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économie et finance - Page 812

  • Voyons comment la dette fonctionne et quel est son impact sur une économie

    Définissons tout d'abord l'inflation : l'inflation arrive lorsque la croissance monétaire est plus grande que la production de biens et services. La hausse des prix est la conséquence de l'inflation.
         Mettons-nous ensuite d'accord sur une définition simple et terre à terre de la dette : une dette est une créance sur de la richesse future. Or, toute richesse est le fruit d'un travail humain. La dette est donc une créance sur du travail humain futur
         Et comme la dette est fondée sur le principe du remboursement futur du principal et de l'intérêt, que celui-ci est général fixé, et que l'on paye des intérêts, puis des intérêts sur les intérêts non remboursés, ce service de la dette suit une fonction non linéaire qui est... exponentielle.
         Donc, si cette dette n'est pas remboursée ou n'est plus remboursable, il faut travailler pour toujours et, dans ce cas, la dette c'est l'esclavage.
         A chaque accroissement de la dette, on présume que, pour pouvoir payer la dette et ses intérêts, le futur sera plus grand que le présent. Et pas juste un peu plus grand, exponentiellement plus grand. Plus de voitures fabriquées et vendues, plus de maisons construites, plus de salaires payés, plus de taxes et d'impôts perçus, plus de pétrole consommé, exponentiellement plus. Toujours PLUS !
         Or, s'il faut plus et toujours plus et que l'on a la certitude que rien ne peut croître pour toujours, comment croyez-vous que cela va se terminer ?
         Le résultat inévitable est simple : une immense partie de ce que l'on considère comme richesse va devoir disparaître, se volatiliser, parce qu'il y a trop de créances pour un futur dont le potentiel de croissance est trop faible. Alors, comment sortir de la dette ? Il y a trois moyens :

    1. La payer.

    Pour cela, il faut plus de productivité et plus de croissance, ce sera difficile dans un monde aux ressources finies. En alternative, on peut augmenter les revenus de l’État en augmentant les impôts, ce qui est rarement populaire, surtout si ceux-ci sont utilisés pour rembourser les intérêts de la dette et non à un investissement qui bénéficierait directement aux électeurs. Un autre moyen est de réduire les dépenses de l’État en mettant en place une politique d'austérité, mesure qui ne sera pas non plus très populaire. 

    2. Ne pas la payer (faire défaut).

    Le défaut est facile : on ne rembourse plus les dettes. Simple. Redoutablement efficace. Prenons un exemple. Un fonds de pension possède pour 10 milliards de créances sur la dette d'entreprises comme Nestlé, l'Oréal ou Siemens. Si ces entreprises font faillite, leur dette est en défaut et, après liquidation des actifs, admettons qu'elle ne vaut plus rien. Dans ce cas, les retraités liés à ce fonds de pension ont 10 milliards de moins à se partager entre eux. Et hop ! Résultat : leur niveau de vie ou leurs revenus baissent. Pour un pays quel qu'il soit, c'est une politique très difficile à suivre sur la durée, car ce pays deviendrait immédiatement un paria. Personne ne lui prêterait plus d'argent, personne ne voudrait plus faire du commerce avec les entreprises de ce pays, sauf moyennant payement comptant et à l'avance. Avec un défaut sur la dette, il n'y aurait plus de refinancement des dettes publiques, il n'y aurait plus de liquidités monétaires, et le pays s'arrêterait net, il n'aurait plus d'autre choix que de recréer sa propre monnaie à un taux de change très faible. C'est politiquement vite sans issue car cela implique un risque de chômage de masse, de grande misère, et laisserait la voie ouverte aux politiques les plus extrêmes.

    3. Imprimer la monnaie.

    C'est la solution la plus facile à court terme. C'est aussi celle qui entraîne les pires conséquences. Parce que les effets destructifs de cette politique sont repoussés dans le temps (lorsqu'ils seront le problème de quelqu'un d'autre), c'est ce que l'immense majorité des nations qui ont eu une grande dette ont fait et feront toujours, tout en clamant que cette fois, ce sera différent ! Mais comme les lois de la physique et les lois de l'économie sont les mêmes où que l'on se trouve, au Zimbabwe ou à Washington, ce ne sera pas différent ! L'impression massive de monnaie crée toujours une vague d'inflation. C'est ce qui arrive encore lorsque les liquidités artificiellement créées se diffusent dans l'économie, lorsque les États sont obligés de monétiser leurs dettes publiques et privées alors que personne ne veut plus les financer. C'est aussi une forme subtile de substitut à l'impôt. Les premiers effets seront, contre-intuitivement, une baisse des prix de certains actifs. Ceci est dû à la concurrence sévère qui se met en place entre producteurs et distributeurs pour rester en vie. On bradera les actifs : voitures, équipements, stocks, etc. Ce sera les soldes toute l'année. Au début, l'effet sur le pouvoir d'achat sera positif, mais vite, la masse monétaire augmentant, l'inflation va galoper. Les produits alimentaires et de première nécessité seront surtout ceux qui vont augmenter de manière rapide. Comme c'est déjà arrivé entre 1930 et 1933, on bradera alors sa voiture contre un peu de nourriture. En général, cela risque de coïncider avec une phase de stagflation durant laquelle l'économie a une croissance faible ou négative alors que sévit également une forte inflation d'origine monétaire. En phase finale, c'est la dégringolade dans l'hyper-inflation - paroxysme de l'inflation - qui se caractérise par une perte totale de la valeur de la monnaie, laquelle finit par ne plus servir de moyen d'échange parce que ses utilisateurs n'acceptent plus de l'utiliser dans leurs transactions courantes ni de l'économiser. Dans cette situation, c'est le troc et le marché noir qui se substituent à l'échange monétaire, pendant que l'économie s'effondre. Pierre Leconte, président du Forum monétaire de Genève, déclare à ce sujet le 20 décembre 2010 : "Les banquiers centraux de ces dernières décennies sont les plus grands faux-monnayeurs de l'histoire, et les États n'ont plus aucun moyen pour éviter la dépression hyper-inflationniste et l'écroulement de toutes les monnaies fiduciaires de papier, les unes après les autres, qui précédera, coïncidera avec, ou suivra la chute des actifs de papier (actions et obligations), fondés sur une pyramide de dettes gagées sur le néant qui a commencé de s'écrouler en Occident. Écroulement qu'aucune mesure keynésienne ne pourra stopper mais seulement repousser pour quelque temps, tout en aggravant son issue finale du fait même des manipulations supplémentaires employées pour retarder l'inéluctable." Le résultat de l'expansion du crédit est toujours un appauvrissement général. La thérapie contre l'hyper-inflation est que l’État reprenne le contrôle de l'économie par la nationalisation de l'économie. Cette thérapie est souvent vouée à l'échec à cause de la bureaucratie et de l'inexpérience de l’État dans la gestion de ces entreprises. En attendant, la population s'appauvrira considérablement entre pénuries, économie parallèle et marché noir. Ludwig von Mises donne une bonne image de la situation : "Recourir à l'inflation pour surmonter les difficultés passagères équivaut à brûler ses meubles pour se chauffer."

    Piero San Giorgio, Survivre à l'effondrement économique

    http://www.oragesdacier.info/

  • Jean-Marc Jancovici sur le changement climatique

    La commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale, présidée par M. Jean-Paul Chanteguet (SRC, Indre), a procédé, le mercredi 6 février, à l’audition de M. Jean-Marc Jancovici sur le changement climatique.

    Outre le fait qu’il maîtrise parfaitement son sujet, Jean-Claude Jancovici met un terme brutal au mythe “croissantiste” et au progressisme qui l’accompagne inéluctablement en montrant pourquoi et comment la croissance colossale que nous avons connu depuis deux siècles fut liée à la seule énergie disponible.

    Cette énergie voyant son flux se tarir irrémédiablement depuis une vingtaine d’années tandis que la population mondiale augmente, le PIB per capita est inéluctablement appelé à s’abaisser quels que soient les prodiges de la volonté.

    À partir de la cinquantième minute, une fois son exposé terminé, la parole est aux députés, qui pour la plupart révèlent la médiocrité de leur préoccupations au regard des évolutions objectives qui viennent de leur être soumises…

    http://fortune.fdesouche.com/

  • Bon pour la casse. Les déraisons de l’obsolescence programmée (Serge Latouche)

    Complément utile à l’excellent documentaire de Cosima Dannoritzer (1), le nouvel essai du non moins excellent Serge Latouche, théoricien de la décroissance, s’attaque à l’obsolescence programmée. Cette arnaque programme à l’avance la durée de vie des objets. La raison ? Simple, toujours la même : le pognon, faire un billet. Surtout dans les sociétés de croissance et son indicateur grotesque le PIB (plus il y a de catastrophes naturelles – HAARP inclus – et de soins liés à la violence, de pollution et de déchets, plus il y a de croissance et donc d’augmentation du même PIB). Dans Consciences sous influence, Stuart Ewen exposait la nécessité pour les industriels de trouver de nouveaux marchés afin de créer une demande à la hauteur de leur offre. L’obsolescence programmée (OP) répond à la même logique : si un objet est de bonne qualité, solide, bref durable, l’entreprise court à sa perte, crise et chômage s’y adjoignant. Il convient donc de s’organiser en cartels pour développer une industrie de la camelote dans une société de consommation pleine de sujets toxicos de ce système – ce qui n’empêche pas, pose Latouche, une crise industrielle de surproduction tous les dix ans environ (qui nécessite l’intervention des ordures du marketing). De préférence, de manière monopolistique pour que les concurrents n’aient pas la mauvaise idée de proposer des produits durables. Mais il importe quand même de maintenir la demande, en articulant l’escroquerie selon trois axes : la publicité, deuxième budget mondial (après l’armement) pour créer le désir de consommer, le crédit qui en donne les moyens, et l’OP qui renouvelle le besoin d’achat, surtout si réparer coûte plus cher que racheter.

    Latouche donne une définition triple de l’obsolescence : technique (dépassement par un produit de meilleure qualité), la seule à ne pas être fabriquée, psychologique (la « persuasion clandestine » via la pub et la mode), et planifiée / programmée (détérioration voulue dès la conception), spécifiquement états-unienne. Celle-ci ravivant la seconde et la frénésie ostentatoire. Et avec la manipulation de l’opinion, les trois formes d’obsolescence s’interpénètrent. La dimension psychologique est d’ailleurs prépondérante, car sans elle, l’opposition à l’OP serait probablement bien plus vivace. Autrefois, la consommation ostentatoire (type snob effect) était réservée à une élite (donc impactant peu sur la vie économique), comportement généralisé aujourd’hui avec le consommatisme. Les sociétés traditionnelles ont toujours fait obstacle à la dérive que nous connaissons. En outre, les objets manufacturés n’y étaient pas jetés mais réparés et transmis à travers les générations – ce que l’on ne fera pas avec la daube en bois aggloméré de chez Ikea. Jusqu’au milieu du 20ème siècle encore, cet esprit perdura : « Se perpétuait dans la vieille Europe une tradition de la qualité et du durable qui remontait aux corporations et aux guildes médiévales. Cette éthique survivait encore dans le premier capitalisme, celui des manufactures, qui précéda la révolution industrielle et se prolongea même au-delà. »

    Quand bien même l’Europe connut l’ancêtre de l’OP, on parlait alors d’adultération des produits, pour faire baisser les coûts et stimuler la demande. La défaillance volontaire des produits a toujours existé, explique Latouche, mais la rupture s’est produite au 19ème siècle, âge dit de l’ersatz (William Morris), pour connaître un véritable essor grâce aux découvertes scientifiques. La généralisation de l’esprit de commerce (ce fameux « doux commerce ») a entraîné une falsification massive des produits, notamment alimentaires, pour aboutir aujourd’hui à des dérives bien plus macabres : sang contaminé, prothèses mammaires défectueuses, armes foireuses, médicaments mortels.

    Mais l’OP sur les objets, telle que développée par Cosima Danoritzer, n’est pas l’achèvement de l’entourloupe. Latouche identifie cinq phases distinctes dans la poussée du jetable : « l’apparition du premier jetable dans le domaine des produits d’usage intime, la naissance du « modèle de Detroit » [le sloanisme de General Motors], le développement de l’obsolescence programmée proprement dite, l’avènement de la date de péremption ou le triomphe du nouveau jetable, et enfin l’obsolescence alimentaire. » Le nouveau jetable explose aujourd’hui, à l’heure de l’épuisement des ressources naturelles. Quant à l’obsolescence alimentaire, la surproduction de l’agriculture productiviste entraîne le gâchis d’un tiers à la moitié des denrées alimentaires, jetées avant même leur mise en rayon. Les responsables ? Industrie agro-alimentaire et chimique ainsi que les réglementations sanitaires bureaucratiques. Ceci, en dépit du fait que les produits périmés n’ont pas été démontrés comme toxiques ou nocifs, mais peu importe puisque le système des dates de péremption bénéficie avant tout au commerce. Peu importe que chaque jour en France, selon les chiffres avancés par Latouche, 50 000 tonnes de bouffe soient gâchées. Une fièvre du jetable qui ne s’arrêtera pas là, d’après le penseur de la décroissance, car après l’extension à des domaines comme les films et les livres, l’alimentaire, etc., c’est l’homme qui sera pensé comme jetable, ainsi que ses principes et institutions. Le tout-liquide.

    Cela n’empêche pas pour autant les collabos du turbocapitalisme de tapiner pour l’OP, présentée comme un moyen de réduire le chômage et donc d’assurer le bien-être social. L’OP est systémiquement cohérente avec la société consommatiste. Tout n’est certes pas à rejeter, nuance Latouche. En son avers, l’obsolescence programmée a permis des découvertes techniques et abaissé les coûts de production et facilité par là l’accès à de nombreux produits, mais en son envers elle a détruit de nombreux petits métiers. Par ailleurs, les nouveaux produits à racheter ne présentent pas toujours d’amélioration. Mais progressisme et fuite en avant obligent, la remise en cause, la proposition d’un autre paradigme n’ont pas droit de cité, bien au contraire au regard de domaines comme l’informatique : « Avec la loi de Moore, qui prévoit un doublement des capacités de traitement et de mémoire des ordinateurs tous les dix-huit mois et qui se vérifie depuis maintenant trente ans, l’obsolescence s’accélère. »

    Au bout du compte, nous sommes vraiment mal barrés, d’autant que l’OP est partie pour ne connaître de limites que celles de notre écosystème, tant pour les ressources naturelles que dans le recyclage des objets. Le constat résultant d’une économie de croissance, fondée sur la production-consommation, est accablant. Elle accélère l’épuisement de stocks de minerais non renouvelables et la quantité d’énergie supplémentaire utilisée. Nous n’arrivons plus à faire face à la quantité de déchets à traiter dans les décharges. Les portables sont jetés en moyenne tous les dix-huit mois et contiennent de fortes toxines biologiques permanentes rejetés dans l’atmosphère par leur combustion. En 2002 aux Etats-Unis, plus de 130 millions de portables ont été jetés. (2) Pourtant, de nombreuses possibilités alternatives existent. Par exemple, récupérer systématiquement les métaux précieux, privilégier la location de biens sur l’achat, penser les produits afin qu’au moment du recyclage, une grande partie de leurs composants puisse être à nouveau utilisée, etc.

    Dans d’autres secteurs, malgré l’échec du projet de maison jetable et la quenelle glissée aux Américains par les Soviétiques (du moins un temps), forte puissance sans OP, les résultats de la lutte contre l’obsolescence programmée restent faibles. Le consommateur qui veut faire l’OP buissonnière est victime du « colonialisme du pas de vis » : « la forme la plus banale et la plus fruste de la dépendance imposée étant l’incompatibilité d’une vis et d’un écrou de même calibre du fait d’une différence de pas… » Dans l’informatique par exemple, l’incompatibilité d’anciennes machines avec de nouveaux logiciels. Quant à une initiative comme la slow food, qui tente de sauver la production traditionnelle, elle subit l’hégémonie du lobby agroalimentaire qui utilise le codex alimentarius pour imposer ses normes. Enfin, en dernier lieu, lorsque la crise des ressources adviendra, Latouche prévoit que nous passerons sous contrôle ultra-étatisé, totalitaire.

    En conclusion, quel paradigme alternatif proposer ? Sans surprise (et tant mieux), Latouche préconise la décroissance. Il s’agit ici de revenir à un principe de bon sens tel qu’autrefois, avant le cancer sloaniste et l’OP : remplacer l’obsolescence par la durabilité, la réparabilité et le recyclage programmé des produits pour réduire notre empreinte écologique et revenir à un niveau raisonnable d’utilisation des ressources naturelles ; s’inspirer de la descente productive sur le modèle des villes en transition, à savoir autosuffisance énergétique et résilience. (3) Latouche précise, pour éviter toute caricature de sa position, que la décroissance n’implique pas de renoncer à des apports ou à la technologie. Il est question de redonner priorité aux besoins sur les désirs, ou encore d’opérer une gestion économe des biens non renouvelables. Un apport typique à conserver est pour lui la machine à laver. Mais il pourrait être judicieux, ajoute-t-il, de réfléchir sur son mode d’utilisation. Par exemple, des machines à laver à usage communautaire aux sous-sols des immeubles et sous surveillance, et plus largement partager l’usage des biens durables – ce qui permettrait de plus, complète Latouche, de renouer les liens collectifs. Et en dernier lieu, si l’on peut être plus que sceptique devant le souhait de Latouche de confier la gestion des ressources naturelles non renouvelables à une autorité planétaire (puis au FMI ou à la Banque mondiale tant qu’on y est), on pourra se montrer davantage enthousiaste à l’égard de son idée d’encoder une nouvelle « anthropo-cosmologie » : sortir de l’économie, réenchanter le monde, se réenraciner.

    http://www.scriptoblog.com

     

    Notes

    (1) Prêt à jeter, http://www.youtube.com/watch?v=J-XGn32vYQU .

    (2) Sur le sujet, voir l’essai Le téléphone portable, gadget de destruction massive, de l’excellent collectif anti-industriel grenoblois Pièces et main d’œuvre.

    (3) « Ce concept, emprunté à la physique en passant par l’écologie scientifique, peut être défini comme la permanence qualitative du réseau d’interactions d’un écosystème, ou plus généralement, comme la capacité d’un système à absorber les perturbations et à se réorganiser en conservant essentiellement ses fonctions, sa structure, son identité et ses rétroactions. »
  • Qui croit se payer l'Ours ?

    L'affaire GoodYear reprend des tours avec la lettre ironique du patron de Titan Int'l Inc. à M. Montebourg, que personne ne lit dans le texte. Si ce courrier dénonce l'extravagance des positions de la CGT d'Amiens Nord, débinée maintenant par la CFDT, il se paie carrément la tête du ministre français - et ça nul ne le souligne - en faisant exploser la contradiction d'un libre-échange sans frein opposé à la légitime conservation de l'emploi industriel. Il y dit avoir claqué des millions en lobbying pour faire passer des lois anti-dumping aux Etats-Unis contre les fabricants de pneus chinois et se rit de proclamer qu'ayant réussi, c'est l'Etat américain qui en retour encaisse les droits de douane.
    Quand il se dit prêt à acheter une usine indienne ou chinoise où les ouvriers sont payés un dollar de l'heure, c'est une boutade qui passe inaperçue pour les abrutis. Il veut souligner d'abord que la politique de l'OMC conduite par les occidentaux mène à ce genre de stupidité qui finira par crever les propres usines nationales du premier manufacturier mondial, Michelin. M. Montebourg est donc invité à faire des représentations auprès de la Commission européenne pour que soient dressées sans retard des barrières tarifaires à l'invasion de pneus chinois subventionnés, avant de songer à "discuter" avec un repreneur qui sera submergé par les produits asiatiques.

    Nul doute que sa lettre a circulé dans les milieux d'affaires. C'est envoyé. Par une grande gueule certes ; mais pas si faux ! TITAN c'est aussi 1.486.998.000 dollars de ventes 2011 en pneus agricoles, miniers et tout-terrain, et un résultat d'exploitation de 132.173.000 dollars pour la même année (cf. comptes annuels). Nous aimerions avoir quelques grandes gueules dans son genre par chez nous. Voici la lettre originale selon le fac-simile des Echos.



    February 8, 2013


    Mr Arnaud Montebourg
    Ministere du Redressement Productif
    139 rue de Bercy
    Teledoc 136
    75572 Paris Cedes 12


    Dear Mr. Montebourg:

    I have just returned to the United States from Australia where I have been on the past few weeks on business; therefore, my apologies for not answering your letter dated 31st January 2013.

    I appreciate your thinking that your Ministry is protecting industrial activities and jobs in France. I and Titan have a 40-year history in buying closed factories and companies, losing millions of dollars and turning them around to create a good business, paying good wages. Goodyear tried for over four years to save part of the Amiens jobs that are some of the highest paid, but the French unions and French government did nothing but talk.

    I have visited the factory a couple of times. The French workforce gets paid high wages but works only three hours. They get one hour for breaks and lunch, talk for three, and work for three. I told this to the French union workers to their faces. They told me that's the French way!

    You are a politician so you don't want to rock the boat. The Chinese are shipping tires into France - really all over Europe - and yet you do nothing. the Chinese government subsidized all the tire companies. In five years, Michelin won't be able to produce tires in France. France will lose its industrial business because its government is more government.

    Sir, your letter states you want Titan to start a discussion. How stupid do you think we are? Titan is the one with money and talent to produce tires. What does the crazy union have ? It has the French government. The French farmer wants cheap tire. He does not care if the tires are from China or India and governments are subsidizing them. Your government doesn't care either. "We're French !"

    The U.S. government is not much better than the French. Titan had to pay millions to Washington lawyers to sue the Chinese tire companies because of their subsidizing. Titan won. The government collects the duties. We don't get the duties, the government does.

    Titan is going to buy a Chinese tire company or an Indian one, pay less than one Euro per hour and ship all the tires France needs. You can keep the so-called workers. Titan has no interest in the Amien North factory.

    Best regards,

    (signé)
    Maurice M. Taylor, Jr.
    Chairman and CEO

    MMT/jb

    TITAN INTERNATIONAL INCORPORATED
    2701 SPRUCE STREET * QUINCY, ILLINOIS 62301
    (217) 228-6011 * FAX (217) 228-3166

    Pour mémoire, Titan annonçait en 2009 l'ouverture de négociations avec Goodyear pour le rachat du site d'Amiens, après avoir racheté l'usine GY de Freeport (Ill.) en 2005 :

    September 23, 2009 11:21 AM Eastern Time
    Titan International Inc. Signs Letter of Intent with Goodyear Tire & Rubber Co.
    QUINCY, Ill.--(BUSINESS WIRE)--Titan International Inc. announces today that it has signed a letter of intent with The Goodyear Tire & Rubber Company to purchase certain farm tire assets, including the Goodyear Dunlop Tires France (GDTF) Amiens North factory. This agreement is non-binding and will be subject to GDTF’s satisfactory completion of a social plan related to consumer tire activity at the Amiens North facility, along with completion of due diligence, a definitive acquisition agreement and other standard acquisition approval requirements.

    “Titan maintains its focus and specialty in the farm and off-the-road wheel and tire business,” said Titan Chairman and CEO Maurice M. Taylor Jr. “We hope GDTF can come to an expedient arrangement with the Central Works Council in France. If this can be done, the process will move forward.”

    Titan fabrique déjà pour la marque Goodyear aux Etats Unis. La CGT Amiens (Michael Wamen) veut attaquer en justice au niveau mondial les accords passés entre ces deux manufacturiers. Qui va payer les avocats ?
    Fermez le ban.

    http://royalartillerie.blogspot.fr/

  • La république va-t-elle asphyxier l’armée française ?

    Défense : le livre blanc prépare un tsunami pour les armées

    Nouveau retard de quelques semaines du livre blanc qui est désormais attendu vers la fin mars, début avril. C’est en ce moment que les décisions sont prises sur l’avenir des armées. Mais les dépenses de défense vont passer sous la barre des 1,3 % du PIB, selon nos informations.

    En sport, quand on dit qu’on est dans le "money time", il s’agit en général des dernières minutes de jeu où chaque possession de ballon devient cruciale et où les joueurs clés sont censés s’exprimer. Aujourd’hui, on est exactement là pour le nouveau livre blanc sur la défense, qui devrait avoir un nouveau (léger ?) retard et est attendu désormais fin mars, début avril, selon des sources concordantes, en dépit du récent coup de gueule de François Hollande qui attend le plus rapidement possible cet ouvrage censé décaper toute la doctrine française en matière de défense... sous la contrainte financière. Car c’est le paramètre central de ce nouvel ouvrage, n’en déplaise à ceux qui disent le contraire. "Nous avons un outil opérationnel performant et jalousé même si nos armées ont bien sûr des lacunes, une industrie de l’armement parmi les meilleures au monde, qui emploie des salariés non délocalisables et nous allons vraisemblablement tout casser", regrette un général interrogé par "La Tribune".

    Un tsunami pour les militaires

    Le diplomate Jean-Marie Guéhenno, spécialiste des opérations de maintien de la paix à l’ONU jusqu’en 2008, est en train de terminer une deuxième version du livre blanc. Le conseiller spécial du ministre de la Défense, Jean-Claude Mallet, le rival de Jean-Marie Guéheno depuis le lancement de la rénovation de la doctrine française en matière de défense par François Hollande, va de son côté compléter la partie de Jean-Marie Guéhenno, qui s’est principalement intéressé à la partie générale, notamment tout ce qui concerne la géopolitique, explique-t-on à La Tribune. Jean-Claude Mallet, qui lui connait toutes les arcanes et les ficelles de ce grand ministère, s’attaquera aux contrats des armées. Le coeur du sujet pour les militaires, très inquiets sur leur avenir et sur leurs futures missions.

    C’est ce tandem (Guéhenno-Mallet), qui a été vendu à François Hollande. En tant que chef des armées, le validera-t-il ? Lui qui a connu son heure de gloire dans les rues de Tombouctou acclamé par des milliers de Maliens libérés du joug des islamistes. Car ce qui se prépare est un tsunami grandeur nature pour l’armée et, par ricochet, pour les industriels de la défense. Pourtant, "là où il y a une volonté, il y a un chemin" avait expliqué Lénine. Car comme le rappelle très justement l’ancien chef d’état-major des armées (2006-2010), le général Jean-Louis Georgelin : "la dépense publique, en France, représente 56 % du PIB. Quand on enlève 1,5 % pour la défense, il reste 54,5 %. Sans doute y a-t-il, dans cette masse, des marges de manoeuvre à explorer". Mais l’armée "n’est pas un enjeu électoral et n’apporte aucune voix lors des élections", regrette un autre général.

    La trajectoire Y, l’arme fatale ?

    Selon la trajectoire Y (nom de code du futur montant global des crédits ventilés lors de la prochaine loi de programmation militaire, qui va mettre en musique les orientations du Livre blanc), les dépenses de défense vont passer sous la barre des 1,3 % du PIB, selon une source proche du dossier. A l’origine, il y avait trois hypothèses de trajectoire et deux d’entre elles ont fusionné. D’où la trajectoire Y. La Loi de programmation militaire (LPM) extrêmement dure est bien pire que ce qu’avait imaginé cet automne le chef des armées, l’amiral Edouard Guillaud. "En 2012, il est de 1,55 %. A l’horizon de 2015, il dépassera à peine 1,3 %". la direction générale de l’armement (DGA) travaille elle aussi sur une trajectoire permettant de ne pas casser l’outil, explique-t-on à La Tribune. En utilisant les méthodes très classiques plutôt qu’une rupture : étalements des programmes et réduction des cibles, notamment. Pour les militaires, cela va être cataclysmique, estime-t-on dans les armées, qui se réjouissent de la démonstration du succès opérationnel de l’opération Serval au Mali, qui a mis end éroute les terroristes islamistes.

    Le Mali aura-t-il un impact sur le Livre blanc ?

    Une telle opération aura-t-elle un impact sur la rédaction du Livre blanc ? A la marge oui. Elle a notamment permis de faire taire (une bonne fois pour toute ?) les partisans de la suppression de tout ou partie de l’armée de terre (remplacée par des forces spéciales) et des forces prépositionnées, qui ont été lors de cette opération cruciales pour la réussite de Serval basée sur la rapidité d’intervention. "La manoeuvre aéroterrestre, dans un cadre d’une opération interarmée, est au coeur de la victoire, rappelle un collectif d’officiers à La Tribune. Cette victoire mérite d’autant plus d’être soulignée qu’à l’annonce du retrait d’Aghanistan, d’aucuns - entonnant les couplets éculés de la guerre à distance ou de la guerre zéro mort - chantaient un peu rapidement la fin des interventions terrestres". Et de préciser que Serval "ce sont des Rafale et plusieurs milliers de soldats engagés à terre à bord de plus de 200 engins de combat, de l’hélicoptère Tigre au char AMX 10 RC, en passant par toute la gamme des équipements blindés à roues".

    Serval a également permis de rappeler à certains que "l’opération au Sahel nous rappelle - s’il fallait - que l’espace méditerranéen reste dangereux : les explosions de violence s’y multiplient sans que leur caractère contagieux soit aisément prévisible". Enfin, l’opération au Mali sera-t-elle la dernière fois que les militaires français entrent en premier sur un théâtre d’opération ? Certains le souhaitaient. "Si d’aucuns, à l’occasion des travaux de préparation du nouveau livre blanc, n’hésitaient pas à s’interroger sur la nécessité de cosnerver les capacités d’entrée en premier et d’être nation cadre, les événements ont répondu à leurs questions", estiment ces officiers. Et de préciser que "l’opération Serval a confirmé l’aptitude à ouvrir un nouveau théâtre, dans l’urgence, avec une entrée en premier et dans unc adre pour l’instant presque strictement national. Condition de l’excellence, l’entrée en premier est un gage de crédibilité vis-à-vis de nos alliés, la reconnaissance explicite qu’il faut toujours compter avec la puissance française".

    Et maintenant ?

    Les quatre chefs d’état-major vont maintenant rapidement négocier les futurs contrats des armées. Ces derniers préciseront les missions qui seront affectées aux trois armées. Que vont-ils faire ? Faire une coalition pour ensemble gagner des marges de manoeuvres, comme le souhaitent les militaires, ou continuer à jouer "perso" pour favoriser leur arme. Que va faire l’amiral Guillaud, très fragilisé par le pouvoir en place (Elysée et Hôtel de Brienne) ? Mis à l’écart des briefings tenus à haut niveau pour l’opération Serval et exclu des travaux du Livre blanc, va-t-il être tenté par une sortie par le haut en ne souhaitant pas assumer la responsabilité d’une paupérisation des armées ? On est en plein dans le "money time"...

    La Tribune   http://www.actionfrancaise.net

  • Exclues, les nouvelles classes populaires s'organisent en "contre-société"

    Le malaise français ne serait donc qu'un bégaiement de l'histoire, un processus connu qui, en temps de crise, conduit inexorablement les classes populaires vers le populisme, la xénophobie, le repli sur soi, la demande d'autorité. Cette analyse occulte l'essentiel, le durcissement de l'opinion est d'abord le fruit d'une mise à distance radicale des classes populaires. En effet, pour la première fois dans l'histoire, les classes populaires ne sont pas intégrées au projet économique et social des classes dirigeantes. La nouvelle géographie sociale permet de révéler ce bouleversement. Après trois décennies de recomposition économique et sociale du territoire, le constat est redoutable. Contrairement à ce qui a toujours prévalu, les classes populaires ne résident plus "là où se crée la richesse", mais dans une "France périphérique" où s'édifie, à bas bruit, une "contre-société".

    Des marges périurbaines des grandes villes jusqu'aux espaces ruraux en passant par les petites villes et villes moyennes, c'est désormais 60 % de la population qui vit à la périphérie des villes mondialisées et des marchés de l'emploi les plus dynamiques. Cette "France périphérique" représente désormais un continuum socioculturel où les nouvelles classes populaires sont surreprésentées. Sur les ruines de la classe moyenne, des catégories hier opposées, ouvriers, employés, chômeurs, jeunes et retraités issus de ces catégories, petits paysans, partagent non pas une "conscience de classe" mais une perception commune des effets de la mondialisation et des choix économiques et sociétaux de la classe dirigeante.

    Une vision commune renforcée par le sentiment d'avoir perdu la "lutte des places" en habitant dorénavant très loin des territoires qui "comptent" et qui produisent l'essentiel du PIB national. Deux siècles après avoir attiré les paysans dans les usines, les logiques économiques et foncières créent les conditions de l'éviction des nouvelles classes populaires des lieux de production ; comme un retour à la case départ. Si les ouvriers étaient hier au coeur du système productif et donc dans les villes, les nouvelles classes populaires sont désormais au coeur d'un système redistributif de moins en moins performant.

    MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT MÉTROPOLITAIN

    Pour produire les richesses, le marché s'appuie désormais sur des catégories beaucoup plus compatibles avec l'économie-monde. L'analyse de la recomposition socio-démographique des grandes métropoles, c'est-à-dire des lieux du pouvoir économique et culturel, nous renseigne sur le profil de ces populations.

    Depuis vingt ans, le renouvellement de ces territoires est en effet porté par une double dynamique : de "gentrification" et d'immigration. Dans toutes les grandes villes, les catégories supérieures et intellectuelles ont ainsi investi l'ensemble du parc privé, y compris populaire, tandis que les immigrés se sont concentrés dans le parc social ou privé dégradé. Economiquement performant, le modèle de développement métropolitain porte les germes d'une société inégalitaire puisqu'il n'intègre plus que les extrêmes de l'éventail social. Sans profiter autant que les couches supérieures de cette intégration aux territoires les plus dynamiques, les immigrés bénéficient aussi de ce précieux capital spatial.

    Habiter dans une métropole, y compris en banlieue, n'est pas une garantie de réussite, mais représente l'assurance de vivre à proximité d'un marché de l'emploi très actif et de l'offre sociale et scolaire la plus dense. Dans une période de récession économique et de panne de l'ascenseur social, l'atout est remarquable. Aveuglé par la thématique du ghetto et par les tensions inhérentes à la société multiculturelle, on ne voit d'ailleurs pas que les rares ascensions sociales en milieu populaire sont aujourd'hui le fait de jeunes issus de l'immigration. Cette bonne nouvelle a beaucoup à voir avec leur intégration métropolitaine.

    Inversement, sur les territoires de la France périphérique, les champs du possible se restreignent. Cette France des fragilités sociales, qui se confond avec celle des plans sociaux, cumule les effets de la récession économique mais aussi ceux de la raréfaction de l'argent public.

    L'augmentation récente du chômage dans des zones d'emploi jusqu'ici épargnées, notamment de l'Ouest, est le signe d'une précarisation durable. La faiblesse des mobilités résidentielles et sociales est un indicateur de cette incrustation. Dans ce contexte, la baisse programmée des dépenses publiques, sur des espaces pourtant moins bien pourvus en équipements publics, contribue non seulement à renforcer la précarisation sociale mais aussi à accélérer le processus de désaffiliation politique et culturelle.

    A ce titre, le renforcement de la fracture scolaire semble obérer l'avenir. L'accès à l'enseignement supérieur et plus généralement la formation des jeunes ruraux sont déjà inférieurs à ceux des jeunes urbains.

    Aujourd'hui, le risque est de voir cette fracture scolaire se creuser entre l'ensemble de la France populaire et périphérique et celui de la France métropolitaine. Le contexte social et culturel britannique est autre, mais on ne peut être indifférent au projet alarmant du ministre de l'éducation nationale anglais, David Willets, qui évoque dorénavant la nécessité de mettre en place une politique de discrimination positive en direction des jeunes Blancs de la working class, dont le taux d'accès à l'université est en chute libre.

    FORMATION DES JEUNES RURAUX

    Ces informations, qui sont autant d'indicateurs de la recomposition des classes populaires en France et en Europe, soulignent aussi l'impasse dans laquelle sont désormais bloquées ces catégories. Si les suicides récents de chômeurs en fin de droits permettent de mesurer l'intensité de la désespérance sociale, ils ne doivent pas nous faire conclure à la "fin de l'histoire" des classes populaires ; celle-ci se poursuit par des chemins détournés.

    Exclues du projet économique global, les classes populaires surinvestissent le territoire, le local, le quartier, le village, la maison. On se trompe en percevant cette réappropriation territoriale comme une volonté de repli, ce processus est une réponse, partielle mais concrète, aux nouvelles insécurités sociales et culturelles.

    Il est d'ailleurs frappant de constater que cette recherche de protection, de frontières visibles et invisibles est commune à l'ensemble des classes populaires d'origine française ou immigrée. C'est d'ailleurs dans ce sens qu'il faut lire le retour de la question identitaire dans la jeunesse populaire, aussi bien en banlieue que dans la France périphérique.

    Si ces évolutions contredisent le projet d'une société mondialisée et multiculturelle apaisée, elles révèlent aussi, en milieu populaire, et quelle que soit l'origine, la construction de nouvelles sociabilités. Loin du champ politique, c'est une contre-société qui s'organise, par le bas.

    Christophe Guilluy http://www.voxnr.com

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/19/exclues-les-nouvelles-classes-populaires-s-organisent-en-contre-societe_1835048_3232.html

  • La bulle des gaz et pétrole de schiste va bientôt éclater

    L’extraordinaire progression de la production de gaz et pétrole de schiste aux États-Unis génère un questionnement dans tous les pays qui disposent de grandes quantités de cet hydrocarbure : faut-il se lancer dans ce nouveau type de production pour réduire notre facture énergétique ?

    En 5 ans, la production d’hydrocarbures de schiste y a été multipliée par 14 pour le gaz et par 5 pour le pétrole. Cela représente une progression considérable qui ne manque pas d’attirer les regards et de provoquer une frénésie dans de nombreuses régions du monde.

    Mais l’expérience américaine offre de bonnes indications sur ce qu’implique une telle politique énergétique et sur sa durabilité. En effet, il est déjà question d’une «bulle» prête à éclater et nous allons voir pourquoi.

    Évolution de la production de “tight oil” aux États-Unis

    Il y a un an, j’écrivais un article donnant quelques éléments techniques pour comprendre les contraintes d’exploitation de ces hydrocarbures. Aucun des problèmes évoqués alors n’a été vraiment résolu. Bien au contraire, de nouveaux sont apparus, remettant en cause de manière quasi certaine les perspectives optimistes que l’on trouve dans les communications officielles sur le sujet.

    L’eau de fracturation

    J’avais déjà commenté le problème de l’eau en juillet 2012, pendant qu’une terrible sécheresse sévissait aux États Unis. En 2012, 150 millions de tonnes d’eau douce ont été utilisées pour la fracturation, soit la consommation annuelle de 3 millions de personnes (moyenne de consommation mondiale). Aujourd’hui, l’utilisation d’eaux toxiques, contaminées ou d’eau désalinisée est envisagée.

    Le sable

    C’est fin septembre 2012 qu’ont été réunis tous les acteurs impliqués dans la production, la logistique et la consommation du sable de fracturation pour tenter de répondre aux enjeux auxquels ils sont confrontés. La consommation de sable est passée de 6,5 à 30 millions de tonnes entre 2009 et 2011 et la demande pourrait atteindre 38 à 50 millions de tonnes en 2017 (voir graphique ci-dessous). Le défi est colossal et les infrastructures à mettre en place également. Près de 100 carrières ont été ouvertes à travers les États-Unis en deux ans. Le nombre important de convois routiers abîme les routes, augmente le nombre d’accidents et la pollution. Enfin, les investissements nécessaires pour un transport ferroviaire adéquat vont coûter 148 milliards de dollars avant 2028 pour remplir les objectifs.

    Évolution de la demande de sable de fracturation aux États-Unis

    L’amplification du phénomène «shale oil&gas» va coûter très cher en infrastructures, en coûts environnementaux et en nuisances diverses.

    Déclin imminent de la production

    Le boom des hydrocarbures de schiste commence à montrer ses premiers signes de faiblesses. Au-delà des différentes contraintes que nous venons d’évoquer, une autre semble encore plus importante et problématique : réussir à stabiliser la production nationale, alors que le taux de déclin ne cesse d’augmenter.

    Contrairement aux hydrocarbures conventionnels, les pétroles et gaz de schistes doivent être considérés comme non-conventionnels, car ils doivent être extraits grâce à la technique de fracturation hydraulique. Or, avec ce procédé, la production est maximale au moment de la fracturation puis elle diminue généralement de 70% à 80% la première année (voir graphique ci-dessous). Au bout de quatre années, elle ne représente plus que 5% à 15% de la production initiale. Autrement dit, le taux de déclin de chaque puits est extrêmement élevé.

    Évolution typique de la production d’un puits du Bakken

    A cause de la généralisation de ce type d’exploitation, le taux de déclin de la production américaine de gaz est passé de 23 % à 32 % par an, en 10 ans. Il faut donc forer davantage de puits chaque année, simplement pour compenser le déclin des puits qui produisent actuellement.

    Hausses des besoins en investissements

    La conséquence directe de ce phénomène, c’est une croissance exponentielle des investissements nécessaires pour simplement stabiliser la production et un risque accru de voir la production décliner rapidement en cas de diminution des forages par certains opérateurs. Or, c’est ce qui risque de se passer dans les mois qui viennent puisque, selon Arthur E. Berman, le prix actuel du gaz ne permet pas de supporter l’ensemble des coûts réels et certains opérateurs devront ralentir leur activité.

    Exagération des chiffres

    Berman, après avoir modélisé la production de milliers de puits dans les régions productrices, a également déterminé que les réserves exploitables ne représentaient en réalité que la moitié des chiffres annoncés par les opérateurs, car ceux-ci ont été gonflés par un taux de récupération bien supérieur à ce qui est constaté sur le terrain. D’après ses travaux, la durée de vie moyenne d’un puits dans le Barnett (Texas) est de 12 ans et non pas de 50 ans comme annoncé, là-encore, par les opérateurs.

    Limitation du nombre de forages

    A tout cela, s’ajoute la contrainte spatiale, puisque sur un territoire donné, il n’est pas possible de dépasser un certain nombre de forages. Une fois ce nombre atteint, le maximum de la production est atteint et celle-ci s’effondre. Pour le Bakken par exemple, qui représente la moitié de la production totale de pétrole de schiste aux US, le pic pourrait être atteint entre 2013 et 2017 (voir p. 45).

    Emplacement des forages dans le Bakken

    Comment aggraver une situation déjà catastrophique !

    Des centaines de milliards auront été investis dans cette aventure et comme le reste de la dette américaine, ils ne seront jamais remboursés. Les investissements sont réalisés sur la base d’une production qui va s’amplifier or, le prix de vente du gaz est inférieur au coût réel et la production va probablement décliner dans les mois qui viennent. Nous pouvons donc craindre l’éclatement de cette nouvelle bulle, basée sur une exagération de tous les paramètres et une sous-estimation des contraintes globales.

    Malheureusement, la perspective (mensongère) de 100 années d’approvisionnement en gaz provoque déjà une modification structurelle avec un renouvellement des véhicules pour des moteurs fonctionnant au gaz, l’équipement des stations services, le remplacement des chaudières etc.

    Cette situation présente un très fort risque pour les Étasuniens, car lorsque la bulle va éclater, la production va rapidement décliner, les prix du gaz vont augmenter très fortement et de nombreux investissements auront été effectués, principalement financés par l’endettement, pour s’adapter à une énergie qui ne sera plus disponible. Le fantasme d’une indépendance énergétique qui n’interviendra probablement pas, risque d’entraîner les citoyens américains dans une impasse et une situation encore plus grave qu’elle ne l’est actuellement.

    Cet article est adapté du rapport “l’Europe face au pic pétrolier“.

    Un avenir sans pétrole ?

    http://fortune.fdesouche.com/

  • Olivier Delamarche : « Ce n’est pas une guerre des monnaies, ce sont les monnaies qui s’effondrent »

    Olivier Delamarche, du groupe Platinium Gestion, le 19 février 2013 sur BFM Radio, met les points sur les i, dans l’émission “Intégrale Placements“, face à Guillaume Sommerer et Cédric Decoeur.

    « Le Japon est en récession pour le troisième trimestre consécutif. Les États-Unis ont annoncé un PIB négatif alors que Mr Bernanke n’a pas freiné la planche à billets. Il n’est absolument rien sorti du G20. »

  • Allocs : et un coup de plus contre la famille !


    Moi qui commençais presque à m’inquiéter : petite forme, au gouvernement… Neuf mois qu’il est là et il n’a toujours pas touché aux allocations familiales !

    C’est simplement que la famille, ce n’est pas un chantier de démolition comme les autres, sur lequel on va avec une grosse pelleteuse. C’est un discret jeu de mikado. On enlève doucement, un par un, tous les éléments, et tant que tout ne s’est pas effondré, cela passe presque inaperçu.

    Après le mariage, voici donc venir le porte-monnaie. On nous l’explique doctement, la branche Famille de la Sécurité sociale est en déficit (2,5 milliards en 2012). En oubliant de préciser, comme le note Dominique Marcilhacy de l’Union des Familles en Europe, que si cette branche est en déficit c’est qu’on l’y a mise artificiellement pour pouvoir, ensuite, la prier vertement de se serrer la ceinture. Une technique bien pratique, éprouvée par tous les gouvernements depuis 20 ans, et qui a permis de priver les caisses d’allocations familiales de 16 milliards d’euros de recettes annuelles. La dernière fois, c’était en 2011, quand on lui a demandé de prendre à sa charge 4,8 milliards de dépenses jusque-là logiquement assumées par la branche vieillesse.

    Ce petit tour de passe-passe opéré, on se gratte la tête pour trouver des sous : bon sang mais c’est bien sûr ! Soumettons donc les prestations familiales à l’impôt sur le revenu ! L’imposition des prestations familiales rapporterait environ 800 millions à l’État. 2,6 millions de familles seraient touchées, dont plus de la moitié deviendrait ainsi imposable. Pour une famille de trois enfants, le surplus d’impôt serait ainsi de 540 € par an. Un procédé « redistributif » des familles nombreuses dites « aisées » vers les familles pauvres.

    Une autre solution « redistributive », évoquée elle aussi, serait de soumettre les allocations familiales à conditions de ressources, comme on le fait déjà pour nombre de prestations. En sautant à pieds joints, cela va sans dire, sur l’objet même des allocs qui n’est pas de faire de la redistribution mais de soutenir la natalité, et donc d’aider tous les parents, sans distinction, à maintenir leur niveau de vie à l’arrivée d’un nouvel enfant.

    Tout cela, à terme, permettrait donc de rééquilibrer le budget « famille » de la Sécurité sociale… et peut-être même, qui sait, quand les tensions se seront un peu apaisées de financer tranquillement PMA et GPA. Mieux que la redistribution des richesses, la redistribution des bébés !

    Naturellement, pour que cette réforme passe sans trop de grincements de dents, il va falloir faire un peu de pédagogie. Comme d’habitude. Via les médias, comme d’habitude. J’imagine par exemple un reportage au 20 heures dans un appartement cossu de l’ouest parisien. Ambiance commode Louis XVI dans le salon et Mercedes dans le garage. Les trois enfants sont bronzés, c’est normal, ils reviennent d’un safari en Tanzanie. Quand on évoque les allocations familiales, la mère, qui ressemble vaguement à Liliane Bettencourt, passe la main dans son brushing Dessange : ils seraient tout à fait prêts à y renoncer… Pour être francs, ils n’en ont pas vraiment besoin. Ce n’est pas beau ça ?

    Alors, bien sûr, il y aura toujours des ronchons. Les familles XXL par exemple, pour lesquelles les allocations familiales rentrent substantiellement et structurellement dans la composition des revenus. Enfin, ceux-là n’étaient pas forcés, avec tous les moyens modernes à leur disposition, de se reproduire comme des lapins. Il y a un moment où il faut être citoyen responsable, on ne va pas non plus assumer toutes leurs gaudrioles.

    Et puis surtout, les éternels « au-dessus-du-seuil » (l’allocation rentrée scolaire ? Ah non, vous êtes au-dessus du seuil ! L’allocation logement ? Pas de bol, au-dessus du seuil ! La prestation d’accueil jeune enfant ? Dommage… au-dessus du seuil !). Mais pour eux, je vous rassure, on ne se fait aucun souci. Ce qui est très confortable avec la classe moyenne, c’est qu’elle râle toujours un peu au début, mais finit toujours par encaisser.

    À moins que, cette fois, elle soit au-dessus du seuil… de tolérance ?

    Gabrielle Cluzel

    http://fr.altermedia.info

  • Jean Luc Mordoh sur la sortie de l’Union européenne

    Jean-Luc Mordoch, entrepreneur, a été reçu au Cercle Aristote, pour nous parler de sa pièce de théâtre : Comment sortir de l’Europe sans sortir de table"


    Jean Luc Mordoh sur la sortie de l'Union... par webtele-libre

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