Les différences durables et profondes des pays de l'Union européenne font que l'euro est un non-sens économique : mais c'est une priorité idéologique pour ceux qui veulent briser les nations. Il faut s'en dégager. Telles sont les conclusions de l'étude du professeur Milloz pour le «pré-gouvernement» du FN.
Je passerai rapidement sur certains aspects du dossier de l'euro qui toucheront directement la vie quotidienne des Français et de leurs entreprises. Ces aspects seront, me semble-t-il, au cœur de l'effort de propagande que développera l'appareil traditionnel du Front, au titre de la guerre déclarée à la monnaie unique par notre Président. Il s'agit par exemple de la disparition des opérations de change au sein de l'Union, de la disparition du franc, des risques d'augmentation des prix, des complications pour le consommateur, du coût du changement de monnaie pour les entreprises etc. Sans évidemment que les questions sur lesquelles j'insisterai soient exclues de cet effort de propagande, je m'attacherai plutôt ici à aborder le sujet sous un angle plus général, c'est-à-dire à montrer l'irréalisme économique de la monnaie unique et, hic jacet lepus, le dessein politique que cache cet irréalisme délibéré.
D'abord le plan économique. L'euro présente un vice essentiel : il est une monnaie unique plaquée sur une zone économique de onze Etats distincts et hétérogènes.
Certes ces onze Etats prétendent à une certaine homogénéité en ce qu'ils disent avoir satisfait aux critères financiers de Maastricht. Mais d'abord personne ne doute que la plupart n'y sont parvenus qu'au prix de contorsions statistiques inavouables. Ensuite et surtout, on ne saurait apprécier l'homogénéité d'une zone monétaire à la seule lumière de ces critères financiers. Il y a bien d'autres paramètres à prendre en compte : le niveau des salaires, de la protection sociale, la structure de la fiscalité, la situation démographique, l'expérience historique, le degré de spécialisation des productions, le niveau d'unité culturelle et linguistique etc ...
Diminution des salaires
Cette énumération le montre en pratique l'hétérogénéité est la règle lorsqu'une zone économique réunit plusieurs Etats distincts. Or, si ces Etats entretiennent entre eux d'importants courants d'échanges, il est fatal que surviennent sinon des crises, du moins des difficultés durables provoquées par cette hétérogénéité. Comment se surmontent ces dernières ? Généralement par la flexibilité du change. Qu'elle soit érigée en règle ou qu'elle soit admise et pratiquée comme une exception au principe de fixité, cette flexibilité fournit un remède aux déséquilibres et permet les ajustements nécessaires. Mais si, par l'institution d'une monnaie unique, on renonce à l'ajustement par le taux de change, il faudra bien, les faits étant têtus, trouver d'autres issues. On les trouvera soit dans la diminution des salaires ou de la protection sociale (pour que soient rétablies des conditions de concurrence plus favorables) soit dans une augmentation du chômage (ce qui poursuit le même objectif, par un moyen à peine différent) soit dans des transferts de capitaux d'un Etat à l'autre (le premier aidant le second à franchir une passe difficile) soit dans la mobilité de la main-d'œuvre (cette dernière se déplaçant d'une zone déprimée vers une zone plus active), soit enfin dam une combinaison de ces solutions.
On a de multiples exemples de ce genre de situation. Le cas des Etats-Unis est classique : une crise survient-elle en Californie qui provoque du chômage ? L'on voit la main-d'œuvre et, plus généralement, la population se déplace, vers la région de Chicago par exemple, où les offres d'emploi sont nombreuses. L'exemple de la réunification de l'Allemagne est encore plus parlant : on a vu une monnaie unique imposée à deux zones qui, sur le plan économique, étaient totalement hétérogènes. Dès lors, très logiquement, plusieurs des solutions envisagées ci-dessus sont venues essayer de concourir à rétablir la situation de l'ex-RDA : chômage, transferts de main-d'œuvre dans le sens Est-Ouest, transferts massifs de capitaux d'Ouest en Est.
Mais nous devons relever que les exemples choisis ne mettaient pas en cause des Etats étrangers l'un à l'autre. Les ajustements en question sont intervenus au sein d'une nation, c'est-à-dire dans un cadre caractérisé par un fort sentiment de solidarité et surtout d'appartenance commune, appuyé sur l'unité linguistique.
Tout autre est la situation chez les onze Etats de l'euro. Croit-on qu'en cas de crise de vente du vin de Porto, les Portugais iront volontiers en Finlande au motif que l'industrie du bois y offrira des emplois ? Croit-on que l'Allemagne acceptera facilement de renouveler des transferts massifs de capitaux. cette fois-ci en faveur de l'Irlande par exemple, si celle-ci vient à se trouver en difficultés ? On connaît déjà les réticences des pays qui s'estiment créanciers de l'Union : elles seront aggravées par la rigidité propre à une monnaie unique. L'Allemagne d'ailleurs a déjà refusé tout récemment par la voix de l'un de ses ministres. ce que celui-ci a appelé « l'Europe des transferts ». Il est à craindre que les solutions les plus douloureuses s'imposent : augmentation du chômage ; diminution des salaires et de la protection sociale. Et cette issue est d'autant plus probable qu'il n'est pas besoin d'être expert pour prévoir que la politique monétaire de la Banque centrale européenne sera d'inspiration restrictive.
Il est clair, en un mot, que l'hétérogénéité de la zone est source de conflits majeurs et de dislocations potentielles. Comment les prévenir ? Pour les européistes, pour Bruxelles, la solution coule de source. L'hétérogénéité, les diversités nationales font obstacle ? Qu'à cela ne tienne, il faut supprimer cette hétérogénéité, il faut supprimer ces diversités, il faut faire de la zone monétaire une zone homogène.
Ainsi, la monnaie unique tombe le masque : le fond de l'affaire est politique, il réside dans la volonté désormais justifiée par les nécessités de l'euro, de créer un Etat européen unifié, un Etat dominé par la technocratie de la Commission et de la Banque centrale.
Les manœuvres ne manquent pas qui tendent dans ce sens. En voici quelques-unes.
La gestion d'une monnaie unique ne peut se concevoir, c'est bien évident, sans une discipline budgétaire commune. A établir cette discipline se consacrera donc ce que le traité d'Amsterdam appelle « la surveillance multilatérale ». Elle permet d'imposer aux Etats membres de « respecter leurs obligations résultat du traité », c'est-à-dire d'avoir une politique budgétaire restrictive dans l'esprit de Maastricht. Dans cette perspective, le Conseil statuant à la majorité qualifiée peut infliger aux Etats récalcitrants soit l'obligation de dépôts sans intérêt, soit une amende. De son côté, la Commission peut demander à la Cour de justice d'infliger le paiement d'une somme forfaitaire ou d'une astreinte. Qui nierait qu'il s'agit là des premiers pas vers un budget unique ?
Ces premiers pas, d'ailleurs, ne dispensent pas de gonfler le budget communautaire. D'ores et déjà les européistes se plaignent du niveau insuffisant de celui-ci qui devrait, selon eux, être quadruplé : pour Jacques Delors, il devrait passer de 1,2 % du PlB communautaire à 5 %.
Le futur Etat européen, purement technocratique, doit échapper aux Etats nationaux : c'est pourquoi, les pouvoirs de la Banque centrale, gestionnaire de l'Euro, ne sont en pratique balancés par aucun contrepoids politique ou autre en matière de politique monétaire. Et même dans le domaine des taux de change, là où le Traité concédait au conseil des ministres le droit de formuler des orientations, un Conseil ultérieur (décembre 1997) a, en violation semble-t-il du traité, restreint ce droit à des « circonstances exceptionnelles ».
Mais la fusion politique des Etats ne sera jamais suffisante si l'on n'obtient pas la fusion des peuples. La tâche est plus rude mais c'est une raison pour l'entreprendre le plus tôt possible. Le nœud du problème est dans la mobilité des personnes. Les européistes déplorent que 3 % seulement des Européens résident dans un Etat autre que celui où ils sont nés : il faut donc promouvoir la mobilité géographique, c'est-à-dire, primo, abolir tous les contrôles de personnes aux frontières internes y compris pour les ressortissants des pays du tiers et, secundo et surtout, préparer des mesures tendant à faire de la circulation des personnes et de l'expatriation à l'intérieur de l'Union une « réalité quotidienne ». L'exemple américain est à nouveau appelé à la rescousse.
J'écourterai ici la liste des projets européistes tendant à saper à la base la réalité des nations pour conclure en montrant qu'ils sont l'aboutissement de l'entreprise qui fut lancée immédiatement après la guerre et qui atteint aujourd'hui sa phase finale. Elle n'a été ralentie qu'entre 1958 et 1969 et même carrément stoppée en 1966 lorsque fut imposé le compromis de Luxembourg, aujourd'hui tombé en désuétude.
Quand on jette un regard en arrière, on est frappé par l'implacable continuité de la course : la CECA, l'EURATOM, le traité de Rome, l'Acte unique, le traité dé Maastricht, le traité d'Amsterdam. Jamais, depuis la C.E.D. un saut brutal qui susciterait le rejet. Toujours un simple petit pas de plus. Jamais l'aveu du but ultime. Toujours, le masque des commentaires minoratifs.
Se dégager de l'euro
Quelle politique dès lors pour notre mouvement arrivé au pouvoir ? C'est cette question qui touche surtout l'économie et les affaires étrangères qu'il conviendra de traiter par priorité. Pour le moment, il convient de se contenter d'idées générales.
En première approximation et en me plaçant dans une situation pas trop différente de la situation présente, je dirai qu'i! y a nécessité vitale pour la France de se dégager de l'euro, ce qui signifie dénonciation du traité de Maastricht au moins en ce qui concerne la monnaie unique. Faut-il le dénoncer pour le reste ? C'est une question à étudier, la réponse affirmative étant hautement probable.
Reste une importante question : quid du traité de Rome ? Celui-ci, je tiens à le rappeler car c'est un fait trop souvent perdu de vue, est à la source de l'évolution actuelle. C'est lui qui, grâce à la Cour de justice a donné aux européistes leur force jusqu'ici irrésistible. Faut-il dénoncer le mythe séducteur qu'il représente les avantages qu'il a procuré l'Europe plaident pour une réponse négative du principe. Probablement, il faudra pourtant le priver de ce qu'il contient de venin supranational en y incorporant, en bonne et due forme, le compromis de Luxembourg : ce serait certainement la première des modifications à réclamer.
Dans les circonstances actuelles, où l'Euro démarre avec la bénédiction des marchés et des forces politiques dominantes ; ces propositions peuvent paraître irréalistes. Pourtant. j'ai confiance dans le triomphe assuré des faits sur l'utopie destructrice. En deux phrases et quelques mots, le général De Gaulle avait fait le tour du sujet d'une façon si définitive qu'il n'y a rien à y ajouter et je n'y ajouterai rien, Voici cette citation que vous connaissez sans doute : « Les nations européennes sont des œufs durs. On ne fait pas d'omelette avec des œufs durs. »
Pierre MILLOZ National Hebdo du 28 mai au 3 juin 1998
économie et finance - Page 806
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« Inviable, l'euro peut mortel » (arch 1998)
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Impôts : les familles avec enfants vont encore trinquer un peu plus en 2014
1,4 milliard d’euros d’économie pour l’État.
Les hausses d’impôts « réservées » aux familles avec enfants leur coûteront 1,4 milliard supplémentaires, soit au bas mot 2500 euros pour une famille avec 4 enfants scolarisés. Ce sont non seulement les vacances, mais le remplacement de la (grosse) voiture à bout de souffle qui sont en jeu désormais, voire, pour les budgets les plus serrés, d’autres arbitrages encore plus sévères.
À croire que ce gouvernement a décidé de s’acharner fiscalement sur les familles avec enfants pour des raisons idéologiques.
Après la réduction du quotient familial abaissé à 1500 euros par enfant à charge, mesure qui rapportera 1 milliard à l’État pris dans la poche des familles, et de facto en particulier dans la poche des familles les plus nombreuses, voici que la réduction d’impôt pour enfants scolarisés va également sauter. C’est en tout cas ce qui ressort des travaux préparatoires sur le Budget 2014.
Les familles nombreuses particulièrement ciblées par les hausses d’impôts
Jusqu’à cette année, les familles – qui pensaient à appliquer cette réduction d’impôt dans leur déclaration – bénéficiaient de 61 euros de réduction par enfant au collège, 153 euros par enfant au lycée et 183 euros par enfant étudiant. Zwiip, d’un trait de plume, ces réductions qui venaient participer (modestement) à l’effort de maintenir un enfant dans le système scolaire plutôt que de l’envoyer à la mine pousser des chariots ou de le laisser traîner dans un hall d’immeuble à tenir le mur, sera supprimé en 2014. Bénéfice attendu pour l’État : 445 millions d’euros, qui seront donc, là encore, ponctionnés du budget des foyers avec enfants, et, là encore, en particulier les familles nombreuses, littéralement matraquées fiscalement depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir.
1,4 milliard d’impôts en plus pour les familles en 2014… en plus des autres augmentations
1,15 million de foyers fiscaux bénéficiaient de ces réductions d’impôts jusqu’à présent. Pour 2014, leurs impôts augmenteront en moyenne de 144 euros par an du fait de cette suppression, mais dans le cas, par exemple, dune famille de quatre enfants, avec un élève au collège, deux au lycée et un à la fac, l’augmentation d’impôt sera de 550 euros. Avec l’abaissement du quotient familial, qui coûtera au bas mot 2000 euros à cette même famille, ce sont au minimum 2500 euros d’impôts supplémentaires dont elle devra s’acquitter en 2014.
Le gouvernement se justifie en expliquant que l’allocation de rentrée scolaire (ARS) sert déjà à venir en aide aux familles avec enfants scolarisés, ce qui n’est pas faux. Et d’ailleurs, le gouvernement socialiste, à son arrivée en 2012, a revalorisé l’ARS de 25%, mesure appréciée des familles, même si elle avait des faux airs de mesure électoraliste. Mais supprimer la réduction d’impôt pour enfants scolarisés deux ans plus tard laisse la vague impression que ce qui a été donné d’une main est repris de l’autre. Par ailleurs l’ARS s’arrête à 18 ans, et ne concerne donc pas les lycéens en retard pour leur bac, ou les étudiants qui vont à la fac poursuivre des études.
Jean-Baptiste Giraud
Rédacteur en chef d’economiematin.fr
5/09/2013
http://www.polemia.com/impots-les-familles-avec-enfants-vont-encore-trinquer-un-peu-plus-en-2014/ -
France, où en est la croissance ?
par Jacques Sapir
La presse, essentiellement celle qui soutient le gouvernement, se remplit d’optimisme et de commentaires flatteurs pour notre Président à la vue des derniers chiffres de l’INSEE qui ont été publiés le 14 août. Ainsi, au second semestre 2013 la France aurait connu une croissance de 0,5%, Alléluia ! La croissance revient donc et semble donner raison au Président comme au gouvernement. Pourtant, les commentateurs feraient mieux d’être plus prudents et de lire plus attentivement le document de l’INSEE, qui est loin d’être aussi affirmatif qu’ils ne le disent .
En réalité, le chiffre de 0,5% obtenu au second trimestre 2013 est dû à deux facteurs : une hausse de la consommation de 0,3% et un accroissement des stocks de 0,2%. Or, les stocks des entreprises avaient baissé de -0,8% en 2012. Une correction était attendue et se situe dans la normale des choses. On mesure par ailleurs qu’elle reste inférieure à la baisse précédente. Une comparaison des deux premiers trimestres de 2013 avec 2011 et 2012 montre que cet accroissement ne sera pas durable.
On peut lire sur ce graphique, et c’est pourquoi on le publie, la permanence des facteurs qui font stagner le PNB de la France, et en particulier l’évolution de l’investissement et du solde commercial. On voit parfaitement que l’ensemble des facteurs susceptibles de contribuer à la croissance de l’économie française sont en panne depuis la fin de 2011.
La « panne » que connaît l’économie ne date donc pas du changement de gouvernement. Mais, le nouveau gouvernement, et le nouveau président n’ont en rien modifié la tendance antérieure.
Leur action, parce qu’elle s’inscrit dans une continuité profonde avec celle de l’équipe Sarkozy-Fillon et ne s’attaque pas au problème de fond que connaît notre pays, problème qui porte le nom d’Euro, et ce en dépit de divergences de détail, s’avère incapable d’inverser le sort de l’économie française.
Il faut maintenant revenir sur le second point expliquant la hausse du PIB au second trimestre : la hausse de la consommation des ménages. Cette hausse est réelle, mais elle semble s’expliquer essentiellement par des facteurs conjoncturels.
- Les dépenses d’énergie ont été anormalement élevées au printemps 2013, résultat du mauvais temps que nous avons subi. Il a fallu chauffer plus longtemps les maisons et les édifices publics.
- Les dépenses de consommation courante (habillement et nourriture) continuent de baisser (-2,2% pour l’habillement et -1,2% pour la nourriture). Ceci est inquiétant, et montre que le niveau de vie des Français se détériore, ou à tout le moins que le pouvoir d’achat médian (et non moyen) continue de reculer. L’indicateur de pouvoir d’achat par unité de consommation montre d’ailleurs une baisse de -0,2% sur le premier semestre de cette année.
- Seules, les dépenses liées à l’automobile augmentent, mais sont loin (avec 2,2%) de compenser la baisse précédente (-5,5%). En fait, la hausse du second trimestre semble être une correction partielle de cette baisse mais n’indiquent nullement que le marché de l’automobile se reprenne.
En fait, la consommation en biens durables des ménages français est en panne depuis maintenant plusieurs années. La crise de 2008 a bel et bien cassé la tendance que l’on constatait depuis 2001. La hausse actuelle de la consommation est donc appelée à ne pas durer. De plus, il faut signaler que c’est à la fin du troisième trimestre (en septembre) que se feront sentir les hausses d’impôts. C’est à cette date que les ménages prendront la mesure du tour de vis fiscal auquel ils sont soumis. Ces hausses devraient provoquer une contraction de la consommation non négligeable.
Le plus inquiétant cependant n’est cependant pas là. Il réside dans la poursuite de la baisse de l’investissement (FBCF ou Formation Brute de Capital Fixe). Au second trimestre, la chute de la FBCF est de -0,5%, est celle de la FBCF des ménages (qui par convention n’investissent que dans le logement) de -1,7%. Sur une année, la chute de la FBCF des entreprises non financières est importante avec -2,1%. Seul l’investissement des administrations publiques se maintient, mais il est actuellement à un niveau relativement bas.
Cela signifie que l’appareil productif français continue de se dégrader, et en particulier par rapport à l’Allemagne qui est certes notre principal partenaire mais aussi, du fait de l’Euro, notre pire concurrent. La baisse de la FBCF implique à terme de moindres gains de productivité et donc une hausse relative, par rapport aux autres pays, du coût salarial unitaire réel qui est l’un des indicateurs les plus sûrs de la compétitivité relative de l’industrie française.
Ceci invalide aussi l’idée, souvent avancée dans les milieux proches de François Hollande, que la France serait dans un « cycle » dont elle aurait connu la phase basse durant cet hiver et qui devrait mécaniquement déboucher sur une phase de croissance pour la fin de cette année. Le « cycle des affaires », pour reprendre une expression qui eut son heure de gloire vers 1920, n’est que le produit d’une économie largement déréglementée. Il n’y eut nul « cycle » dans les années 1950 et 1960. D’ailleurs, à la fin des années 1960 de grands économistes avaient collaboré à un livre s’interrogeant sur l’obsolescence même du fameux « cycle des affaires ». Ce « cycle » implique pour être établi que l’on démontre les mécanismes des oscillations régulières. Or, tous les indicateurs économiques structurels indiquent au contraire un affaiblissement de l’appareil économique français.
Rien, dans le tableau dressé par l’INSEE, n’incite donc à l’optimisme. Seule une forte croissance mondiale, en supposant que la France puisse en profiter ce qui est douteux compte tenu du taux de change de l’Euro (actuellement de 1,32 USD pour 1 euro), pourrait tirer la croissance. Mais, la crise dans les pays émergents (Chine et Inde) et la faiblesse de la croissance aux Etats-Unis ne permet pas de compter sur un tel scénario.
La croissance mondiale restera faible en 2013 et en 2014. La zone Euro, elle-même restera ce que l’économiste Jorg Biböw a appelé « un frein global » à la croissance mondiale.
L’économie française est donc condamnée à la stagnation à court terme et, du fait de la perte de compétitivité de son appareil productif, à la dégradation à moyen terme. Ceci est la conséquence directe de l’Euro, comme on a eu à maintes reprises l’occasion de le dire et de le prouver sur ce carnet. La seule solution qui permettrait d’emprunter un chemin radicalement différent et de redonner espoir tant aux entreprises qu’aux travailleurs français (qui constatent, eux, que le chômage continue d’augmenter) serait de sortir de l’Euro pour pouvoir dévaluer, non seulement par rapport au Dollar (et à la zone Dollar) mais aussi et surtout par rapport à l’Allemagne.
Mais de cela, il n’en est pas question pour l’instant. Il faudra que la crise s’aggrave, que le chômage continue de monter, pour que la question d’une dissolution de la zone Euro soit, enfin, mise à l’ordre du jour.
ria novosti via http://fortune.fdesouche.com/320595-france-ou-en-est-la-croissance
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Pierre Jovanovic - On nous cache tout!
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Espagne : une société au bord de la crise de nerfs
Après des années de croissance rapide, l’économie ibérique a brutalement chuté. Entre 2008 et 2012, son PIB a baissé de 5% et devrait encore décliner de 1,4% cette année. Les effets conjugués du krach immobilier et des plans de rigueur à répétition ont plongé le pays dans une profonde détresse sociale.
Tout d’abord, le secteur de la construction s’est arrêté net avec l’éclatement de la bulle immobilière. Après des années de surproduction, le pays de Cervantès est passé de 700 000 constructions par an à moins de 150 000 en 2012. Des villes fantômes inachevées attendent des acheteurs qui ne viendront plus. Près de 3,5 millions de logements seraient vacants. Malgré cela, 350 000 ménages, incapables de payer leurs traites, ont été expulsés de leur logement depuis 2008. Ces expulsés (les desahuciados) ne voient cependant pas leur dette effacée pour autant grâce à la vente du logement qu’ils occupaient, car les prix de l’immobilier ont chuté entre-temps. Beaucoup se retrouvent donc sans logement et surendettés. Face à cette hémorragie, le gouvernement a annoncé un gel pour deux ans des saisies dans les cas « d’extrême nécessité ».Six millions de sans-emploi
Le taux de chômage a quant à lui triplé depuis 2008 : 6 millions de personnes sont sans emploi. Après quatre ans de crise, de plus en plus de chômeurs arrivent en fin de droits et ne reçoivent plus que le revenu minimum de 421 euros créé en 2010. Le taux de pauvreté s’est accru et, dans un pays où l’Etat social restait encore peu développé, les plus démunis ne peuvent se tourner que vers l’assistance des réseaux de l’Eglise catholique (l’organisation Caritas aide trois fois plus de ménages qu’avant la crise), l’économie informelle et la solidarité familiale.Avec un taux de chômage de 52%, les jeunes forment une génération sacrifiée. Le salut pour nombre d’entre eux passe par l’exil en Allemagne ou en Amérique latine. Pour les autres, chômage et précarité sont synonymes de maintien chez les parents. Les salaires des fonctionnaires ont baissé de près de 15%, l’âge de départ à la retraite a été repoussé de 65 à 67 ans, les pensions de retraite gelées, la TVA augmentée à 21%, les aides de l’Etat aux handicapés ont fondu de 480 millions en deux ans et les médicaments sont moins remboursés. Quatre plans de rigueur se sont succédés depuis 2009 pour un montant cumulé de plus de 100 milliards d’euros.Les deux grands partis, les socialistes du PSOE et les conservateurs du Parti populaire au pouvoir, sont discrédités par leur échec face à la crise et les scandales de corruption à répétition. Mais pour l’instant, l’extrême droite ne profite pas de la crise. Ce sont plutôt des mouvements de citoyens comme les Indignés, nés le 15 mai 2011, qui organisent la résistance notamment face aux expulsions de logement. Avec la crise, les revendications indépendantistes se renforcent, notamment en Catalogne, entraînant un risque important de déstabilisation de l’Etat espagnol.Le tour d’Europe de la crise sociale Alternatives économiques n°323
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Qatar : Les secrets du coffre-fort
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La finance dérégulée nous condamne aux krachs
Pour l’économiste André Orléan, dans un univers boursier par essence spéculatif, la transparence ne sert à rien. Le seul moyen d’éviter les crises à répétition engendrées par les bulles est de définanciariser l’économie.
Un bureau grand comme un mouchoir de poche, grignoté par des piles de dossiers et des rayonnages de livres. Et un pupitre pour tout meuble, surplombé d’une affiche au titre ironique : Manifeste des “sagesses boursières”… jamais respectées.
Justement, les folies financières et les bulles de marché, André Orléan, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, les scrute et les dissèque depuis longtemps à la façon d’un biologiste. Apparemment, pour l’auteur de L’Empire de la valeur (Seuil) et de De l’euphorie à la panique (Editions Rue d’Ulm), la série des krachs entamée depuis une douzaine d’années risque de se poursuivre.
Mouvements erratiques des actions, chute de l’or, recul des marchés émergents, bulle sur quelques obligations d’Etat… Cette situation d’extrême nervosité sur tous les marchés – et non pas quelques-uns – est-elle inédite dans l’histoire?
Non. Dans les situations de forte incertitude, les investisseurs se replient fréquemment sur les actifs réputés sans risque, quitte à les faire mécaniquement monter au-delà du raisonnable. Aujourd’hui, majoritairement, ce sont quelques emprunts d’Etat, en l’occurrence ceux émis par l’Allemagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et dans une certaine mesure la France, qui profitent de ce flight to quality alimenté par le déluge de liquidités que les banquiers centraux déversent sur les marchés financiers.
Cette situation est fort risquée. Plus la période est troublée, plus les marchés réagissent de façon binaire, rejetant tous les titres à l’exception des plus sûrs.
Cette absence de discrimination dans les risques n’est en rien une nouveauté. Déjà, en 1931, la faillite de la banque autrichienne Kreditanstalt provoqua une ruée… sur les banques allemandes. La question fut alors soulevée de savoir si les créanciers américains faisaient bien la différence entre l’Autriche et l’Allemagne. De même, en 1994, le krach des emprunts mexicains se propage à l’Argentine, dont l’économie est pourtant dans une situation très différente.
Ces phénomènes de contagion psychologique donnent aux actifs un “faux prix”, trop élevé pour les produits les plus sûrs, trop bas pour les autres. Franchement, l’emprunt italien est-il vraiment huit ou dix fois plus risqué que l’emprunt allemand, quand il y a cinq ans il fallait croire que ces deux pays se valaient sur les marchés ? “Le marché boursier est un vote et non une juste évaluation”, disait l’économiste Benjamin Graham.
Les marchés boursiers nous condamneraient alors à passer d’une bulle spéculative à l’autre, sans répit…
Les successions de bulles et de krachs depuis trente ans, mais plus particulièrement depuis 2000, sont la conséquence directe de la financiarisation et de la dérégulation. L’ère du capitalisme fordien (1945-1970), quant à lui, ne connaît ni crise bancaire ni crise financière : les marchés étaient moins puissants, plus régulés, et les banques finançaient directement l’économie.
La financiarisation de l’économie, qui commence au début des années 80, repose sur l’idée qu’en matière financière il faut laisser faire la concurrence. Or ce précepte fonctionne à peu près bien partout, sauf… en Bourse.
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce paradoxe?
Sur les marchés ordinaires – ceux des automobiles, des chaises de bureau, des ordinateurs -, quand le prix augmente, la demande décroît. Par ce simple mécanisme, la libre-concurrence fait son oeuvre et réalise à peu près l’équilibre entre l’offre et la demande. Elle empêche que les prix montent à des niveaux absurdes. Or, sur les marchés financiers, la hausse des prix ne provoque pas nécessairement la fuite des capitaux.
Tout au contraire, un titre dont le prix augmente peut parfaitement attirer de nouveaux investisseurs, qui y voient le signe de hausses futures. C’est de cette manière que les bulles se forment. Sur les marchés des biens ordinaires, la logique est tout autre : la hausse des prix produit immédiatement des forces de rappel, parce que les consommateurs refuseront ces marchandises devenues trop chères.
L’univers très mimétique des marchés financiers produirait donc par nature des bulles et des krachs?
Absolument. C’est inhérent à la finance dérégulée. Elle nous condamne à l’instabilité. D’ailleurs, quand les Néerlandais inventent les grands marchés, au XVIIe siècle, les bulles font immédiatement leur apparition, comme celle sur les bulbes de tulipe, en 1636 et 1637.
Mais pourtant, depuis la faillite de Lehman Brothers, de sommets du G20 en normes de Bâle, de déclarations du FMI en directives européennes, le pouvoir politique multiplie les tentatives pour réguler ce système incontrôlable…
Le problème, avec le diagnostic du G20, c’est qu’il entretient l’idée fausse selon laquelle les marchés financiers seraient la bonne solution pour allouer le capital à l’échelle planétaire. Pour le G20, la crise ne résulte pas des mécanismes financiers eux-mêmes, mais de l’opacité des produits. Il suffirait de rétablir la transparence et tout irait mieux. Erreur. La transparence ne va pas empêcher les bulles d’apparaître. Il n’est que de penser à la bulle Internet, qui a pu se développer dans la plus parfaite transparence des produits et des mécanismes. Celle-ci peut même, en rassurant les marchés, favoriser la spéculation.
Mais alors, que proposez-vous?
De définanciariser l’économie. Si on se place dans le court terme, nous aurions dû couper nettement les banques en deux, avec, d’un côté, les établissements de crédit qui distribuent des prêts et des produits d’épargne, et, de l’autre, les activités financières. Cela aurait été un premier pas. Nos sociétés n’ont pas encore pris toute la mesure des risques que la spéculation nous fait courir.
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Sarkollande : 84 nouveaux impôts en 2 ans !
L'information prend tout son sens à quelques semaines de la présentation du projet de loi de finances 2014. En trois ans, le taux de prélèvements obligatoires (impôts, taxes, cotisations sociales) est passé de 42% à 46,3% du Produit intérieur brut.
En tout, 84 impôts ont été créés par Nicolas Sarkozy et François Hollande entre 2011 et 2013.
La faute à la gauche ? En 2011, le gouvernement Fillon a fait voter 10,8 milliards d'euros de nouvelles recettes sur les entreprises, rappelle le quotidien, notamment via une annualisation des allègements de charges sociales, "l'exit tax" sur les assurances, la hausse des tarifs de la contribution au service public de l'électricité, et des suppressions ou réductions d'exonérations de cotisations employeurs.
La précédente majorité a également perçu cette année-là 6,1 milliards d'euros de nouvelles recettes sur les ménages, en premier lieu via la taxation des contrats d'assurance-vie, la hausse de la TVA sur les box internet-téléphone-télévision, et la taxe sur les contrats d'assurance maladie solidaires et responsables. Nicolas Sarkozy avait enfin décidé cette année une baisse d'impôts de 0,7 milliard d'euros, de telle sorte qu'au total, il y a eu 16,2 milliards d'euros de recettes supplémentaires en 2011 via ces nouvelles mesures.
La majorité socialiste a pris le relais
C'est moins qu'en 2012, année durant laquelle il y a eu 19,3 milliards d'euros de recettes supplémentaires grâce à de nouveaux prélèvements, dont 15,4 milliards imputables à Nicolas Sarkozy (10,7 milliards sur les ménages, 4,7 sur les entreprises), et 7,6 milliards à François Hollande (4 sur les ménages, 3,6 sur les entreprises).
Il y a eu par ailleurs 3,7 milliards de baisses d'impôts décidées par Nicolas Sarkozy. Enfin en 2013, il y a eu 22,1 milliards d'euros de recettes supplémentaires, dont 1,6 grâce aux mesures décidées par Nicolas Sarkozy et 20,3 milliards via celles décidées par François Hollande.
De quoi atteindre le "ras-le-bol fiscal" qu'évoque le ministre de l'Économie et des Finances Pierre Moscovici ? Les entreprises ont contribué à hauteur de 21 milliards d'euros supplémentaires, les ménages à hauteur de 29 milliards, (sans tenir compte des mesures de baisses de prélèvements obligatoires (6,2 milliards en tout) ni du changement de rendement de certains impôts déjà existants).
Au total, sur cette période, Nicolas Sarkozy est responsable pour près de 29 milliards d'euros de recettes en 6 ans et François Hollande pour près de 28 milliards en 1 an seulement.
Avec Le Nouvel Obshttp://www.francepresseinfos.com/2013/09/sarkollande-84-nouveaux-impots-en-2-ans.html#more
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« Sacré art contemporain : évêques, inspecteurs et commissaires » de Aude de Kerros
« En France, depuis quelques années, celui qui n’adhère pas à l’art officiel est considéré comme un illettré et un réactionnaire ».
Graveur et essayiste, Aude de Kerros s’est peu à peu imposée dans la critique d’art de nos jours en développant une analyse rigoureuse et sans concession des évolutions de l’art contemporain dans les arts plastiques. Son livre « Sacré art contemporain, évêques, inspecteurs et commissaires » a su attirer l’attention de l’Institut qui lui a décerné le prix Adolphe Boschot de la critique d’art en 2012.
L’art contemporain, l’« AC », nouvel art officiel
Dans cet ouvrage, Aude de Kerros analyse et démontre comment l’ « art contemporain » (entendez non seulement l’art non figuratif mais encore l’art construit à partir d’événements, de détournements, d’ « installations ») a peu à peu pris la dimension d’un art « officiel », le seul que soutient le ministère de la culture, particulièrement depuis l’époque de Jack Lang au début des années 1980. Cet « AC » comme le nomme l’auteur a su puissamment et efficacement drainer les subventions et les commandes ministérielles, au point de devenir un véritable art d’État, évinçant de la commande publique toute autre forme d’art. Cet art officiel, c’est celui des « installations », des « happenings », où la provocation se substitue à la création. Son relais au ministère réside dans les inspecteurs de la création et de l‘enseignement artistique. Dans le même temps que cet art contemporain devenait en France l’art officiel, se développaient aux États-Unis les « guerres culturelles » ; à l’institutionnalisation de cet AC en France répondait la controverse américaine qui se plaçait sur le terrain du combat entre liberté d’expression et respect des sentiments du citoyen, laissant in fine les tribunaux juger au cas par cas. « En France, depuis quelques années, celui qui n’adhère pas à l’art officiel est considéré comme un illettré et un réactionnaire. Aux États-Unis, tous les citoyens sont compétents parce que citoyens. » L’auteur analyse à partir de cette mise en regard des deux situations la façon dont, en France, l’« AC » s’est peu à peu imposé comme art d’État.
Avec la complicité du haut clergé
Mais la thèse la plus novatrice et intéressante de l’ouvrage d’une lecture parfois ardue réside dans le récit et la démonstration très étayée que fait Aude de Kerros de la façon dont l’AC s’est imposé dans l’Eglise avec la complicité active du haut clergé français soucieux de ne pas rater le coche de la « modernité » artistique. En recherchant à attirer les artistes (et en se laissant abuser par l’épithète de « sacré ») l’épiscopat a ainsi ouvert les lieux de culte aux installations de l‘art contemporain, introduisant un « art sacré » qui n’a en fait plus rien de religieux… « Le sacré est sans doute spirituel et métaphysique mais il n’a plus l’aura du transcendant et du divin ». Aude de Kerros démonte méthodiquement les étapes de cette infiltration des lieux de culte par cet « art sacré contemporain » qui donne son nom au livre. Elle montre aussi comment l’église a accepté d’être asservie au ministère de la culture et à une idéologie purement laïque dans laquelle le sacré n’est qu’une perversion du religieux qui parvient en fait à évincer totalement le religieux de l’art.
L’une des conséquences dommageables du concile Vatican II a bien été d’anéantir les ambitions artistiques de l’Église, en rejetant l’art au profit de la « participation » des fidèles. L’auteur ne mentionne qu’incidemment ses conséquences catastrophiques dans le domaine musical, sujet qui mériterait à lui seul d’être développé dans un ouvrage spécifique comparable à celui d’Aude de Kerros. Mais elle rappelle avec raison que la restauration du patrimoine architectural touché par la seconde guerre mondiale a été le fait du ministère de la culture et non plus de l’Église. « Le vitrail a été le cheval de Troie de l’entrée de l’AC dans les sanctuaires dès 1975 ».
« Happenings « et « installations » dans les églises et aux Bernardins
Ce n’est qu’à partir de 1997 que les évêques français vont tenter de prendre le train en marche, croyant ainsi « inculturer la modernité comme les premiers chrétiens avaient, avec succès, inculturé le paganisme antique ». L’église a alors accueilli « happenings » et « installations » sans trop regarder ce qu’il y avait au fond de ces événements.
L’ouverture du collège des Bernardins a marqué une étape importante dans ce processus en donnant l’aval de l’archevêque de Paris à cette nouvelle forme d’ « art sacré contemporain ». Dès lors, comme le souligne l’auteur « aucune œuvre non conceptuelle ne pourra souiller les cimaises consacrées à l’AC aux Bernardins ».
Piège conceptuel et mystique de la vacuité
Et c’est ainsi que s’est imposé ce que l’auteur nomme dans une formule saisissante « l’art du piège conceptuel ». Car, non sans malice, Aude de Kerros pointe le déséquilibre intellectuel existant entre la forte puissance de l’administration de la culture et la faiblesse du haut clergé : « face à des fonctionnaires illuminés par la pensée conceptuelle, mystiques de la vacuité et de la transgression purificatrice, les autorités ecclésiastiques ne semblent pas distinguer dans leurs rangs les grandes pointures. ». L’Eglise de fait devient juste un enjeu culturel majeur, en particulier parce qu’elle sert de caisse de résonance aux œuvres et … fait monter leur cote !
La déliquescence liturgique post-conciliaire offre un magnifique terrain aux adeptes de l’ « AC » qui parviennent ainsi à intégrer des « happenings » au sein même d’une liturgie complaisante.
La résistance des artistes d’art
L’ouvrage se conclut cependant heureusement par une note d’optimisme. C’est aux fidèles et au clergé de base qu’en effet qu’incombe la tâche de résister à cet asservissement de l’Église à l’État. Certains ont, heureusement, commencé, avec bon sens à en prendre conscience et à résister. Le redressement viendra-t-il d’eux ? L’auteur semble l’espérer, et l’on veut croire que son ouvrage aidera à la résistance des « artistes d’art ». Car l’art « c’est un acte d’espérance. On peut perdre, mourir, mais qu’importe. Il est hors de question de renoncer à un don divin. »
Jean-Claude Hulot, 31/08/2013
http://www.polemia.com/sacre-art-contemporain-eveques-inspecteurs-et-commissaires-de-aude-de-kerros/
Aude de Kerros, Sacré art contemporain : évêques, inspecteurs et commissaires, Jean-Cyrille Godefroy éditions, collection Articles sans C, 18/05/2012, 231 p. -
Olivier Delamarche : « Les profits ne sont que des manips des marchés »
Olivier Delamarche, du groupe Platinium Gestion, et Pierre Sabatier du cabinet Primeview, le 02 septembre 2013 sur BFM Radio, mettent les points sur les i, dans l’émission “Intégrale Placements“, face à Guillaume Sommerer et Cédric Decoeur.
Pour Pierre Sabatier:
« La gouvernance américaine a été plus efficace que celle de l’Europe. La crise provenait de là-bas et ils ont réussi à la diffuser chez nous – Cela ne durera pas mais leur position est bien meilleure que celle des européens – Le marché va devenir en forme de tôle ondulée – Des professionnels de la communication vont nous accompagner, nous rassurer… »
