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Europe et Union européenne - Page 1009

  • Autour du legs pragmatique de Thatcher

    130420Au lendemain de la disparition de Margaret Thatcher, on pouvait, on devait s'attendre aux pires commentaires, aux pires goujateries de la part de la gauche française. Il paraît inutile à ce jour de les recenser, ni même de décerner des palmes. Nous les avons suffisamment subies.

    Certes on a pu observer une fois encore la méprisable performance, franchement haineuse, de Jacques Attali. Conseiller calamiteux des nationalisations ruineuses de 1982, l'indiscret (1)⇓ collaborateur de Mitterrand ne semble même pas avoir compris combien son patrons'était employé lui-même à rétablir, par ailleurs, la relation franco-britannique.

    L'histoire pourra retenir par exemple que c'est à l'initiative de la défunte Lady, chef du gouvernement de Sa Gracieuse Majesté, que fut prise en commun la décision de réaliser la liaison Trans Manche. Rappelons à cet égard que ce projet séculaire remontait aux utopies des saint-simoniens, rêvant eux-mêmes d'inscrire l'Entente cordiale entre Londres et Paris dans la constitution.

    Avec le thatchérisme les choses ne tarderont pas : au traité signé en 1987, répondra dès 1994 l'ouverture commerciale d'un tunnel de 50 km comportant sur 37 km le tronçon sous-marin le plus long de la planète.

    On s'empresse évidemment de gommer cette partie de l'héritage. On la juge sans doute trop concrète dans un pays où l'idéologie pèse beaucoup plus que les acquis positifs, même lorsque, en l'occurrence, les conséquences irréversibles en resteront incalculables.

    De la sorte, on a sorti de la boîte de faire peur tout ce qui déplaît à la bien-pensance de gauche et aux rêveries trompeuses de l'Hexagone. On a fait appel aussi bien aux souvenirs déformés de sa lutte contre les monopoles des bureaucraties syndicales pour moderniser l'économie de son pays, qu'aux sympathies que nous éprouvons instinctivement, en France, comme aux États-Unis, pour la cause irlandaise – au point d'oublier que les méthodes de l'IRA relèvent du terrorisme le plus odieux.

    Les vertes prairies d'Érin, les brumes sacrées de Tristan et Iseult sont ici allègrement confondues, pour les besoins de cette basse polémique aux mares rouges du sang d'un déchirement qui oppose les deux îles depuis qu'au XVIe siècle Henri VIII s'est voulu roi en Irlande.

    Idem aux îles Falkland – ainsi les nommait-on dans tous nos atlas jusqu'en 1982 : au lieu de mesurer avec respect la dernière puissance européenne à se préoccuper de posséder une Marine, au lieu de tirer les leçons techniques d'une expédition exemplaire, on s'est amusé à Paris à les rebaptiser Malouines comme si le tango argentin y représentait, contre la volonté des habitants, la danse indigène. On la pense sans doute susceptible d'effacer de l'Histoire un certain 30 mai 1431 : telle demeure la seule date dont notre éducation nationale étatique s'image encore capable de transmettre le flambeau. On peut pardonner aujourd'hui aux Dominicains qui condamnèrent l'héroïne d'Orléans et de Patay et on peut sans honte fleurir les nobles souvenirs des ducs de Bourgogne.

    À Bruges  (2)⇓ Margaret Thatcher avait prophétisé en 1988 ce qu'aurait pu rechercher l'Europe. Nous devons malheureusement, depuis, à l'influence des technocrates et des politiciens français, à Delors et Pascal Lamy, le traité de Maastricht en 1991, à Juppé celui de Nice en 1999, à Giscard le projet constitutionnel rejeté en 2005 devenu traité de Lisbonne. Sous le poids de ces nuisances la trajectoire de ce qu'on appelle l'union européenne s'est éloignée, et persiste hélas à diverger, de plus en plus, de l'idéal fondateur. La palme revint à Chirac et aux bureaucraties syndicales de l'Hexagone qui imposèrent en 2000 à la présidence allemande le retrait des racines chrétiennes de l'Europe, en relation avec la candidature de la Turquie.

    Ce que notre classe politique, la plus compétente du monde pour sûr, et les perroquets médiatiques ont omis de comparer devrait faire réfléchir.

    Dans les années 1970 en effet l'Angleterre pataugeait dans le marasme de 30 ans de travaillisme. En regard, la France connaissait, au contraire, une prospérité que la crise de 1968 avait à peine ébranlée. Les réformes décidées et appliquées par le gouvernement de Margaret Thatcher entre 1979 et 1990, peuvent être mises en balance avec les décisions catastrophiques de la double présidence Mitterrand : retraite à 60 ans, première réduction du temps de travail à 39 heures et 5 semaines de congés payés, lois Auroux et nationalisations massives. À la même époque le ministre communiste des transports instituait un comité central d'entreprise à la SNCF au bénéfice de la CGT, et au détriment du fonctionnement jusqu'alors convenable de notre chemin de fer.

    Sur la longue durée, impulsion et redressement d'une nation d'un côté de la Manche, effondrement de l'autre. À la différence – non négligeable évidemment – de l'oppression physique, l'asymétrie ressemble à celle des deux Allemagnes entre 1949 et 1989.

    Ne disons pas que cela n'a rien à voir avec le jugement porté sur la personne de Thatcher : cela au contraire a tout à voir. Car ce sont les nostalgiques du marxisme qui propagent, en France, la haine de Thatcher. Ils n'hésitent devant aucun mensonge, aucune déformation des faits, aucun recours aux vieux relents de l'anglophobie, pour contaminer l'image de la Dame de Fer, comme ils cherchent aujourd'hui à mobiliser les vieux clichés de la germanophobie contre Angela Merkel. Monotonie des vieux trucs du grand orient de France, pardon : du parti socialiste.

    À remarquer aussi que pour l'essentiel la réussite du thatchérisme a tellement marqué la majorité des Britanniques que le New Labour, revenu au pouvoir en 1994, et tout en multipliant les gaspillages, n'a jamais osé toucher à l'essentiel des réformes structurelles.

    Symétriquement ce qu'en France on appelle la droite, en hors d'un bref intermède entre 1986 et 1988 n'a jamais envisagé, malgré ses promesses fugaces, de remettre en cause aucune des folies du socialisme, des pires lubies rocardiennes, et autres acquis destructeurs de la démagogie. Elle s'est même employée parfois, cette fausse droite, à alourdir le score avec la CSG aggravée en 1996 par Juppé.

    Au total, depuis 30 ans d'influences respectives

    - d'une part des tories au Royaume-Uni, c'est-à-dire du parti qui s'était construit à partir de 1837 sur le rejet radical, raisonné et pragmatique de la Révolution française (3)⇓ ;

    - d'autre part du socialisme dans l'Hexagone, c'est-à-dire des gens qui admirent le Bonnet Rouge, aussi bien au parti socialiste que chez les "socialistes sans le savoir" chiraquiens organisés en leur parti fondé en 1977 à l'enseigne du "travaillisme à la française";

    … on a pu mesurer le renversement total de la situation de nos deux pays.

    Il ne s'agit donc pas de savoir si l'on aime ou si l'on n'aime pas le souvenir de Margaret Thatcher, son style ou même le pays qu'elle a gouverné. On doit simplement comprendre que ce que cette femme de caractère a fait pour la Grande Bretagne, redonnant pour de nombreuses années un nouveau souffle à son vieux pays, qui semblait moribond, correspond largement aux besoins d'une France aujourd'hui en manque d'espoir.

    Si vous avez résolu de raisonner en patriote, vous vous retrouverez donc immanquablement thatchérien, la raison le veut.

    JG Malliarakis http://www.insolent.fr/

    Apostilles

    1. Certains polémistes ont reproché en 1983 au "conseiller spécial" d'avoir plagié divers auteurs par défaut de guillemets. Peccadilles, vanités, lesquineries et rivalités littéraire jugera sans appel le Nouvel observateur, arbitre "incontestable" (?!) des élégances parisiennes. Dix ans plus tard, l'entourage du président de la République alors bientôt mourant estima que la plus élémentaire confiance avait été trahie par la publication en 1993 de "Verbatim" du courtisan.
    2. On peut y voir sinon un hommage à Charles le Téméraire et aux grands ducs d'Occident, du moins le rappel que Jan van Eyck (1390-1441) et Robert Campin Robert Campin (1378-1444) les sublimes "primitifs flamands", fondateurs de la peinture occidentale, sont éclos au printemps de l'État bourguignon (1363-1477).
    3. On se souviendra qu'en 1989, au moment du Bicentenaire, Margaret Thatcher avait surpris les Français en ne faisant pas semblant d'admirer la révolution jacobine. Pour comprendre la genèse du parti conservateur on se reportera à "Coningsby" de Benjamin Disraëli, Trident 2012.
  • Ecoracialisme (7) – Le retour des Européens en Europe

    Un réancrage dans l’écosystème d’origine.
    Après avoir exposé dans son 6e extrait une géopolitique directement issue des écosystèmes, Frédéric Malaval décrit ici les forces qui poussent les individus à un réancrage dans leur écosystème d’origine, avec pour conséquence pour l’Europe un futur lié non pas au départ des millions de non-Européens qu’elle héberge, mais au retour d’un nombre beaucoup plus considérable d’Européens destinés à revenir vers leur écosystème naturel.
    Polémia

    Limiter l’artificialisation des écosystèmes, rendue vitale par les évolutions démographiques que l’écosphère a connues depuis 1950, passe par le réancrage des individus dans leurs écosystèmes d’origine. Cela signifie le retour de la cinquantaine de millions de non-Européens – les éco-immigrés – vers l’Afrique, l’Asie et toutes les autres parties du monde dont ils sont issus, l’immigré étant conçu comme un individu installé durablement hors de son écosystème d’origine. Cela signifie aussi le retour vers l’Europe des Européens vivant dans le monde. Les enjeux démographiques politiques sont à ce jour incommensurables. Il ne s’agit plus de dizaines, mais de centaines de millions d’individus concernés. Pourtant, sous plusieurs aspects, ce phénomène paraît inéluctable. Il va falloir organiser leur retour. La pression démographique des peuples-souches, l’accès aux ressources et notamment à l’énergie, figurent parmi les principales contraintes à l’origine de ce mouvement. Ceci a d’ailleurs déjà commencé.

    En 2005, un jeune Uruguayen installé en France, marié à une Française, m’avait expliqué son choix justifié par la pression que les Européens subissaient de la part des Indiens en Amérique du Sud. Descendant des premiers conquistadors, il était issu d’une riche famille uruguayenne, la Suisse de l’Amérique du Sud, comportant quelques aïeux originaires du pays Basque en France. Cette dimension était une composante importante de son identité. Le choix de la France s’était imposé naturellement alors que sa langue maternelle était toutefois l’espagnol. Il parlait aussi parfaitement le français et l’anglais.

    Une jeune Etasunienne, dotée d’un patronyme français, définitivement installée en France, m’avait tenu un peu le même discours. La pression des Hispaniques est forte au sud des Etats-Unis. Ils descendent d’Aztèques, de Mayas et d’autres peuples amérindiens plus ou moins métissés. Ainsi, malgré une politique de métissage et d’hispanisation des descendants des Mayas, ceux-ci n’ont pas disparu de l’Amérique centrale. Résultat, leur population a doublé pendant les trente dernières années et connaît désormais une croissances du plus haut niveau. La revendication identitaire suit… La lutte que Hugo Chavez menait au Venezuela, producteur important de pétrole, est généralement analysée comme un conflit entre socialistes et capitalistes – cela rassure – alors qu’une lecture plus audacieuse le verrait comme la reconquête indienne, population pauvre et pléthorique, sur une bourgeoisie européenne, riche et anémiée, ayant accaparé la rente pétrolière. Si les Indiens arrivent à remplacer les Européens comme organisateurs de cette rente, alors il y a de fortes probabilités qu’ils l’accaparent, obligeant ces derniers à changer de vie… Retour vers l’Europe ? C’est ce que font de plus en plus de Russes installés en Sibérie.

    À l’époque soviétique l’émigration était pratiquement inexistante et les flux migratoires à l’intérieur de l’URSS étaient principalement organisés et planifiés par les organismes d’Etat. La population se rendait là où se trouvaient de grands chantiers et où l’on avait besoin de main-d’œuvre. La Russie asiatique accueillit alors une population européenne venue s’ajouter à celle arrivée avant la création de l’URSS. Les gens migraient de leur plein gré. Ces flux relevaient cependant d’une politique appelée « la redistribution de la main-d’œuvre en conformité avec le plan de répartition et de développement des forces productrices ». Les déportations de population étaient également cataloguées comme migrations. La construction de la Magistrale Baïkal-Amour, ligne ferroviaire traversant la Sibérie et l’Extrême-Orient russe ou de la gigantesque Usine d’automobiles de la Volga (VAZ) attiraient une population issue majoritairement de la partie européenne de l’Union soviétique. Après l’éclatement de celle-ci, des masses humaines se sont mises en mouvement, cette fois-ci sans le moindre plan. Depuis, parmi les mouvements migratoires que connaît le territoire russe figure le départ de populations européennes quittant les régions où le climat est le plus rude. Celles-ci affluent dans le District fédéral central de Russie ainsi que dans les deux plus grandes villes du pays : Moscou et Saint-Pétersbourg. Ainsi, l’Extrême-Orient russe, colonisé de manière régulière à l’époque soviétique, s’est mis à se dépeupler. De la même manière, les habitants ont commencé à rapidement « déserter » le Grand Nord. Entre 1992 et 1995, le district autonome de Tchoukotka a perdu 39% des habitants, et la région de Magadan en a perdu 29%. Des chiffres similaires concernent toute la Sibérie. Au sud de cette immensité, les pressions turques et chinoise restreignent, jour après jour, les territoires où les Russes imposent leur manière de vivre. Dans la région de l’Amour, les vieux « khrouchtchevki » (immeubles soviétiques des années 1950) de Blagovechtchensk font face aux récents immenses gratte-ciel de Heihe, côté chinois. Qui va l’emporter ? Le Russe de base ne se fait guère d’illusion et, prudent, retourne en Europe, malgré les discours volontaristes de ses dirigeants.

    En Afrique du Sud, idem. Environ 900.000 Blancs, soit 1/6 de la population européenne, ont quitté le pays depuis 1994. Ils sont majoritairement jeunes et bien instruits. Ce chiffre a été publié en 2006 dans un rapport de l’Institut sud-africain des relations raciales. Une génération entière de Sud-Africains blancs n’est plus là. Au Zimbabwe voisin, les fermiers blancs ont été expropriés. Mais tout n’est pas perdu pour ces gens. Lors d’un voyage en Afrique du Sud, le ministre géorgien de la Diaspora, constatant les tensions au désavantage des Européens, invita ces derniers à s’installer en Géorgie : un grand pas que beaucoup envisagent, malgré le gouffre qui sépare ces Boers des Géorgiens. Pour le combler, le gouvernement géorgien leur offre des conditions très attrayantes : des conseils pour l’achat et le choix de leur future ferme, une fiscalité très faible, une terre vendue à prix cassé, etc.

    D’autres phénomènes similaires existent, mais ils sont mal documentés. Les experts préfèrent se concentrer sur l’arrivée d’immigrés en Europe plutôt que sur le départ des immigrés européens des territoires colonisés.

    Les enjeux du futur pour l’Europe ne sont donc pas liés au départ des 50 millions de non-Européens qui y vivent, mais à l’arrivée prochaine des centaines de millions d’Européens installés en dehors de leur écosystème naturel et que la pression démographique de peuples plus adaptés à leur milieu d’origine va pousser dehors. Les seules zones d’expansion possibles sont à l’est. Quel cadre politique est susceptible d’organiser cette mutation participant à la réalisation du climax de l’humanosphère ? Ouvrons la discussion.

    Frédéric Malaval 12/04/2013 http://www.polemia.com
    À suivre

     

    Voir

    Écoracialisme (1) / Introduction
    Écoracialisme (2) / Un homme, une femme ; un homme/femme, une femme/homme
    Écoracialisme (3) / L’Âge d’or
    Écoracialisme (4) / L’insondabilité de l’origine des peuples
    Ecoracialisme (5) / la réalisation politique de la modernité en France
    Ecoracialisme (6) / Une géopolitique des écosystème

  • Extraordinaire : L’austérité est une erreur mathématique (Màj vidéo)

    Addendum du 22/04/2013

    C’est une information extraordinaire, dont les conséquences sont immenses, mais qui fait beaucoup moins parler que les dérives pathétiques d’un acteur célèbre. C’est un rapport de 44 pages signé par un économiste en chef du FMI, un Français, Olivier Blanchard. Il dit tout simplement que les plus hautes instances économiques mondiales et européennes se sont plantées en imposant, au nom de la science, l’austérité à toute l’Europe.

    Ce que dit Olivier Blanchard, c’est que le modèle mathématique sur lequel s’appuyaient ces politiques visant au désendettement radical, et au retour sacré à l’équilibre budgétaire, comportaient une erreur au niveau, je cite, du multiplicateur fiscal. Pour simplifier beaucoup, ce modèle mathématique, donc incontestable, prévoyait que lorsqu’on retire un euro dans un budget il manquerait un euro dans le pays concerné. Or c’est faux. Pour des raisons qui tiennent à une réalité parfaitement triviale, et qui est que les hommes sont humains, cette austérité a déclenché des réactions collectives qui ont abouti à ce que cet euro retiré a provoqué la perte de trois euros dans les sociétés concernées.

    Multipliez par des milliards, et vous comprendrez pourquoi l’austérité imposée à coup de sabre par des troïkas savantes n’a conduit qu’à plus d’austérité, plus de chômage, et plus de récession. (…)

    Lire la suite sur un blog Mediapart

    A lire en complément :

    - Des responsables du FMI révisent leurs calculs du prix de l’austérité (sur le site du Temps)

    - Oups, le FMI s’est trompé sur l’austérité (sur le site de Libération)

    - Les commentaires de Jacques Sapir (sur son blog – concernent la même thèse, déjà succinctement évoquée par un rapport du FMI en octobre 2012)

    - Austérité en Europe : l’énorme boulette du FMI (sur le blog de Gilles Raveaud)

    - Le FMI s’est-il réellement trompé dans son calcul sur l’impact de l’austérité ? (sur le blog Captain Economics)

    http://fortune.fdesouche.com

  • Chypre : des remèdes de cheval pour l'homme malade de l'Europe

    Après la Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne, c'est au tour de Chypre d'être menacée par la faillite... et par les plans de « sauvetage » concoctés par l'Union européenne et le FMI.
    Chypre, maillon faible. Chypre, nouvel homme malade de l'Europe. À Bruxelles et dans certaines capitales européennes, on n'en démord pas : l'île partagée entre les frères ennemis grec et turc est un paradis fiscal, champion du blanchiment, une lessiveuse pour faire court, et son économie n'est plus viable.
    Pour être péremptoire, l’affirmation semble cependant loin d'être justifiée. Ou, du moins, mérite-t-elle d'être nuancée. En effet, si l'on en croit le dernier classement publié par le Basel Institute on Governance en matière de lutte contre le blanchiment, le classement de Chypre serait bien supérieur, en la matière, à celui de... l'Allemagne.
    Il convient d'observer, par ailleurs, que Chypre a intégré l'Union européenne en 2004, et la zone euro en 2008. On peut raisonnablement supposer qu'à l'époque, les négociateurs européens n'ignoraient rien des difficultés structurelles économiques de l'île qu'ils dénoncent aujourd'hui.
    Mieux ! si l'on peut dire. L'ONU avait alors mis en place un plan, dit plan Kofi Annan, approuvé d'ailleurs par les instances européennes, pour organiser la réunification de l'île avant son entrée dans l'Union européenne.
    Comme on le sait, Chypre est cependant toujours divisée, mais cette difficulté n'a pas empêché son intégration dans la grande famille européenne.
    La réalité est qu'à l'époque, les difficultés structurelles, qui sont d'abord celles de l'Union européenne avant d'être celles de ses États-membres, n'avaient pas encore atteint le point de rupture que nous connaissons aujourd'hui. Et qu'il convenait de répondre toujours davantage au dogme qui voulait - et qui veut encore... - que plus d'Europe soit un bien pour l'Europe. D'où des élargissements répétitifs où Chypre n'est pas le seul pays à poser problème...
    Patatras ! Aujourd'hui, à la limite de l'implosion, on ne peut plus fermer les yeux. Il convient donc de mettre à l'amende, sous le fallacieux prétexte de pouvoir ainsi les aider, les pays en difficultés, au motif qu'ils grèvent l'Union européenne qui leur apporte ses bienfaits. Nous ne grossissons pas le trait: regardez donc l'exemple de la Grèce.
    À Chypre cependant, l'Union européenne, en partenariat intensif avec le FMI, est passée au niveau supérieur, pour contrôler plus sûrement le système bancaire. Au motif que la dette chypriote atteint un niveau qu'on n'entend aucunement couvrir de part et d'autre de l'Atlantique, nos deux larrons, U.E. et FMI, se sont mis d'accord pour ne couvrir qu'une partie des 17 milliards nécessaires à Nicosie. Le complément (quelque 7 milliards) devant être obtenu par le prélèvement d'une taxe sur les dépôts bancaires, soit 6,75 % sur tous les dépôts bancaires en deçà de 100000 euros, et 9,9 % au-delà de ce seuil. La proposition se doublait, en outre, d'une hausse de l'impôt sur les sociétés.
    Le plan B n'est qu'un toilettage du plan A
    On imagine sans peine la colère qui a submergé Chypriotes et résidents étrangers - et notamment russes, dont les avoirs à Chypre sont particulièrement importants. Partagé entre psychologie locale et pression européenne, le président Nicos Anastasiades s'est en outre risqué à évoquer une option « la moins douloureuse », face au risque d'une cessation de paiement.
    La réaction ne s'est guère fait attendre face à cette légalisation d'un racket européen. À l'appel de son président, Yiannakis Omirou, le parlement chypriote a voté contre le « chantage », forçant ses dirigeants à proposer un plan B à Bruxelles. Ce que le président pince-sans-rire de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, appelle laisser « une certaine liberté » à Chypre...
    Pendant quelques heures, quelques jours, les Chypriotes ont pu croire au miracle. « Chypre appartient à son peuple », hurlait la foule. Un optimisme rapidement douché par Bruxelles, qui indiquait la direction à prendre : « Présenter un plan B crédible et viable pour remplacer le plan de sauvetage rejeté par le Parlement, instaurer un blocage, sur une longue période, des capitaux placés dans les banques et préparer la fusion entre les deux principales banques en difficulté. »
    En définitive, le plan B, comme il était imaginable, n'était qu'un toilettage. Certes, les plus petits dépôts seraient épargnés par la taxe, mais, en attendant, les comptes étaient bloqués. Et les banques resteraient fermées aussi longtemps qu'il le faudrait.
    Face à ce qu'il faut bien appeler un blocus, l'accord n'a pas tardé. À des conditions - il suffit de les relire... - qui sont forcément désavantageuses pour Chypre, et dont on a du mal à penser qu'elles puissent favoriser un retour de son économie.
    L'important étant bien sûr, mais on ne l'a dit qu'en petit comité, que cette mini-crise chypriote soit une sorte de laboratoire d'où sortira la fameuse union bancaire, dont José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, regrette que l'arrivée soit retardée par ce genre d'incidents. Union bancaire à partir de laquelle, promis, juré, la croissance renaîtra...
    Par magie, sans doute ?
    Quoi qu'il en soit, Haris Georgiades, le nouveau ministre chypriote des Finances -l’ancien a servi de bouc émissaire - a assuré que son pays appliquerait « entièrement » toutes les mesures prévues par le plan de sauvetage européen.
    Est-ce une solution ? Le chef de l’Église orthodoxe locale, Mgr Chrysostomos, n'en est pas sûr. S'il dénonce le « péché » qui a consisté à vivre au-dessus de ses moyens, il estime aussi qu'à terme, l'euro n'est pas viable, et qu'il convient d'en sortir : « Avec de tels comportements, l'euro ne peut pas tenir, je ne dis pas qu'il va s'effondrer demain, mais avec les cerveaux qu'ils ont à Bruxelles, il est certain qu'à long terme il ne tiendra pas, et le mieux est de réfléchir au moyen d'y échapper. »
    En attendant, Aphrodite boude son île... 
    Olivier Figueras monde & vie 9 avril 2013

  • EADS ? Pourquoi et comment en est-on arrivé là...

    De Mordicus, mars 2007

    Ca aide la mémoire qui flanche

    « Douée esthétiquement et intellectuellement, madame Royal se révèle une piètre ménagère car elle ne sait pas balayer devant sa porte, selon une expression populaire tout à fait significative.

    Avec ses acolytes, Le Guen, Richard, Rocard, elle s’en prend avec véhémence à la « gestion scandaleuse depuis cinq ans du dossier EADS/AIRBUS ». Elle-même et ces personnalités ont la mémoire courte lorsque cela les arrange (d’autant que l’électeur a encore une plus grand faculté d’oubli).

    Qui a décidé de démanteler la prestigieuse Aérospatiale, société nationale fournissant à la France une importante fraction de ses armes, aux bureaux d’études héritiers de ceux qui, sous la IVème République et aux débuts de la Vème avaient hissé la France aérospatiale au 3ème rang mondial ? Qui, sinon le gouvernement de M. Jospin, celui-ci aujourd’hui membre de l’équipe Royal.
    Qui a cédé généreusement 31.45 % de la future entreprise Matra-Aérospatiale à J.L. Lagardère, préparant ainsi la privatisation de l’Aérospatiale bradée au secteur public et aux capitaux étrangers ? Le gouvernement de
    M. Jospin. Aujourd’hui, madame Royal s’attaque au groupe Lagardère « si proche du pouvoir (celui du gouvernement socialiste ?) qui s’est opportunément désengagé quelques semaines avant l’annonce des retards de l’A. 320 (mais non madame, de l’A 380) ». Mais ce sont ses amis qui l’ont abusivement, transformé en principal dirigeant de l’ensemble EADS-AIRBUS.

    Qui a souscrit à un montage politico-industriel aussi absurde que celui d’EADS, à la direction bicéphale aux intérêts nationaux divergents, à la hiérarchie interne compliquée par des conceptions techniques différentes, conséquences du cloisonnement national séculaire ? Qui n’a pas compris ce que devait être une entreprise industrielle et commerciale affrontant la concurrence internationale avec un patron, une équipe, une doctrine ? Messieurs Jospin et Strauss-Kahn confondant politique et industrie pour créer un monstre qui ne pouvait qu’aboutir à « la catastrophe et au scandale » que dénoncent aujourd’hui M. Jean-Marie Le Guen et aussi M. Rocard soulignant le « désastre financier »
    « L’Etat peut faire et doit faire, la puissance publique doit assumer ses responsabilités… »  déclame madame Royal. Mais qui ne les a pas assumées en se déchargeant de l’Aérospatiale au profit du secteur public sinon le gouvernement de M. Jospin ?

    « Avec moi l’Etat sera fort, juste à sa place », insiste la candidate. Mais comment la France peut-elle bénéficier d’un Etat fort après que son maître à penser, François Mitterrand lui eut infligé le traité de Maastricht et les abandons de souveraineté qu’il implique ?

    Selon le Nouvel Observateur (du 21 octobre 1999) publication dont madame Royal ne peut nier la compétence, M. Lionel Jospin (en créant EADS) a mis sur pied… « un outil puissant de la contraction d’une Europe forte, solidaire et maîtrisant pleinement son avenir » et Airy Routier, le signataire de l’article d’ajouter : « le Premier ministre a insisté sur le « caractère équilibré de l’actionnariat stable et de long terme du nouveau groupe ». Et il précise « Victoire de l’Europe ? Nul ne peut en douter ».

    Outil puissant de la construction d’une Europe forte et solidaire ? L’ « outil puissant » est en état de faiblesse, l’Europe n’a pas été solidaire mais source de division et d’échec. Belle prospective.

    Et belle réussite pour la France que de « transformer l’entreprise publique Aérospatiale en une société franco-allemande, société au nom anglais logée à Amsterdam ». C’est ce qu’acceptèrent MM. Jospin et Strauss-Kahn celui-ci ayant reçu la mission de négocier avec les Allemands la capitulation française.
    En 1999, ainsi qu’on l’a vu, le Premier ministre avait proclamé « le caractère équilibré de l’actionnariat stable et de long terme ». En fait de stabilité, à la fois Lagardère et DaimlerChrysler réduisent leur participation, la Grande-Bretagne se retire du capital, si bien que « l’actionnariat n’a été ni stable ni de long terme ». C’était un peu osé de la part de MM. Jospin et Strauss-Kahn que de fonder le succès d’une entreprise scientifico-technique sur un groupe  de presse français et une firme germano-américaine d’automobile. Et le pari a été perdu. Aux contribuables de remédier à ce désastreux gâchis et aux candidats à la présidentielle de profiter de l’aubaine en multipliant les déclarations démagogiques et les apparitions à la télévision afin de quêter des voix. Mais le mal est fait. Aux contribuables de panser la plaie.

    En vingt-cinq ans la France a perdu – définitivement – la place éminente qu’elle occupait dans le domaine aérospatial. La stupide politique du tandem Mitterrand-Hernu visant la réalisation d’un avion de « combat européen » a abouti aux succès commerciaux d’un appareil anglo-allemand, l’Eurofighter et à la généralisation en Europe d’avions américains F 16 et F 35 et cela pour la durée du siècle. Au détriment des études et de la production françaises qui avaient gagné plus de la moitié du marché mondial, avec une trentaine de pays acquéreurs. Quelque 3000 techniciens de haut niveau, près de 200.000 spécialistes qui en vivaient ont dû en venir à de pénibles reconversions…
    Mais, après tout, les Français, qui en ont vu d’autres, s’accommodent du choix politique qu’ils ont fait. Ils sont prêts, d’ailleurs, à en faire, à nouveau, d’aussi malheureux.

    Jaloux, voici cinq siècles, Charles Quint disait déjà : « Aucun pays n’a plus fait pour son malheur que la France et, pourtant, tout lui a tourné à bonheur ».

     A condition de ne point lasser le bonheur. »

    En février 2007 :

    Nous savions la Mission difficile…

    Les qualités de Louis Gallois donnaient toutes les garanties. Mais remettre Airbus sur les « rails » n’était-ce pas pire que de nettoyer les écuries d’Augias ?

    Dans cette affaire, tous les partenaires ont voulu tirer la couverture…

    Nécessaire de se rappeler qu’Airbus était une « usine à gaz paneuropéenne » et ce depuis 25 ans…Les marges de manœuvres de Louis Gallois ont donc dès le premier jour étaient très étroites.

    En effet que ce soit l’organisation de la production, la Recherche et le Développement, les financements, tout a été mis en place à l’aune européenne… Et dans les turbulences, les trous d’air et les chutes en piqué, tout doit se poursuivre en respectant ce canevas paneuropéen… y compris dans les décisions portant sur la sous-traitance !

    Cette réalité a été occultée au plus fort de la tourmente alors que se réveillait un nationalisme industriel allemand avec l’entrée des Länder au capital d’EADS…
    Il était indéniable qu’il fallait réduire la voilure d’Airbus. Mais qui allait en faire les frais ?

    Louis Gallois s’est donc avancé dans un champ de mines, conduisant son Power 8…
    Et ce qui était prévisible c’est donc passé…

    Les Allemands n’ont pas hésité une seconde pour user de leur droit de veto. La restructuration d’Airbus est donc au point mort…

    Déjà, fin janvier, la Grande-Bretagne menaçait de représailles EADS en cas de délocalisation de la fabrication des ailes des futurs appareils… La menace sortait de la bouche même de Lord Drayson, secrétaire d’Etat aux équipements militaires. Les ailes des futurs Airbus devaient être fabriquées à Filton et Broughton… Pas de relocalisation en Espagne ou en Allemagne et donc pas même question de s’interroger sur le choix des matériaux pour construire ses futures ailes. ( matériaux composites ou aluminium ?)

    Lord Drayson avait un argument de poids : EADS attend la finalisation d’un contrat portant sur la fourniture d’une nouvelle génération d’avions ravitailleurs à la Royal Air Force pour 20 milliards d’euros…

    Dans le même temps, les syndicats allemands entendaient accueillir le Power 8 par une journée d’action sur les six sites allemands d’Airbus…

    C’est donc sans surprise que le PDG d’Airbus, Louis Gallois a reporté sine die l’annonce du plan de restructuration de l’avionneur.

    Tout c’est joué dimanche dernier lors de la réunion du conseil d’administration qui devait valider Power 8… Les dirigeants allemands d’EADS, maison mère d’Airbus, ont dit non à un plan qui laissait, dit-on, la part belle à la France dans la construction du futur biréacteur A350XWB…

    Monsieur Louis Gallois a les mains et les pieds liés…

    Et nos échéances électorales n’arrangent pas ses affaires, ses affaires qui sont aussi un peu nos affaires…

    En octobre 2006 :

    Le Premier ministre est inquiet…

    Et il a reçu Louis Gallois. E.A.D.S. et Airbus sont toujours dans à l’ordre du jour.
    Le plan de restructuration d’Airbus n’est pas adouci…

    C’est ce qu’ont confirmé Manfred Bischoff et Arnaud Lagardère dans Les Echos du 11 octobre 2006. Pendant ce temps Vladimir Poutine se tient en embuscade…
    Pour bien apprécier les turbulences de ce qui était encore, il y a peu, le fleuron de notre aéronautique, remontons dans le temps où tout était sourire… Et ils sont parfaitement reconnaissables !

    SOUVENEZ-VOUS DE CETTE PHOTO

    A droite y figurent les deux naufrageurs de l’industrie aérospatiale française. A gauche, aux dépens de la France, les trois bénéficiaires : le chancelier Schröder, Jünger Schrempp, président de Deutsch Aerospace et Jean-Luc Lagardère.

    Le gouvernement Jospin a cru bon, aux dépens de l’intérêt national, de faire deux somptueux cadeaux :

    - A J.L. Lagardère, en contrepartie d’une somme dérisoire, plus de 30 % du capital de la Société nationale Aérospatiale. L’Aérospatiale était en quelque sorte l’aboutissement des bureaux d’études qui avaient conçu et permis la commercialisation de la Caravelle, du Concorde, d’Airbus, mais aussi des Nordatlas, des Vautours, des hélicoptères, des engins balistiques et tactiques, des satellites, alors que la DASA n’était qu’un modeste sous-traitant mais qui, fusionné avec l’Aérospatiale bradée à Lagardère (Matra) et après privatisation, devait former EADS.

    - Aux Allemands la fusion accordait 30 % du capital, le gouvernement français n’en gardant que 15 % (et J.L. Lagardère également 15 %). Mais la nouvelle société possédait 80 % du capital d’Airbus, l’entreprise placée sous contrôle allemand par l’intermédiaire de la participation de Daimler-Chrysler, l’industrie automobile allemande devenant aussi aérospatiale. Autre cadeau partiel, EADS siégerait en Hollande et serait une société de droit hollandais, la France perdant le fleuron de ses « ex-activités » aérospatiales.

    Sans doute sur ordres « d’en haut », l’affaire fut présentée comme une « victoire (française) nette et sans bavure » par le Nouvel Observateur (du 21 octobre 1999). Il fallait tromper les Français et leur faire croire au génie politique de leurs dirigeants alors que l’accord conclu à Strasbourg le 14 octobre 1991 est pour eux catastrophique. Elie Cohen, chercheur au CNRS, fut à peu près le seul, à avoir dit la vérité : « Le seul point fort de la spécialisation industrielle de la France, qui était l’aéronautique, est en train d’être bradé » (Libération). Mentant outrageusement, le Nouvel Observateur (daté du 21-27.10.1999) titrait ainsi son article : « Comment la France a raflé la mise », alors qu’en réalité, la mise c’était notre industrie aérospatiale qu’elle livrait aux profits du secteur privé et à une firme automobile allemande. Six ans plus tard, Pascal Aubert dans la Tribune (29 juin 2006) écrira que EADS, « cette magnifique entreprise est, en réalité, une pétaudière ».

    Le Nouvel Observateur, désireux d’amplifier encore sa dithyrambe, citait les propos naïfs et, depuis infirmés par les faits de Lionel Jospin : « (EADS) un outil puissant de la construction d’une Europe forte, solidaire et maîtrisant pleinement son avenir… (approuvant) le caractère équilibré de l’actionnariat, stable et de long terme, du nouveau groupe puissamment et durablement ancré à l’Europe ». Autant de stupides contre-vérités. Messieurs Lagardère et Bishoff se sont empressés de vendre une part de leurs actions tandis que Noël Forgeard cédait ses stocks options au bon moment et que les Britanniques cherchaient à vendre leur participation… Autant de témoignages de la « stabilité » de l’actionnariat » vantée par Lionel Jospin, avec D.S.K. pour complice.

    Pour la France et pour la soi-disant « construction européenne », l’accord créant EADS a de bien plus graves conséquences que la seule avidité financière et de carrière de ses dirigeants.

    - D’abord, n’ayant aucune idée des exigences d’une entreprise scientifique, technique et commerciale aérospatiale, les politiciens français se sont « fait berner » par leurs homologues allemands, mais ils ont mis sur pied une sorte de monstre politico-administratif qui ne pouvait aboutir qu’à l’échec : direction binationale, multiplication des niveaux de responsabilité, recours à un nombre trop élevé d’implantations industrielles, à une pléthore de sous-traitants de nationalité, de culture technique et de méthodes de travail différentes. Résultat : six années de chamailleries au sommet, de rivalités nationales, de spéculations financières douteuses, de coups bas dont l’affaire Clearstream n’a révélé que quelques aspects. Ceci au détriment de l’intérêt national délibérément bafoué par le pouvoir politique français.

    - La France détenait plus de la moitié du marché mondial des avions de combat, marché gagné au cours des années 50 et 60. Elle l’a totalement et irrémédiablement perdu au profit des matériels anglo-allemands et américains (F.16, F.18 hier, J.35 demain) : Coût : plus de 200.000 spécialistes et 2.000 ou 3.000 ingénieurs conduits à se « reconvertir » ou à relever de l’ANPE et disparition d’un fort potentiel de science et de technicité.

    - Si les bureaux d’étude de EADS ont mis cinq ans pour calculer et réaliser la prototype d’un avion de très gros tonnage (plus du double de celui des appareils antérieurement commercialisés), l’industrialisation du projet A 380 est un échec. Le calendrier des livraisons aux entreprises de transport aérien ne sera pas tenu ; il faudra indemniser les acquéreurs et subir le discrédit d’une firme à la direction équivoque, incapable de tenir ses engagements. Résultats : une « restructuration » de l’ensemble, euphémisme pour annoncer des économies sur l’emploi de la contribution d’EADS au chômage. La société d’entretien technique SOGERMA en a déjà été la victime, la contraction du nombre des sous-traitants en fera beaucoup d’autres. « L’outil puissant de la construction de l’Europe » de M. Lionel Jospin est en quenouille.

    - L’avion A.350 de EADS devait concurrencer le 787 de Boeing. Autre échec. Le dossier de l’A.350, critiqué par les utilisateurs, est abandonné. Il faut redessiner un autre appareil, laissant le marché correspondant à Boeing et exigeant une dépense imprévue de quelque 8 milliards d’euros (pour un avenir problématique de la formule nouvelle d’EADS).

    - Dès le début des années 90 le remplacement des avions-cargos militaires (Transall) était un besoin urgent. EADS prenant le relais devait dessiner et construire le nouvel appareil. Quinze ans plus tard, le A. 400 M n’a toujours pas effectué son premier vol. Les Américains en profitent, plaçant en Europe leurs avions-cargos.

    Ainsi que l’écrivait le Nouvel Observateur (du 21-27.10.1999) : « La France a accepté… de partager avec l’Allemagne une entreprise qui réalise plus du tiers de son activité dans le secteur militaire et construit notamment les missiles de la force de dissuasion nucléaire ! Victoire de l’Europe ? Nul ne peut en douter…»

    Les politiciens français ont, en réalité, travaillé à détruire la France pour construire l’Europe politique. Avec EADS, c‘est à la fois la France et leur Europe qui sombrent.

    Y a t il un pilote dans l’avion ?

    Il a quitté sa locomotive et passe aux commandes d’Airbus. Puisse-t-il être seul aux commandes…
    Tous nos vœux accompagnent Louis Gallois !

    Il sera toujours possible de tirer à vue sur l’usine d’Hambourg et faire porter tout le chapeau au partenaire allemand… Les déboires d’Airbus prennent leur source dans « le patrimoine génétique d’EADS » (La Tribune du mardi 10 octobre 2006).

    EADS fut avant tout une création « politique »… Et Monsieur Dominique Strauss-Kahn ne fut pas le dernier à se pencher sur le berceau de la nouvelle née…

    Se souvient-on de la fusion de Aérospatiale-Matra et Dasa ? Se souvient-on du « montage » à partir de la Sogeade entre l’Etat français et Lagardère ?
    Cette « belle fusion franco-allemande » fut réalisée « à parité » et a installé à la tête du groupe un système à double commande. Et ce système fut reproduit de haut en bas, à tous les étages… A l’encontre de toutes les règles qui régissent une bonne chaîne de commandement !

    Des guerres larvées, sournoises, se sont développées à tous les étages entraînant lourdeur voire inaction… En veut-on un exemple ? Le fiasco total quant au rachat de Thales en 2004… EADS s’est mué en nid de vipères qui n’ont eu de cesse de développer leurs appétits après le décès de Jean-Luc Lagardère. « Clearstream », la belle affaire ! L’intervention de Jacques Chirac… Forgeard contre Camus. Et la guerre de tranchées que se sont livrés patrons français et patrons allemands… Difficile de remettre en cause des implantations industrielles incohérentes…

    Les enjeux vont au-delà de l’Airbus. Il y a aussi des avions militaires et des deux côtés du Rhin des hommes qui maintenant doutent quant à leur avenir…

    Cette affaire laissera des traces et les Allemands en sont à envisager de faire entorse à la règle qui interdit à l’Etat allemand d’investir dans les secteurs concurrentiels : « Nous devons empêcher que la France tire trop la couverture à elle ». Propos de Franz Joseph Jung, ministre de la Défense…

    Dans cette affaire, l’Etat français, incompétent, s’est tiré une balle dans le pied et a gâché savoir faire et enthousiasme de milliers de Français…

    Tous les talents d’un homme tel que Louis Gallois et le consensus franco-allemand qui s’est réalisé sur son nom ne doivent pas masquer la réalité : notre régime politique discrédite la France.

    Jusqu’à quand les Français pourront-ils le supporter ?

    Léon Areva, le 15 octobre 2006

    Portemont, le 25 octobre 2009 http://www.lesmanantsduroi.com

  • Les progrès effrayants de l’euthanasie

    Une nouvelle qui nous avait échappé  :
    « Des frères jumeaux belges, nés sourds et en passe de devenir aveugles, avaient obtenu le mois dernier le droit de mourir. Les deux hommes, âgés de 45 ans, sont morts le 14 décembre d’une injection létale administrée par les médecins, a annoncé lundi un porte-parole de l’hôpital UZ Brussel. Ils avaient pris ensemble une dernière tasse de café avant de se dire au revoir. Leur famille avait soutenu leur choix. »

    Après avoir attendri l’opinion en évoquant des cas bien choisis de gens subissant une terrible agonie, voilà qu’on tue maintenant des gens qui ne sont même pas mourants.
    Et demain ?

    Le nombre de victimes de l’euthanasie en Belgique, où elle est légale depuis 2002, est en constante augmentation.

    Aujourd’hui sort justement un livre de Jean-Claude Martinez* : L’euthanasie, stade suprême du capitalisme.

    Nous en reparlerons prochainement.

    Livre disponible ici.
    Ed. Via Romana, 198 pages, 19 euros.

    4e de couverture :

    « Ses tenants ont beau la magnifier comme le bouquet final d’un feu d’artifice des mille libertés, l’euthanasie n’est que le produit d’une économie et d’une politique. C’est parce que l’Europe de la récession, aux 20 millions de pauvres, est devenue un océan de chômage du fond duquel ne monte plus aucune étoile nouvelle, que le gouvernement de la France, financièrement acculée, choisit en effet «la piqûre pour tous». Comme une seringue d’or facilitant les équilibres budgétaires, dans un bouillon de culture qui sent le ranci des vieilles idéologies, du malthusianisme, de l’obscurantisme et du nihilisme.
    Mais les idiots utiles de droite se préparent à vendre la seringue pour se faire piquer, pendant que ceux de gauche travaillent déjà à se la faire rembourser, sans jamais comprendre que le mal de celui qui veut mourir vient de plus loin que la maladie qu’il affronte. Car s’il a pris la vie en haine, c’est qu’il n’a plus la flamme d’un bonheur et s’il veut mourir, c’est pour cesser de ne plus pouvoir croire.
    La loi sur l’euthanasie, loin d’être l’extase de la République, dans la fraternité compassionnelle des injections, n’est donc que la fuite en avant d’une société qui ne voulant pas voir les détresses qu’elle crée, préfère éliminer tous ceux qui viennent les lui rappeler. En leur faisant croire au passage qu’ils le lui ont demandé.

    C’est cette hypocrisie que ce livre débride, en disant les raisons de la colère à voir une loi pour faire mourir avec une longueur d’avance, juste au moment où le génie des hommes va faire gagner définitivement la vie.

    * Jean-Claude Martinez, professeur agrégé de droit et de sciences politiques à l’université de Paris 2, ancien député européen et national, est le fondateur du REV, le Rassemblement Européen pour la Vie. »

    http://www.contre-info.com/

  • La Hongrie de Viktor Orban, ou le choix du patrimoine Magyar (1/3)

    « De 1998 à 2002, la presse occidentale a dit que je faisais penser à Hitler et au duce (Benito Mussolini). A présent, elle me compare à Poutine et au président bélarusse. Je vous laisse juger s’il s’agit ou non d’un progrès. » (Viktor Orban, le 5 janvier 2012 – « La Hongrie prend la tête de l’UE dans un climat délétère » – 07/01/2012).

    I. L’ascension de Viktor Orban et de la Fidesz (1993-2010)

    Budapest sous la pression de l’Union européenne

    Dans un article consacré au parti ultranationaliste grec « Aube dorée », le quotidien belge La Libre Belgique cite la vice-présidente du Parlement européen, également belge, Isabelle Durant (Ecolo). En visite à Athènes et au cours d’une discussion avec des membres du parti vert grec par lequel elle était invitée, Madame Durant exprima dans les termes suivants son inquiétude face à la montée en puissance d’ « Aube dorée » : « C’est un phénomène très inquiétant. L’injustice, la dureté des coupes dans les salaires, etc., est de nature à créer une déstabilisation politique extrêmement grave. L’Union ne mesure pas à quel point il faut aussi se préoccuper de l’évolution démocratique de la Grèce. On doit en faire une vraie question politique, comme avec Viktor Orban en Hongrie. »

    On ne manquera pas de s’étonner de la relation qui est établie ici, par la vice-présidente du Parlement européen, entre l’ascension politique du mouvement ultranationaliste grec « Aube dorée » et le gouvernement conservateur hongrois de Viktor Orban, dont le parti, la Fidesz-Union civique hongroise, est membre du Parti Populaire Européen (PPE). Une comparaison entre l’Aube dorée et le parti nationaliste hongrois Jobbik eut sans doute été plus judicieuse. Et l’amalgame établi ici entre le conservatisme de la Fidesz de Viktor Orban et le nationalisme du Jobbik de Gabor Vona est pour le moins malheureux. Manque d’informations ou volonté délibérée de démontrer que les thèses de la Fidesz et du Jobbik relèvent d’une même démarche arbitrairement qualifiée d’ « extrême-droite » ? Au vu des pressions européennes qui s’exercent sur la Hongrie depuis l’élection de Viktor Orban et de la Fidesz en 2010, il est à craindre qu’il nous faille retenir la seconde explication.

    Viktor Orban et la Fidesz (1993-2006)

    Victor Orban n’est pas un inconnu de la scène politique hongroise et européenne. Né le 31 mai 1963 à Székesfehérvar, il participe, le 30 mars 1988, à la fondation de la Fidesz-Union civique hongroise. L’année suivante, à l’occasion de la cérémonie de « ré-inhumation » d’Imre Nagy et des autres martyrs de la révolution hongroise de 1956, célébrée sur la place des Héros de Budapest, Viktor Orban prononce un discours appelant à la tenue d’élections libres et au départ des troupes soviétiques qui sont alors stationnées dans le pays. Peu de temps après, il fera partie de la délégation de l’opposition présente à la table ronde des négociations avec le pouvoir communiste. Élu, en 1990, député à l’Assemblée nationale de Hongrie, il devient, deux ans plus tard, vice-président de l’Internationale libérale lors du congrès de Mayence. En 1993, il prend la tête de la Fidesz et, l’année suivante, hisse sa formation à la deuxième place, juste devant le Parti socialiste hongrois (MSzP). En 1995, le parti de Viktor Orban de libéral, devient conservateur et remporte la victoire aux élections du 24 mai 1998 : la Fidesz obtient 148 députés sur 386. Viktor Orban forme une coalition gouvernementale comptant 213 élus et est investi ministre-président le 6 juillet. Il a 35 ans. En avril 2002, les résultats du gouvernement sortant son favorablement sanctionnés par l’électeur qui accorde une nouvelle victoire à la Fidesz. Du fait de sa coalition avec le Forum démocrate hongrois (MDF), 188 députés sont réunis sous une même bannière, soit dix de mieux que le Parti socialiste (MSzP). La route du pouvoir semble donc à nouveau ouverte pour Viktor Orban, mais le jeu électoral en décidera autrement ; le MSzP s’allie avec l’Alliance des démocrates libres (SzDsZ), et obtient ainsi 198 députés, soit dix de mieux que la coalition de Viktor Orban qui se voit obligée de renoncer au pouvoir le 27 mai suivant. Lors des élections de 2006, la Fidesz, allié au KDNP (Parti populaire démocrate-chrétien), se voit cette fois devancé par les socialistes du MSzP du nouveau ministre-président, mis en place en 2004 : Ferenc Gyurcsany. L’avenir de Viktor Orban à la tête de la Fidesz semble dès lors compromis. Mais la rigueur budgétaire drastique imposée à la population hongroise par le gouvernement socialiste et la révélation de certains mensonges de Gyurcsany durant la campagne de 2006, vont lui permettre de se remettre en selle. Lors des élections européennes de 2009, la Fidesz remporte 56,3 % des voix et 14 des 22 sièges à pourvoir au Parlement européen.

    Les socialistes du MSzP au pouvoir (2002-2010)

    En 2002 donc, les socialistes du MSzP, alliés à l’Alliance des démocrates libres (SzdsZ), se hissent jusqu’au pouvoir avec une courte majorité de dix sièges par rapport à la coalition Fidesz-KDNP menée par le chef de file du gouvernement sortant, Viktor Orban. Les socialistes se maintiendront au pouvoir huit années durant. Le poste de Premier ministre fut d’abord occupé par Peter Medgyessy dont le gouvernement accordera une augmentation des traitements de certains fonctionnaires de 50 %, ce qui eut pour effet de creuser le déficit budgétaire. Suite à la défaite encourue par les socialistes hongrois aux élections européennes de 2004, Medgyessy se verra forcé de céder la place au ministre des Sports, Ferenc Gyurcsany. A cette époque, malgré un taux de croissance de 4 % et une inflation en baisse, le déficit budgétaire élevé rend pratiquement impossible l’accession de la Hongrie à l’euro. Le taux de chômage dépasse le taux de 10 % de la population active. Au cours des élections législatives des 9 et 23 avril 2006, la coalition sortante menée par Ferenc Gyurcsany sera cependant reconduite avec une douzaine de députés supplémentaires par rapport à ceux obtenus au scrutin de 2002. Une victoire, certes, mais obtenue par le mensonge.

    Ferenc Gyurcsani au cœur du scandale

    De fait, peu de temps après les élections du mois d’avril, Gyurcsany devait reconnaître, à huis clos, avoir menti sur l’état des finances publiques en vue d’assurer sa réélection. Une fuite devait amener ses propos sur la place publique, ce qui aboutit à l’éclatement à Budapest d’une série d’émeutes dont le caractère légitime était, au vu des circonstances, incontestable. Mais la presse européenne ne l’entendit pas de cette oreille. Loin de dénoncer l’attitude inqualifiable du premier ministre hongrois et d’éventuellement tenter de la pousser à une démission qui se serait pourtant révélée plus que justifiée, elle assimila immédiatement les émeutiers à l’ « extrême-droite » et n’en démordit plus par la suite. Ce parti pris européen en faveur du gouvernement socialiste hongrois s’avéra d’autant plus critiquable, que le discours prononcé par Ferenc Gyurcsany à Balatonoszöd, en mai 2006, était pour le moins explicite : « Nous avons tout fait pour garder le secret en fin de campagne électorale ce dont le pays avait vraiment besoin, ce que nous comptions faire après la victoire. Nous le savions tous, après la victoire, il fallait se mettre au travail, car nous n’avons jamais connu de problème de cette envergure (…) Personne en Europe n’a fait de pareilles conneries, sauf nous (en laissant filer les déficits publics) (…) Il est évident que nous avons menti tout au long des 18 derniers mois. Il est clair que ce que nous disions n’était pas vrai. Nous n’avons rien fait depuis quatre ans, rien. Vous ne pouvez pas me citer une seule mesure gouvernementale dont nous pourrions être fiers, à part le fait que nous (le gouvernement) nous sommes sortis de la merde à la fin (en remportant les élections) (…). » Le 17 septembre de la même année, la diffusion d’un enregistrement de ce discours, allait donc provoquer d’importantes émeutes en Hongrie. Comment ne pas le comprendre ?

    Une opposition d’extrême-droite ?

    Les émeutiers n’en furent pas moins assimilés à des extrémistes de droite, par la presse européenne qui, depuis, n’a plus cessé ses attaques à l’encontre des conservateurs magyars, systématiquement assimilés, peu ou prou, à la droite la plus nationaliste. Ainsi, lorsqu’éclatèrent les émeutes, en septembre 2006, on déclara que « des manifestants d’extrême-droite réclamant le départ du Premier ministre ont attaqué le bâtiment de la télévision nationale, qu’ils ont momentanément occupé » ; que des « manifestants de droite et d’extrême-droite, exigeant [la démission de Gyurcsany], ont débordé la police et saccagé le siège de la télévision publique, dans la nuit de lundi à mardi à Budapest » (source; « Parmi les manifestants, surtout des jeunes, un certain nombre de toute évidence d’obédience d’extrême-droite » (source) ; « Après une manifestation pacifique devant le parlement, les casseurs, parmi eux des partisans de droite et d’extrême-droite, se sont rassemblés près du siège du parti socialiste, le mouvement du premier ministre hongrois. » (source) Rien n’a donc été négligé par la presse officielle européenne pour, sinon assimiler, au moins associer l’opposition au gouvernement socialiste hongrois à l’extrême-droite et pour créer un amalgame entre la droite ultranationaliste et le parti conservateur (Fidesz) de Viktor Orban.

    Un clair soutien européen aux socialistes hongrois

    Quant à Ferenc Gyurcsany, loin de se faire désavouer par l’Union européenne, il proposa un plan d’austérité extrêmement sévère supposé réparer les innombrables erreurs et manquements du précédent gouvernement socialiste, plan qui reçut bien évidemment l’aval de la Commissions européenne, mais qui prit de cours le peuple hongrois dont on fit décidément peu de cas dans cette affaire. Ainsi le plan présenté en 2006 prévoyait-il de ramener le déficit public de 10,1 % du PIB en 2006 à 3,2 % en 2009, l’objectif étant 6,8 % en 2007 ; une hausse de 2 % des cotisations sociales, pour moitié à charge des salariés ; une hausse du taux minimum de TVA (sur la nourriture et les services de base), de 15 % à 20 % ; et une hausse des prix du gaz (30 %) et de l’électricité (8 %). Le peuple hongrois se vit ainsi sommé de payer les erreurs du gouvernement précédent par ceux-là même qui l’avaient conduit ! Autant dire que l’opposition ne désarma pas, malgré la poursuite des tentatives européennes pour l’assimiler dans son ensemble aux courants les plus extrémistes.

    Malgré les pressions européennes, l’opposition anti-gouvernementale ne désarme pas

    Ainsi, lors de nouvelles émeutes qui éclatèrent en octobre 2006, après les commémorations du 50e anniversaire de 1956, évoqua-t-on des « affrontements très violents de la nuit précédente entre manifestants globalement d’extrême-droite et la police anti-émeutes », et de préciser, toute honte bue, que la cassette sur laquelle on entend Gyurcsany affirmer ouvertement avoir menti à ses administrés, « n’a été qu’un prétexte au déchainement d’une mouvance d’extrême-droite, composée de militants de plus en plus jeunes issus de milieux défavorisés…Ces skinheads fomenteraient le projet de discréditer le Hongrie à l’extérieur pour mieux l’isoler », tout en évoquant la « collusion tactique [de Viktor Orban] avec les milieux les plus radicaux » , histoire de boucler définitivement la boucle d’un amalgame des plus simplistes. Les articles dénonçant une montée, réelle ou supposée, de l’extrême-droite nationaliste en Hongrie, incluant les troupes de la Fidesz conservateur, ne cesseront plus de paraître. Ainsi vit-on les uns affirmer que s’étend, dans tout le pays magyar, « le sentiment nationaliste, revanchard, voire totalitariste » et évoquer une Hongrie gagnée par le « nationalisme conservateur et identitaire » , et les autres agiter le spectre des Croix-Fléchées, les « vieux démons » de la Hongrie et les « 50.000 manifestants d’extrême-droite [qui] se sont réunis autour du Parlement le jour où les partis, de gauche ont choisi György Bajnai comme Premier ministre [et successeur de Ferenc Gyurcsany] », tout en rappelant que la Hongrie et la Roumanie sont « les deux dernières puissances non repentantes de l’Axe » Mais tous ces effets de manche et ces tentatives de la presse européenne pour noyer le poisson du désastre économique hongrois résultant, en grande partie, des errements du gouvernement socialiste Gyurcsany, n’influencèrent guère les électeurs hongrois qui allaient offrir à la Fidesz de Viktor Orban, une large victoire électorale lors des élections européennes de 2009. A l’issue de ce scrutin, la Fidesz remporta 56,3 % des voix et 14 des 22 sièges à pourvoir au Parlement européen. Une victoire qui en préparait une autre, celle des législatives de 2010.     

    L’avènement du gouvernement Orban II

    Après trois années de gouvernement Gyurcsani et suite à la crise financière de 2008, la situation économique de la Hongrie s’est brutalement détériorée. En 2009, la récession s’est établie à 6 % du PIB, le taux d’inflation dépassait les 4 %, le taux de chômage se maintenait au-dessus de 10 % de la population active, le déficit budgétaire représentait encore 7 % du PIB, et la dette publique se montait à 65 %. En mars 2009, le Premier ministre Ferenc Gyurcsany prit la décision de démissionner en faveur du ministre de l’Economie, un indépendant nommé György Gordon Bajnai. Son bref mandat sera essentiellement marqué par la rigueur budgétaire et il décidera de ne pas se représenter à sa succession lors des élections législatives de l’année suivante, remportées par la Fidesz. De fait, à l’issue du scrutin qui se déroula les 11 et 25 avril 2010, la Fidesz obtint 52 % des suffrages et acquit 263 sièges (+99) sur 386, soit plus que la majorité des deux tiers qui ne nécessite que 258 élus. Le 29 mai 2010, après huit années d’opposition, Viktor Orban redevint ministre-président de Hongrie. C’est le début d’un bras de fer entre Budapest et Bruxelles, l’Union européenne s’opposant ou critiquant systématiquement toutes les mesures et réformes adoptées par le gouvernement Orban II, qui désormais ne cesse de se voir taxer de dérives nationalistes, extrémistes, autoritaires, voire revanchistes. L’UE peut, en outre, appuyer ses accusations en prenant à témoin la victoire du parti nationaliste Jobbik-Mouvement pour une meilleure Hongrie qui a raflé 47 sièges (+47) au parlement hongrois, alors que les socialistes du MSzP n’en obtenaient en définitive que 59 (-127).

    Éric Timmermans, pour Novopress

    http://fr.novopress.info

  • L’agression de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie de 1999

    La Serbie a t-elle été attaquée, en 1999 ? Pour répondre à la question, Milica Radojkovic-Hänsel convoque les documents d’époque (incluant la lettre de Willy Wimmer au chancelier Gerhard Shröder). Il met en évidence le caractère inadmissible des demandes de Rambouillet pour justifier une guerre déjà lancée.

    Il y a 14 ans – après les négociations de Rambouillet et Paris entre le 6 et le 23 février 1999 – les médias globaux avaient informé au public que « la délégation serbe n’a pas accepté l’accord offert et qu’elle l’a qualifié de ‘nul et non avenu’ ».

    Les médias insinuaient, que le soi-disant Groupe de contact pour la Yougoslavie soutenait prétendument cet accord. Cette commission était composée de 4 pays membres de l’OTAN plus la Russie. Mais la Russie refusait d’approuver la partie militaire (annexe B) de cet accord – un fait qui à été caché par les informations des médias.

    Qu’est-ce qui c’est réellement passé à Rambouillet et Paris et quels étaient les termes exacts de l’« annexe B » ?

    Madeleine Albright, la secrétaire d’Etat états-unienne de l’époque, a prétendu que « la partie militaire de l’accord était pratiquement le noyau de l’accord offert à Rambouillet », lequel était inacceptable pour la délégation de la République fédérale de Yougoslavie.

    Živadin Jovanovic, le ministre des Affaires étrangères yougoslave d’alors, a déclaré dans son interview avec le quotidien de Belgrade Politika, le 6 février 2013, qu’« à Rambouillet, il n’y a eu ni tentative d’atteindre un accord, ni de négociation, ni un accord ». La délégation yougoslave avait été invitée à Rambouillet afin de participer aux négociations avec la délégation albanaise du Kosovo.

    Il semble exact qu’il n’y a effectivement pas eu de négociation. Cette conclusion peut être tirée des diverses prises de position de quelques représentants occidentaux, entre autres celles du président d’alors de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et du ministre des Affaires étrangères norvégien.

    L’information partisane de la presse occidentale et les affirmations partiales des politiciens occidentaux concernant « l’échec des négociations suite au refus du document politique demandant une large autonomie du Kosovo » par les représentants yougoslaves, visaient à préparer l’opinion publique à une agression militaire l’OTAN, agression qui était déjà planifiée pour octobre 1998 mais qui fut, pour des raisons évidentes, reportée au 24 mars 1999.

    La seule chose vraie est que la délégation yougoslave avait prié à plusieurs fois de pouvoir négocier – ce qui ressort des messages écrits transmis aux négociateurs lors des pourparlers – des négociations directes entre les délégations yougoslave et kosovare.

    Les documents officiels prouvent ce fait. Christopher Hill, le représentant des Etats-Unis à ces négociations, a prétendu dans sa réponse à de telles demandes que la délégation du Kosovo « ne voulait pas de négociations directes ». « Ainsi, il était clair pour nous tous que le dialogue directe ne convenait pas aux Américains et que c’était la véritable raison pour laquelle le contact direct n’a pas eu lieu », a déclaré Jovanovic. Et d’ajouter : « Il n’est point croyable que dans une situation, dans laquelle les Américains auraient vraiment voulu des négociations directes, la délégation du Kosovo n’aurait pas accepté cette demande. »

    Les médias du monde et les représentant occidentaux ont sciemment mal interprété le refus prétendu de la Yougoslavie, de « l’établissement de troupes pour le maintien de la paix au Kosovo (et Métochie) ». La vérité par contre est que la délégation yougoslave avait accepté les parties politiques du projet d’accord de Rambouillet, mais pas son « annexe B » avec les points 2, 5 et 7, qui proposaient et demandaient l’occupation militaire de tout le territoire de la République fédérale de Yougoslavie d’antan (c’est-à-dire la Serbie avec deux provinces autonomes et le Monténégro). C’est pour cela que l’opinion publique du monde entier a été objet d’une manipulation médiatique, disant que les Serbes « refusaient des troupes de maintien de la paix au Kosovo (et Métochie) ».

    Mais que sont les « forces de maintien de la paix » dans la pratique internationale et dans le droit international ? Dans la pratique internationale ce sont des troupes administrées par les Nations Unies (les Casques bleus) ; se sont des troupes, que les pays membres de l’ONU mettent à disposition. Ce ne sont pas des troupes de l’OTAN.

    Afin de comprendre, ce qui a poussé la République fédérale de Yougoslavie à refuser la partie militaire du document présenté à Rambouillet, il est nécessaire de lire ses dispositions :

    « (I) Les personnels de l’OTAN bénéficieront, tout comme leurs véhicules, navires, avions et équipement, d’un passage libre et sans restriction et d’un accès sans ambages dans toute la RFY, y compris l’espace aérien, les eaux territoriales associées et toutes les installations ;

    (II) Les personnels de l’OTAN, en toutes circonstances et à tout moment, seront dispensés des juridictions des Parties, concernant toute agression civile, administrative, criminelle ou disciplinaire qu’ils sont susceptibles de commettre en RFY ;

    (III) Les personnels militaires de l’OTAN devront normalement porter un uniforme, ils pourront posséder et porter une arme ;

    (IV) Les Parties pourront, sur simple demande, accorder tous les services de télécommunication, y compris les services de diffusion, nécessaires à l’Opération, tels que définis par l’OTAN. Ceci comprendra le droit d’utiliser les moyens et services nécessaires pour assurer une capacité totale de communiquer et le droit d’utiliser tout le spectre électromagnétique à cette fin, gratuitement ;

    (V) l’OTAN est autorisée à détenir des individus et, aussi vite que possible, à les remettre aux autorités concernées. »

    Les médias du monde, surtout ceux des Etats membres de l’OTAN et les représentants d’alors des Etats-Unis et d’Europe, ont caché le contenu du document militaire, en reprochant aux dirigeants serbes et au président yougoslave « un manque de coopération dans les efforts, de trouver une solution pacifique ». Tout comme Rambouillet, « la Conférence de Paris n’était pas une réunion, dans laquelle on aurait pu voir un ‘effort’ sérieux pour arriver à une entente, des négociations ou un accord ». L’envoyé des Etats-Unis, Christopher Hill, exigea de la délégation yougoslave uniquement de signer le texte qu’il avait élaboré et mis sur table – selon le principe Take it or leave it, à expliqué l’ancien ministre Živadin Jovanovic.

    Outre les nombreuses condamnations du projet d’accord exprimées par des experts en droit international, l’appréciation du document par l’ex secrétaire d’Etat US Henry Kissinger a fait l’objet d’une attention spéciale dans une interview accordée le 27 juin 1999 au Daily Telegraph de Londres. Il y avait alors déclaré :

    « Le texte du projet de l’accord de Rambouillet, qui exigeait le stationnement de troupes de l’OTAN dans toute la Yougoslavie, était une provocation. Il a servi de prétexte pour commencer les bombardements. Le document de Rambouillet était formulé de telle manière qu’aucun Serbe ne pouvait l’accepter. »

    Ces mots indiquent, entre autres, que l’agression de 1999 contre la République fédérale de Yougoslavie était présentée dans les médias occidentaux comme un épilogue, qui se retrouvait dans le lancement de la nouvelle stratégie interventionniste de l’OTAN sous la conduite des Etats-Unis. Cette stratégie a été officiellement introduite lors de la rencontre de l’OTAN qui s’est tenue le 25 avril 1999 à Washington, c’est-à-dire au moment même où l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie avait lieu.

    Avec l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie, l’OTAN a muté d’une alliance défensive en une alliance agressive, qui s’arroge le droit d’intervenir partout dans le monde en tant que puissance militaire.

    En outre, l’estimation des dirigeants yougoslaves en ce qui concerne la politique officielle du pays était juste, quand ils disaient qu’un des buts de cette agression était de créer un préjudice pour des actions militaires sans mandat de l’ONU et en violation de la charte de l’ONU dans le monde entier.

    Cet avis a été confirmé lors de la conférence de pays membres de l’OTAN et des candidats à l’adhésion, qui a eu lieu en avril 2000 à Bratislava. La conférence avait été organisée par le Département d’Etat US et l’American Enterprise Institute du Parti républicain, seulement quelques mois après l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie. Parmi les participants il y avait de très hauts fonctionnaires (des représentants gouvernementaux ainsi que des ministres des Affaires étrangères et de la Défense) des pays membres de l’OTAN et des candidats à l’adhésion.

    Les sujets principaux à cette conférence étaient les Balkans et l’élargissement de l’OTAN. Dans son résumé écrit de la conférence du 2 mai 2000, résumé qu’il avait fait parvenir au chancelier allemand Gerhard Schröder, Willy Wimmer, alors membre du Bundestag et vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE déclarait que, selon les Etats-Unis, l’attaque de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie constituait un précédent qui pourra être utilisé, à chaque fois qu’on en aura besoin. C’est qu’il signale dans la phrase : « bien sûr tel un précédent auquel chacun pourra se référer et le fera ».

    Wimmer y expliquait une des conclusions décisives. Il s’agit d’une confirmation, rétroactive, que le véritable but des négociations de Rambouillet n’était pas de rendre possible de quelconques négociations directes entre les parties concernées (Serbes et Albanais) ou de trouver une quelconque solution politique, mais plutôt de créer un prétexte pour une agression, ce que Henry Kissinger avait déjà clairement signalé en 1999 (« Il a servi de prétexte pour le début des bombardements. »).

    Dans son message écrit, Willy Wimmer fait remarquer ensuite que [selon l’organisateur lui-même] « la guerre contre la République fédérale de Yougoslavie a été menée pour corriger une décision erronée du général Eisenhower datant de la Seconde Guerre mondiale ». En conséquence, il fallait que des troupes US y soient stationnées, pour des raisons stratégiques, ce qui n’a pas été fait en 1945. Avec la construction de la base militaire Camp Bondsteel au Kosovo – la plus grande d’Europe – les Etats-Unis ont mis en pratique leur position exprimée lors de la Conférence de Bratislava, en prétendant que « pour des raisons stratégiques, il fallait stationner des soldats américains dans cette région ».

    Dans sa lettre, Wimmer affirme aussi (point 1) : « Les organisateurs demandèrent de procéder aussi rapidement que possible au sein des alliés à la reconnaissance d’un Kosovo indépendant au niveau du droit international », pendant que « la Serbie (en tant qu’Etat successeur de la Yougoslavie) doit durablement rester en marge du développement européen », (selon Wimmer afin d’assurer la présence militaire US dans les Balkans).

    En outre, Willy Wimmer revendique :

    « La constatation du fait que l’OTAN avait agi contre toutes les règles internationales et avant tout contre les clauses impératives du droit international en attaquant la République fédérale de Yougoslavie, ne rencontra aucune opposition ». (Point 11)

    Dans son texte, il est également écrit :

    « La partie américaine semble vouloir, dans le contexte global et afin d’imposer ses buts, consciemment et volontairement faire sauter l’ordre juridique international résultant de deux guerres au dernier siècle »

    Ce qui veut dire que le droit international est considéré comme un obstacle à l’élargissement prévu de l’OTAN.

    Et Wimmer de terminer : « La puissance doit primer sur le droit. »

    Texte intégral de la lettre adressée, le 2 mai 2000, au Chancelier de la République fédérale d’Allemagne, Gerhard Schöder, par Willy Wimmer, alors vice-président de l’Assemblée parlementaire de la OSCE

    Lettre à Monsieur Gerhard Schröder, député au Bundestag
    Chancelier de la République fédérale allemande
    Chancellerie fédérale
    Schlossplatz 1, 1017 Berlin

    Berlin, le 2 mai 2000

    Monsieur le Chancelier,

    A la fin de la semaine passée, j’ai eu l’occasion de participer à Bratislava, la capitale de la Slovaquie, à une conférence organisée conjointement par le Département d’Etat des Etats-Unis et l’American Enterprise Institute (l’Institut des Affaires étrangères du Parti républicain) ayant pour thèmes principaux les Balkans et l’extension de l’OTAN.

    Des auditeurs de haut rang assistaient à la manifestation, ce dont témoignait la présence de nombreux Premiers ministres ainsi que de ministres des Affaires étrangères et de la Défense de la région. Parmi les nombreux points importants qui ont pu être traités dans le cadre du thème susmentionné, quelques-uns méritent particulièrement d’être cités :

    1. Les organisateurs demandèrent la reconnaissance par les alliés, aussi rapidement que possible, en droit international public, de l’Etat indépendant du Kosovo. [1]
    2. Les organisateurs déclarèrent que la République fédérale de Yougoslavie se situe en dehors de tout ordre juridique, avant tout de l’Acte final d’Helsinki. [2]
    3. L’ordre juridique européen s’oppose à la réalisation des idées de l’OTAN. L’ordre juridique américain peut plus facilement être appliqué en Europe.
    4. La guerre contre la République fédérale de Yougoslavie a été menée pour corriger une décision erronée du général Eisenhower durant la Seconde Guerre mondiale. Pour des raisons stratégiques, il fallait stationner des soldats américains dans cette région. [3]
    5. Les alliés européens ont participé à la guerre contre la Yougoslavie pour vaincre de facto le dilemme résultant du « nouveau concept stratégique » de l’Alliance, adopté en avril 1999, et du penchant des Européens en faveur d’un mandat préalable des Nations Unies ou de l’OSCE.
    6. En dépit de l’interprétation légaliste subséquente des Européens, selon laquelle il s’est agi, dans cette guerre contre la Yougoslavie, d’une tâche dépassant le champ d’action conventionnel de l’OTAN, nous sommes en présence d’un cas d’exception. C’est évidemment un précédent qui peut être invoqué en tout temps et par tout un chacun, et cela se produira aussi dans le futur. [4]
    7. Dans le cadre de l’élargissement de l’OTAN prévu à brève échéance, il s’agit de rétablir, entre la mer Baltique et l’Anatolie, la situation géopolitique telle qu’elle était à l’apogée de l’expansion romaine. [5]
    8. Pour réaliser cela, la Pologne doit être entourée au nord et au sud par des Etats voisins démocratiques, la Roumanie et la Bulgarie doivent être reliées à la Turquie par une liaison routière sûre et la Serbie (probablement pour assurer la présence militaire américaine) doit durablement rester en marge du développement européen.
    9. Au nord de la Pologne, il s’agit de maintenir un contrôle total de l’accès de Saint-Pétersbourg à la mer Baltique. [6]
    10. Dans chaque processus, la priorité doit revenir au droit à l’autodétermination, avant toutes autres dispositions et règles du droit international public. [7]
    11. La constatation que l’OTAN avait agi contre toutes les règles internationales et avant tout contre les clauses impératives du droit international en attaquant la République fédérale de Yougoslavie, ne rencontra aucune opposition. [8]

    Vu les participants et les organisateurs, on ne peut s’empêcher, à l’issue de cette manifestation qui s’est déroulée en toute franchise, de procéder à une évaluation des déclarations faites à cette conférence.

    La partie américaine semble vouloir, dans le contexte global et afin d’imposer ses buts, consciemment et volontairement faire sauter l’ordre juridique international résultant de deux guerres au dernier siècle. La puissance doit primer sur le droit. Là où le droit international fait obstacle, on l’élimine.

    Lorsqu’un développement semblable frappa la Société des Nations, la Seconde Guerre mondiale pointait à l’horizon. On ne peut qu’appeler totalitaire une réflexion qui considère ses propres intérêts de façon aussi absolue.

    Veuillez agréer, Monsieur le Chancelier, l’expression de mes sentiments distingués.

    Willy Wimmer
    Membre du Bundestag
    Président du groupement régional de la CDU du Bas-Rhin,
    Vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE

     

    Milica Radojkovic-Hänsel

    Le présent article a été rédigé sur la base de l’article d’Andreas Bracher « Was will die westliche Balkanpolitik ? » et des remarques d’Andreas Bracher, parus in Der Europäer Jg. 6, Nr. 1, Nov. 2001.

    Les notes de bas de page sont d’Andreas Bracher.

    Traduction : Horizons et débats
    [1] Jusqu’à présent, le Kosovo teste formellement une province de la Serbie, qui est elle-même une République faisant partie de la Yougoslavie. Le maintien de ce statut avait été une condition préalable à la fin de la guerre dite du Kosovo de juin 1999. Officiellement, le maintien de ce statut fait jusqu’à aujourd’hui partie du programme de l’Occident.

    [2] L’Acte final d’Helsinki : l’ordre dit de la CSCE, qui en avait établi en 1975 les bases pour une vie communautaire des Etats en Europe. Parmi ces bases figurait, entre autres, l’inviolabilité des frontières.

    [3] Cela semble se rapporter à l’invasion des Alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Churchill avait demandé entre autres une invasion alliée dans les Balkans. Au lieu de cela, Eisenhower ordonna, en tant que Chef suprême des forces alliées, un débarquement en Sicile (1943) et en France (1944). Par conséquent, il n’y a pas eu de forces d’occupation occidentales dans les Balkans.

    [4] L’OTAN a mené la guerre du Kosovo de 1999 sans mandat de l’ONU. Un pareil mandat aurait correspondu aux desiderata des gouvernements européens, mais pas à ceux du gouvernement des Etats-Unis. Celui-ci aimerait agir de façon aussi autoritaire que possible et sans restrictions internationales. Ce qu’on entend manifestement sous points 5 et 6, c’est que dans cette guerre,
    a) les Etats européens ont surmonté leurs engagements envers leurs opinions publiques par rapport au mandat de l’ONU et
    b) que cela a créé un précédent pour des engagements futurs sans mandat de l’ONU.

    [5] L’Empire romain n’a jamais atteint la mer Baltique. Pour autant que Wimmer ait rendu correctement les déclarations, on entend apparemment d’une part l’empire romain, d’autre part l’Eglise de Rome.

    [6] Cela signifie donc qu’il faut couper la Russie de son accès à la mer Baltique et l’écarter ainsi de l’Europe.

    [7] L’accent mis sur le droit à l’autodétermination montre à nouveau le wilsonianisme des Etats-Unis – d’après l’ancien président US Woodrow Wilson – qui était, selon Rudolf Steiner, un adversaire essentiel lors de la fondation de la triarticulation sociale. Steiner considérait que c’était un programme de « la destruction de la vie communautaire des peuples européens ». Celle-ci permet le démantèlement de presque tous les Etats européens par la mise en exergue des « problèmes de minorités ».

    [8] Il semble que ce sont là des réactions à des remarques de Wimmer. Les participants à la conférence étaient parfaitement conscients de ces atteintes aux clauses du droit international public, mais elles leur étaient indifférentes.

  • Europe : Les épargnants ne sont plus protégés

    Par Philippe Herlin – Chercheur en finance, professeur au CNAM.

    Plus le temps passe, plus on doit se rendre à l’évidence : Chypre a constitué une répétition générale, l’expérimentation d’un plan qui sera reproduit ailleurs. La déclaration de Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, qui a parlé de “modèle”, avant de se rétracter, s’avère donc vraie.

    La Commission européenne, et plus spécialement Michel Barnier, le commissaire en charge des banques, prépare en effet une directive qui mettra à contribution les dépôts de plus de 100.000 euros en cas de sauvetage bancaire. L’intention de départ est louable puisqu’il s’agit de ne plus mettre à contribution les contribuables, mais cet argument ne constitue-t-il pas qu’un prétexte ?

    La directive prévoit qu’en cas de faillite d’une banque, les pertes seront d’abord épongées par les propriétaires et les actionnaires, suivis des créanciers “juniors” et “seniors” puis, en troisième rang, les déposants au-dessus de 100.000 euros. C’est seulement si l’ensemble de ces contributions s’avérait insuffisante qu’interviendrait l’argent public, à travers le fonds de secours européen, le MES.

    Voilà pour la théorie, qu’en est-il concrètement ? Lorsqu’une banque affiche de mauvais résultats, les actionnaires en ont déjà payé le prix depuis longtemps ! Les grandes banques européennes ont déjà perdu environ 90% de leur valeur boursière depuis la crise (l’action Société Générale cotait 170 euros en 2006, 25 aujourd’hui, par exemple), il ne reste donc plus grand-chose de ce côté-là.

    Les créanciers ont également fait en sorte de partir. La seule vraie richesse qui reste, ce sont les comptes bancaires. Ils prendront donc sur eux l’essentiel de la ponction, il ne faut pas se faire d’illusion.

    Mais les comptes de moins de 100.000 euros sont-ils bien à l’abri ? Certainement pas ! Il faut bien comprendre que les comptes bancaires chypriotes de moins de 100.000 euros ont été préservés parce que l’Europe et le FMI se sont engagés à apporter 10 milliards d’euros. Si la crise devait toucher un grand pays comme l’Espagne, l’Italie ou la France, ce n’est pas 10 milliards mais plusieurs centaines qu’il faudrait mobiliser.

    Qui peut croire que cela sera fait ? Qui peut croire que l’Allemagne fera exploser son endettement pour sauver les comptes bancaires des Espagnols, des Italiens ou des Français ?

    D’autant que ceux qui détiennent des comptes supérieurs à 100.000 euros vont se dépêcher de les vider pour les répartir sur plusieurs comptes, et leur nombre va diminuer comme neige au soleil. Cette directive va aussi favoriser le bank run dès les premiers signes sérieux de crise.

    En refusant de s’attaquer aux grands oligopoles bancaires et à l’opacité de leur fonctionnement, à cette logique du “too big to fail” qui encourage l’irresponsabilité, l’Union européenne évite les questions gênantes. Cette directive constitue surtout un aveu d’impuissance, et les épargnants en paieront le prix.

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  • Parlement Européen : Marine Le Pen vs Mario Draghi

    « Ne vous avisez pas de lancer une offensive monétaire sur la France car dans ce cas vous nous trouverez en travers de votre chemin » – Marine Le Pen à Mario Draghi, président de la BCE