient susciter une capacité d'imagination qu'il ne déployait pas. Il met en avant la cité de Thèbes. Or, Thèbes pouvait avoir la puissance et ne l'a pas eue. On retrouve là son pessimisme. Maurras s'était enthousiasmé devant Athènes. Pas Bainville. Il y à là une nuance importante.
    o L'obsession de l'Allemagne marque l'oeuvre de Bainville, entre fascination et répulsion. N'est-ce pas ce qu'il y a de plus daté chez lui ?
    o Il est bien sûr l'homme de son temps. À la fin des années 1890, il croit en une réconciliation franco-allemande. Avant la rencontre avec Maurras, il est séduit par l'Allemagne impériale, sa grandeur et sa jeunesse. Comme Maurras le fit par la Grèce, il se convertit à la monarchie par l'Allemagne et ensuite, paradoxalement, il devient anti-allemand, mais sans être germanophobe. J'ai commencé à l'étudier par les relations internationales des années vingt et trente. Mais on ne peut pas le comprendre sans revenir à 14-18, à la cathédrale de Reims bombardée, aux mines du Nord inondées, au traumatisme de l'occupation allemande. Bainville ne croit plus du tout dès lors à la réconciliation franco-allemande. Maurras l'avait déjà à demi convaincu, 14-18 fait le reste. Parallèlement, ou en retour, dans les années 1904-1905, tandis que Maurras présente l'Angleterre comme un danger, Bainville le persuade de la nécessaire alliance avec elle pour préserver un équilibre des puissances.
    o On ne sent pas chez Bainville l'attrait pour l'enseignement, l'université et la chaire. Comment expliquer cette absence ?
    o Ce qui l'intéressait par-dessus tout, c'était l'écriture. Tout comme l'AF, il ne supportait pas les mandarins de la Sorbonne de l'époque. Une contre-culture s'est mise en place et Bainville appartenait à cette résistance anti-universitaire dont l'Académie française pouvait être un des bastions. Bainville a rencontré Barrès, puis Maurras et ces deux auteurs ont tracé une partie du sillage bainvillien. Je publie, après Deschodt qui l'avait déjà insérée dans Cher Maître, la lettre pleine d'angoisse remise à Maurras deux ans après leur rencontre au café de Flore en 1900 : « Je songe et non par caprice à cesser d'écrire et à ne pas prendre l'état d'auteur. Je n'ai aucune confiance en moi-même. Imagination nulle. Intelligence médiocre. Peu brillant au jeu des idées. » Bainville a vingt-trois ans et Maurras lui répond en confirmant sa carrière et le choix des Lettres.
    o Le royalisme de Jacques Bainville a-t-il été constant, fluctuant, vacillant ?
    o Bainville croit au retour de la monarchie avec une sincérité fondée sur une analyse rationnelle. Il lui semble possible à partir du moment où la république vit une grave crise. La chance de la république, c'est de trouver toujours des sauveurs. Mais un jour, pense Bainville, il n'y aura pas de sauveur. Pendant la Première Guerre mondiale, il y croit. Il pense même que le roi Albert de Belgique est une solution. Aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd'hui, le roi Albert était un héros, un mythe vivant et possédait une vraie popularité en France. Bainville était pragmatique et savait qu'il y avait eu plusieurs dynasties en France... Il se fâche d'ailleurs avec Vaugeois à ce sujet. Pour Bainville, ce qui doit être soutenu, c'est le principe monarchique. On veut aujourd'hui faire de lui une sorte de libéral qui se serait finalement rallié à une monarchie de type constitutionnel. Or je soutiens que Bainville n'est pas un libéral, même si en économie il a défendu le libéralisme. Il n'est pas démocrate, fustigeant « ce pauvre souverain d'un jour ». Il défend jusqu'au bout une monarchie forte, je ne dirais pas de droit divin car il n'était pas catholique, mais héréditaire. Une diplomatie et des ministres qui dépendent du roi et non de la volonté populaire, voilà ce que veut Bainville.
    Mais il sait que ce n'est plus possible dans les années vingt et trente. Il écrit alors Symmaque, un conte dont le personnage éponyme est l'un des derniers patriciens romains, au temps de la décadence du grand empire. Symmaque, c'est Bainville, et Symmaque dit qu'il n'y croit plus mais qu'il va mourir dans la foi de sa jeunesse. Cela agace l'AF parce qu'on le réduit à un abandon. Bainville est resté profondément monarchiste mais il voyait que le temps jouait contre la monarchie. Surtout, il ne souscrivait plus au dogme maurrassien selon lequel tout désespoir en politique est une sottise absolue. Mon ami Guillaume de Tanoüarn a raison de dire que Bainville meurt jeune parce qu'il est peut-être miné intérieurement par ce constat. Il est difficile de percer le coeur d'un homme et Bainville était pudique. J'ai mis dix ans à me familiariser avec lui. Je ne peux que vous conseiller de lire, outre Symmaque, son Journal de guerre, publié chez Bartillat, et les dernières pages du volume que je publie, composées d'un carnet intime où l'on trouve le fond de sa pensée. Il se montre même très sévère à l'égard de Maurras. Même si, à son élection à l'Académie française en 1935, il répète devant lui : « Je vous dois tout sauf la vie. » Bainville avait tout à perdre à rester à l'AF, mais la plus grande des vertus était pour lui celle de l'amitié et de la fidélité. Reste que dans son for intérieur, Bainville pensait que Maurras connaissait mal son histoire. Pourtant théoricien de l'empirisme organisateur, il était selon lui plus poète que véritable politique pragmatique.
    o On sent bien que, par-delà votre propre livre, il se dessine une redécouverte de Bainville. Des journalistes à succès ainsi qu'un Premier ministre l'on cité, on le republie... Êtes-vous conscient de cet engouement ?
    o Absolument. D'abord, il est toujours intéressant de lire de grands historiens et Bainville en fait partie. Avec Bainville vous allez réfléchir beaucoup sur le XIXe siècle et quoi de plus normal ? Nous-mêmes nous intéressons beaucoup aux années De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand. La génération de Bainville, elle, s'intéressait à Mac Mahon, à Gambetta et à 1870. Mais je voudrais mettre en avant, à travers mon recueil des oeuvres bainvilliennes, les différents talents dont était pourvu le chroniqueur de la politique étrangère de L'AF. Lisez l'article intitulé « Le Naufrage » daté de 1912 et qui traite, à travers le drame du Titanic, de la notion de progrès. Bainville avait une très belle écriture qui lui vaudra légitimement son élection à l'Académie française. Lisez les contes. Mais vous pouvez tout aussi bien retrouver son oeuvre historique jamais narrative, toujours explicative, ce qui la rend précieuse.
    L'empirisme organisateur hérité de Maurras a toute sa place mais Bainville ne néglige pas non plus la capacité d'oubli de l'homme, les constantes mais aussi les hasard de l'histoire. Ce qu'il appelle les lois de l'humanité. Le présent peut toujours prendre plusieurs directions. Maurras disait que « la politique est l'art du possible » ; Bainville aurait pu dire que « c'est l'art des possibles ». Le pessimisme de Bainville n'est donc pas un fatalisme, malgré des moments de déclin et de doutes. Il reste un personnage complexe.
    Propos recueillis par Marc Savina L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 7 au 20 juillet 2011
    ✓ Jacques Bainville, La monarchie des lettres – Histoire, politique et littérature, éd. établie et préfacée
    par Christophe Dickès, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1152 p., 30 €.
    ✓ Christophe Dickès, Jacques Bainville - Les lois de la politique étrangère, Bernard Giovanangeli Éditeur, 319 p. 23 €.

  • Réédition du “Grand Remplacement” de Renaud Camus, augmentée du discours d’Orange

     

    Réédition du “Grand Remplacement” de Renaud Camus, augmentée du discours d’Orange

    “Le Grand Remplacement” de Renaud Camus, qui était épuisé, est à nouveau disponible dans une réédition augmentée. Ce ne sont plus trois mais cinq allocutions que l’ouvrage contient, dont le discours qu’il a prononcé lors de la Convention identitaire à Orange.

    Renaud Camus, privé d’éditeurs pour des raisons politiques (son soutien à Marine Le Pen aux élections présidentielles) s’auto-édite désormais via Blurb. On peut donc commander un exemplaire papier de cette nouvelle édition.

    Crédit photo : Renaud Camus via Flickr (cc).
    http://fr.novopress.info/

  • Ils croyaient en Marx, ils adulent Bush : Ces types-là sont vraiment à l'ouest (arch 2006)

    En passant du col Mao au Rotary, les anciens gauchistes, trotskistes et autres maoïstes français ont changé d'idoles. Marx, Lénine, Trotski étaient leurs héros, les voilà qui boivent les paroles de George Bush sur Fox News. Les gauchistes constituent l'essentiel des troupes des néoconservateurs français. Ils nient être passés à droite, ils ont raison : ils sont seulement passés a l'Ouest.
    De Romain Goupil, cofondateur des JCR (Jeunesses communistes révolutionnaires) à Yves Roucaute, qui fut vice-président de l'Unef, patron de l'Union des étudiants communistes et de l'Institut Gramsci, en passant par Alexandre Adler, encarté au PCF, André Glucksmann et Olivier Rolin, tous deux venus de la Gauche prolétarienne (maoïste), mais aussi Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut Pierre-André Taguieff, etc... on assiste à une véritable fuite des cerveaux sur fond de fatwas, de crise de nerfs et de listes noires, Le Nouvel Observateur pleure ses intellos perdus et vitupère quasiment toutes les semaines contre « la vague droitière », « la droitisation dure de la France », « les nouveaux réacs » Diable ! Le Monde s'interroge doctement sur les néo-conservateurs à la française qui roulent pour Bush.
    Avec une bonne dizaine d'années de retard sur l'Amérique, la greffe néo-conservatrice commence à prendre. Mais qui sont les néo-conservateurs ? Irving Kristol, un des pères de ce mouvement, à qui l'on demandait s'il était de droite, y a répondu par une boutade : « Nous sommes des hommes de gauche qui se sont fait casser la gueule par la réalité. » Faut-il donc croire qu'une bonne partie de l'élite médiatique française s'est fait rouer de coups ? Toujours est-il que les nouveaux convertis se sont regroupés autour d'une nouvelle publication, Le Meilleur des mondes, qu'ils auraient mieux fait d'appeler Défense de l'Occident !

    Joseph de Maistre contre les néo-cons !
    Un petit détour par les Etats-Unis s'impose pour tenter de comprendre les soubassements idéologiques qui ne manqueront pas de traverser la prochaine élection présidentielle française. Grâce à un génial coup de bonneteau sémantique qui eut lieu au début des années quatre-vingt, un quatuor d'ex-trotskistes juifs de la côte Est - Irving Kristol, Norman Podhoretz, Allan Bloom et Paul Wolfowitz - retourne les caciques du Parti républicain à leur cause en plaidant la supériorité morale de l'Amérique à propager et imposer son modèle démocratique partout dans le monde, ainsi que, naturellement, l'absolue nécessité de défendre Israël. L'ingérence militaire au nom de la liberté et de la démocratie : il fallait y penser.
    Bill Kristol (fils d'Irving), le patron du Weekly Standard, bible des «néo-cons» trace à grands traits le corpus idéologique de ces mutants : « Conservateurs sur le plan moral, sceptiques vis-à-vis des utopies et de la gauche mais aussi de la droite réactionnaire incarnée par des gens comme Joseph de Maistre ou Carl Schmitt. » La droite américaine ne serait-elle donc pas de droite ? Au terme d'une guerre des idées tous azimuts qui a duré presque vingt ans, les néo-cons ont vaincu par K.O. Contre la gauche, l'essayiste David Brooks invente le concept destructeur des «bobos» les fameux bourgeois-bohèmes forcément de gauche donc forcément déconnectés des aspirations du peuple. Imparable. Au sein de la droite, les néo-cons balaient les «réalistes» incarnés par Henry Kissinger, le conseiller du président Richard Nixon, ou les «isolationnistes» comme Pat Buchanan. Résultat : ils bouleversent la politique étrangère de la droite américaine.
    C'est finalement le très conservateur philosophe britannique John Grey qui définit le mieux qui ils sont : « Les intellectuels néo-conservateurs qui décident de la politique américaine à la Maison Blanche croient que la terreur est indispensable, mais pensent - tout comme leurs prédécesseurs jacobins - qu'il s'agit d'une terreur juste et compassionnelle : un bref moment de douleur et voilà le nouveau monde qui advient. Les guerriers intellectuels comme Richard Perle se considèrent réalistes, mais la persistance avec laquelle ils appellent à la guerre rappelle plus un Robespierre qu'un Metternich. » Et le même d'appeler Joseph de Maistre à la rescousse pour dénoncer la bêtise de ceux qui pensent qu'on peut « fonder des nations avec de l'encre » !

    George W. Bush en petit père des intellos
    Inutile de préciser que le débat en France est loin d'atteindre le même niveau. Les élites françaises ont la phobie des idées et de la confrontation. À l'image de l'ex-mao (tendance Gauche prolétarienne) Denis Kessler, ex-vice-président du Medef et p-dg de Scor, les nouveaux convertis se contentent de défendre les stocks-options dans les colonnes du Figaro. Cyniques, ils ont simplement pris acte de l'échec de l'économie socialiste. La mondialisation est leur nouveau dogme,
    Reste malgré tout une différence de taille entre ces ex-gauchistes camouflés en penseurs «néo-libéraux» et leurs homologues américains : les élites françaises ont fait vœu de haine... anti-française. Ils portent en eux la haine viscérale de la France. Entre les néo-Iibéraux et la gauche internationaliste, les structures mentales sont les mêmes. Le discours libéral de détestation de soi de Claude Lamirand, président d'Action Libérale, diffère peu de celui d'un militant d'extrême gauche : « L'Europe ne peut pas être la paix. La paix, c'est l'Otan. [...] L'Europe n'a que des héros de sang de puissance et d'autorité à se remémorer. Quand on voit en France le prestige de Napoléon, franchement, nous avons toutes les inquiétudes possibles, car aucune leçon de la tyrannie n'a été totalement tirée. » Hystérie contre une histoire de France pourtant singulière, c'est-à-dire belle et tragique, qui plonge bien au-delà de 1789. Et l'on songe au mot magnifique de March Bloch, historien patriote exemplaire qui déclarait : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims, ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. Peu importe l'orientation de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner. »
    En 2006, le chef de file des néo-conservateurs français, Yves Roucaute, arrive encore à écrire que les États-Unis sont le « navire amiral des Républiques justes ». Auteur d'un livre mémorable intitulé Le néo-conservatisme est un humanisme (PUF, 2005), il prévient avec ces mots d'un autre temps qu'on aurait voulu croire à jamais fanés : « Souvenons-nous que les États-Unis sont notre seul espoir pour que l'emporte l'esprit de liberté, qui est celui de l'Humanité. » Il suffit de remplacer «États-Unis» par «Union soviétique» pour qu'éclate le ridicule d'une telle phrase, surtout quand on sait que le dit penseur publie régulièrement sa prose dans les colonnes de la plupart des journaux dits de droite !
    Qui ne fait pas allégeance à Washington est un traître à l'Occident. Pour eux, l'Europe ne doit pas exister, mais expier à jamais. Sans complexe ni contradicteur, le même auteur assène sur l'air des lampions « Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la liberté a trouvé une puissance, les États-Uni, d'Amérique, en mesure d'imposer l'organisation du monde. » L'écrivain Pascal Bruckner, lui aussi passé par la Gauche prolétarienne, va encore plus loin : « Ce n'est pas le leadership américain qui est inquiétant, c'est plutôt sa discrétion » ! Internationaliste hier, mondialiste aujourd'hui, Les mots ont changé : le mal demeure. Ils sont restés les mêmes : bêtement manichéens, idéologiquement serviles, admirateurs des grands de ce monde.

    C'est aussi l'Europe qu'ils assassinent
    Passées les bornes, il n'y a plus de limites... C'est donc l'ancien maoïste François Ewald (encore un !) qui les franchit. Lui est devenu idéologue à la Fédération française des sociétés d'assurances et au Medef ! Sarkozyste de choc bien sûr et patron de la Fondation pour l'innovation politique (officine pensante de l'UMP), il affirme, péremptoire « L'Europe n'a pas d'identité, elle est une promesse. Elle est destinée à s'ouvrir : à l'Ukraine demain et, pourquoi pas, après-demain, aux pays du Maghreb. » L'ancien assistant de Michel Foucault au Collège de France n'a bien sûr jamais été de droite, aujourd'hui encore moins qu'hier quand il défend une Europe comme « un ensemble politique affranchi de toutes les formes d'identités raciales, ethniques, religieuses ou civilisationnelles ». Vive l'Europe hors-sol ! Et l'on dira après que les anciens gauchistes ne sont pas restés fidèles à leurs principes de jeunesse.
    Il faut toute la clairvoyance du théoricien américain John C. Hulsman de l'Heritage Foundation pour poser les vrais enjeux « Seule une Europe qui s'élargit plutôt qu'elle ne s'approfondit, une Europe à la carte où les efforts pour la centralisation et l'homogénéisation restent minimaux, convient à la foi, aux intérêts nationaux américains et aux intérêts individuels des citoyens du continent. » Pour les malentendants, il a ce post-scriptum qui fait froid dans le dos : « Les États-Unis ne veulent ni que l'Europe réussisse trop, ni qu'elle échoue. À ce titre, l'Europe actuelle convient aux intérêts stratégiques à long terme de l'Amérique. » On ne saurait mieux dire.
    Lucien Valdès Le Choc du Mois Juillet/Août 2006

  • "La Chronique d'Eric Zemmour" : le Qatar et la banlieue


    "La Chronique d'Eric Zemmour" : le Qatar et la... par rtl-fr

  • France : L’ornière des aides sociales

    En 2009, 11,2 millions de Français ont bénéficié d’aides sociales pour un montant total de 59,5 milliards d’euros. Cela équivaut au budget de l’Éducation nationale soit 1/5 du budget de la France. Ces 11,2 millions de bénéficiaires ont des familles (parents, épouses, enfants, etc…). Ce sont donc au total plus 35 millions de personnes qui bénéficient, d’une manière ou d’une autre, des aides sociales, c’est-à-dire plus de 50% des Français.

    Le modèle social français, au prix où il coûte aux contribuables, fonctionne-t-il ?

    […] Pour savoir si notre modèle social français fonctionne, prenons trois indicateurs qui permettront de le juger sur des résultats concrets : le taux de pauvreté, le revenu de solidarité active (RSA) et les « Restos du Cœur ».

    Premier indicateur, le taux de pauvreté pris sur 20 ans et qui fournit un constat étonnant. En 1990, 13,8% de la population française était considérée comme pauvre, soit 7,9 millions de personnes sur une population totale de 57,3 millions. En 2009, le pourcentage de pauvreté a légèrement baissé puisqu’il est de 13,5%, mais cela représente 8,7 millions de personnes sur une population de 64,7 millions. Sur 20 ans, la pauvreté n’a pas diminué. C’est un premier constat d’échec.

    Deuxième indicateur, le RSA qui a repris le flambeau du RMI, les deux noms recouvrant une même aide sociale rendant ainsi possible une observation sur la longue durée. Créé en 1989, le RMI a bénéficié cette année-là à 370000 personnes. En 2009, exactement vingt ans plus tard, 1,697,357 personnes percevaient le RSA, soit une augmentation de 359 %. C’est un deuxième constat d’échec.

    Troisième indicateur, les “Restos du Cœur” qui ont été créés en 1985. Durant l’hiver 85-86, ils ont distribué 8,5 millions de repas. Lors de l’hiver 2010-2011, ce sont 109 millions de repas qui ont été servis, soit une augmentation de 1282 % en 25 ans. C’est un troisième constat d’échec.

    Force est de constater, sur le terrain, que le modèle social français qui a pour but d’améliorer les conditions de vie des français,  ne fonctionne pas. La question qui vient à l’esprit est : pourquoi ?

    Il existe une explication économique à cet état de fait. Tel qu’il est conçu, notre système social ne crée pas de richesse ; pire, il incite à ne pas créer de richesse. En dépit d’une intention qui reste en théorie généreuse – aider autrui -, le modèle social français a mis en place une trappe à pauvreté : une fois tombé dans cette ornière, il est très difficile d’en sortir. Pour vérifier cette assertion, observons un exemple concret.

    Prenons une mère vivant seule avec ses deux enfants de 6 et 10 ans. Pourquoi un tel cas ? Parce que, selon l’Insee, 284,445 foyers recevant des aides étaient dans ce cas en 2010, ce qui constitue le nombre le plus important de tous les cas de figure familiaux, hormis les célibataires.

    Cette mère reçoit le RSA qui, grâce à ses deux enfants, se monte à 845,88 euros. Si elle loue un appartement à 500 euros par mois, elle bénéficie d’une APL de 473,22 euros. Ses allocations familiales seront de 125,87 euros. Son allocation de rentrée scolaire, en général très attendue, sera de 575,68 euros, soit 47,97 euros si nous la lissons sur 12 mois. Cette mère pourrait sûrement bénéficier d’autres aides, mais nous ne prendrons que ces quatre-là qui sont les plus communes. Ainsi, elle touchera un total de 1501,85 euros par mois.

    Maintenant imaginons que cette même mère de famille trouve un travail au smic, soit 1398,37 euros brut par mois ce qui lui fait 1096,94 euros net. Elle ne reçoit donc plus le RSA. Son APL est réduite à 354,89 euros, mais elle percevra toujours les allocations familiales – 125,87 euros – et l’allocation de rentrée scolaire – 575,68 euros. En conséquence, son revenu total sera de 1625,58 euros par mois.

    Travailler, pour cette mère, ne représentera qu’un bénéfice net de 123,73 euros. En outre, ce bénéficie sera probablement perdu dans les coûts de transports ou frais de nourrice pour garder les enfants. Pire, ces deux dépenses additionnelles coûteront plus que 123 euros par mois, faisant du travail une perte de revenu.

    Dans ce cas, le plus commun, travailler n’est pas motivant, voire même déconseillé. Chacun étant mu par la recherche de son intérêt personnel, le choix entre recevoir des aides et travailler est rapidement fait : les aides sont un meilleur « deal ». Lorsqu’un citoyen fait un tel choix, il tombe alors dans la trappe à pauvreté, dans l’ornière des aides sociales qui le transformera, petit à petit, sans qu’il s’en rende compte, en un assisté profitant du système de redistribution.

    Un bon modèle social est celui qui soutient tout en incitant à la reprise du travail et à la production de richesse, mais ce n’est pas le cas du modèle français, nous l’avons constaté. Sortir de l’ornière des aides sociales est le défi majeur de la France actuelle : il s’agit d’une priorité non seulement pour la réduction des dépenses publiques, mais aussi pour la reprise économique de notre pays.

    Contribuables Associés

    Lire aussi : Trop de personnes éligibles ne demandent pas les aides sociales

    http://fortune.fdesouche.com

  • Jacqueline de Romilly (1913-2010) La leçon de grec (archive 2011)

    La grande helléniste Jacqueline de Romilly nous a quittés le 18 décembre dernier, à l'âge de 97 ans. La république des lettres et la République tout court lui ont rendu un hommage unanime, mais ambigu, en occultant délibérément tout ce qui la rendait encore plus précieuse à nos yeux: non pas la rupture, mais la continuité, qu'elle a su incarner comme nulle autre, de la tradition de la grande culture classique.
    La mort de Jacqueline de Romilly a donné lieu à un concert de louanges, des médias aux responsables politiques, qui ont surtout salué en elle la première femme nommée professeur au Collège de France, la première femme élue à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, la deuxième à être membre de l'Académie française, etc. Là n'était pourtant pas l'essentiel à ses yeux. Comme elle l'a dit elle-même, les temps étaient mûrs pour cela : elle a simplement eu la chance d'appartenir à la première génération qui a vu les femmes pouvoir accéder au « podium »(1).
    Non, ce n'est pas cette rupture qui lui paraissait importante, mais au contraire la continuité. Pas la rupture historique que représente le rôle de plus en plus visible des femmes, mais au contraire la continuité de la civilisation occidentale, d'Homère jusqu'à nous. Continuité qu'elle savait menacée, avec le naufrage, depuis une trentaine d'années, des humanités, alors même que sa vie entière a été consacrée à maintenir vivants les grands textes de la Grèce classique. Contre l'esprit du temps. Car il y a longtemps déjà que sa conception de la recherche, plus admirative que critique, a été marginalisée, sous l'influence d'une anthropologie relativiste, ne croyant pas en une Grèce source de lumière dans un monde antique voué aux ténèbres.
    Quoi de plus démodé aujourd'hui que d'insister comme elle l'a fait, avec un regard bienveillant, sur l'invention de la démocratie à Athènes, au lieu de déplorer que les femmes, les esclaves et les métèques en aient été exclus ? Pourquoi admirer un idéal cristallisé dans le marbre du Parthénon, là où on pourrait dénoncer l'impérialisme athénien ou se passionner pour l'homosexualité antique revisitée au prisme de Foucault et de la théorie queer ?
    L'hommage du vice à la vertu
    En vérité, Jacqueline de Romilly était dans sa vie publique à mille lieues des hellénistes « engagés » comme Jean-Pierre Vernant ou Pierre Vidal-Naquet, et cela bien qu'elle et son mari aient été considérés comme Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et exclus de l'enseignement pour cette raison. Mais loin de fustiger la France, la Grèce ou l'Occident comme racistes ou colonialistes, elle les défendait en défendant l'héritage et sa transmission. Son engagement public fut donc résolument réactionnaire.
    Pendant une trentaine d'années, après avoir fait ses preuves sur le plan de la recherche savante, elle s'est consacrée à la vulgarisation de qualité et au combat pour la défense du grec ancien, et plus généralement des humanités. Avec des ouvrages comme L'Enseignement en détresse (1984), avec son association Sauvegarde des enseignements littéraires, elle chercha à convaincre le grand public de la valeur des langues anciennes, insistant sur la rigueur dans l'apprentissage, aussi nécessaire à la maitrise du grec ancien que de la langue française ou de toute autre.
    Le vibrant hommage rendu par les politiques de tous bords à Jacqueline de Romilly est donc d'une insupportable hypocrisie. Mme Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur, nous livre sa pensée dans une langue châtiée : « Son héritage, c'est de dire que la culture et la culture ancienne, l'étude des civilisations anciennes, le latin, le grec, sont au fondement de notre civilisation et qu'on ne construit pas notre avenir sans mémoire ».
    Ouf, on a échappé de peu au devoir de mémoire... Mais Mme Pécresse semble souffrir de trous de mémoire. Ne sait-elle pas que les étudiants des universités qu'elle prétend avoir fait rentrer dans le XXIe siècle, grâce à la prétendue autonomie, sont à ce point mauvais en orthographe, en grammaire et en syntaxe, qu'une vingtaine d'universités proposent officiellement depuis cette rentrée des cours de rattrapage en français ? (En réalité, cela se faisait depuis longtemps déjà, mais il ne fallait pas en parler). Ne sait-elle pas que l'autonomie budgétaire des universités les conduit à favoriser les filières « rentables » et à délaisser les départements dispensant un enseignement aussi « inutile » que le grec, le latin, les langues vivantes ou les lettres ?
    Une grande dame et de petits messieurs
    Ne sait-elle pas que le lycée light de son collègue du secondaire, Luc Chatel, est peu compatible avec la transmission de savoirs véritables ? Que le principal inspirateur de la réforme du lycée, Richard Descoings, a déclaré au Point, le 26 août dernier, qu'il valait mieux faire de l'aide au devoir pour des centaines d'élèves que du grec pour cinq? Que l'enseignement scolaire et rigoureux du latin et/ou du grec a été remplacé dans les programmes officiels par un vague enseignement d'exploration des « langues et cultures de l'Antiquité » ? Que beaucoup d'établissements n'ont même plus la possibilité de proposer cet enseignement ? Que tout dépend du « projet d'établissement » de chaque lycée ? Que tout est fait pour décourager les élèves (horaires dissuasifs, incompatibilités d'options), car le succès du latin, auprès des élèves et de leurs parents, gêne le politique ? Que bien des élèves intéressés par les langues anciennes sont contraints de recourir à l'enseignement payant du Centre national d'enseignement à distance (CNED)?
    Ne sait-elle pas que les économies de bout de chandelle sévissent aussi dans l'organisation des concours de recrutement des enseignants ? Que la réforme du CAPES, limitant, par mesure d'économie, les épreuves écrites au nombre de deux, menace l'existence même des lettres classiques, dans la mesure même où celles-ci nécessitent une compétence éprouvée non dans deux, mais dans trois disciplines (français, latin et grec) ? Que l'épreuve-reine de l'oral, le commentaire d'un passage d'Ovide ou de Thucydide, est purement et simplement supprimée? Que le jury du CAPES de lettres classiques a démissionné collectivement, le 14 juillet dernier, pour protester contre ce nouveau concours au rabais ?
    À vous de choisir : La Princesse de Clèves ou Nicolas Sarkozy
    Oui, dans la France de Nicolas Sarkozy, tout devient décidément possible, y compris organiser un concours de lettres classiques sans lettres classiques, où les étudiants doivent commenter un extrait de manuel ou une page des instructions officielles de l'Education nationale plutôt qu'un grand auteur de l'Antiquité. Peu importe, puisque les instructions officielles, justement, demandent maintenant aux professeurs de latin et grec d'explorer « les divers usages de l'Antiquité que l'on peut faire jusqu'à aujourd'hui » dans un esprit d'interdisciplinarité et d'interactivité, en favorisant le recours aux images et aux nouvelles technologies, dans des classes regroupant des secondes et des terminales, voire même des élèves latinistes avec des hellénistes.
    Bref, le gloubi-boulga ludico-éducatif a pris le pas sur l'étude rigoureuse de la langue, et la droite moderniste et utilitariste a démontré qu'elle a autant la haine de l'excellence et de la gratuité, incarnées par les humanités, que ne l'avait la gauche anti-élitiste et démago.
    Qu'en est-il en Grèce même, où Jacqueline de Romilly était fort connue ? Anna Diamandopolou, l'actuelle ministre grecque de l'Education et ancienne commissaire européenne, pourrait presque donner des leçons de langue de bois à Mme Pécresse. Elle n'a pas hésité à rendre hommage à Jacqueline de Romilly pour « ses efforts de promotion de la langue grecque », alors qu'elle-même est connue pour avoir proposé de faire de l'anglais la seconde langue officielle de son pays, toujours au nom de l'utilitarisme et de la compétition internationale.
    Jacqueline de Romilly aurait sans doute apprécié à sa juste valeur cette ironie. Son autobiographie doit sortir prochainement chez Bernard de Fallois. Gageons qu'elle y énoncera quelques vérités sur lesquelles les médias du système jetteront un voile pudique, préférant nous rappeler, comme le fit Sarkozy, l'amoureux de La Princesse de Clèves, qu'elle a « contribué à la libération de la femme par l'exemple qu'elle a donné de sa propre élévation ».
    Cathie Cardaillac Le Choc du Mois février 2011 via http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
    Jacqueline de Romilly, Jeanne (mémoires), éditions Bernard de Fallois.
    1) Entretien au Point, 25 janvier 2007, « Jacqueline de Romilly contre les barbares ».