culture et histoire - Page 1938
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Méridien Zéro - Le recours au paganisme
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Rouge Sang - In memoriam
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Exécution du duc d'Enghien
Dans la nuit du 20 au 21 mars 1804, à deux heures du matin, le duc d'Enghien (32 ans) est fusillé dans les fossés du château de Vincennes.
Louis Antoine Henri de Bourbon, prince de sang royal, est le dernier rejeton de la lignée prestigieuse des Condé. Réfugié dans le grand-duché de Bade, un pays neutre, il n'a rien tenté contre la France révolutionnaire. La police française l'accuse cependant d'avoir organisé avec le général Pichegru et Georges Cadoudal un complot contre le Premier Consul Napoléon Bonaparte.
En le faisant enlever et sommairement exécuter, ce dernier terrorise l'opposition royaliste et lève les ultimes obstacles à la proclamation de l'Empire...
Fabienne ManièreDe la Révolution à l'EmpireLe 21 mars 1804, le jour même où meurt le duc d'Enghien, est promulgué le Code Civil. Avec ce document, qui est l'aboutissement d'un travail de dix ans, la Révolution française donne le meilleur d'elle-même et rend son tablier. Son oeuvre est achevée, d'autant que Bonaparte a établi la paix aux frontières et ramené la concorde religieuse et la prospérité.
Dans le même temps, l'exécution nocturne du duc d'Enghien annonce la dictature personnelle de Napoléon et son interminable litanie de batailles, avec au final l'abaissement durable de la France sur la scène internationale.
Georges Cadoudal (32 ans), à l'origine sans le vouloir de la mort du duc d'Enghien, est un chef chouan réfugié à Londres. Fidèle à la monarchie, il a été nommé lieutenant général par le comte d'Artois, frère cadet de feu Louis XVI, qui règna beaucoup plus tard sous le nom de Charles X.
Cadoudal a formé le projet d'enlever le Premier Consul et de l'amener en Angleterre. Avec l'aide du gouvernement anglais, il débarque en secret près du Tréport le 23 août 1803. Il s'acquiert la complicité du général Pichegru qui débarque à son tour et tente d'entraîner dans le complot son camarade de combat, le général Moreau. Mais celui-ci refuse.
Il n'empêche que la police, ayant eu vent du complot, arrête le prestigieux vainqueur de Hohenlinden. Cette arrestation suscite des rumeurs dans l'opinion publique, qui doute de la bonne foi du Premier Consul et le soupçonne de vouloir éliminer ses rivaux. Devant l'impéritie de ses policiers, Bonaparte commence à le regretter d'avoir retiré à Joseph Fouché le ministère de la Police Générale...
Heureusement, la police se rattrappe en arrêtant aussi le général Pichegru puis les autres instigateurs du complot. Cadoudal est lui-même arrêté rue Monsieur-le-Prince, à Paris, dans des conditions tragiques (il tue deux agents avant de se rendre) le 9 mars 1804. L'opinion se retourne en faveur du Premier Consul.
L'enquête policière révèle alors que les comploteurs attendaient l'arrivée d'un «prince du sang», autrement dit un membre de l'ancienne famille royale. Sans doute s'agissait-il du comte d'Artois. Un plan d'insurrection plus ou moins fantaisiste, transmis par un agent double, Méhée de la Touche, dévoile les noms d'émigrés établis en pays de Bade, parmi lesquels le duc d'Enghien.
Complot napoléonien
Le 10 mars, Bonaparte réunit son conseil aux Tuileries. À l'instigation de Talleyrand, ministre des Relations Extérieures, et de Fouché, ministre de la police, il se laisse convaincre d'arrêter le duc d'Enghien pour faire un exemple. Au deuxième Consul Cambacérès, qui vota autrefois la mort du roi Louis XVI et se permet d'émettre quelques réserves, il lance : «Vous êtes bien avare, aujourd'hui, du sang des Bourbon !».
Le prince, tout occupé de son prochain mariage avec sa cousine, la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort, de cinq ans plus âgée que lui mais à laquelle le lie une longue intimité, est enlevé par une troupe d'un millier de gendarmes dans la nuit du 14 au 15 mars à Ettenheim, près du Rhin, au mépris du droit international.
Sans comprendre ce qui lui arrive, il est incarcéré le 20 mars dans le château de Vincennes, à l'est de Paris. Le soir même, à 11 heures, il est interrogé par une commission extraordinaire présidée par le général Hullin, en présence du chef de la police secrète, le colonel de gendarmerie Savary, futur duc de Rovigo.
La commission l'accuse d'avoir comploté contre la sûreté de l'État, ce qui est faux, et d'avoir reçu de l'argent de l'Angleterre, ce qui est vrai. Comme Hulin ne sait pas sous quel chef d'accusation le condamner, il rédige le jugement en laissant en blanc les articles censés justifier l'exécution : «... Et lui a appliqué l'article xxx de la loi du xxx ainsi conçu xxx et, en conséquence, l'a condamné à la peine de mort. Ordonne que le présent jugement sera exécuté de suite à la diligence du capitaine rapporteur...».
Le jeune homme est aussitôt fusillé dans les fossés, à la lumière d'une lanterne. À ses côtés se tient Mohilof, le chien que lui a offert sa chère Charlotte. Après l'exécution, la dépouille au visage défiguré par les balles est jetée dans une fosse creusée quelques heures plus tôt. Les soldats, honteux de leur geste, s'abstiennent de dépouiller le cadavre de ses vêtements et de ses objets de valeur comme le règlement les y autorise. Après la chute de l'Empire, on retrouvera dans la sépulture des pièces et une montre en or.
Avant de mourir, le prince a eu le temps de confier à un gendarme une enveloppe à l'attention de sa fiancée, dans laquelle il a glissé une mèche de ses cheveux et un mot. L'enveloppe ne sera jamais jamais transmise à sa destinataire. Celle-ci, inconsolable, portera pendant 30 ans, jusqu'à sa mort, le deuil de son fiancé.
Le général Pichegru se «suicide» peu après dans sa cellule. Le général Moreau, qui a seulement eu le tort de ne pas dénoncer le complot, est exilé. Quant à Georges Cadoudal, il est guillotiné avec onze complices le 25 juin 1804. «Nous voulions faire un roi, nous avons fait un empereur», a-t-il confié avec amertume dans sa prison.
Vers l'Empire
En exécutant le jeune duc d'Enghien, le Premier Consul a voulu terroriser l'opposition royaliste une bonne fois pour toutes en lui montrant qu'il n'était disposé à aucun accommodement avec elle. Il a aussi voulu prouver aux anciens jacobins et à tous ceux qui, à un titre ou un autre, ont tiré parti de la Révolution, qu'il était le meilleur rempart pour préserver les acquis de celle-ci et le retour de la prospérité.
Le meurtre aboutit au résultat escompté, contrairement au jugement d'Antoine Boulay de la Meurthe, un fidèle de Bonaparte : «C'est pire qu'un crime, c'est une faute». Cette formule est souvent attribuée à tort au ministre des Relations Extérieures, Talleyrand. Ce dernier, qui a en vérité encouragé le Premier Consul à commettre le crime, aurait seulement laissé tomber en apprenant la nouvelle : «Bah ! ce sont les affaires».
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Le fondamentalisme en Iran, création anglo-américaine
Les naïfs imaginent sans doute que l'identité iranienne correspond au fondamentalisme islamique qui y règne depuis 1979. Rien n'est plus faux. L'identité iranienne est une identité impériale, indo-européenne et perse. En effet, tous les historiens de l'Iran s'accordent à dire que, dès les dynasties bouyides et samanides (du 9e au 11e siècle), l'islamisation a dû composer avec de multiples recours au passé impérial irano-perse. L'identité iranienne se situe entièrement dans l'œuvre du poète Ferdowsi et du philosophe mystique Sohrawardi. Il faudra la catastrophe des invasions mongoles d'un Tamerlan pour réduire cette merveilleuse synthèse civilisationnelle à néant, pour précipiter l'Iran dans le déclin, du moins jusqu'à l'avènement des Séfévides. Les iranologues contemporains se divisent quant à savoir si la reprise en main de l'impérialité perse par les Séfévides a été ou non un bienfait pour l'Iran : les uns affirment que cet avènement dégage l'Iran de la cangue islamique sunnite, de la double emprise arabe et ottomane ; les autres disent qu'en privilégiant le chiisme, en en faisant une religion d'Etat, les Séfévides ont réduit à la marginalité le zoroastrisme, expression identitaire iranienne plurimillénaire qui avait survécu vaille que vaille sous l'islam pré-séfévide. Trancher dans cette querelle d'historiens n'est pas notre propos ici, mais d'examiner comment le fondamentalisme de l'ayatollah Khomeiny s'est imposé dans un État impérial qui entendait s'inscrire dans d'autres traditions, dans des traditions de plus grande profondeur temporelle.
EVALUATION POSITIVE DU RÔLE DES SÉFÉVIDES EN EUROPE
L'avènement des Séfévides est généralement vu d'un bon œil dans l'historiographie traditionnelle européenne, pour plusieurs raisons :
- L'empereur séfévide ayant épousé une princesse byzantine de Trébizonde va dès lors tenter de venger Byzance contre les Ottomans sunnites, qui reprennent à leur compte le vaste territoire où s'était préalablement exercée la souveraineté romaine/byzantine. De cette manière, le conflit séculaire entre la Romania orientale et les empires perses reprenait mais sous d'autres signes.
- L'empereur séfévide se pose ainsi comme le principal ennemi à l'est de l'empire ottoman qui assiège l'Europe sur le Danube et en Méditerranée. Il est l'allié de revers de Charles Quint. L'œuvre politique des Séfévides et leur action militaire ont donc contribué à alléger la pression ottomane en Europe. En 1529, le sultan doit lever le siège de Vienne parce que les Perses attaquent à l'est. Cette guerre se soldera par une défaite perse et par l'émergence d'une frontière qui existe toujours aujourd'hui : en effet, la frontière entre l'Irak (à l'époque conquête récente de Soliman le Magnifique) et l'Iran, d'une part, entre la Turquie et l'Iran, d'autre part, demeure quasiment celle qui a résulté de cette guerre perso-ottomane du 16e siècle. Elle sanctionne également la division des peuples kurde, azéri et arménien, partagés entre les deux empires.
Les empereurs séfévides vont donc privilégier le chiisme, en faire l'islam de leur empire, contre les sunnites, accusés de collusion avec les Ottomans, et contre les zoroastriens, dont le nombre se réduira au minimum dans l'empire perse. Une bonne partie d'entre ceux-ci va émigrer vers l'Inde, où ils constituent toujours la minorité des Parsi. Les Séfévides s'opposeront aussi aux fraternités soufies. En ce sens, les Séfévides commettent une série d'entorses à l'identité iranienne, car les synthèses lumineuses qui voyaient le jour dans l'Iran d'avant Tamerlan et s'y succédaient par transition plus ou moins douce étaient bien plus fécondes que le sera le futur chiisme d’État des Séfévides. Les historiens critiques à l'endroit du chiisme d’État, imposé par les Séfévides, accusent ceux-ci d'avoir utilisé deux instruments non iraniens pour faire triompher leur cause : les Qizilbakh turkmènes et les théologiens chiites arabes, deux forces religieuses qui ne puisaient pas dans le vieux fonds iranien/persan. Le chiisme restera religion d’État jusqu'aux Pahlevi.
Khomeiny s'inscrit dans cette tradition tout en rompant aussi avec elle, comme nous allons le voir.
LES MOLLAHS, CLERGÉ CHIITE
La principale caractéristique du chiisme perse est la présence d'un clergé, celui des mollahs. Le jargon médiatique a parlé, depuis l'avènement de Khomeiny, de "mollahcratie". La présence de ce clergé fait de l'empire perse séfévide et post-séfévide un Etat fort différent de l'empire ottoman sunnite, qui est, lui, dépourvu de clergé organisé. En ce sens, on a parfois qualifié l'empire séfévide de "césaropapiste". Le système est en tout cas dual, comme à Byzance et en Occident au temps des Othoniens dans le Saint Empire, avant la querelle des Investitures. L'empire perse séfévide présente donc deux sphères autonomes, celle du "politique", apanage du Shah, et celle de la religion, apanage du clergé chiite. La sphère de la religion reçoit tour à tour deux interprétations :
- celle des Akhbaris, mystiques, qui fondent la légitimité religieuse sur le charisme du mollah ou de l’imam ;
- celle des Ouzoulis, interprètes plus rationnels du droit qui demandent simplement de se soumettre au jugement de l'homme cultivé, du clerc, sans déployer d’incantations "mystiques".
Le chiisme d’État encourage également les pèlerinages, non pas vers La Mecque, comme dans la tradition sunnite arabe et ottomane, mais vers le tombeau des Imams, des grands hommes ou des poètes, tradition qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Les wahhabites saoudiens perçoivent dans cette pratique chiite et persane des pèlerinages une hérésie inacceptable.
Le chiisme d’État repose sur un messianisme particulier : celui qui attend le Mahdi, le retour de l’imam caché. Cette attente messianique postule, pour le croyant, d'agir toujours pour cet Imam caché. Dans l'histoire perse, depuis l'avènement des Séfévides, le messianisme a adopté une attitude essentiellement quiétiste : le croyant devait attendre la fin des temps pour agir réellement, dans la concrétude mondaine, sous la direction mystique et avisée du Mahdi. Khomeiny va bousculer cette tradition : il va vouloir combattre tout de suite afin de créer un Etat chiite-islamique pur pour pouvoir saluer l'avènement du Mahdi, pour être présent et en armes tors de son arrivée.
AVANT KHOMEINY : LE QUIÉTISME
Quelle fut l'attitude face au Shah avant Khomeiny ? Le quiétisme religieux de l'ère séfévide percevait le Shah comme une personne sacrée, comme l'ombre de Dieu sur la Terre. Seul prélude à l'attitude hostile d'un souverain iranien au clergé des mollahs, attitude qui caractérisera ultérieurement le règne des deux Shahs Pahlevi : le puissant Nadir Shah, au XVIIIe siècle, s'opposera à la hiérocratie chiite en lui coupant les vivres. Avec les Shahs de la nouvelle dynastie Qadjar, on assiste à une réconciliation avec le clergé mais sous l'influence accentuée des Ouzoulis. Shahs Qadjar et Ouzoulis jettent les bases d'un nouveau partage du pouvoir. Les Ouzoulis récupèrent les dotations au clergé, auparavant ôtées par Nadir Shah, et raffermissent du même coup leurs positions dans les domaines de la justice et de la conciliation juridique. Les effets de cette nouvelle donne politico-religieuse font que le Shah se voit petit à petit dépouillé de ses attributs "divins". La position du Shah est désacralisée mais non pour autant délégitimée. Le Shah et le clergé chiite demeurent donc tous deux des représentants de l'Imam caché. Le Shah doit assurer dans la concrétude politique et quotidienne l'ordre réclamé par la religion, notamment il doit garantir dans le pays le règne de la justice (sociale). Les clercs, dans ce partage des tâches, détiennent le savoir religieux et le leadership spirituel, posé comme intangible et incontestable. Les clercs disent la justice et deviennent les protecteurs du peuple contre les abus des propriétaires terriens, des gendarmes et de l’État. On percevra en Europe catholique des attitudes similaires : en Irlande contre le pouvoir britannique, en Flandre contre les institutions de l’État belge (notamment dans les rangs du bas clergé rural), en Croatie contre le pouvoir royal serbe, en France rurale contre les inventaires de la première décennie du XXe siècle, etc.
Deux événements vont bouleverser les équilibres de la société iranienne à la fin du XIXe siècle : la régie des tabacs, entreprise lucrative, devient un monopole anglais et prive du coup l’État perse d'une formidable source de revenu. De plus, cette disposition installe une forme de semi-colonialisme dans la plus ancienne aire impériale de l'histoire des peuples de souche indo-européenne. Second événement : l'établissement d'une constitution, calquée sur la loi fondamentale belge, en 1906-1907. En 1906, les clercs refusent cette constitution parce qu'elle est un élément étranger et ne correspond en rien aux traditions chiites. En 1907, le clergé fait volte-face et l'accepte parce que cette constitution, finalement, contient bon nombre de clauses qui le favorisent. Malgré cette acceptation initiale, les réactions ne tardent pas : le Shaykh Fazlullah Nouri proclame que la constitution et le parlementarisme sont contraires à l'esprit de l'islam et réduisent finalement le pouvoir du clergé chiite organisé (on peut tracer un parallèle avec les réactions diverses des catholiques belges : depuis les ultramontains, engagés socialement, jusqu'aux daensistes soucieux de la condition ouvrière, aux étudiants louvanistes de l'ACJB, à bon nombre d'éléments du mouvement flamand catholique et aux rexistes d'avant-guerre, ils auront, face à cette constitution et au parlementarisme, des réactions similaires).
CRITIQUE DE LA CONSTITUTION À LA BELGE, PROPOSÉE PAR LES BRITANNIQUES ET LEURS ALLIÉS
Quels arguments avance le Shaykh Fazlullah Nouri ? Le Parlement, qui est légiférant, implique, dit-il, un système où c'est la majorité qui décide en fin de compte. Or une telle majorité met tout le monde sur un pied d'égalité (chrétiens, arméniens, juifs, zoroastriens, forces para-maçonniques, etc.), y compris, au-delà de tous clivages religieux, les "ignorants". De telles majorités, composées d'éléments disparates et inégaux, bat en brèche les prérogatives du clergé, représentant de l'Imam caché. Fazlullah Nouri reproche aussi au constitutionnalisme de mouture belge, que les Anglais imposent indirectement à la Perse des derniers Qadjar, de fixer d'avance et pour l'éternité des droits et des devoirs, sans qu'il ne soit plus possible de les adapter au gré des circonstances réelles de la société ou des conjonctures politiques (on retrouve ce reproche chez Max Weber et Cari Schmitt, critique particulièrement pertinent de la "nomocratie", vecteur d'immobilisme ou d'intransigeance abstraite). Dans le contexte d'un Iran devenu monarchie constitutionnelle à la belge, le clergé devient une institution parmi d'autres, ruinant du même coup la dualité traditionnelle héritée des empereurs séfévides et reposant sur la personne du Shah et sur le clergé. L'avènement de la constitution et du parlementarisme entraîne l'émergence d'une administration moderne, qui empiète automatiquement sur les prérogatives traditionnelles du clergé. Les critiques du Shaykh Nouri ressemblent, mutatis mutandis, à celle d'un Max Weber : si les fonctionnaires sont bons, intègres, formés à bonne école et recrutés par examens, ils constitueront un bienfait pour l’État. Au contraire, si les fonctionnaires sont nommés au pro rata des voix accordées à des pochards, des politiciens de café du commerce, des corrompus véreux, des prostituées recyclées, des déments narcissiques ou des imbéciles finis, le fonctionnariat, devenu ainsi pléthorique, sera rapidement une calamité, comme on le constate dans bon nombre de pays européens, Belgique en tête.
Le système constitutionnaliste perse survivra à peine à la première guerre mondiale. Reza Khan, devenu Reza Shah en 1926, s'opposera tant aux corrompus du parlementarisme qu'au clergé ; dans son opposition à la religion islamique, on peut voir une imitation de son homologue turc Mustafa Kemal Atatürk. L'attitude que les deux Shahs Pahlevi imposent au clergé est celle du quiétisme. Le fils, Reza Shah, qui monte sur le trône en 1941, organise, avec l'ayatollah Boruyerdi, la conférence de Qom en 1949, où le clergé promet de ne pas s'immiscer dans les affaires politiques de l'empire. Tout clerc qui désobéirait à l'esprit de la conférence de Qom se verrait immédiatement exclu de la classe des clercs.
L'IRAN PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE ET L'OPTION PRO-AMÉRICAINE
Comment, dans un tel contexte, va naître le fondamentalisme chiite de Khomeiny ? D'abord un rappel historique : Britanniques et Soviétiques violent la neutralité iranienne en 1941. Le pays est occupé, divisé en deux zones, avec les Soviétiques au nord et les Britanniques au sud. Reza Shah est éliminé, envoyé en exil aux Seychelles puis en Afrique du Sud, où on le laisse mourir d'un cancer non soigné. Son fils Mohammed Reza Pahlavi est intronisé empereur à la place de son père. Les Américains envoient des équipes d'ingénieurs civils pour réorganiser les chemins de fer iraniens et parfaire une logistique qui mène du golfe Persique à la Caspienne et de la Caspienne à la Volga pour alimenter en matériels américains l'armée soviétique aux abois depuis ses revers de 1941 et de l'été 1942. La logistique transiranienne, organisée par les Américains, permettra de bloquer l'avance allemande en direction du Caucase méridional et des puits de pétrole azerbaïdjanais et en direction de Stalingrad, Astrakhan et la Caspienne. Mohammed Reza Shah va parier sur les Américains. Pourquoi ? Quel est son raisonnement en 1944-45 ? Les Américains ne sont pas des occupants militaires, contrairement aux Soviétiques et aux Britanniques. Ils n'ont pas de frontières communes avec l'Iran. Le jeune Shah craint surtout une annexion des provinces azerbaïdjanaises de l'Iran par l'Azerbaïdjan soviétique. Il croit aussi que les troupes soviétiques refuseront d'évacuer les rives caspiennes de l'Iran. Ensuite, il a peur de voir les Britanniques absorber le Baloutchistan iranien, de le joindre à la province du même nom dans le Pakistan actuel, qui faisait partie, à l'époque, des possessions indiennes de la Couronne britannique.
L'Iran, en dépit de son occupation, connaît un boom économique pendant la seconde guerre mondiale, assorti d'un exode important de ruraux vers les villes. En 1942, Téhéran est secouée par des émeutes de la faim. Après la guerre, et avec la chute des productions militaires destinées aux Soviétiques et aux Alliés occidentaux, l'Iran doit affronter les problèmes posés par le trop-plein démographique urbain. Il les règle en distribuant à ces foules des grandes villes les dividendes du pétrole. En 1953, le Dr Mossadegh, un nationaliste laïque, entend nationaliser les pétroles, toujours sous contrôle anglais, et rejeter l'inféodation de l'Iran aux États-Unis. Le Shah craint une alliance entre nationalistes et communistes, qui serait appuyée par l'URSS. Mais le clergé et les bazaris, les commerçants du Bazar de Téhéran, ne soutiennent pas le Dr Mossadegh. Celui-ci est renversé par un putsch, soutenu par Washington et Londres, mais les questions soulevées par lui, surtout la nécessité de nationaliser les pétroles et d'acquérir une autonomie énergétique, demeurent depuis lors les questions cruciales de la politique iranienne : elles seront au centre de la polémique contre le Shah ; elles sont au centre de la polémique entre l'américanosphère et Ahmadinedjad aujourd'hui.
LA RÉFORME AGRAIRE
Après le départ de Mossadegh, le Shah prend conscience de la nécessité d'une révolution sociale en Iran, une révolution qu'il voudra "blanche", c'est-à-dire téléguidée d'en haut, depuis l'empyrée du pouvoir impérial. Elle vise trois réformes essentielles : l'organisation d'un système éducatif moderne et performant (y compris pour les filles), détaché du clergé ; le droit de vote pour les femmes ; la réforme agraire. C'est la réforme agraire qui freinera le succès de la « révolution blanche » en raison d'une donnée incontournable : seulement 11 % du sol iranien sont cultivables ; or 22 % de la population active (encore aujourd'hui) sont dans l'agriculture. Avant la révolution blanche, le système était latifundiste, constitué de grandes propriétés terriennes. Chacun, sur son lopin, produit pour sa famille, avec, éventuellement, un petit surplus. Ce système se révèle insuffisant pour nourrir correctement les masses urbaines : il faut importer des céréales américaines, donc consentir à la dépendance alimentaire. Avec la réforme agraire, chaque paysan reçoit son lopin en pleine propriété. Les grands propriétaires sont dédommagés. Mais à chacun de ces paysans devenu propriétaire se pose un problème crucial : comment va-t-il financer l'achat de machines pour mettre en valeur ses nouvelles terres ? Un grand nombre de ces nouveaux petits propriétaires sont donc contraints à l'exode vers les villes, après avoir abandonné leur lopin. Une partie de cette masse est absorbée par l'industrie. Une autre partie reste sur le carreau. Les masses urbaines sont gonflées par ce nouvel afflux de population. Du coup, les dividendes pétroliers ne suffisent plus pour les nourrir.
Le Shah aurait pu sortir de cette impasse en 1973, quand l'OPEP décida d'augmenter le prix du brut pour assurer le financement d'infrastructures dans les pays exportateurs de pétrole. C'est la raison pour laquelle il apporta son soutien à l'OPEP, majoritairement arabe, en dépit de la solidarité inflexible qu'il manifestait à l'égard des États-Unis. Cette option de l'empereur pour une solidarité entre pays producteurs de pétrole va définitivement lui aliéner Washington. Les relations n'étaient déjà plus au beau fixe depuis Kennedy, qui se méfiait du développement de l'armée iranienne, capable de devenir l'instrument d'une puissance régionale indélogeable et incontournable, surtout à proximité des puits de la péninsule arabique et à hauteur du Détroit d'Ormuz.
L'AXE ÉNERGÉTIQUE PARIS/BONN/TÉHÉRAN
Pour le spécialiste suédois de la géopolitique pétrolière William Engdahl, la colère américaine contre le Shah vient de la volonté du monarque 1) de doter son pays d'un programme nucléaire destiné non pas à l'Iran seul mais à tout l'espace circum-iranien, 2) de diversifier la dépendance iranienne vis-à-vis du pétrole et 3) de coopérer avec la France (l'uranium de Tricastin) et avec l'Allemagne (la compagnie KWU est appelée à construire deux réacteurs, avec, en sus, un financement complémentaire de 19 milliards de DM, consenti en 1977 pour la construction d'autres infrastructures). Cette coopération euro-iranienne n'allait pas en sens unique : les Iraniens investissaient en Allemagne (25 % du capital de Krupp) et en France dans les entreprises gérant les technologies du nucléaire. Un Axe énergétique Paris-Bonn-Téhéran se mettait en place : voilà pourquoi il fallait éliminer le Shah, après avoir liquidé, par l'intermédiaire de la Bande à Baader, le président de la Dresdner Bank, Jûrgen Ponto (assassiné le 31 juillet 1977), et le patron des patrons allemand, Hanns-Martin Schleyer, tous deux avocats d'une modification complète du système économique international, après que Nixon eut déclaré la non-convertibilité du dollar en or. Ce double assassinat en Allemagne, faut-il le préciser, suit celui du roi Fayçal d'Arabie, perpétré le 25 mars 1975 ; le monarque séoudien avait tenté de réorganiser l'OPEP, de concert avec le Shah, prouvant par là même que le système que préconisaient les deux hommes n'était pas belligène en dépit de l'hostilité ancestrale entre Arabes sunnites/wahhabites et Perses chiites. Washington, affolée face à la redistribution des cartes qui s'opérait sur la scène internationale, applique, via Kissinger, une politique intransigeante à l'endroit de ses alliés officiels, quasi une politique de collision frontale, prouvant que les « bonnes intentions » affichées par les Américains depuis la fin des années 1940 n'étaient que des leurres ; les alliés, qu'ils fussent d'anciens alliés ou d'anciens vaincus, demeuraient, dans le fond, des concurrents des États-Unis, donc des ennemis à abattre au moment opportun.
LA CIA PARIE SUR KHOMEINY
Pour recréer, au moins artificiellement, la confiance perdue dans les opinions publiques "alliées", pour retoucher ce tableau pessimiste, tissé de conflictualités réelles et résurgentes, en dépit des alliances officielles, il fallait inventer une nouvelle idéologie édulcorante : ce sera l'idéologie des « droits de l'homme », portée par le nouveau président des États-Unis, promu dans les média en 1975 et intronisé en 1976 : Jimmy Carter, ancien cultivateur de cacahuètes en Géorgie. La diplomatie américaine évolue très rapidement dans les années 1960 et 1970 : elle est marquée par le passage de la diplomatie classique de Kissinger au temps de Nixon à une diplomatie modifiée et axée sur la confrontation directe ou indirecte avec les alliés officiels de Washington, puis à la diplomatie cartérienne des « droits de l'homme ». Dans ce contexte bouillonnant et tourbillonnant, la CIA est appelée à agir rapidement, avant que les alliés ne comprennent réellement ce qui arrive. Elle va parier sur les mollahs iraniens parce qu'ils ne suggèrent aucun projet "moderniste", contrairement au Shah (ou au roi Fayçal, en dépit des blocages potentiels de l'idéologie wahhabite). Le calcul des services américains est le suivant : si les mollahs n'ont pas de grands projets de modernisation, les dividendes pétroliers suffiront pour apaiser le pays et ses masses déclassées à la suite de l'échec (relatif) de la réforme agraire. Il n'y aura pas de programme nucléaire, donc aucune coopération future de réelle importance avec les puissances économiques européennes, qui demeureront dès lors inféodées aux États-Unis, sans risquer de faire cavaliers seuls. La CIA va donc créer le personnage de Khomeiny, le choisir comme figure privilégiée du bouleversement appelé à neutraliser l'Iran, à le plonger dans un marasme de longue durée, l'empêchant ainsi de devenir une puissance régionale qui compte.
LE PROGRAMME DE LA "RÉVOLUTION BLANCHE"
Qui est Khomeiny ? Avant toutes choses, il est hostile au quiétisme traditionnel adopté par les chiites depuis l'avènement des Qadjar et la Conférence de Qom de 1949. Ce quiétisme va perdurer sans heurts jusqu'à la mort de l'ayatollah Boruyerdi en 1961. Le quiétisme a été une période faste pour le clergé chiite : son autonomie était garantie par le principe de dualité et ses écoles, comme du reste tout le système scolaire iranien, vont se redresser dans les années 1950. En 1959, quand le Shah annonce qu'il va introduire le vote des femmes et amorcer la réforme agraire, le clergé n'appelle nullement à manifester, alors que les thèmes étaient sensibles, susceptibles de provoquer une vigoureuse contestation de nature religieuse. En 1961, une fois l'ayatollah Boruyerdi disparu, le Shah annonce le programme entier de sa « révolution blanche », que le peuple pourra accepter après référendum, prévu pour le 26 janvier 1963. Ce programme comprenait :
- la réforme agraire ;
- la nationalisation des forêts ;
- la privatisation des entreprises nationales ;
- la participation et l'intéressement des travailleurs (projet calqué sur les projets gaulliens) ;
- la réforme électorale ;
- la création d'un « corps d'alphabétisation ».
Mais simultanément, à l'annonce de cet ambitieux programme de modernisation de l'Iran, le Shah traite les clercs de "parasites", de « réactionnaires noirs » et d'« animaux impurs ». En substance, il déclare : « Nous en avons assez des parasites sociaux et politiques ; j'abhorre la "réaction noire" encore plus que la "destruction rouge". » Ce discours sanctionne la rupture entre le pouvoir royal/impérial et le clergé.
L'ENGRENAGE
En 1962, Khomeiny avait déjà tenu quelques discours incendiaires contre le droit de vote des femmes. En janvier 1963, à la veille du référendum qui doit légitimer le programme de la « révolution blanche », il déclare s'opposer à la réforme agraire, alors que le clergé ne l'avait jamais rejetée auparavant. Pourquoi cette nouvelle hostilité ? Parce que cette réforme touche aussi les terres détenues par les fondations religieuses. En mars 1963, les étudiants en théologie manifestent à Qom, à l'instigation de Khomeiny. La répression est dure. Le 3 juin 1963, c'est le jour de l'Achoura, fête de première importance chez les chiites duodécimains ; elle consiste en une procession en souvenir de l'assassinat du troisième Imam Hussain sur ordre du Calife sunnite Yazid, en 680 à Kerbala (Irak actuel). Pour expliquer de manière succincte l'importance à la fois religieuse et politique de l'Achoura, disons que chaque croyant doit promettre, ce jour-là, de « prendre la place d'Hussain, de voler à son secours », contre l'injustice commise par Yazid. Sont des "Yazids" tous ceux qui enfreignent les lois de l'islam et commettent l'injustice. Dans un tel contexte religieux, le Shah était devenu un Yazid. Le 3 juin 1963, donc, jour de l'Achoura, Khomeiny tonne un discours incendiaire qui conduit immédiatement à son arrestation. Celle-ci déclenche des manifestations dans toutes les villes d'Iran, orchestrées par les bazaris. Troubles et répression s'ensuivent, contraignant Khomeiny à prendre en 1964 le chemin de l'exil, d'abord en Turquie, puis en Irak, où il s'installera à Nadjaf, près du tombeau d'Ali. Enfin, à Neauphle-le-Château en France, quand le pouvoir baathiste irakien, laïque et républicain, l'expulse par crainte d'une contagion en Irak même, au sein de la forte minorité chiite du Sud.
LA "RENAISSANCE THÉOLOGIQUE" DE KHOMEINY
À Nadjaf, la pensée de Khomeiny va prendre les contours précis que nous lui connaissons depuis 1978. On parle à son propos d'une « renaissance théologique ». L'ayatollah en exil va briser d'abord la dualité Shah/clergé qui avait caractérisé l'Iran chiite depuis les Séfévides. Il déclare en effet que la monarchie est incompatible avec l'islam ; cela implique que tant que llman ou le Mahdi restent cachés, seuls les clercs ont droit au pouvoir (« velayet-e faqih »). Il réhabilite le culte du martyr, refoulé par le quiétisme dominant avant sa « renaissance théologique » : si l'on meurt en combattant le Shah, désormais totalement délégitimé et ramené à la figure négative d'un Yazid, on acquiert automatiquement le statut de martyr. En résumé, c'est un appel aux suicidaires, dont on va faire des kamikazes dans les champs de mines ou des preneurs de tranchées (pendant la longue guerre Iran/Irak de 1980-88). Sur le plan plus strictement politique, Khomeiny avance pendant son exil irakien deux leitmotive : 1) il faut en finir avec l'immunité dont jouissent tous les citoyens américains actifs sur le territoire iranien - immunité dont ils jouissaient aussi par ailleurs en Grande-Bretagne depuis 1942 et en Allemagne depuis l'occupation de 1945 - ; 2) il fustige l'endettement de l'Iran, argument plus concret que le Shah retiendra comme valable, dans la mesure où tous ses propres efforts pour conduire à l'autarcie énergétique de l'Iran, notamment sur le plan nucléaire, furent simultanément des efforts pour le dégager de l'endettement. Pendant son exil, Khomeiny soulèvera d'autres polémiques, comme, en 1967, contre le train de lois sur la protection de la famille ou, en 1971, contre les dépenses entraînées par les fêtes de Persépolis, destinées à donner un lustre inégalé au principe monarchique achéménide, revendiqué par les deux Shahs de la dynastie Pahlevi. En 1976, Khomeiny s'insurge contre l'introduction du calendrier achéménide, perçue comme une atteinte directe à l'islam, à la liturgie duquel il oppose une autre liturgie, se référant à un passé préislamique, donc relevant de la "jalilliyah", aux yeux des islamistes.
Dans les années 1970, les clercs réussissent à organiser les masses issues de l'exode rural, concentrées dans les grandes villes iraniennes et que, dans les années 1950 et 1960, l'industrie, en phase de croissance rapide, absorbait aisément. À la veille du premier choc pétrolier, consécutif à la guerre du Yom Kippour de 1973, cette absorption du boom démographique iranien n'est plus possible et la rente pétrolière, aussi fabuleuse soit-elle, ne parvient pas à satisfaire les besoins des déclassés. A partir de 1975, la tension monte donc. Mais il faudra attendre deux ans environ pour que le pays explose : le 3 novembre 1977, le fils de Khomeiny meurt dans des circonstances mystérieuses. Aussitôt, des manifestations violentes éclatent à Téhéran, juste avant la période de l'Achoura. Or la tradition chiite veut que s'il y a un mort par violence pendant ce temps sacré, on doit le commémorer par des processions quarante jours plus tard. Ce sera l'enchaînement fatal qui aura raison du pouvoir impérial : les processions tournent à la manifestation ou à l'émeute ; les forces de l'ordre réagissent : il y a des morts. Qu'il faut commémorer quarante jours plus tard, par d'autres processions/manifestations qui seront réprimées tout aussi durement par la police, avec mort d'hommes. Le scénario s'est répété inlassablement.
LA PRESSE FLÉTRIT KHOMEINY, LES ÉTUDIANTS EN THÉOLOGIE MANIFESTENT À QOM
En janvier 1978, la presse officielle publie un article virulent et caustique contre Khomeiny où le dignitaire religieux est campé comme la tête des « réactionnaires noirs alliés aux communistes » ; on l'accuse d'être un étranger, un Pakistanais et non un Iranien de souche, dont les ancêtres, qui s'appelaient Hindi, auraient changé de nom en s'établissant dans la petite ville de Khomein. L'article accuse encore Khomeiny d'être un « espion britannique », de mener une vie de luxe et de luxure, et d'être un « érotomane pathologique » (sous prétexte qu'il avait commenté certains poèmes soufis à connotations érotiques). A la suite de cet article, de nouvelles émeutes éclatent à Qom, menées, une fois de plus, par les étudiants en théologie. Ils réclament le retour de Khomeiny, le rétablissement de la constitution de 1906-1907. Ils n'exigent pas encore l'avènement d'une République islamique. Omission qui laisse subodorer en filigrane, derrière le discours islamiste véhément et apparemment anti-occidental, une volonté américaine, puisque lïdee d'une constitution de type belge, importation britannique, avait déjà suscité le scepticisme de tous les partis perses de l'époque, sauf ceux qui cherchaient délibérément la protection britannique. Les émeutes déclenchées à Qom par les étudiants en théologie enclenchent un nouvel engrenage fatidique.
L'opposition est encore composite début 1978. L'ayatollah Madari veut simplement la constitution sans abolir la monarchie. Le théoricien Ali Shariati se revendique d'un chiisme socialiste, séduisant pour tous les sociaux révolutionnaires du pays qui se disent religieux mais anticléricaux. Il y a ensuite les partisans de Khomeiny qui veulent un retour aux principes purs de l'islam, à la façon des hanbalistes dans le monde sunnite mais en conservant lïdée d'un clergé dominant, propre au chiisme et conforme aux principes de sa propre « renaissance théologique », élaborée lors de son exil irakien. Il y a ensuite la masse des contestataires laïques du pouvoir impérial : les anciens du Front National du Dr Mossadegh et les communistes du Toudeh, flanqués de leurs milices, les « Moudjahid-din du Peuple » (qui deviendront ultérieurement, après leur éviction par les khomeinystes, le noyau dur de la Garde Républicaine de Saddam Hussein, y compris lors de la guerre Iran/Irak). Khomeiny, qui sortira vainqueur du lot, radicalise donc un mouvement, né dans les années 1960 et demeuré jusqu'alors fort modeste, qui poursuivait quatre objectifs principaux :
0 Rejeter définitivement le quiétisme conventionnel des dignitaires du clergé chiite iranien depuis les Shahs de la dynastie Qadjar et la Conférence de Qom (1949), sanctionnée par l'ayatollah Boruyerdi, décédé en 1961. L'abolition du quiétisme implique une repolitisation de l'islam, de renouer avec des principes d'action.
- Réorganiser le clergé, en faire une instance combattante dans l'arène politique iranienne.
- Rationaliser et centraliser les finances du clergé, afin de le doter d'une autonomie permanente au sein de la société iranienne.
- Améliorer la formation du clergé.
Au départ, la volonté d'atteindre ces quatre objectifs ne s'oppose pas nécessairement à la personne du Shah ni à la modernisation de la société.
LE CHUSME SOCIALISTE D'AU SHARIATI
Ali Shariati, théoricien d'une « révolution socialiste chiite », formule une idéologie contestatrice plus "moderne", que l'on peut classer parmi les « messianismes du tiers-monde », comme on les désignait à l'époque où la décolonisation venait de se dérouler à grande échelle sur le globe. Il appelle 1) à rejeter le quiétisme, à l'instar des religieux adeptes de Khomeiny ; 2) réclame le droit à la parole pour les intellectuels non cléricaux qui s'inscrivent dans le cadre du chiisme (il élargit ainsi la notion de clercs et flanque ipso facto le clergé d'une caste militante d'intellectuels et d'écrivains chiites non affectés par le quiétisme et animés par la volonté de faire triompher la justice sur la terre) ; 3) opère une distinction entre le « chiisme des Séfévides » (et des Pahlevi), qu'il catalogue comme "corrompu", et le « chiisme d'Ali », chiisme pur des origines, impliquant tout à la fois un retour au prophète et à l'Imam Ali, tout en réclamant l'avènement permanent de la justice sociale, à l'instar des messies zoroastriens, manichéens ou mazdéens de l'histoire iranienne préislamique. Cette distinction postule une imitation active d'Ali, dans le quotidien politique, dans l'effervescence mondaine.
La femme a un rôle primordial à jouer dans ce contexte : elle doit se montrer active sur le plan politique et religieux ; l'idéal qu'elle doit incarner rejette tout à la fois le modèle occidental de la femme émancipée et le modèle de la femme musulmane recluse. Ali Shariati développe là une idéologie contestatrice typiquement chiite et iranienne. Son anti-occidentalisme rejoint sur quelques points celui de Khomeiny ou d'autres militants islamistes (y compris sunnites). Ses sources d'inspiration sont : 1) l'écrivain Jalal Al-e Ahmad (1923-1969) qui avait théorisé la notion de « pays infecté » — par l'Occident s'entend. Via les cercles de Shariati, l'idée d'un « empoisonnement occidental » ou d'une « infection occidentale » se répand dans les esprits ; 2) Shariati s'inspire de l'Antillais Franz Fanon, poète du tiers-monde, très en vogue auprès du FLN et dans les milieux contestataires de la planète dans les années 1960. Fanon déclare qu'il est licite de « tuer les vecteurs de l'infection ». De là, l'idée d'une « violence désinfectante ». Ali Shariati s'inscrit dans le cadre de la gauche planétaire de son époque ; pour lui, l'infection ne vient pas de l'homme lui-même mais de l'extérieur. L'homme est donc bon ; par la grâce de cette bonté, il peut commettre toutes les « violences désinfectantes » imaginables, y compris celles qui pourraient être clairement interprétées comme des crimes purs et simples, et peut donc tuer les « vecteurs d'infection » qu'il juge tels, indépendamment du fait que la personne ainsi visée soit "infectante" ou non, soit un ennemi conscient ou un quidam sans intention de nuire. Toute anthropologie optimiste peut ainsi conduire au carnage universel.
En 1979, après le départ du Shah pour un exil dont il ne reviendra jamais, ces forces composites arrivent toutes au pouvoir mais, au cours de l'année, les partisans de Khomeiny, regroupés autour des Pasdarans de la révolution islamiste, accaparent le pouvoir, contraignent bon nombre d'opposants laïques à prendre la fuite à l'étranger ou les assassinent. Les Américains sont désillusionnés : la disparition d'une masse de manœuvre politique composite les laisse dans le désarroi, masse que des fondations, instituts ou autres instances, issues du « soft power », auraient pu manipuler à loisir car toute pluralité composite ne sert pas le peuple qu'elle est censée gouverner mais sert l'étranger hégémonique qui peut la manœuvrer à son gré, en favorisant tantôt une faction tantôt l'autre et en fomentant crises et troubles civils.
La prise du pouvoir par les Pasdarans de Khomeiny va induire les Américains à parier sur Saddam Hussein, à en faire l'instrument d'une guerre d'usure contre l’Iran (et simultanément contre l’Irak lui-même), qui durera huit longues années, les États-Unis fournissant directement ou indirectement des armes aux deux belligérants. Cette guerre éliminera le trop-plein déjeunes mâles, qui constituait un potentiel révolutionnaire dans les zones urbaines et péri-urbaines d'Iran, ôtant du même coup aux Américains cet instrument dont ils s'étaient servis pour abattre le Shah. Ce « Youth Bulge » ne pourra pas s'utiliser contre Khomeiny et ses successeurs.
D'où l'hostilité permanente contre l’Iran et la volonté, toujours plus actuelle, de l'abattre.
Robert STEUCKERS* Écrits de Paris
* .Extrait d'une conférence prononcée entre autres au « Cercle Proudhon » (Genève, avril 2009) -
ERNST JÜNGER : PRÉSENT !
Dans sa cent-troisième année, l'ancien combattant de la guerre 14-18 est mort. L'écrivain allemand au beau visage distingué avait presque traversé dans sa totalité le XXème siècle (il était né dans la ville célébrissime de Heidelberg).
Son oeuvre et son engagement politique d'avant la seconde guerre furent controversés et il a du subir la bave haineuse de la gauche allemande même si l'écrivain devait en rire avec morgue en pensant que François Mitterrand l'admirait beaucoup, lui qui n'avait sans doute pas compris dans toute sa profondeur la portée politique et idéologique de l'oeuvre.
L'ancien soldat de retour du front avait écrit « Orages d'acier », livre qui exaltait la guerre, Elle permettait à l'homme de se réaliser, de se métamorphoser et de se confronter au plus grand des défis. Elle est en quelque sorte la mère de l'homme (« la guerre notre mère »), Cela nous rappelle Mussolini lorsqu'il en vantait aussi les vertus curatives : « elle guérit de la tremblote ». L'idéal guerrier et chevaleresque, sa spiritualité inhérente étaient loués au plus haut point. Jünger dans son livre la mobilisation totale avait même inversé Clausewitz : la politique devenant la continuation de la guerre.
A notre époque où la guerre peut devenir une guerre presse-boutons l'idéal guerrier n'est pourtant pas mort. Nous devons être des guerriers politiques, culturels et idéologiques, De nos jours, il n'y a plus de front. Le combat est partout dans nos villes, nos banlieues, nos quartiers, nos rues, nos immeubles, à l'école, au travail...
Jünger était avant tout un écrivain mais avait un peu étudié la philosophie. On ne peut parler de lui sans faire référence aux deux philosophes assez proches sur le plan politique (avec bien sûr des nuances) Nietzsche et Heidegger.
On trouve des thèmes récurrents aux uns et aux autres assez proches. Jünger avait bien sur lu Nietzsche et avait personnellement connu Martin Heidegger (ils habitaient la même région : le Bade-Wurtemberg en pays souabe).
L'idéal guerrier s'accompagne bien évidemment du mépris pour le bourgeois : peureux, couard, grelotteux, sans spiritualité, politiquement libéral-démocrate dont le seul but dans la vie est la recherche de la sécurité, du confort et du bien-être matériel. Tout ceci s'oppose aux valeurs héroïques du soldat : le courage, l'audace, l'acceptation du risque et de la hiérarchie. Le guerrier possède et domine cette violence parfois nécessaire pour accoucher de l'être, ceci s'appelle l'impératif ontologique de la violence.
Le bourgeois incarne socialement le « nihilisme européen » terme clef que nous allons expliciter. La peste spirituelle de l'Europe est le nihilisme. La France et sa culture droitdelhommesque, avec ses idéaux de gauche qui ont même empoisonné la droite en est le plus «bel» exemple et sans doute le pays le plus avancé dans ce domaine de décomposition spirituelle.
Les idéaux français ou européens des «Lumières» : droits de l'homme, raison, idéal scientiste, universalisme, économisme, moralité kantienne, conception abstraite de l'homme auquel on nie tout aspect charnel, égalitarisme qui implique la suspicion haineuse envers tout ce qui est créateur et libre. Bref tout ce qui est mortifère et l'apologie de tout ce qui détruit notre culture, notre pays, notre peuple. Les symptômes actuels de ce nihilisme sont une partie de la jeunesse européenne qui renie son pays, sa culture et se réfugie dans la drogue, le sexe, la débauche, ...
Nietzsche avait parfaitement vu que ces valeurs elles-mêmes étaient conformément à leur essence intrinsèquement nihilistes, leur état actuel de décomposition (voir la France actuelle) reflète leur potentiel de départ (et que cela ne vient pas comme le croient encore certains idéologues de gauche d'une baisse de l'idéal initial). Jünger et Heidegger par leur engagement politique de départ, même s'ils ont un peu divergé après, ont donc voulu dépasser le nihilisme européen : « Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve ». Cette phrase résolument optimiste d'Hölederlin redonnait espoir à Jünger et à Heidegger.
L'engagement nationaliste était une façon de s'opposer sous une forme authentique au nihilisme européen qui obsédait tant les penseurs de génie européens. Pour eux, seule l'Allemagne pouvait avoir cette mission de renouveau spirituel. La défaite momentanée des mouvements nationalistes des années trente ne doit pas faire oublier leur origine intellectuelle, spirituelle et philosophique, le problème étant loin d'être réglé. Le nihilisme européen a atteint en France et en Europe un paroxysme et seul un mouvement nationaliste et spirituel fort pourra répondre à cette menace persistante pour l'avenir de la France, de l'Europe et de l'Occident.
Patrice GROS-SUAUDEAU -
In Memoriam - À l'aube de l'an 2000
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Méridien Zéro - Les indo-européens, fait d'histoire, source d'avenir
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Un exemple de terrorisme intellectuel
La Nef - 01/02/2006
Cinq mots au Journal officiel, et voici une tempête. D’après ses détracteurs, la loi du 23 février 2005, « portant reconnaissance de la nation envers les rapatriés », ferait l’apologie du système colonial et manifesterait le fond raciste de la droite française. L’a-t-on remarqué, les adversaires de la loi ne citent que son article 4, et encore pas intégralement. À l’Assemblée, le texte n’avait pourtant rencontré aucune opposition, et avait même été voté par les socialistes. Il préconise que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’Histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ». De jugement global sur la colonisation, il n’est pas ici question. Quant au mépris, où s’exprime-t-il ? La loi invite au contraire à rendre hommage au rôle joué par les populations d’outre-mer, pendant la Seconde Guerre mondiale, dans la libération de la France.
Cette loi était-elle opportune ? Il est parfaitement exact qu’il n’appartient pas à l’Etat de promouvoir une histoire officielle. Il est néanmoins vrai que la quasi-totalité des organismes qui concourent à l’élaboration des programmes scolaires, parce qu’ils émanent d’un univers sociologique imprégné par le marxisme, le tiers-mondisme et le droit-de-l’hommisme, aboutissent à une vision du passé qui, reflétant la pensée dominante, constitue de facto une histoire officielle, avec la caution de l’Etat. Ce qui gêne les idéologues, en l’occurrence, ce serait qu’il fût expliqué aux collégiens et aux lycéens qu’il y eut un « rôle positif de la présence française outre-mer », car cette réalité contredit ce qu’ils enseignent.
La campagne d’opinion qui vient de se dérouler illustre de manière exemplaire les mécanismes du terrorisme intellectuel. Lancée avant l’été 2005 par des réseaux de gauche au sein de l’Université et de l’Education nationale, cette campagne a été reprise, à la rentrée, par les partis de la même tendance, et relayée avec complaisance par les médias. En novembre, à partir des émeutes des banlieues, elle a connu un coup d’accélérateur. C’est à ce moment que cette campagne de gauche a trouvé un soutien objectif du côté du gouvernement, le Président de la République et le Premier ministre ne voulant pas d’affrontement autour de cette affaire au moment où ils prétendaient que la crise des banlieues ne remettait pas en cause les bienfaits du multiculturalisme. Le 2 décembre, la commémoration d’Austerlitz en a fait les frais, Napoléon n’étant plus que l’homme qui a rétabli l’esclavage dans les Antilles. Début janvier, lors de ses vœux de Nouvel an, le chef de l’Etat a annoncé que la loi serait réécrite, parce qu’elle « divise les Français ».
Division des Français ? Un sondage (le Figaro du 2 décembre 2005) a prouvé que 64 % de nos concitoyens (dont 57 % des sympathisants de gauche) estiment que notre présence outre-mer a bel et bien exercé un « rôle positif ». Qu’importe l’opinion publique : l’Elysée et Matignon préfèrent ne pas désespérer Saint-Germain-des-Prés. À l’heure où ces lignes sont écrites, on ignore la nouvelle rédaction du texte de loi. Mais pour l’essentiel, les militants de gauche qui ont lancé leur campagne il y a six mois ont obtenu ce qu’ils cherchaient. Symboliquement, ils ont gagné.
Anachronisme, manichéisme, moralisme, mensonges par omission : l’œuvre coloniale française est aujourd’hui soumise à une lecture politico-idéologique qui répond à des objectifs conçus par la gauche et intériorisés par une droite complexée. A cette lecture à sens unique (la colonisation vue comme un mal absolu), il ne faut pas opposer une lecture politico-idéologique en sens inverse (la colonisation vue comme un bien absolu). Le véritable travail à opérer, celui qui est d’ailleurs effectué par les chercheurs authentiques, est critique : il doit faire ressortir les aspects positifs de ce pan de notre aventure nationale, tout comme ses aspects négatifs. Contre l’historiquement correct, l’Histoire.
Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com -
Nouvelle étape du progrès républicain : les attaques de train
Petit à petit le pays s’enfonce dans la barbarie.
Cela s’est passé samedi, mais l’info n’a circulé que tardivement :
« Un groupe d’une vingtaine de jeunes a attaqué une rame du RER D samedi au niveau de la gare de Grigny-Centre dans l’Essonne, agressant plusieurs passagers, indiquent aujourd’hui des sources concordantes. Samedi vers 22 heures, entre 20 et 30 personnes ont attaqué un RER stationné en gare de Grigny-Centre. Ils sont entrés dans la rame et s’en sont pris aux gens qui s’y trouvaient pour les forcer à leur remettre portables et argent, a expliqué une source policière. » selon le Figaro.
Evidemment, il n’est pas nécessaire que nous traduisions pour nos lecteurs le terme « jeunes » : tout le monde sait maintenant quelle réalité ethnique se cache derrière ce vocabulaire de la Novlangue.Un témoin raconte : « J’étais dans le RER en direction de Corbeil-Essonnes, et à Grigny nous avons entendu beaucoup de bruits et de cris et nous avons vu des gens courir sur les quais ». Après avoir tiré le signal d’alarme, les jeunes gens, qui avaient le visage dissimulé, sont passés de wagon en wagon et ont attaqué « le plus de monde possible », a-t-il expliqué. « Moi j’ai pris un coup de poing et du gaz lacrymogène dans les yeux. Ils ont arraché le sac à main de mon amie et m’ont pris mon argent. C’était rapide, violent et cela avait l’air très organisé », a ajouté ce jeune homme, étudiant à Evry.
Pendant ce temps, et au grand dam de la gauche bienpensante, le livre de Laurent Obertone, La France Orange mécanique, qui décrit « l’ensauvagement d’une nation », continue de se vendre comme des petits pains.
Evitez bien sûr de l’acheter chez les trusts malsains et antichrétiens comme Amazon, mais plutôt chez les bonnes librairies, comme ici. -
Discours de Pierre-Louis Mériguet au colloque du SIEL le 28 janvier 2013 à l'Assemblée Nationale
