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culture et histoire - Page 1897

  • Synthèse du mouvement révolutionnaire mondial

    Livernette.pngLe samedi 13 avril 2013 un dîner-débat fut organisé, à l’initiative de Thomas Joly, secrétaire général du Parti de la France, sur un sujet très occulté par les médiats officiels. Dans une ambiance bon-enfant les invités étaient conviés à joindre les plaisirs de la bouche à ceux de l’esprit. Johan Livernette, jeune de 28 ans, a entretenu les convives sur l’origine, les tenants et les aboutissants de la franc-maçonnerie, secte luciférienne, où il nous apprend que le mot “secret” est le principe premier.
    Même entre eux les francs-maçons se mentent, se cachent tout. A chaque stade de leur initiation, pour atteindre le sommet de la piramide de satan, les initiés du stade inférieur n’ont pas les connaissances des initiés du stade supérieur. Tout y est secret.

    Johan Livernette livre les desseins de ces loges diaboliques : anéantir à tout prix nos sociétés nationales et chrétiennes. Johan Livernette présente également dans un opuscule de 50 pages un excellent résumé de l’histoire de la franc-maçonnerie.

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  • Doctrines philosophiques et systèmes politiques

    doctrines-philosophiques-et-systemes-politiques.jpg« Si les idées sont justes et vraies, elles conduisent vers ce que tous les humains recherchent et désirent ardemment : le bonheur ; mais si, comme il est de plus en plus fréquent, elles sont trompeuses, elles causent le malheur. Ce constat irrécusable, Louis Jugnet nous en donne la preuve par toute son œuvre : c’est seulement sur une philosophie vraie que peut être établie une bonne politique. (.) On peut dire que, pour notre philosophe, il ne peut y avoir qu’une seule “doctrine philosophique” vraie et saine dans ses conséquences : c’est le réalisme qui reconnaît et expose méthodiquement ce que sont les choses réelles (matérielles et spirituelles) » (Extrait de la postface de Louis Millet).
    « Nous pensons que les lecteurs trouveront dans cet ouvrage, non seulement des connaissances, mais aussi, – comme le désirait Louis Jugnet -, une ouverture destinée à éveiller l’esprit, l’obligeant à développer les notions sommaires qu’il peut avoir de la philosophie politique, et, par un effort personnel de recherche, à mieux connaître les grands doctrinaires politiques dont la pensée a toujours un soubassement philosophique. Car, derrière tout système politique, il y a une philosophie fondamentale et, comme l’écrivait Paul Valéry : “Toute politique implique quelque idée de l’homme et de l’esprit, et une représentation du monde” » (Jean Faure, préface de la précédente édition).
    (Ce livre) « concis et clair est toujours très accessible, très facile à lire. On peut, on doit le mettre entre les mains des étudiants, mais aussi de ceux qui ne sont plus étudiants. Le désarroi et la confusion des esprits n’ont jamais été si grands qu’aujourd’hui. Le cours de Louis Jugnet peut contribuer à y remédier » (Extrait de la préface de Jean de Viguerie).

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  • Comment naissent les révolutions ? par Dominique Venner

    PARIS (via le site officiel de Dominique Venner) – C’est un sujet passionnant, très actuel et mal connu que la naissance des révolutions. Il avait été étudié par le sociologue Jules Monnerot (1908-1995) après les événements français de Mai 68 dans son livre Sociologie de la Révolution (Fayard, 1969). Travail précieux pour lequel son auteur a forgé une série de concepts applicables à toutes les situations.

     

    S’agissant d’une étude sociologique et non d’une histoire des idées, Monnerot use d’une seule appellation, sans ignorer bien entendu tout ce qui sépare et oppose les différentes révolutions du XXème siècle, bolchevisme, fascisme italien, national-socialisme allemand, révolution de 1944, ou celle de 1968. Il estime en effet que ces phénomènes de foule relèvent de la même analyse sociologique, tout en faisant une nette différence entre révolutions de type conservatrice et révolutions déconstructrices.

    Mais d’abord, Monnerot définit quelques concepts applicables à toute révolution. En premier lieu la « situation historique ». Elle est celle que l’on ne reverra jamais deux fois. C’est vrai pour 1789, 1917, 1922, 1933 ou 1968. Autre notion complémentaire : la « situation de détresse ». Elle se caractérise par des troubles non maîtrisés. La structure sociale se défait : les éléments ne sont plus à leur place.

    Quand une société est stable, on y distingue des éléments sociaux normaux (« homogènes ») et des marginaux (« hétérogènes »). Les éléments marginaux sont en marge parce qu’ils y sont maintenus par la pression des éléments « homogènes ». Lorsqu’un seuil critique de bouleversement est atteint, la partie homogène commence à se dissocier. On observe alors comme une contagion de chaos.

    Remarque intéressante qui s’applique aux révolutions conservatrices : « L’homogène, même en voie de dissociation, reste l’homogène ». Quand le bouleversement est radical, « du fond même de la société monte une demande de pouvoir ». Le fascisme, en 1922 ou 1933, fut par exemple une réponse à cette demande dans une société ayant un haut développement (industrie, sciences, culture). Dans une telle société, quand l’ordre s’est effondré, les éléments conservateurs (homogènes) deviennent provisoirement révolutionnaires par aspiration à l’ordre et demande de pouvoir.

    Comment aboutit-on à une « situation révolutionnaire » ? Réponse synthétique de Monnerot : par carence au sommet. Une crise de régime se caractérise par une « pluralité des conflits ». Tout échappe à l’autorité du pouvoir en place, le désordre devient endémique. La société entre en « effervescence ».

    L’effervescence n’est pas la révolution. Elle en est une phase, un moment, avec un début et une fin (un refroidissement) quand le milieu « n’est plus combustible ». Quand l’effervescence retombe, ce ne sont plus les mêmes qui sont aux commandes (Robespierre a été remplacé par Napoléon, Trotski par Staline, Balbo par Mussolini).

    Situation révolutionnaire et effervescence font intervenir les « masses ». Ce sont des coagulations momentanées, les troupes des révolutions. Pour diriger les masses, leur donner un système nerveux, les jacobins, puis Lénine (en beaucoup plus efficace) ont conçu l’instrument du parti.

    Ce que les léninistes appelaient « la radicalisation des masses », est une tendance à la politisation de catégories jusque-là conformistes et peu enclines à se passionner pour la chose publique (elles demandent surtout à l’État de faire son métier d’État). On entre alors dans une phase d’effervescence, « la société est parcourue en tous sens de réactions affectives intenses, comme les grains de limaille de fer par un courant magnétique ».

    Les situations de détresse font apparaître sur le devant de la scène des élites violentes : les « hétérogènes subversifs », des irréguliers et marginaux que les barrières habituelles n’arrêtent pas. Ils contribuent à donner au mouvement sa force de rupture.

    Dans une situation révolutionnaire, la carence et le besoin douloureux du pouvoir, peuvent jeter sur la voie de la révolution des éléments sociaux qui n’aspirent qu’à l’ordre. « Une heure vient où les Arditi, les jeunes lansquenets du Baltikum, les réprouvés qui le sont de moins en moins, n’apparaissent plus inquiétants, mais rassurants à la partie la plus homogène de la population. Ils semblent incarner à travers le malheur les valeurs de courage, de bravoure et de caractère sans quoi il n’est pas de grand pays… Même ceux qui ne sont pas leurs partisans pensent qu’il faut laisser faire l’expérience. » C’est un bon résumé des situations historiques d’exception. Mais, comme le précise Monnerot, la « situation historique » est celle que l’on ne revoit jamais deux fois.

    Dans la France de 2013, sommes-nous entrés dans une « situation historique » ? Pas encore, bien entendu. Mais des signes attestent que l’on peut se diriger vers une telle situation imprévue. Ira-t-elle jusqu’au bout de ses promesses ? Il est trop tôt pour se prononcer. Mais rien n’est impossible.

    Dominique Venner http://fr.novopress.info/

  • Le Chaos

    Le mot est grec à l'origine. Il signifie faille, béance. Le chaos précède l'origine du monde.
    « Au commencement fut le chaos... ». Il était une matière sans forme avant la création de la Terre.
    En politique, on l'associe au désordre. En mai 68, le général de Gaulle utilisait pour le mot chaos le terme chienlit. Kant dans sa vision de la morale définit le mal de façon universelle ainsi : « est mal ce qui crée le chaos si chacun agit de la même façon ».
    De nos jours, on ne peut plus utiliser ce terme sans faire référence à la théorie du chaos.
    •    La théorie du chaos
    Née dans les années 70, elle a été une nouvelle composante de la physique après la relativité et la mécanique quantique.
    À la fin du XIXème siècle, Poincaré avait déjà étudié ou plutôt abordé la question de la sensibilité aux conditions initiales avec son étude sur le problème à N corps (N> 3). Le problème à 3 corps consiste à l'étude du mouvement gravitationnel avec par exemple le système Soleil-Terre-Lune. Se pose alors la question de la stabilité. Un corps peut en percuter un autre ou une planète pourrait sortir du système solaire. On n'est plus dans la prévisibilité déterministe de Laplace. Le mouvement des planètes n'est plus réglé comme une horloge comme le laissait supposer la mécanique classique. On appelait Dieu le grand Horloger. Il fallait accepter l'idée d'indétermination. Trouver des lois de probabilités, c'est déjà mettre de l'ordre dans le désordre. Le chaos est sans lois de probabilités.
    On introduit dans cette théorie du chaos le temps caractéristique : temps au bout duquel les écarts sont multipliés par dix dus à des modifications initiales.
    Le mouvement des planètes de notre système suivant les calculs de Jacques Laskar est chaotique. La théorie du chaos enseigne aussi que la Terre sans la Lune pourrait même se trouver couchée sur sa trajectoire. Notre système est complet. Une autre planète le déstabiliserait.
    •    La météorologie
    La théorie du chaos avec comme application la météorologie a gagné en notoriété. Le nombre de facteurs intervenant est très grand. On relie toutes les variables par des équations connues et classiques comme les lois des gaz parfaits et les équations de Navier-Stokes (lois d'écoulement pour la mécanique des fluides). Edouard Lorenz a construit un modèle à douze variables. Il s'aperçut que les évolutions diffèrent avec des conditions initiales très proches. La météorologie est donc un système chaotique. Les conditions initiales variant parfois de façon infime donnent des évolutions très divergentes au bout d'un certain temps, ce qu'on a appelé plus communément l'effet papillon.
    •    L'attracteur de Lorenz
    C'est un système de trois variables soumises à trois équations différentielles. Le système est représenté par un point dans l'espace à trois dimensions. L'évolution du système en fonction des données initiales est déterminée par les équations de Lorenz.
    La trajectoire s'enroule autour de deux anses, l'une puis l'autre de façon aléatoire sans que l'on puisse prévoir laquelle des deux anses.
    Les trajectoires, quelles que soient les conditions initiales, vont vers une région limitée de l'espace.
    Il y a donc à la fois hasard et nécessité.
    •    Application de la théorie du chaos à un modèle de population
    On utilise la notion de suite pour ceux qui connaissent un peu les mathématiques.
    La population est donnée à un instant n en fonction de la population à l'instant n-1.
    Un = 4a Un-1 (1- Un-1)
    Pour des situations initiales très peu différentes, les évolutions divergent fortement. On a donc affaire à un système chaotique.
    Pour des valeurs de a différentes, les courbes sont aussi très différentes.
    La théorie du chaos, comme tout domaine de la physique, fait appel aux mathématiques. Elle s'est considérablement développée avec l'apparition des ordinateurs qui ont permis des simulations.
    Elle rassemble une somme de résultats mathématiques.
    En reprenant les modèles mathématiques de la physique établie, la théorie du chaos constate l'instabilité par rapport aux conditions initiales et l'existence d'attracteurs. On sort du pur déterminisme laplacien. Il y a de l'imprévisibilité. Ce déterminisme avait été appuyé par le théorème de Cauchy-Lipchitz qui énonçait une trajectoire bien établie une fois les conditions initiales données. Il existe de plus un temps T aux bornes de prévision. Au-delà de ce temps, on ne peut plus rien prévoir. Ce temps s'appelle temps caractéristique ou horizon de Lyapaunov. Cette théorie s'est développée grâce bien sûr à des modèles qu'on a pu faire tourner sur des ordinateurs de plus en plus puissants.
    Le Chaos en dehors de la théorie du chaos
    La théorie du chaos a imposé sa conception du chaos, mais nous allons voir chez Nietzsche une version du chaos hors de la physique.
    « Il faut encore avoir du chaos en soi pour pouvoir enfanter une étoile qui danse » (FN).
    Le chaos est propice à la création artistique. Le bouillonnement intérieur est la condition d'une gestation. C'est la genèse d'une œuvre. Le petit employé de bureau « bien ordonné » ne produira jamais rien.
    « Le préjugé foncier est de croire que l'ordre, la clarté, la méthode doivent tenir à l'être vrai des choses, alors qu'au contraire, le désordre, le chaos, l'imprévu n'apparaissent que dans un monde faux ou insuffisamment connu, bref, sont une erreur ; c'est là un préjugé moral, qui vient de ce que l'homme sincère, digne de confiance, est un homme d'ordre, de principes et a coutume d'être somme toute, un être prévisible et pédantesque. Mais il est tout à fait impossible de démonter que « l'en soi » des choses se comporte selon cette définition du fonctionnaire modèle ».
    Il est certain que parfois l'éducation des enfants est un étouffoir de l'imagination et de la créativité. Une réflexion souvent entendue de la part des parents et professeurs : « Il faut les cadrer ».
    Ce n'est que la mise en place de l'ordre qui stérilise. Trop d'interdits non seulement créent des névroses, mais empêchent toute création.
    Patrice GROS-SUAUDEAU

  • Cendrars, le forban littéraire

    Il y  a trois ou quatre ans, Miriam Cendrars publiait une «bio» de son père chez Balland. Une œuvre intéressante mais qui laissa un peu sur leur faim les admirateurs d'un aventurier littéraire qui s'appliqua - toute sa vie durant - à brouiller les pistes, mêlant le vrai au faux, le vécu au fantasme, la réalité à la fiction.
    Il faut avouer qu'avec sa tronche de boucanier, son bras amputé et ses appétances, Cendrars bouscule un peu la littérature - au moins la nôtre - plus accoutumée au style feutré des salons littéraires qu'aux coups de gueule des baroudeurs.
    Cendrars est né à Chaux-de-Fonds (Suisse) le 1er septembre 1887. Il s'appelle alors Frédéric Sauser. Son père a des activités commerciales qui bourlinguent la famille de Naples à Alexandrie, de Salonique à Brindisi, en passant par Paris et Bâle.
    En 1902, la famille Sauser se fixe plus ou moins à Neufchâtel. Le jeune Frédéric est inscrit à l'Ecole de Commerce. Mais il se fait plus remarquer par ses frasques (menées au rythme d'une moto qu'il conduit comme un fou) que par l'assiduité aux cours qu'il est supposé suivre.

    Le grand amour

    En 1904, il part pour la Russie. On lui a trouvé un vague emploi chez un joaillier-horloger de Saint-Petersbourg. Il y restera jusqu'en avril 1907. Participera-t-il à l'équipée sauvage du Transsibérien qui lui inspirera quelques-unes des plus belles pages de notre littérature ?  « Qu'importe, dira-t-il un jour, puisque je vous l'ai fait prendre à tous ce Transsibérien. »
    De retour en Suisse, il s'inscrit comme auditeur libre - à tous les sens du mot - à la faculté de philosophie de Berne. Il y remarquera surtout une superbe jeune fille polonaise : Fela Poznanka. Ce sera un amour à la Cendrars : fait de coups de cœur et de coups de tête, de passions et de dégoûts.
    En 1909, Cendrars écrit son premier texte: La légende de Novgorod. Tirage: quatorze exemplaires ... Un an plus tard, à Bruxelles où il séjourne (il y fait l'acteur dans un théâtre et le jongleur dans un music-hall), il fait une lecture décisive: Le Latin mystique de Rémy de Gourmont.
    À New York (où il est venu retrouver Fela), il signe pour la première fois un texte intitulé « Hic, Haec, Hoc » du nom de Blaise Cendrart. Le «Cendrart » avec un « T » ne deviendra Cendrars avec un «S» qu'un an plus tard, lors de la parution de Pâques à NewYork. Quant à l'origine de ce pseudonyme, Cendrars luimême nous la donne dans Une nuit dans la forêt : « Cendrars / Tout ce que j'aime et que j'étreins / En cendres aussitôt se transmue / ( ... ) / Et Blaise vient de braise. »

    Quand la Première Guerre mondiale éclate, Cendrars n'est plus un inconnu. Il a dirigé une revue, Les Hommes nouveaux (trois numéros), fréquenté Apollinaire, T'Serstevens, Max Jacob, Soutine, Modigliani. Il a surtout publié La prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France: « En ce temps-là j'étais en mon adolescence. »
    Le 3 août 1914 (la guerre a été déclarée le 2), Cendrars s'engage dans le 1er Régiment étranger de Paris. Avant de partir pour le front, il se marie avec sa compagne, Fela Poznanka. Nous sommes le 16 septembre.
    Le 28, alors qu'il participe à l'attaque de la ferme Navarin en Champagne, un obus lui arrache le bras droit. Il écrit dans La main coupéeUn bras humain tout ruisselant de sang, un bras droit sectionné au-dessus du coude et dont la main encore vivante fouissait le sol des doigts comme pour y prendre racine. » Le 27 novembre, il est cité à l'Ordre de l'Armée.
    Le 16 février 1916, Cendrars acquiert la nationalité française et, malgré son amputation, va mener sa vie avec autant de fougue que par devant. Il se lie avec Gustave Le Rouge et publie un recueil de poèmes : La Guerre au Luxembourg. Il se découvre une nouvelle passion : le cinématographe.
    Fin 1917, il a un petit rôle dans le J'accuse d'Abel Gance. Mais surtout, cette même année, il rencontre une jeune comédienne, Raymonde Duchâteau. Et lui, le baroudeur à la trogne et au corps couturés de dix cicatrices, lui, l'ancien légionnaire qui se croit revenu de tout, il va tomber amoureux. Un amour absolu. Qui durera jusqu'à sa mort.
    De son amputation, il n'en parle plus guère. Sinon pour s'en moquer. Barrès lui a offert un bras postiche et, pour faire plaisir à l'illustre écrivain, Cendrars le portera quelque temps. Il l'« oubliera » un jour dans la salle d'attente d'une gare ...
    L'année 1918 est une année de consécration pour Cendrars. Il se multiplie: écrivain (Le Panama ou l'aventure de mes sept oncles), éditeur, librettiste, scénariste, éditeur; il fait feu de tout bois. En 1923, il monte un ballet, La Création du monde (chorégraphie de Jean Borlin, décors de Fernand Léger, musique de Darius Milhaud) ; en 1924, il part pour le Brésil où il est fêté comme un roi. Cette même année, il écrit et publie L'Or, le livre qui contribuera à le faire connaître mondialement.

    Reportages

    De 1926 à 1929, il voyage en Amérique du Sud, bourlinguant sans répit au Brésil, en Argentine, au Paraguay. Mais il n'en oublie pas pour autant l'écriture.
    En 1934, avec Les gangsters de la Maffia, Cendrars entame une carrière de grand reporter. Pierre Lazareff, qui dirige alors Paris-Soir, l'engage et l'envoie sur des « coups » au Guatémala, au Mexique, au Honduras, et même en Californie, d'où il rapportera un passionnant Hollywood la Mecque du cinéma.
    En 36, il est de retour à Paris. En plein Front populaire. Cendrars, qui déteste les Rouges (et les « roses » : « Léon Blum est une catastrophe »), accepte de couvrir la guerre d'Espagne pour Gringoire. Pendant un mois et demi, il séjourne en Espagne, toujours aux avant-postes. Malheureusement, son style débridé ne convient pas à Horace de Carbuccia qui lui refuse les reportages commandés.
    En 1957, il est victime d'une hémorragie cérébrale qui lui ôte l'usage de son unique main. Contre toute attente - et à la stupéfaction des médecins - il lutte et gagne ce nouveau combat. La mort le trouvera, le 21 janvier 1961. Rue José-Maria de Hérédia, à Paris. Deux ans auparavant, en 1959, il avait réclamé d'être baptisé. Cette même année, il célébrait par un mariage religieux son union avec Raymonde. Pour la première fois, Cendrars cicatrisait son âme.
     Alain Sanders : National Hebdo octobre 1988

  • Hitler, Staline, même combat

    Boulevard Voltaire (www.bvoltaire.fr) - 07/03/2013

    Ils étaient quelques centaines, à Moscou, le 5 mars, pour honorer la mémoire de Joseph Staline, dont on fêtait ce jour-là le cinquantième anniversaire de la mort. Brandissant son portrait, et des drapeaux ornés de la faucille et du marteau, ils ont déposé des bouquets de fleurs devant son buste, entre la place Rouge et le mur du Kremlin.
     

         -          Ah tiens, dira l’innocent, un buste de Staline se dresse donc au centre de Moscou ? En 2013 ? Mais je croyais que la Russie n’était plus communiste ?

         -          Ignorez-vous, malheureux, que le maréchal Staline est l’homme qui, de 1941 à 1945, mena la Grande Guerre patriotique contre l’Allemagne ? A ce titre, le président Poutine n’a jamais cessé de lui témoigner de l’admiration. Il n’est pas le seul : d’après un sondage publié le 1er mars par la fondation  Carnegie, la moitié  de la population russe considère Staline comme le premier de ses héros nationaux.

         -          Cependant, poursuivra le contradicteur naïf, c’est bien Staline qui, secrétaire général du parti communiste d’Union soviétique, persécuta ses opposants, de 1922 à 1952, fit régner la terreur, envoya en prison ou au goulag des dizaines et des dizaines de millions de ses concitoyens ? C’est bien lui que les historiens estiment personnellement responsable de la mort d’environ 10 millions d’innocents, chiffre excluant les victimes de la guerre ?

         -          Ses méthodes furent parfois rudes, je vous le concède. Mais l’essentiel est là : il a vaincu Hitler.

         -          Cependant, ajoutera l’obstiné, Staline ne s’est-il pas allié avec Hitler en 1939 ? Les deux dictateurs ne se sont-ils pas entendus ensuite pour dépecer et martyriser la Pologne ? Et n’est-ce pas le peuple russe et non Staline qui s’est battu en première ligne contre les Allemands, par patriotisme, indépendamment du régime ? Certes, l’Armée rouge n’y est pas allée de main morte, en Allemagne, en 1945, mais la Wehrmacht avait fait une guerre tout aussi sauvage, en 1941, en envahissant la Russie et l’Ukraine,…

         -          Vous n’allez quand même pas mettre sur le même pied le communisme et le nazisme ?

         -          Ils sont différents, mais ils se ressemblent comme des jumeaux. Staline n’a sans doute pas exterminé les Juifs,  mais il n’a pas hésité à manier l’antisémitisme pour servir ses desseins criminels. Et il a massacré d’autres catégories de la population, jugées socialement irrécupérables. Tuer au nom de la classe ou tuer au nom de la race, c’est toujours tuer…

         -          Vos propos sont intolérables. Les gens comme vous n’ont pas droit à la parole.

    Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com

  • Le «brave» général Boulanger

    Cent ans après son suicide et la fin de l'aventure boulangiste, un nouveau livre vient de paraître sur celui que l'on surnomma «le général Revanche». Il manqua de prendre le pouvoir, grâce à son incroyable popularité et aux ramifications d'un mouvement qui recrutait tant à l'extrême droite conservatrice qu'à l'extrême gauche révolutionnaire. Renonçant à franchir le pas d'un coup d'Etat, Boulanger fut finalement vaincu par l'ultime sursaut d'une «Ripouxblique» dont les scandales avaient accru la combativité. Le récit de Jean Garrigues (1) évoque parfois des problèmes plus actuels qu'il n'y paraît.

    La formule est bien connue : « L'Histoire ne repasse pas les plats » et rien ne serait plus erroné ni même plus nocif que d'essayer de faire de la singulière aventure du général Boulanger la préfiguration d'autres échecs (le 6 février 1934) ou d'autres succès (le 13 mai 1958). On a comparé parfois - et l'auteur de ce livre ne s'en prive pas dans sa conclusion - Boulanger à La Rocque, à Pétain ou à de Gaulle. Ce n'est pas toujours faux. Mais ce n'est pas totalement vrai non plus.

    Encore faudrait-il connaître l'homme lui-même et ce livre est un assez bon guide du musée boulangiste. Physiquement, le militaire auquel il ressemble le plus, sur les caricatures du moins, est le général Massu, dont il avait sans nul doute et la bravoure militaire et le sens politique.

    On a peine en ces temps paisibles à imaginer la carrière d'un jeune saint-cyrien de 1855 (promotion Crimée-Sébastopol). Né le 29 avril 1837, à Bourg-lès-Comptes, au pays gallo, fils d'un avoué breton et d'une aristocrate écossaise, le sous-lieutenant Georges Boulanger va se battre avec un fantastique courage. On le verra à la tête de ses hommes en Kabylie, en Italie où il est très grièvement blessé d'une balle qui lui traverse la poitrine de part en part, en Cochinchine ou au Cambodge. Promu capitaine au feu, il est à nouveau blessé devant Paris, par les Prussiens en 1890, puis par les Communards en 1871.

    Il termine l'année terrible comme lieutenant-colonel. Ses notes sont éloquentes : « Caractère hautain, s'appréciant lui-même d'une façon légèrement exagérée. » En termes plus vifs, ce baroudeur est un ambitieux et même un arriviste. La vantardise et l'art du mensonge apparaissent vite comme ses armes favorites. Cet amateur de chevaux et de jolies femmes (au milieu de tant de passades, on lui connaîtra deux grandes passions : Tunis, son alezan noir, et sa maîtresse Marguerite de Bonnemains) va curieusement montrer autant de pusillanimité politique qu'il a fait preuve dans sa jeunesse de témérité guerrière.

    De plus en plus mégalomane, au fur et à mesure qu'il assure sa carrière par un savant mélange d'esbroufe et d'hypocrisie, il se montre à la fois zélé clérical chantant à tue-tête, lors d'un pèlerinage, « Sauvez, sauvez la France, au nom du Sacré-Cœur ! » et républicain avancé, patronné par Gambetta, ce qui ne l'empêche pas de faire sa cour au duc d'Aumale ! Faiseur et charmeur, il obtient ses étoiles en 1880, devenant à quarante-trois ans le plus jeune général de brigade de l'année française.

    On n'a sans doute pas prêté assez d'attention au voyage qu'il accomplit en Amérique, pour diriger la mission militaire française, lors des festivités commémorant le centième anniversaire de la bataille de Yorktown.

    Il rêve peut-être de devenir un «soldat politique», du style La Fayette. Outre-Atlantique, il découvre cette arme fantastique, inconnue encore en Europe, qu'est la publicité. Il lancera plus tard son mouvement comme Barnum son cirque ! Inculture et affairisme. ce continent a tout pour lui plaire, puisqu'il permet de fulgurantes réussites à qui a le sens de l'opportunité, peu de scrupules et un indéfectible optimisme allié à la certitude d'avoir toujours raison. L'innovation de Boulanger dans la vie politique française, ce sera peut-être d'y avoir tenté une carrière à l'américaine, d'autant qu'il a retrouvé aux States un camarade de Saint-Cyr, converti dans les affaires : le « comte» Dillon, qui va devenir un des hommes clés du boulangisme et son grand argentier.

    Directeur de l'infanterie au ministère de la Guerre, Boulanger passe pour un «général républicain» de style radical. Clemenceau, son ancien condisciple au lycée de Nantes, ne jure que par lui. Il en reviendra.

    En attendant, après un passage comme général de division commandant les troupes françaises en Tunisie, durant lequel il se fait surtout remarquer pour ses mauvais rapports avec le Résident, il est nommé, au début de l'année 1886, ministre de la Guerre.

    Ce poste est pour lui un marchepied, ce qui ne l'empêche pas d'être un bon ministre, obsédé qu'il est par l'idée de revanche.

    On ne comprend rien à Boulanger si on ne le replace pas dans le cadre du délire anti-allemand de son époque. Par ses foucades et ses discours, il incarne le coq gaulois contre l'aigle teuton. Son patriotisme belliqueux et revanchard coïncide parfaitement avec le climat, plus chauvin que social, qui constitue alors l'armature même de la République. Parlementaires radicaux ou «opportunistes» savent que le paravent tricolore permet de camoufler bien des intrigues sordides et bien des affaires juteuses, tout en obtenant la neutralité provisoire des conservateurs et des cléricaux. Pour tous ces bourgeois, l'essentiel est d'asseoir le régime des «bleus», tout en évitant le retour des «blancs» ou la revanche des «rouges».

    UN CÉSAR D'OPÉRETTE

    Quel meilleur éteignoir qu'un képi ? Boulanger sert à merveille les ambitions d'un régime qui ne tient pas à voir ni l'élite ni le peuple se mêler de trop près à des combines dont la plus ignoble sera le trafic des décorations par le propre gendre du président de la République !

    Seulement, en intronisant un militaire ambitieux à un poste en vue, le gouvernement joue à l'apprenti-sorcier.

    Arrive la revue du 14 juillet 1886. C'est là où tout commence. En une journée Boulanger devient brusquement ultra-populaire, échappant à toutes les tentatives de classification politique. Avant qu'on ne parle de lui comme d'un César, on découvre brutalement, dans ce général de belle prestance, ce que Jean Garrigues nomme très justement « la première star de la vie politique française ». Le retour de Longchamp, c'est-à-dire finalement un non-événement, peut se comparer à la venue de Pétain à Notre-Dame en 1944 ou au discours de De Gaulle à la Bastille une quinzaine d'années plus tard.

    Ce qu'Adolf Hitler connaîtra à Nuremberg après la prise du pouvoir de 1933, Boulanger le connaît avant ! Car tout est là : il n'est pas au pouvoir. Il n'est encore que le pion d'une des innombrables combinaisons ministérielles de la IIIe République.

    SANS DOCTRINE ET SANS SCRUPULES

    Comment prendre le pouvoir ? Telle est la question qui va dominer ces cinq années, dont la courbe fiévreuse, malgré quelques sommets, va aller de la popularité à la solitude, de la griserie à l'échec, du rêve au néant.

    Premier point, capital. Boulanger, qui prétend tout décider par lui-même et mener son mouvement comme une armée, n'a ni doctrine, ni méthode, ni clairvoyance, ni même volonté. Que lui reste-t-il alors ? Du charme et de la chance, et aussi une absence totale de scrupules qui permet parfois les plus brillantes manœuvres mais conduit souvent aux plus sombres déroutes, où tout est perdu, et l'honneur avec.

    S'il n'a pas d'idées - il est seulement «révisionniste», ce qui veut dire désireux de réviser la Constitution le général a des amis (dont le temps montrera la lassitude et l'infidélité). Sensible à la flatterie, il confie les rouages du mouvement à qui l'encense ou pire encore, à qui le rétribue. Car toute cette aventure coûtera beaucoup d'argent.

    Boulanger sera très vite prisonnier des médiocres (les fidèles) et des gredins (les bailleurs de fonds). Cela n'empêche pas une réussite initiale : rassembler des gens que tout séparait.

    Cela va du politicard-type Alfred Naquet, sénateur et israélite, à Marie-Clémentine de Rochechouart-Mortemart, duchesse d'Uzès, chouanne richissime et chasseresse. Les deux piliers de l'entreprise boulangiste ne sont certes pas des hommes dépourvus de qualités : l'ex-marquis Henri de Rochefort-Luçay, aristocrate et communard (sur lequel il faut absolument lire le beau livre d'Eric Vatré, paru aux éditions Lattès) et Paul Déroulède, animateur des cent mille volontaires de la redoutable Ligue des Patriotes, dont l'Histoire a fait un pantin, alors qu'il fut un cœur pur et sans doute la meilleure tête politique du boulangisme. Déroulède et Rochefort symbolisent à eux deux la rencontre «nationale» et «socialiste» d'un mouvement que rejoindront, tôt ou tard, entre beaucoup d'autres, l'ancien général de la Commune Emile Eudes et le jeune écrivain nationaliste Maurice Barrès, l'antisémite catholique Drumont et la future communiste Séverine, le marquis de Morès et l'aubergiste Marie Quinton, la Belle meunière.

    Tous sont unis par la haine des mêmes ennemis : les parlementaires républicains, qu'ils soient radicaux ou opportunistes, et qui ont depuis quelques années multiplié les faiblesses, les scandales et les trafics. On parle alors de «république des escrocs» comme on dira, sous Stavisky, la république des voleurs et aujourd'hui la «ripouxblique» ...

    Voulant à la fois ne pas mécontenter les républicains durs et purs et les partisans de la monarchie, les banquiers juifs et les ouvriers rouges, les cléricaux et les libres penseurs, les bonapartistes et les blanquistes, Boulanger - as du flou artistique - se garde bien de mettre sur pied un grand parti structuré; il se contente d'accumuler les «coups électoraux», d'abord triomphaux puis catastrophiques.

    On l'a, à tort, présenté comme une sorte de «pré-fasciste», en invoquant sa faculté de rassembler la droite et la gauche (et surtout l'extrême droite et l'extrême gauche). Mais il n'en a jamais opéré la fusion. Nul d'entre ses partisans ne s'est rallié à une synthèse «nationale-socialiste» mais chacun est resté au contraire prisonnier de ses origines, tout en imaginant que le général partageait ses idées.

    L'ÉTERNEL RETOUR DE L'HOMME PROVIDENTIEL

    Finalement, il n'y a pas plus de «boulangisme» que de «pétainisme» ou de «gaullisme». Peu d'idées, mais le ralliement à un homme providentiel. Qu'il fût coiffé d'un képi et qu'il traînât un sabre favorisa manifestement les choses, surtout dans les milieux les plus populaires qui sont aussi à l'époque les plus tricolores.

    L'habileté de Boulanger a été de faire croire aux républicains qu'il allait épurer la république et aux royalistes qu'il allait ramener le roi, se présentant aux orléanistes comme une sorte de Franco avant la lettre.

    Au début de juillet 1887, Boulanger n'est plus ministre et le gouvernement le met au vert à Clermont-Ferrand. Une manifestation monstre à la gare de Lyon marque son départ (on croirait Soustelle quittant Alger !). De son exil provincial, le général de division complote. Ce jacobin notoire n'hésite pas à rencontrer secrètement les chefs royalistes et bonapartistes. Il en obtient des promesses et des subsides qui, après sa mise en non-activité avec demi-solde, suivie d'une mise à la retraite officielle, lui permettront de se faire élire triomphalement député du Nord.

    Désormais, il se croit tout permis en cette année 1888, où il conjugue les voix des ouvriers patriotes et des paysans conservateurs, obéissant aux consignes du comte de Paris ou du prince Napoléon.

    1889 s'ouvre par son triomphe à Paris, encore plus boulangiste que la province (sauf dans les beaux quartiers). Seulement la république parlementaire, avec l'aide de la toute nouvelle Ligue des Droits de l'homme et des loges maçonniques, va savoir se défendre par tous les moyens y compris les moyens légaux, sous l'impulsion de Jules Ferry qui était peut-être une crapule mais pas un imbécile.

    Une des premières manœuvres consiste à modifier la loi électorale quand on s'aperçoit qu'elle peut être favorable à Boulanger! La recette fera école.

    On imagine mal l'ampleur de la lutte. Dillon lance une campagne à l'américaine. Fayard imprime à plus de trois millions de livraisons l'Histoire patriotique du général Boulanger. Le journal La Cocarde tire à quatre cent mille exemplaires. On diffuse cent mille de ses bustes en plâtre et des camelots écoulent photographies et images d'Epinal à la gloire de ce candidat que célèbrent les chansonniers. Toute une bimbeloterie fait recette et ses partisans portent même des bretelles boulangistes : «Plus de dos rond», dit la publicité.

    Cette agitation fabrique un héros, mais ne peut longtemps cacher la médiocrité d'un homme. Quand le coup d'Etat est possible, le 27 janvier 1889, il se dérobe et se contente de passer la nuit chez sa maîtresse, qui va désormais totalement obérer sa carrière politique, d'autant qu'elle est gravement malade, phtisique au dernier degré. Le général à l'œillet rouge est amoureux fou de la dame aux camélias ...

    Le gouvernement comprend vite qu'il a devant lui un irrésolu, si confiant par ailleurs en sa bonne étoile qu'il croit parvenir à la magistrature suprême par les seules élections.

    Tandis que le général s'enfuit à Bruxelles, pour éviter la Haute Cour, le pouvoir prononce la dissolution de la Ligue des patriotes, véritable section d'assaut du comité républicain national, puisque telle est l'étiquette du mouvement boulangiste.

    LA DÉROUTE

    Condamné par contumace à la déportation à vie dans une enceinte fortifiée pour atteinte à la sûreté de l'Etat, trahi par les notables conservateurs après avoir déçu les travailleurs révolutionnaires, isolé et secoué à son tour par ce que la presse révèle des coulisses de son mouvement, Boulanger connaît, à l'automne 1889, une véritable déroute électorale dans un pays dont le cœur ne bat plus pour le beau général. Réfugié à Jersey avec sa maîtresse moribonde, il n'est désormais qu'un proscrit sans aucun avenir politique.

    Les élections municipales de Paris, qui fut naguère son plus solide bastion, se soldent par une catastrophe. Au printemps 1890, le boulangisme est fini.

    Voici tout juste cent ans, en 1891, Marguerite de Bonnemains meurt à Bruxelles, le 16 juillet. Son amant, le 20 septembre, se suicide d'un coup de pistolet sur sa tombe. Celui qui l'a naguère mis en selle, Georges Clemenceau, prononce la plus cinglante des épitaphes :

    « Ci-gît le général Boulanger, qui vécut comme il mourut : en sous-lieutenant. »

    Face aux scandales et aux compromissions, il avait incarné, encore plus que la Revanche, ce que l'on pourrait appeler la «Restauration nationale», c'est-à-dire la réconciliation, sous le manteau du patriotisme, des valeurs traditionnelles et des espoirs révolutionnaires.

    En refusant un facile coup d'Etat, il a non seulement ruiné toutes les espérances de ses partisans mais, en même temps, il a entraîné dans sa chute ses alliés monarchistes et communards. Son échec n'a fait que consolider la république bourgeoise, qui devait s'épanouir cent ans plus tard dans le consensus parlementaire unissant aujourd'hui socialistes et libéraux.

    Les héritiers des vaincus de 1891 se doivent de connaître cette triste aventure. Finalement, ce qui a le plus manqué à l'infortuné général, c'est le courage politique, qui est plus rare que la bravoure guerrière; c'est aussi une doctrine solide, un coup d'œil rapide et une ténacité sans faille. Ambitieux mais limité à sa seule personne, il n'a pas été « celui qui sacrifie tout de lui-même à quelque chose de plus grand que lui-même ».

    (1) Jean Garrigues : Le général Boulanger, 380 p., Olivier Orban.

    • Jean Mabire le Choc du Mois • Juin 1991