
Je longeais ce matin les rues tranquilles de Treffiagat. Le ciel avait cette pâleur de zinc que la côte connaît bien, quand l’hiver ne décide pas encore s’il doit mordre ou simplement peser. J’allais sans hâte, comme on marche ici, en suivant un trajet mille fois répété, puis le regard est happé par une présence immobile, le monument aux morts, dressé face à l’église, avec sa pierre grise et ses noms serrés comme une litanie, autrefois encadré par deux canons de 77 allemands ou autrichien aujourd’hui disparus. Rien de grandiose, rien d’emphatique, une liste, et pourtant tout y est, la chair devenue alphabet, la vie réduite au patronyme, la jeunesse arrêtée net.
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