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culture et histoire - Page 1938

  • Vers l'immortalité ?

    Quand ont été découverts les chromosomes, les jeunes généticiens disaient leur angoisse devant les perspectives ouvertes par cette nouvelle science. Et le professeur Lejeune s'en alla en pleurant quand il reçut le Prix Kennedy en 1962 aux États-Unis ; un professeur lui avait expliqué que sa découverte allait pouvoir détecter in utero la trisomie et éliminer les porteurs de cette maladie par l'avortement qui allait être légalisé. Or depuis cette époque, les choses se sont accélérées et iront encore plus vite. Le schéma des devoirs de la médecine du futur était ainsi déterminé. Après les anomalies chromosomiques, furent découvertes les anomalies génétiques, puis les anomalies de l'ADN. Celles-ci vont avoir leurs conséquences. Elles sont imprévisibles mais en même temps terrifiantes.

    Quand la compassion justifie l'injustifiable
    La société est devenue utilitariste. Et au nom de la compassion, toujours invoquée par les médias, l'euthanasie prônée à cette époque par Attali comme règle de la société a permis des affaires Humbert ou Sébire. Mais déjà 2 % de la population belge se fait euthanasier et les corps servent de réservoir d'organes (26 % des greffés du cœur). Nul doute que jouant sur l'émotion, ces catégories s'étendront et s'étendent déjà à tous ceux qui sont fatigués de vivre, puis aux vieillards considérés comme inutiles. En Grande-Bretagne, les nouveau-nés handicapés ne sont pas réanimés ou éliminés à la naissance. Un professeur propose même de ne plus réanimer les enfants à la naissance, alors que pour nous obstétriciens, c'est un geste quasi quotidien. Et en France depuis la loi Veil ces enfants sont tués in utero par le diagnostic prénatal. Ce tri des humains s'étend aux anomalies génétiques détectées par le diagnostic préimplantatoire, une sélection eugénique de même type. Et nous avons vu dans un article précédent qu'en analysant l'ADN, ce qui est désormais facile, il est possible d'éliminer les maladies y compris sur de simples probabilités. En Angleterre par l'observation de l'ADN, sont évincés des embryons sur de simples possibilités de risque de cancer du sein. Nous nous acheminons ainsi vers une humanité normalisée bien objectivée par le mythe de « l'enfant parfait » qui tend à devenir réalité. Dans 20 ans des médecins seront traînés devant les tribunaux pour avoir laissé venir au monde des enfants qui simplement seront laids ; comme on les traîne actuellement pour n'avoir pas diagnostiqué une anomalie fœtale.

    L'homme machine
    Conjointement la médecine par la micro-informatique fait des progrès stupéfiants. Des micro-ordinateurs sont implantés dans le cerveau pour les troubles de la cochlée ; ce qui permet de rendre l'audition. De tels dispositifs appelés implants sont greffés chez les cardiaques ou les malades atteints d'Alzheimer. Des reins artificiels sont été implantés sous la peau et réglés par ordinateurs. Un cœur artificiel a été nus au point. La dépression nerveuse peut être aussi guérie par ces implants.
    Si bien qu'en pratique on ne sait plus bien ce qui à terme sera ou ne sera pas bon pour l'Humanité. Or les politiques au lieu de donner des limites se mettent à la remorque des médias. Et un groupe de scientifiques (avec Peschanski), lors des dernières discussions sur le renouvellement des lois de bioéthique, demandait que la recherche soit définitivement libérée ; reléguant ainsi l'humanité au rang de cobaye et laissant le champ libre aux savants fous aux apprentis sorciers. Il s'en est fallu de peu que cette revendication satisfaite. De quoi sera fait le lendemain d'une humanité normalisée au nom d'un progrès irréversible ? Il faut pourtant aller plus loin encore. Le clonage humain qui a été réalisé par Wood en Californie, finira par être autorisé par l'ONU : une possibilité de se survivre à soi-même.
    Conjointement, Venter, après avoir créé une nouvelle espèce de bactéries appelée Synthia, progressera dans l'élaboration d'organismes de plus en plus complexes ; y compris humains comme il l'a déclaré lui-même.

    Le monde des robots
    L'idée des transhumanistes est qu'il doit être possible de télécharger l'encéphale dans un super-ordinateur puis dans un autre corps humain. Ceci permettrait à cet organe de se survivre à lui-même. Il serait alors possible de l'améliorer comme il se fait des avions par exemple. Ainsi serait atteinte une forme d'immortalité. Le monde serait alors dirigé par des cyborgs d'une intelligence croissante devenant progressivement artificielle et à laquelle serait ajoutée de la « mémoire vive » comme à un ordinateur. Des robots de plus en plus sophistiqués seront mis bien sûr à la disposition des humains pour leurs besoins quotidiens et même améliorer leur bien-être. Conjointement les hommes deviendront des robots pensants, issus de la technologie grâce à ces implants brain, ces implante dans le cerveau. Ils deviendront des êtres intelligents artificiels.

    Vers le surhomme
    Mais il est évident que cette super-technologie en raison de son coût faramineux ne pourra profiter à tout le monde. Tôt ou tard, elle sera réservée à quelques happy fews, quelques heureux élus. Les États seront obligés de se désengager de ces dépenses colossales. Il est évident que remplacer partie ou totalité d'un cerveau par un ordinateur ne sera réservé qu'à une infime minorité ; comme il en est ainsi par exemple des vols dans l'espace. On voit d'ailleurs que les personnages comme les Rockefeller ou Bill Gates dont l'argent a servi à pervertir le monde, jouissent de fortunes colossales dont ils n'ont nullement besoin présentement. Et leur sauf-conduit est la prétention qu'ils ont d'améliorer le monde. En réalité pour eux compte seulement d'accroître leurs propres pouvoirs et plus précisément celui de longévité. À ce jour, Rockefeller peut se faire greffer le cœur artificiel qui vient d'être mis au point. Ce simple matériel sans les frais opératoires et hospitaliers coûte 100 000 euros. Et la production actuelle en est infiniment lente. Une injection intraoculaire de Lucentis, un produit contre la dégénérescence maculaire, coûte 1 000 euros et la guérison n'est que partielle. Or cette maladie progresse avec une incroyable vitesse avec l'allongement de la durée de vie. Le coût du traitement du sida est absolument astronomique. Il en est de même de celui de certains médicaments anticancéreux.

    Une sélection par l'argent
    Ainsi ceux qui auront les fonds nécessaires et les relations pour se faire greffer dans l'encéphale des microordinateurs seront les « décideurs », car capables de joindre leur intelligence à la technicité des microprocesseurs. Ces futurs immortels auront un pouvoir colossal sur les autres.
    Cette super-humanité serait amenée à être les « contrôleurs » du reste d'une population périssable appelée elle à avoir une durée de vie normale ou volontairement limitée. La société des Ubermenschen et des Untermenschen, des surhommes et des sous-hommes de Nietzsche, celle dont le nazisme voulait voir l'avènement. L'oligarchie régnante sur la planète a toujours su s'approprier des facultés nouvelles aux dépens du reste de la population. C'est probablement ainsi que se dessinera la post-humanité qu'appellent de leurs vœux les transhumanistes. Ce mouvement argue de cette évolution pour permettre à l'humanité de se survivre à elle-même au cas où le cerveau des hommes serait victime de « l'effet papillon » et que brutalement l'humanité perdrait l'intelligence.
    Nick Boström qui dirige l'Institut pour le futur de l'humanité de l'Université d'Oxford, va plus loin encore. Il pense que l'esprit des hommes sera simulé et stocké sur des ordinateurs ; et que progressivement l'homme biologique serait amené à disparaître.

    L'extinction de l'Humanité
    Tous ces scénarios de science-fiction se réalisent progressivement. Et les choses iront plus vite que nous le pensons. Il n'est pas question de jeter la tunique de Nessus sur tout cela. Un homme que je pensais intelligent m'a déclaré naguère qu'il ne croyait pas que l'ADN existait. Faut-il le laisser à ses illusions ?
    Il faut cependant conclure en faisant quelques remarques. La première est que la création d'espèces nouvelles comme le fait Venter risque de libérer un organisme non contrôlé par l'homme ; celui-ci pourra bien éradiquer l'espèce humaine. C'est ce qu'a déclaré ETC group, organisme international créé en 1930 par Eléonore Roosevelt (nièce de Théodore, président des États-Unis). Cet organisme surveille la biosphère. Il compare la synthèse de Synthia par Venter à l'ouverture d'une boîte de Pandore. Dans un ouvrage intitulé Bio-massacre, il dénonce la biologie synthétique menaçant la biodiversité et les modes de subsistance. À chaque apparition d'un microbe mutant se pose d'ailleurs cette même question. C'est l'histoire du chikungunya, de la grippe H1N1 ou d'Escherichia coli qui ont fait trembler le monde. Telle est de même la position de Nick Boström qui pense que l'Humanité a une chance sur deux de disparaître au travers de la création d'un organisme non maîtrisé.
    Par ailleurs, en greffant une multitude d'implants cérébraux, l'homme restera toujours inquiet face à son destin. Il lui restera toujours à définir le sens de la vie. Et à cet égard, tôt ou tard l'humanité devra s'interroger sur ses fins dernières. Et à cela seule la religion peut répondre. Il y a présentement un regain d'intérêt pour la philosophie ; ceci débordera obligatoirement vers la métaphysique. Voilà qui est porteur d'espoir.
    La dernière remarque est celle du croyant. Il y a un proverbe italien qui dit que c'est le diable qui fait bouillir la casserole, mais Dieu qui en tient le manche. Tant de tsunami que l'explosion de la centrale nucléaire au Japon devraient faire réfléchir les hommes. Or nous vivons dans notre pays sur la véritable bombe que sont nos 54 centrales nucléaires. De quoi détruire toute l'Europe et contaminer toute la planète, ramenant notre terre à l'ère de la préhistoire. Rappelons-nous un de ces négros spirituals qui sont de véritables prières. He has all the world in his hands. Il a le monde entier dans ses mains. Dieu n'a pas créé le monde pour l'abandonner. Là est notre espoir et notre confiance. La seule immortalité qui puisse exister est celle proposée par Jésus dans ses enseignements. Il suffit d'attendre et de prier.
    Dr Jean-Pierre Dickès Présent du 27 juillet 2011

  • Voyage au cœur de l'influence

    Polémologue tout-terrain, sociologue avisé des médias, spécialiste reconnu de la guerre de l'information, François-Bernard Huyghe analyse toutes les stratégies d'influence et de manipulation des esprits. Au premier chef celles que mettent en oeuvre les lobbyistes - ces stratèges de la guerre économique. Passage en revue des forces en présence.
    Le Choc du mois : Deux ou trois mots d'abord sur l'étymologie du mot. D'où vient cette expression de lobbying ?
    François-Bernard Huyghe : Le mot vient du vestibule en anglais, donc l'antichambre du pouvoir, puisque c'est dans les couloirs que les représentants des intérêts particuliers rencontraient, entre deux séances législatives, les élus de la Chambre des communes en Angleterre et de la Chambre des représentants aux Etats-Unis. Depuis, le mot est utilisé par métonymie pour désigner ceux qui s'agitent « dans les couloirs du pouvoir ». Voilà pour l'étymologie, mais dans les faits, les lobbies sont des groupes d'intérêts - moraux, civiques, ethniques, régionaux ou surtout marchands - qui tentent de peser sur la décision publique plus qu'ils ne le feraient par leur seul bulletin de vote, en tant que détenteurs d'une fraction de souveraineté. Ces groupes se reconnaissent des intérêts communs et se fixent des objectifs précis. Certains ne peuvent être atteints qu'en infléchissant la décision publique.
    Pourquoi a-t-on un problème en France avec le lobbying ?
    Il y a d'abord un problème avec le mot. Outre qu'il s'agit d'un anglicisme, il suscite des réticences. Quelqu'un qui parle du lobby homosexuel, israélien, franc-maçon ou arménien chez nous, est tout de suite soupçonné d'être homophobe, antisémite, obsédé du complot et vendu aux intérêts de génocidaires révisionnistes. Il y a même de fortes chances pour qu'il se retrouve devant les tribunaux, alors qu'un Américain pourra volontiers avouer faire partie du lobby gay ou juif, comme d'une chose tout à fait honorable. Mais on n'a pas seulement un problème avec le mot, on en a un aussi avec la chose et son principe.
    C'est-à-dire ?
    Nous sommes au pays de la loi Le Chapelier, promulguée en 1791, et qui, sous couleur de proscrire les coalitions, le compagnonnage et toutes les associations censées faire obstacle à la liberté de métier, a été de fait une arme contre les syndicats. On craignait qu'ils soient une résurgence d'Ancien Régime. Il faudra attendre 1884 et la loi Waldeck-Rousseau pour qu'ils soient autorisés, le fait de se constituer en corps pour agir sur la décision publique étant présumé suspect. Dans la tradition républicaine française, la loi doit résulter uniquement de la recherche d'un Bien Commun, transcendant les intérêts particuliers et traduisant la Volonté Générale.
    À l'inverse, selon la conception anglo-saxonne, si la loi est bonne, elle doit refléter un rapport de force et permettre aux divers intérêts particuliers de s'équilibrer. En France, suivant le concept hérité de Rousseau, le citoyen est censé n'être habité que par la Raison, et non pas mû par la recherche de profits personnels ou entravé par les « brigues » des groupes d'intérêt. Ou pire des « groupes de pression », terme qui évoque des manœuvres occultes empêchant le législateur ou l'administrateur de décider en fonction des seuls critères du bien commun. Cela n'a pas empêché les scandales de corruption de proliférer sous les Républiques successives.
    C'est une conception un peu vertueuse, pour ne pas dire hypocrite...
    Nous avons bien la chose, si nous n'avons pas le mot. Suivant le principe du service public, tout est affaire d'autorité déléguée de l'élection à la loi et de la loi à l'acte administratif. Mais la réalité nous montre une profusion de réseaux, d'amicales, d'associations d'anciens ceci ou de futurs cela, de corporatismes, de regroupements plus ou moins formels. Les gens qui ont à peu près la même culture, les mêmes revenus, les mêmes origines sociales, se retrouvent et se rendent des petits services. La fiction d'une démocratie vouée à l'intérêt général est de plus en plus difficile à soutenir. Un mouvement général pousse à la prolifération du lobbying.
    La différence entre la France et les États-Unis, c'est aussi la volonté de transparence...
    Aux Etats-Unis, le lobbying est admis au nom de deux amendements de la Constitution sur le droit d'association et sur la liberté d'expression. Il est soumis à deux conditions : la transparence financière et une déclaration explicite. Le lobbyiste doit clairement s'identifier comme tel et nommer son client. Le lobbying Act a réglementé la profession en 1946. Il a récemment été renforcé à la suite du scandale Abramoff, puissant lobbyiste, proche du Parti républicain, accusé d'escroquerie et de corruption de responsables politiques.
    Mais la transparence n'est pas seulement assurée par cette obligation de déclaration. Il existe des associations ou ONG qui surveillent les lobbyistes suivant le principe du « chien de garde » (watchdog) et qui ont fort à faire. Des centres d'information américains comme Sourcewatch ou Prwatch suivent au jour le jour les activités des professionnels du lobbying, leurs campagnes et leurs succès. Une transparence dont nous sommes loin de bénéficier en Europe. Ils ont épingle, lors de la dernière campagne présidentielle, le conseiller pour les affaires étrangères de John McCain, Randy Scheunemann, un ancien lobbyiste, qui avait été payé - cher, très cher - par la Géorgie.
    Mais on y vient aujourd'hui à cette transparence. La preuve, tous ces lobbyistes qui s'affichent en tant que tels...
    Je connais beaucoup de gens qui font du lobbying, mais je n'en connais guère qui emploient le mot. La plupart préféreront se présenter comme conseils en relations ou communication publique, juristes...
    Où en est-on des projets de réglementation du lobbying en France ?
    Notre tradition répugne à l'idée d'un mandat impératif du législateur : les élus ne devraient pas se trouver obligés à l'égard d'intérêts privés, locaux ou professionnels. Un député du Cotentin ou des Bouches-du-Rhône est censé n'être pas le député de sa circonscription, mais de la Nation entière. C'est du rêve.
    Mais il y a néanmoins depuis peu une volonté d'inscrire le lobbying dans la loi. Cela fait suite à la publication du Livre bleu, que l'on doit à l'un des députés de la Commission des affaires étrangères, Jean-Paul Charié et qui veut « favoriser le lobbying au lieu de le craindre ». Nous pourrions nous diriger vers un système d'accréditation, qui donnerait un statut officiel aux lobbyistes en France et un accès réglementé auprès des législateurs.
    Le pouvoir politique semble aujourd'hui voué à une certaine impuissance. D'où cette profusion d'intermédiaires qui viennent se glisser entre lui et le peuple...
    Un des facteurs les plus évidents de la montée en puissance du lobbying est la prolifération des pouvoirs infra et supranationaux. Là où il y a régionalisation, décentralisation, mais aussi réglementation internationale, le lobbying est en meilleure position que face à un Etat jacobin. Ne serait-ce que parce qu'il trouve une pluralité d'interlocuteurs, voire de pouvoirs, à jouer les uns contre les autres. Par ailleurs, de la réglementation ou de l'autorisation locale jusqu'aux grandes négociations internationales, en passant par l'échelon de la loi, des conditions douanières et fiscales, des normes techniques, etc., les lobbyistes trouvent de nouveaux terrains d'action. Plus la chaîne des conséquences est longue (entendez : plus des actes ont des conséquences économiques, écologiques, sociales ou autres, sur des points éloignés, comme c'est le cas avec la mondialisation), plus il y a de leviers pour le lobbying.
    Mais l'effacement du politique...
    Le lobbying profite de l'affaiblissement général du politique et des grands schémas idéologiques, comme il bénéficie de la conversion des pouvoirs établis au culte de la gouvernance et de la société civile. La technicité des problèmes - environnementaux par exemple - joue dans le même sens : batailles de chiffres et anticipations supposent conflit entre expertises et interprétations. Plus l'information dont dépend la décision est complexe et abondante, plus les groupes d'intérêts peuvent les sélectionner dans un sens favorable à leurs thèses. La liste des tendances qui expliquent leclosion du lobbying pourrait se prolonger longtemps. Elle devrait aussi comprendre un facteur « sociologique » : le recrutement des cabinets de lobbyistes se fait beaucoup chez les anciens quelque chose, anciens des cabinets ministériels, des organisations internationales, des grandes agences... Il ne s'agit pas seulement d'une question de carnet d'adresses - encore que cet atout ne soit certainement pas négligeable : les élites bureaucratiques familiarisées avec les règles des administrations, leur fonctionnement mental et leurs compétences, sont tentées de rentabiliser ce capital culturel.
    On est loin de la vision du lobbyiste, à laquelle on est habitué, en manipulateur de l'ombre ou en corrupteur. Je pense à ce petit chef-d'œuvre hollywoodien, Thank you for smoking, qui donne une vision peut-être caricaturale du lobbyiste, mais franchement hilarante...
    Oui et non. Dans ce film, on retrouve toutes les techniques du lobbying. Le personnage, un lobbyiste pro-tabac, est d'abord un baratineur hors pair. Son slogan, c'est : « Jordan jouait au basket, Charles Manson tuait, moi, je parle. » Et son surnom : « Spin sultan », équivalent à peu près à « roi de la manip ». Quant à sa philosophie, il l'a tiré de la fameuse phrase de Barnum : « Chaque minute, une femme met au monde un nouveau pigeon. » Il dîne tous les mois avec ses deux collègues, chargés respectivement de l'alcool et des armes à feu : c'est le MDM (le club des marchands de mort), où ils comparent joyeusement leurs performances en termes de décès. Il y a du vrai dans tout cela, du moins pas tant dans la caricature que dans le cynisme affiché des personnages.
    Mais aujourd'hui, le lobbying n'est plus un simple art de bien plaider une cause, si indéfendable qu'elle soit. Ni celui de s'adresser à un interlocuteur unique, le parlementaire. Ses pratiquants ont bien compris que, dans une société où tout finit en « débat de société » et où tout est soumis au pouvoir de l'opinion, il faut compter avec d'autres forces. Notamment les associations de consommateurs, les ONG, ce qu'il est convenu d'appeler « les représentants de la société civile », sans compter les médias, les groupes militants... Il ne s'agit donc pas seulement d'éloquence ou de mauvaise foi, mais aussi de réseaux, d'alliances, de stratégie indirecte.
    Et pas toujours de la corruption ?
    Il y a aux Etats-Unis une solide tradition de corruption des élus, tempérée par la volonté affichée de transparence. On disait autrefois en argot américain que le lobbying, c'était « bread, booze and blondes » (du fric, de l'alcool et des blondes).
    Comment procède le lobbyiste, techniquement parlant ?
    La gestion de l'information est devenue de plus en plus technique. Cela n'allège pas le poids du relationnel, mais le lobbyiste doit fournir un travail de recherche, autant sur les éléments du débat que sur les lieux du pouvoir. Le lobbyiste mène une double tâche, d'expertise et de production de l'agenda (art de mettre un sujet sur le tapis ou de lui faire donner la priorité). La familiarité avec les structures et procédures, l'identification du bon interlocuteur, constituent des atouts majeurs On parle maintenant d'« outsourcing ». Le lobbyiste amène l'information jusqu'au législateur.
    Un attaché parlementaire, au fond...
    Il arrive parfois que le législateur, surtout à l'échelon européen, les sollicite pour qu'ils participent aux projets de lois ou de règlements. Les représentants élus préfèrent souvent connaître l'opinion des lobbyistes, qui font remonter l'information jusqu'aux élus. Naturellement, c'est une information
    orientée. Les lobbyistes interviennent dans le cadre de la « consultation des parties prenantes ». C'est de la « coopération ». On cherche à orienter le législateur en lui présentant les conséquences éventuelles de sa future décision, en lui apportant des « points de vue » qui ressemblent à des propositions concrètes.
    La principale activité du lobbying ne s'exerce-t-elle pas aujourd'hui dans le champ législatif et administratif ?
    Il est évident que plus la norme est internationalisée et technique, plus elle devient abstraite et pointue. Or, on sait que le diable se cache dans les détails. Les commissions et les bureaux de Bruxelles ne peuvent pas consulter à tous les coups les 600 et plus députés européens, du reste pas nécessairement compétents. Si les élus européens sont très loin des électeurs, les fonctionnaires le sont encore plus. Que va bien pouvoir comprendre un fonctionnaire danois chargé de traiter en anglais et en français une question qui touche les producteurs de tomates siciliens ? Pas grand-chose. Il sera forcément sensible à l'aide de lobbyistes qui présentent des options claires et excellent dans les stratégies de synthèse orientée. Selon un chiffre souvent cité, les quatre cinquièmes des directives européennes sont issus des cabinets de lobbying. Lors de la discussion sur la loi sur la modernisation de l'économie, en juin 2008, des députés français se sont indignés que les lobbyistes leur envoient des projets d'amendement tout faits qu'ils n'avaient plus qu'à recopier. À Bruxelles, cette pratique n'aurait surpris personne.
    L'autre grande pratique des lobbyistes à Bruxelles, c'est l'infiltration...
    Disons l'art de placer des experts amis parmi les « experts nationaux détachés », les END. Les lobbyistes trouvent parfois des alliés précieux dans les ONG. Elles peuvent être utilisées « en contre » pour faire valoir par exemple que le projet concurrent - faire venir de la viande d'un pays de l'Est -est cruel pour les animaux ou que les importations du rival risquent de provoquer une déforestation dont souffrira la population locale. Les lobbyistes sont aujourd'hui en situation d'autant plus favorable que la consultation est intégrée aux procédures du Parlement et de la Commission. On estime à quinze mille le nombre de lobbyistes à Bruxelles.
    Ajoutez à cela quelque trois mille groupes d'intérêts et plus de cinq cents fédérations.
    C'est le paradis du lobbying...
    Un fromage sur un nuage. Ça y ressemble !
    Propos recueillis par François Bousquet LECHOCDUMOIS septembre 2009
    À lire : François-Bernard Huyghe, Maîtres du faire croire. De la propagande à l'influence, Vuibert, 2008
    À consulter : http://www.huyghe.fr

  • C’est l’espoir, et non l’indignation, qui change le monde

    Le caractère inoffensif de l’indignation pour le système en place explique le concert de louanges, plus ou moins hypocrites qui a marqué la disparition de Stéphane Hessel. 

    Qu’on se comprenne bien. Le vieil homme indigné était admirable. Il avait notamment eu le courage de dénoncer certains agissements condamnables d’Israël, ce qui lui avait valu des accusations fort injustes. C’est le mot d’ordre de son intervention dans l’espace public, avec l’incroyable succès de sa brochure Indignez-vous!, qui est ici en cause.

    L’indignation, colère sans lendemain

    L’indignation, nous rappelle Le Robert, est un «sentiment de colère que soulève une action contre laquelle réagit la conscience morale ou le sentiment de la justice». Sentiments, colère, morale : le registre n’est assurément pas celui de l’action, de la réflexion et de la politique.

     

    Dans son best-seller, Hessel demandait aux générations montantes de repérer les «choses insupportables» qui défigurent le monde actuel : «Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver.»

    Est-ce bien là le problème? Les raisons de s’indigner sont à la fois pléthoriques et transparentes. Creusement des inégalités sociales, menaces et catastrophes écologiques, arrogance et cynisme des élites ou encore dégâts de l’individualisme forcené : point n’est besoin de chercher longtemps des motifs de colère et de révolte.

    Le succès du vieil humaniste vient de ce qu’il a réussi à ramasser en un court message des sentiments fort répandus. Mais si chacun s’indigne facilement, l’engagement suppose d’entrevoir une solution aux problèmes posés.

    La référence à la Résistance, dont usait fréquemment Hessel, est ici inopérante. Le risque de l’action était alors majeur mais l’objectif très clair : en finir avec l’occupant.

    L’affaire est assurément autrement plus complexe dans un univers mondialisé soumis à la loi du capitalisme financier. On aura remarqué, au passage, qu’il ne suffit pas d’éliminer Nicolas Sarkozy pour sauver le pays.

    Dans un texte cruel mais non dénué de fondement, l’intellectuel centriste Jean-Louis Bourlanges s’était risqué à démonter la «misère de l’indignation»:

    «L’indignation, c’est ce qui reste du rêve quand on a tout oublié, et de la révolution quand on a perdu les soviets, l’Armée rouge et le Parti fer de lance de la classe ouvrière, c’est un extrémisme qui n’a pas les moyens.»

    Force est de constater que les mouvements qui s’en sont inspirés ont échoué à changer réellement le cours des choses. En Espagne, les centaines de milliers d’«Indignés» qui se sont mobilisés en 2011 n’ont pas empêché la poursuite des politiques d’austérité, moyennant le retour de la droite au pouvoir.

    Discrédit de la réforme et de la révolution

    La faiblesse politique du message porté par Hessel l’a logiquement conduit à des prises de positions très fluctuantes. L’ancien résistant fut candidat sur les listes écologistes aux élections régionales de 2010. En décembre de la même année, il vante néanmoins les qualités d’«homme de gauche» de Dominique Strauss-Kahn tout en manifestant sa préférence pour une candidature présidentielle de Martine Aubry. En mai 2011, Hessel assure pourtant Nicolas Hulot qu’il le soutiendra «quoi qu’il arrive maintenant». Et il finira par se prononcer en faveur de François Hollande…

    A la surprise de ceux qui projetaient sur lui leurs fantasmes de radicalité, Hessel se définissait lui-même comme un social-démocrate. Il n’avait sans doute pas pris la mesure de l’effondrement de cette référence idéologique. La social-démocratie n’a plus grand sens dans un contexte de mondialisation qui rend obsolètes les compromis sociaux naguère forgés dans un cadre national.

    La difficulté à définir la réponse politique qui prolongerait l’indignation tient précisément au discrédit des deux grandes idéologies de gauche, la réforme et la révolution. Cette dernière a été mortellement touchée par le drame du communisme réel. Le schéma d’un changement brutal et violent évoque désormais trop le spectre du totalitarisme.

    Mais le réformisme n’est guère en meilleur état. L’impuissance des partis qui s’en réclament est de plus en plus avérée en ces temps de crise. La «réforme» est devenue, pour les peuples, synonyme de nouveaux sacrifices et de reculs sociaux. Loin de porter l’espérance, elle est désormais autant chargée de négativité que la révolution.

    Nouvelles révolutions

    Or, c’est bien la perspective concrète d’un monde meilleur qui pousse à l’action collective. La chute des dictatures arabes a légitimement pu apparaître comme garante d’un vrai changement, raison pour laquelle l’indignation populaire a débouché, en ces cas, sur une issue révolutionnaire.

    Rien de tel dans nos démocraties occidentales mâtinées de ploutocratie. L’absence d’un cadre politique alternatif crédible condamne l’indignation à n’accoucher, au mieux, que de sporadiques révoltes.

    Les révolutions, rappelait le journaliste Jean-François Kahn, ne se préparent pas en ce sens qu’elles sont généralement déclenchées involontairement par des provocations de la part des puissants. Dans ces réactions populaires à la goutte d’eau qui fait déborder le vase, l’indignation est un puissant facteur de mise en branle.

    Mais les révolutions qui réussissent sont celles qui sont adossées à un projet politique et intellectuel préalablement défini. La prise de la Bastille n’aurait pas accouché de la Révolution française sans les Lumières. La prise du palais d’Hiver n’aurait pas débouché sur la Révolution d’octobre sans le dessein communiste.

    En l’absence d’un quelconque cadre théorique, les indignations contemporaines peuvent provoquer bien des soubresauts et révoltes, mais pas de vraies révolutions. Les changements profonds portés par l’espérance d’une vie meilleure se situe aujourd’hui, dans nos sociétés, à un niveau infra-politique.

    Animée d’une conscience écologique, aspirant à une meilleure qualité des liens sociaux, une minorité agissante expérimente sans bruit d’autres manières de vivre. Le réseau Colibris des amis du philosophe Pierre Rabhi tente de fédérer ce type d’initiatives en France, mais de très nombreux pays sont concernés par ces «révolutions tranquilles».

    Hessel lui-même avait invité ses lecteurs à s’engager dans des actions concrètes qui permettent de passer du stade de l’indignation à celui de la réalisation. Ce message a toutefois eu nettement moins d’écho que son cri de colère.

    Reste à savoir si ces expérimentations positives atteindront la masse critique où elles seraient capables d’entraîner un véritable changement politique. Mais ceci est une autre histoire.

    Slate  http://fortune.fdesouche.com

  • Le Mont Saint-Michel, une épopée spirituelle

    Le Figaro Magazine - 11/06/2011
    La beauté du site, la richesse de son histoire et la vie religieuse qui s'y maintient se conjuguent pour faire du Mont-Saint-Michel un lieu sans équivalent.
     
    C'est une des plus petites communes de France par la superficie et le nombre d'habitants : une quarantaine de personnes sont domiciliées au Mont-Saint-Michel. Chaque année, elles doivent pourtant accueillir plus de 3 millions de visiteurs. Franchi en 2005, ce seuil vaut au célèbre rocher d'être classé comme le deuxième site touristique du pays.

    « On ne s'habitue pas au Mont-Saint-Michel, s'exclame Patrice de Plunkett. Cet endroit stupéfie depuis mille ans. C'est le seul cas de surprise inusable. » Journaliste (cofondateur du Figaro Magazine, dont il fut le directeur de la rédaction dans les années 1990), blogueur et écrivain (on lui doit une dizaine de livres), l'auteur raconte l'histoire du Mont dans la collection « Le Roman de... », que dirige Vladimir Fédorovski. Un moine du XIIe siècle ayant déjà écrit Le Romanz del Munt Saint-Michel, Plunkett a mis son titre au pluriel *.

    Voici donc huit romans du Mont-Saint-Michel : la terre et la mer, l'archange, les pèlerins, les moines, les chevaliers, les prisonniers, les romanciers et les foules d'aujourd'hui ont chacun le leur. Nourri d'anecdotes, l'ensemble se lit d'un trait et permet de comprendre ce qui attire ici : la beauté du site, la richesse de son patrimoine, la spiritualité qui s'y attache. De quelque côté qu'on l'aborde, le Mont-Saint-Michel représente un choc visuel : l'immensité de la baie, le flux de la marée, les irisations de la grève, la silhouette de l'abbaye se détachant sur la masse de granit. Spectacle dont nul ne se lasse, et auquel le cycle des saisons ajoute sa touche : les amateurs de lumière préfèrent le printemps, les rêveurs ont une dilection pour l'hiver.

    L'ensablement de la baie est un phénomène naturel, mais il a été amplifié, à partir du XIXe siècle, par la poldérisation d'importantes parcelles et par l'édification de la digue qui a permis d'accéder au Mont à pied sec. Pour maintenir l'originalité du site, différents projets ont été élaborés entre 1975 et 1995. La solution finalement choisie consiste à faire jouer au nouveau barrage mis en service en 2009 sur le Couesnon un effet de chasse d'eau : la retenue, constituée à marée montante et lâchée à marée descendante, devra s'écouler par des chenaux entourant le Mont de part et d'autre. Le parking devant être supprimé afin de rétablir la circulation de l'eau, des navettes spéciales transporteront les visiteurs. Menacé dans son écosystème, le Mont millénaire est ainsi devenu l'objet d'une passion contemporaine : le respect de l'environnement.

    En été, on compte jusqu'à 20 000 visiteurs par jour. Les deux tiers se contentent d'arpenter l'unique ruelle du Mont. Rien de nouveau sous le soleil, rappelle Patrice de Plunkett : en 1318, treize pèlerins meurent étouffés par la foule. En 1527, le secrétaire du cardinal d'Aragon constate que les Montois vivent de leurs boutiques de souvenirs : coquilles, statuettes de saint Michel, bijoux bon marché, jouets d'enfants. Les promeneurs qui, aujourd'hui, se plaignent des tarifs des crêpes ou des glaces devraient savoir qu'en 1402, l'abbé du Mont-Saint-Michel sévissait contre un cabaretier de Genêts, à l'ouest de la baie, parce qu'il avait forcé sur les prix...

    C'est en 709 que l'évêque d'Avranches, Aubert, fonde sur le rocher un sanctuaire dédié à saint Michel. Les pèlerinages s'y succèdent. En 966, les bénédictins prennent possession de l'endroit. En 1203, lorsqu'un incendie détruit l'abbatiale, il est décidé de rebâtir tous les bâtiments monastiques, mais la configuration des lieux interdit de les disposer autour du cloître, selon le schéma classique. C'est donc sur trois niveaux que s'élèvera la Merveille, prouesse technique et chef-d'œuvre artistique. Saint Louis, Philippe III, Philippe le Bel et Charles VI font pèlerinage au « Mont-Saint-Michel au péril de la mer ». Pendant la guerre de Cent Ans, les défenseurs du Mont restent fidèles au roi de France. Au XVIIe siècle, les mauristes tentent d'enrayer la décadence monastique, mais ils sont bannis par la Révolution. Transformé en prison, le Mont nourrit la légende romantique. Dans des pages plaisantes, Plunkett évoque les rivalités entre détenus républicains et légitimistes sous la monarchie de Juillet, tous faisant front commun contre l'incendie de 1834. Napoléon III ferme la prison en 1863, et le Mont est classé monument historique. De Paul Féval à Maupassant, il inspire les écrivains. Les touristes arrivent, des hôtels et des restaurants s'ouvrent, et Anne Poulard met au point la recette d'une célèbre omelette.

    En 1966, pour le millénaire de l'arrivée des bénédictins, des moines reviennent, encouragés par Malraux. En 2001, le relais est pris par les Fraternités monastiques de Jérusalem, communauté habituée à vivre à proximité des foules modernes. Dans l'abbatiale, les passants déposent des intentions de prière - pour un malade ou un disparu - qui ne diffèrent guère de celles de leurs prédécesseurs médiévaux. Le pèlerinage au Mont-Saint-Michel est devenu tendance : les chemins sont rénovés et balisés, et des passeurs professionnels font traverser la baie à des milliers de marcheurs. Comme à Saint- Jacques de Compostelle, ces pèlerins ne sont pas forcément chrétiens, mais tous sont en quête de quelque chose qui les dépasse. Les Japonais - le bus de Rennes en débarque tous les jours - sont fascinés par le Mont. En 2005, un couple de Tokyoïtes, bouddhistes et ne connaissant ni le christianisme ni le français, était saisi par la grâce et, quatre ans plus tard, se faisait baptiser.

    Le Mont, « ce granit spirituel », écrit Patrice de Plunkett, « fait contrepoids à notre société : il témoigne d'une autre vision de l'existence ». Au pied de l'archange, même s'ils ne le savent pas, les badauds sont aussi des pèlerins.
    Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com
    *Les Romans du Mont Saint-Michel, de Patrice de Plunkett, Editions du Rocher.

  • LA RAGE ET L'ORGUEIL D'ORIANA FALLACI

    Une fois de plus, certains ont voulu décider ce que les Français avaient le droit de lire ou de ne pas lire. En attendant la décision de la justice, on peut toujours acheter ce livre qui est le cri d'une Italienne, d'une femme (pas forcément féministe).
    Lorsqu'on arrive à la fin, on ne trouve dans le fond que ce que dit le Front national depuis des années, avec même plus de véhémence de la part de la journaliste. Comme Oriana Fallaci est de gauche, antifasciste, cela passe mieux, enfin presque.
    Ce livre rappelle à sa façon le choc des civilisations ! de Samuel Huntington mais ici les choses sont dites de façon instinctive, passionnelle alors que le livre de l'Américain était l'œuvre d'un professeur, d'un universitaire. Le livre « La rage et l'orgueil » traite du choc Islam-Occident. En tant que correspondant de guerre, elle a vu les fils d'Allah au travail. « Je les ai vus détruire les églises, je les ai vus brûler les crucifix, je les ai vus souiller les statues de la Vierge, je les ai vus pisser sur les autels, transformer les autels en chiottes, je les ai vus à Beyrouth ... » Si elle reconnaît être athée, elle est culturellement très catholique. Lorsqu'elle va dans un temple, elle trouve cela bien froid. Son rapport avec l'argent est aussi très catholique Elle ne renie en rien l'héritage chrétien sur le plan intellectuel et esthétique. « La musique des cloches me plaît tellement. Elle me caresse le cœur ».
    « D'ailleurs, soyons honnêtes les cathédrales que le catholicisme nous a laissées sont belles. A mon avis, plus belles que les mosquées et les synagogues. Elles sont belles aussi les petites églises de campagne. Plus belles que les temples protestants .. »
    Si Oriana Fallaci adore son pays l'Italie et même toute la culture occidentale, elle n'aime pas l'islam, ce qui pour certains n'est pas correct. Elle le dit, elle l'écrit, elle le crie. En tant que femme, elle ressent de toutes ses tripes que cette religion n'apporte rien de bon pour les femmes et même pour les Occidentaux.
    Pour elle, les musulmans qui vivent en Italie ne sont que des envahisseurs. Chaque construction d'une mosquée dans son pays fait saigner son cœur. L'adjectif « raciste-raciste » pour qualifier ce qu'elle pense ne la terrorise pas. Cela est dit parfois en des termes un peu crus mais ce n'est quand même pas « Bagatelles pour un massacre » de Louis-Ferdinand Céline. Ce livre a déjà été vendu à plus d'un million d'exemplaires en Italie et commence déjà à bien se vendre en France. Pour Oriana Fallaci, ceux qui bêlent dans le politiquement correct sont des « sans couilles ». En tout cas, elle en a. Elle le dit d'ailleurs. L'italienne a de la personnalité, du caractère, certains diront même de la mégalomanie. Elle a même un humour grinçant sur elle-même lorsqu'elle rapporte que certains disent qu'il est facile d'avoir du courage lorsqu'on a déjà un pied dans la tombe. Selon la journaliste, les musulmans jaloux de l'Occident et de ses réussites ne cherchent qu'à s'étendre et s'imposer en Europe et ailleurs.
    « Vous ne comprenez pas, vous ne voulez pas comprendre, qu'une Croisade à l'envers est en marche. Une guerre de religion qu'ils appellent Djihad, guerre Sainte. Vous ne comprenez pas, vous ne voulez pas comprendre que l'Occident est pour eux un monde à conquérir. A châtier, soumettre à l'Islam ».
    Elle enrage que nos hommes politiques, des eunuques selon elle, se couchent devant n'importe quel immigré ou sans-papiers par commodité ou lâcheté.
    À propos, cela fait penser au maire vert de Saumur qui, six mois après les attentats de New-York, organise une exposition sur l'Islam-religion-de-paix-et-d'amour. Ceci avait quelque chose d'indécent et d'obscène En conclusion, nous dirons que si certains refusent la mise en garde de l'Italienne, les événements lui donneront néanmoins raison.
    par Patrice GROS-SUAUDEAU (2002)

  • Robert Ménard à la Traboule (Lyon) (+intégralité de la conférence en vidéo)

    Addendum vidéo : Robert Ménard s’explique notamment sur la polémique ayant suivi l’annonce de sa conférence à la Traboule et sur son départ de RTL à cause de sa phrase sur Marine Le Pen.

    « Sur un certain nombre de points, je suis d’accord avec Marine Le Pen. »

    Totalité de la conférence de Robert Ménard sur Lyonlemelhor.com

     

    MàJ 25/02/13 : Interview de Robert Ménard sur LyonCapitale.fr

    Lyoncapitale.fr : Vous êtes invité à la Traboule, local des Jeunes Identitaires lyonnais. Pourquoi ce choix ? Quel sens faut-il donner à votre présence dans ce local d’extrême droite ?

    Robert Ménard : Je vais là où je suis invité. Quand je me rends dans une loge maçonnique, personne ne le relève. Même chose pour la Fête de l’Humanité : aucun journaliste pour me demander ce que je fais là. Il y a quelques années, j’ai été invité à un rassemblement de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) et j’y suis allé. Peu m’importe les idées de ceux qui me reçoivent. Ce qui compte, c’est ma liberté de parole. (…)

    LyonCapitale.fr

    http://www.fdesouche.com/

  • « Profession cinéaste, politiquement incorrect » de jacques dupont

    Jacques Dupont, mémoire d'un Français, livre présenté par G. Gambier

    Qui connaît aujourd’hui Jacques Dupont ? Plus grand monde, sans doute. Il fut pourtant l’un des meilleurs cinéastes de sa génération, promis à un brillant avenir. Sorti major de la première promotion de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC, aujourd’hui Fémis), il choisit les documentaires pour l’aventure. Ses premiers courts-métrages, réalisés dans des conditions particulièrement difficiles (Au pays des pygmées, 1946, et Pirogues sur l’Ogooué, 1947), sont unanimement salués. Suivront La Grande Case (1949), L’Enfant au fennec (1954) ou encore Coureurs de brousse (1955). Cette même année sort Crèvecœur, filmé aux côtés des soldats français combattant en Corée (1950-1953) et nommé pour l’Oscar du meilleur film documentaire en 1956 : le Parti communiste lance ses militants à l’assaut des rares cinémas qui osent le programmer. Après La Passe du Diable (1958), tourné en Afghanistan avec Joseph Kessel, Pierre Schoendoerffer et Raoul Coutard, Jacques Dupont réalise son premier grand film de fiction : Les Distractions (1960). A moins de 40 ans, il dirige Jean-Paul Belmondo, Claude Brasseur, Alexandra Stewart et Mireille d'Arc... G.G

    Lors d’une rediffusion sur Canal Plus, dans les années 1980, Télérama se fend d’une critique étonnamment élogieuse : « Crèvecœur, film sur le rôle du bataillon français dans la guerre de Corée, avait valu à Jacques Dupont la réputation d’un cinéaste “de droite ”. Lorsqu’il tourna Les Distractions au début de la Nouvelle Vague, la plupart des critiques se montrèrent tièdes ou hostiles. Le cinéaste fut accablé sous le poids de la comparaison avec Godard (A bout de souffle) à cause de Belmondo. Tout cela fut très injuste et il faut carrément, aujourd’hui, découvrir ce film. Bien construit, bien mis en scène, bien interprété, il représente, à la fois, une certaine façon de vivre dangereusement, d’être arriviste ou cynique, et une très belle relation d’amitié dans laquelle se transforment les personnages, même s’il n’y a pas de fin heureuse. Le désarroi d’une époque y est inscrit. »

    Du cinéma à la télévision, en passant par la case… prison !

    L’époque est de braise… Comme l’écrit Philippe d’Hugues dans sa préface : « C’est le moment que choisit Jacques Dupont pour s’engager à fond dans une cause perdue, lui, les siens, famille et amis. Bientôt, l’étiquette aux trois lettres infamantes : OAS, leur collera sur le dos pour longtemps, si longtemps que Jacques Dupont ne pourra plus jamais faire de longs métrages. En effet, à son nom, toutes les portes se ferment, tous les projets sont refusés. » Il faut dire que les Dupont paient leur « activisme » – comme l’on disait à l’époque – au prix fort. Arrêté dans l’affaire du « complot de Paris », censé relayer en métropole le putsch des généraux à Alger, Jacques Dupont est innocenté par le tribunal mais le pouvoir le considère suffisamment dangereux pour le condamner à plusieurs mois d’internement administratif au camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, dans le Gard.  Sa fille aînée Claudine devient à 17 ans « la plus jeune détenue pour l’Algérie française », à la prison de la Petite-Roquette, à Paris. Le virus politique ne la quittera plus puisque, ancienne élue régionale FN puis MNR en Bretagne, Claudine Dupont-Tingaud préside aujourd’hui encore l’association RéAGIR (pour « Résister et agir »), à Quimper. Enfin, le fils de Jacques Dupont, Jean-Jacques, aura le temps de faire sauter quelques pains de plastic avant d’être appréhendé par le commissaire Jacques Delarue : il ne sera libéré de la prison de Saint-Martin-de-Ré qu’en 1966, à l’âge de 22 ans. Tout reste à re-construire.

    « Non seulement dans l’aventure la France a perdu l’Algérie, mais aussi nombre de ses meilleurs serviteurs, militaires et civils. Elle a perdu notamment un futur grand cinéaste et c’est bien dommage », commente sobrement Philippe d’Hugues. Jacques Dupont trouve salut et refuge à la télévision, où il réalisera plusieurs des Grandes Batailles du passé en compagnie de Daniel Costelle et Henri de Turenne dans les années 1970, ainsi que de nombreux films des séries sur les Grands Fleuves, les Grands Pèlerinages et les Grandes Villes du monde. Il renoue ainsi avec sa passion pour l’histoire et pour les voyages lointains – au détriment parfois de ses responsabilités familiales immédiates. En 1981, l’arrivée de la gauche au pouvoir lui inspire une retraite forcée, qu’il met à profit pour entreprendre une monumentale histoire des guerres carlistes. Elle ne sera jamais achevée : en 1986, avec l’alternance, la télévision publique se rappelle à son bon souvenir. A l’occasion de la célébration du couronnement d’Hugues Capet (987), il réalise Les grandes chroniques du millénaire, vaste fresque de l’histoire de France diffusée sur FR3. S’enchaînent ensuite, avec l’appui d’Alain Griotteray, un téléfilm sur Honoré d’Estienne d’Orves, le premier fusillé de la France Libre (1990), puis un autre sur L’Abbé Stock, le passeur d’âmes (1991), et enfin Les Vendéens (1993), en hommage aux combattants de la « Grande armée catholique et royale », qui bénéficie du concours et de la complicité de Philippe de Villiers au Puy-du-Fou.

    Idées politiques : une « nostalgie française » ?

    Les personnages illustres fourmillent dans ces mémoires, où se croisent sans cesse grande et petite histoire, anecdotes, récits épiques et considérations politiques. A cet égard, Jacques Dupont reconnaît être atteint du « virus » du patriotisme. Le 11 novembre 1940, il fait partie des quelques lycéens et étudiants qui défient les autorités d’occupation allemandes en se regroupant à l’Arc de Triomphe pour honorer le soldat inconnu. Arrêté, il est conduit à la prison de la Santé – ce qui lui vaudra d’être considéré comme récidiviste 20 ans plus tard ! Rapidement libéré, il tente de rejoindre Londres, gagne Marseille (où il croise la philosophe Simone Weil) mais est une nouvelle fois arrêté, après avoir traversé les Pyrénées, par la garde civile espagnole. Il ne réussira finalement à s’engager qu’à l’occasion des combats de la Libération, dans la Première Armée du général de Lattre, avec laquelle il finira la guerre en Allemagne.

    Tous ces événements, et bien d’autres encore, sont l’occasion de commentaires politiques, mais l’ouvrage est dénué de toute analyse ou mise en perspective proprement politique. Jacques Dupont est au sens propre un réactionnaire : il réagit, avec son cœur et ses tripes, aux événements. A l’aune de l’histoire, il a le goût des causes perdues : les Guerres de Vendée et la royauté, la guerre de Sécession ou celle des Boers, l’empire colonial français, les peuples autochtones authentiques qui se battent pour leur survie (à l’instar de son ami Jean Raspail)… Il est en cela assez symptomatique d’une certaine droite, que René Rémond aurait qualifiée de « légitimiste », davantage tentée, même inconsciemment, par le confort intellectuel de ses défaites passées que par l’audace – mais aussi les transgressions – qu’exige toute  victoire.

    Jacques Dupont est donc un révolté, dont la forte capacité d’indignation est cependant mâtinée d’ironie, voire d’autodérision, ce qui évite qu’elle ne verse dans les pénibles sermons, mi-larmoyants, mi-inquisiteurs, caractéristiques de l’intelligentsia de gauche. Au contraire, tout à la fois artiste – puisque « metteur en scène » – et viscéralement français, il a cette légèreté d’esprit et de ton qui correspond bien à une partie de sa génération, celle des Hussards, dont il sera évidemment un proche : des hérauts d’un anticonformisme rafraîchissant qui manquent dramatiquement à notre époque.

    Dupont, un modèle anthropologique

    A l’origine, ces mémoires devaient s’intituler Dupont, fils Dupont et La Grande Aventure de nos vies. Sur trois générations : celle de son père Georges, combattant de la Grande Guerre, la sienne, confrontée à la Seconde, et celle de son fils, Jean-Jacques, engagé dans les combats pour l’Algérie française. C’est-à-dire l’histoire d’une famille française et, en creux, de la France elle-même au cours de ce terrible Siècle de 1914 (Dominique Venner).

    La publication de Profession cinéaste… permettra à un large public de revivre cette histoire, à la fois si proche et si lointaine, de l’immédiat Avant-Guerre aux lendemains de la chute du Mur de Berlin. Elle permettra aussi de redécouvrir voire, pour les plus jeunes, de mieux comprendre ce qu’est un Français. « Pourquoi la France ? » avait titré la revue Eléments il y a quelques années. Cet ouvrage semble y répondre, à sa manière, simplement : « Parce qu’il y a des Français ! » Un modèle anthropologique singulier à l’échelle de l’histoire, un peuple qui a fini par se fabriquer un pays à sa juste mesure.

    Le nom même de Dupont peut paraître ordinaire. Sauf que c’est de moins en moins vrai si l’on veut bien comparer, dans chaque commune de France, la liste des naissances à celle des noms inscrits au monument aux morts. Et la banalité même du nom « Dupont » est lourde de sens, de signification. En témoignant en faveur de l’auteur lors du procès du « complot de Paris », devant le tribunal militaire, le grand écrivain et polémiste Jacques Perret dira que ce patronyme « désigne le Français moyen et impose de ce fait à celui qui le porte une charge d’honneur » – mais pour mieux ajouter que « Dupont sera un nom de plus en plus difficile à porter si les vertus qu’il implique, naguères banales, deviennent suspectes et attentatoires aux valeurs de la France de demain… » Et dans « la France d’après » que l’on nous a promise, les Dupont sont de toute évidence, d’ores et déjà, une espèce menacée, un ADN « en dormition ». Peu de Français prendraient aujourd’hui tous les risques pour l’idée même de patrie, de l’honneur qui s’y attache et que l’on se doit d’abord à soi-même. Parmi les nombreuses maximes qui émaillent cet ouvrage en tous points étonnant, il en est deux que Jacques Dupont semble adresser plus particulièrement à ses compatriotes, en pensant à la France : « Ne pas subir » et « Cessez de pleurer comme des femmes ce que vous n’avez pas su défendre comme des hommes ! »

    G. Gambier http://www.polemia.com
    27/02/2013

    Jacques Dupont, Profession cinéaste… politiquement incorrect !, éditions Italiques, 2013, 354 pages, 23 €

    Correspondance Polémia – 5/03/2013