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économie et finance - Page 845

  • AME, CMU, RMI : la France dépouillée

    Avec un déficit de 31,7 milliards d'euros en 2007, le Commerce extérieur n'est pas seul à être en berne : les branches Maladie de la Sécurité sociale affichent elles aussi un déficit de 6,2 milliards d'euros (contre 5,9 milliards seulement en 2006). Faut-il s'en étonner quand on considère la cascade de scandales dévoilés en moins d'une semaine ? Le 24 janvier, Libération relatait ainsi qu'un couple de clandestins camerounais, bénéficiant de l' Aide Médicale d'Etat (AME) comme tous les "sans-papiers", et donc de la totale gratuité des soins, se faisait suivre depuis plusieurs mois par un « service d'aide médicale à la procréation » pour faire un enfant par fécondation in vitro, procédure longue et très coûteuse. D'autant que l'homme est sidaïque, raison pour laquelle il bénéficie en France d'« une autorisation provisoire de séjour pour soins », traitement exorbitant, et qu'il faut donc mettre au point les techniques les plus pointues de purification de son sperme pour « éviter tout risque de contamination ». Ajoutons que cette chance pour la France est polygame (trois épouses) et déjà père de sept enfants.
    « Les médecins se disent perplexes, raconte le quotidien anarcho-bancaire. Ils hésitent. Est-il "raisonnable" d'aider ce couple à avoir un enfant ?» Mais finalement, craignant sans doute d'encourir la terrible accusation de racisme, ils acquiescent et, alléluia, « la femme est aujourd'hui enceinte ». Bientôt les Camerounais, parents d'un « enfant né Français », pourront demander une régularisation qui leur sera automatiquement accordée.
    Pour peu que Madame se découvre diabétique et le bébé asthmatique, quel aura été pour la collectivité le prix de ce nouveau foyer français ?
    Le 1er février, c'était non plus un Camerounais sans papiers mais un Congolais naturalisé qui était le "héros" d'un article du Parisien : bénéficiaire de la Couverture Maladie Universelle (CMU), cet homme de 37 ans usait et abusait depuis le 1er juillet 2006 de sa carte Vitale pour obtenir en quantités industrielles soit des médicaments qu'il revendait à prix bradé pour acheter du "crack" dont il est gros consommateur, soit des « médicaments considérés comme substances vénéneuses ou stupéfiantes ». Préjudice pour la CPAM de l'Essonne : 83 000 euros !
    Celle-ci ayant déposé plainte, le Franco-Congolais jugé selon la procédure de comparution immédiate a écopé de quinze mois de prison ferme.
    Ajoutons que ce citoyen exemplaire, qui disposait de deux domiciles, l'un à Ormesson (Essonne) et l'autre à Londres, était également bénéficiaire du RMI.
    Décidément accordé avec la plus grande libéralité puisqu'il a fallu quatre ans aux services compétents pour savoir que ce revenu était ponctuellement versé à Laurence Pineau- Valencienne, fille du ploutocrate Didier Pineau- Valencienne (ancien PDG de Rhône-Poulenc et de Schneider et actuellement administrateur d'une kyrielle de grandes entreprises) et elle-même assujettie à l'Impôt sur la Fortune, étant l'heureuse détentrice d'un important patrimoine immobilier et 650 000 euros ayant transité par ses comptes. À son procès, la jeune femme a plaidé la bonne foi, affirmant avoir été inscrite à son insu (ou à l'insu de son plein gré ?) par son compagnon Adda Osmani, intermittent du spectacle et également érémiste.
    Osmani et sa meuf ont été condamnés le 25 janvier par le tribunal correctionnel de Nanterre à 8 mois de prison avec sursis et 25 000 euros d'amende chacun. Est-il besoin de préciser que ce « couple sans ressources avec enfant » bénéficiait évidemment de la CMU ?
    Le 2 février, c'est un autre genre de scandale - mais encore plus onéreux pour la collectivité - que révélait une dépêche de l'AFP annonçant la mise sous écrou à Marseille de « trois psychiatres soupçonnés d'avoir vendu des certificats de complaisance à des étrangers pour leur permettre d'obtenir des titres de séjour ». Il s'agirait de « l'un des plus gros trafics de ce genre démantelés » dans le Midi. Si deux autres psychiatres marseillais ont été mis en examen « pour aide au séjour irrégulier en bande organisée, établissements de faux certificats médicaux et usage de faux » mais laissés libres, « quatre autres personnes liées à une Association pour l'aide au séjour (Apas) à Marseille ont également été écrouées » dont Germaine Teboul, présidente de l'Apas, où œuvraient également sa fille, son fils et jusqu'à un neveu parisien, qui servait de rabatteur.
    Quant aux médecins inculpés, il s'agit de Michel Aubry, Malek Gouni, Michel Cori, Michel Berenguet et Philippe-Xavier KhaliI, ce dernier exerçant à l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille.
    Bien entendu, tout ce beau monde proteste de son intégrité, affirmant n'avoir agi que dans un « souci humanitaire », le cas de ces malheureux immigrés en situation irrégulière (et donc bénéficiant de l'AME) l'ayant ému jusques au fond du cœur.
    N'empêche que ce trafic était des plus fructueux puisqu'il en résulte pour la Sécurité sociale un préjudice d'environ 1,6 million d'euros, à raison de 1 500 à 4 000 euros par dossier, consultations et examens psychiatriques se succédant à un rythme échevelé. Mais avec succès : fonctionnant depuis janvier 2006 selon l'AFP, le réseau, qui avait en Michel Aubry recruté un « expert agréé auprès de la Ddass », a « permis à plusieurs centaines de personnes de toutes nationalités, notamment Maghrébins, d'obtenir un titre de séjour ». Et les avantages qui vont avec, notamment la CMU et le RMI.
    C'est pas grand et généreux, la France ? Mais ne vous étonnez pas après ça de voir fondre votre pouvoir d'achat. Et ne vous étonnez pas non plus, après la régularisation de tant de vrais et faux aliénés, connue s'il suffisait d'être maboul pour prétendre au droit du sol, de voir se multiplier tant d'agressions et de crimes dont les causes restent mystérieuses et dont les auteurs, irresponsables, ne répondent jamais de leur(s) forfait(s).
    Florent DUNOIS. RIVAROL du 22 février 2008

  • Propos d'outre-tombe de Friedrich Hayek sur les directeurs des ressources humaines

    Ces propos sont en réalité ceux d’une interview posthume, et en grande partie apocryphe, de Friedrich Hayek (1899-1992), prix Nobel d’économie 1974 et auteur de multiples ouvrages sur le libéralisme dont le plus célèbre, publié en 1944, reste « La Route de la servitude » (Quadrige-PUF). Les travaux de Hayek ont, de leur aveu même, considérablement influencé Ronald Reagan et Margaret Thatcher dans la mise en œuvre de leurs politiques économiques. 

    F. H. : Avant de commencer notre entretien et de répondre à vos questions, il nous faut convenir que les pauvres directeurs des ressources humaines (DRH) ne sont que l’un des nombreux rouages anonymes qui ont conduit votre société sur « La Route de la servitude ». Vous me pardonnerez de faire référence à l’un de mes ouvrages qui a suscité le plus de controverse, mais il me semble important de nous situer dans le contexte historique qui, en France depuis le Front populaire, et paradoxalement plus encore depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a conduit votre pays à la mise en place d’une social-démocratie qui n’est rien d’autre qu’un communisme « soft » dont il ne parvient pas à sortir malgré des choix électoraux qui auraient pu laisser espérer le contraire.

    Voici donc ce que j’écrivais il y a déjà plus de soixante ans et auquel je n’ai malheureusement rien à retirer aujourd’hui :

    Depuis 25 ans au moins avant le moment où le spectre du totalitarisme est devenu une menace immédiate, nous nous sommes progressivement écartés des idéaux essentiels sur lesquels la civilisation européenne est fondée… Nous avons peu à peu abandonné cette liberté économique sans laquelle la liberté personnelle et politique n’a jamais existé. Deux des plus grands penseurs politiques du XIXe siècle, Tocqueville et Acton, nous avaient dit que le socialisme signifie l’esclavage. Mais nous n’avons jamais cessé d’aller vers le socialisme… La tendance moderne vers le socialisme signifie une rupture brutale avec toute l’évolution de la civilisation occidentale. Nous abandonnons non seulement les idées de Cobden, de Bright, de Smith, de Hume, de Locke, de Milton mais encore une des caractéristiques les plus saillantes de la civilisation occidentale telle qu’elle s’est édifiée sur les fondations posées par le christianisme, par la Grèce et par Rome. Ce qu’on abandonne, ce n’est pas simplement le libéralisme du XIXe et du XVIIIe siècle, mais encore l’individualisme fondamental que nous avons hérité d’Erasme et de Montaigne, de Cicéron et de Tacite, de Périclès et de Thucydide. […] Ce changement aboutit à un renversement total de la tendance que nous avons esquissée, à un abandon complet de la tradition individualiste qui a créé la société occidentale. Selon les idées aujourd’hui dominantes, il ne s’agit plus de savoir comment utiliser au mieux les forces spontanées qu’on trouve dans une société libre. Nous avons entrepris de nous passer des forces qui produisaient des résultats imprévus et de remplacer le mécanisme impersonnel et anonyme du marché par une direction collective et « consciente » de toutes les forces sociales en vue d’objectifs délibérément choisis.

    Vous le voyez, dans cette perspective, nos DRH ne sont que des pions sur un échiquier ou, pour être moins blessant…, les fous du roi.

    P. B. : Les esprits sont donc économiquement corrompus…

    F. H. : Oui, tout à fait ! Un des plus grands économistes français, malheureusement méconnu de la plupart de vos compatriotes, Frédéric Bastiat, s’était distingué en dénonçant, avec un humour corrosif et une simplicité qui fait honneur à notre profession, un certain nombre de sophismes économiques dont la plupart ont toujours pignon sur rue. Comme celui, bien ancré dans les esprits, qui consiste à laisser croire que les prélèvements effectués par l’État créent de l’emploi qui ne l’aurait pas été autrement. A première vue – c’est le propre des sophismes ! –, c’est vrai. Nombre de fonctionnaires accomplissent des tâches qu’ils n’accompliraient pas – et que nul n’accomplirait à leur place – si l’Etat n’avait pas décidé qu’elles étaient nécessaires à l’équilibre, la pérennité, le bien-être (ou que sais-je encore) de la société. Mais outre le fait que l’on ne voit pas au nom de quoi l’Etat serait capable de juger de ce qui est bon ou non pour la société, on se rend compte que, si l’argent ainsi prélevé avait été laissé à la disposition des ménages ou des entreprises, d’autres types d’emplois, répondant sans doute beaucoup mieux aux besoins et aux attentes de la population, auraient été créés. En France, on préfère avoir des policiers ou des inspecteurs des impôts plutôt que des plombiers ou des garçons de café.

    Et vos DRH, dans cette perspective, ne sont au fond que des agents de l’Etat, certes détachés au sein des entreprises et rémunérés par elles, mais uniquement chargés de veiller au respect et à l’application des lois qui encadrent le travail.

    P. B. : N’est-ce pas une vision parcellaire, sévère et un peu injuste ?

    F. H. : Effectivement, car ils n’en sont même pas conscients. Mais force est d’admettre que la plupart d’entre eux sont plus dans la recherche du consensus mou et du moindre mal qu’arc-boutés sur la défense des intérêts de l’entreprise et surtout de ses actionnaires dont ils semblent n’avoir que faire. Leur refus ou leur crainte d’appréhender de manière sereine la financiarisation de leur fonction en constitue l’exemple le plus frappant. Ils préfèrent se complaire dans les méandres du droit social ou le psycho-« coaching » plutôt que de s’intéresser aux engagements sociaux. Comme l’a souligné un professeur de l’INSEAD, nombre de cadres français, DRH en tête, rejoignent, dans leurs préoccupations et surtout dans leur vision de l’entreprise, la cohorte des salariés ordinaires. D’où leur peu d’enthousiasme, par exemple, à voir réformer le principe des RTT dont ils sont, au moins dans les grandes entreprises, les premiers bénéficiaires. Vos DRH, mon cher, ont viré de bord. Ils ne sont plus tout à fait du côté du manche.

    P. B. : N’est-ce pas lié à leur formation et à leur parcours, somme toute, assez peu opérationnels ?

    F. H. : Bien sûr! Et la France n’a pas le monopole de cette hérésie. Au Québec, par exemple, les DRH sont pour la plupart diplômés de psycho ou de relations industrielles et, pour couronner le tout, chapeautés par un ordre que l’on peut comparer à celui des médecins en France (ordre, je vous le rappelle, fondé par Pétain !). C’est le « Tout-à-l’humain » comme il y a le tout-à-l’égout.

    P. B. : Vous êtes en train de nous dire que les DRH sont des socialo-psycho-marxistes…

    F. H. : Oui ! Appelons un chat un chat. Et même s’ils ont voté Sarkozy (ce qui est loin d’être acquis), cela ne change rien à mon jugement. Regardez ce qu’ils lisent: « Liaisons sociales ». C’est comme si les chefs d’entreprise lisaient « La Cause du peuple ». Il est d’ailleurs amusant de constater que l’ancien directeur de ce journal, et jusqu’à une récente période l’un de ses éditorialistes vedettes, n’est autre que Raymond Soubie. Lequel vient de rejoindre Nicolas Sarkozy en tant que conseiller aux Affaires sociales pour « rassurer » les syndicats. Faut-il vraiment « rassurer » les syndicats dans un pays où ils ne représentent qu’à peine 8% des salariés et où les priorités me semblent être d’une tout autre nature ?

    P. B. : Vous pensez donc que l’action syndicale nuit à la santé économique des entreprises ?

    F. H. : Et comment ! Je sais que ce type de propos détonnera dans le pays de la pensée unique, mais voyez comment Margaret Thatcher et Ronald Reagan les ont combattus et avec quels succès économiques. Je sais qu’il est de bon ton de dauber Reagan, mais sous sa présidence la croissance américaine a été la plus forte des deux cents années qui l’ont précédée. Dans le même temps, et au plus grand mépris des règles élémentaires de la démographie, François Mitterrand et ses brillants conseillers, tous réputés beaucoup plus intelligents que le président américain, instauraient la retraite à soixante ans, mesure dont les dommages seront perceptibles de longues années encore. Quant à Tony Blair, qu’eût-il été sans les mesures prises par la « Dame de fer » ? Et notamment celles qui consistèrent, d’une manière parfois violente et en tout cas sans état d’âme, à mettre fin aux hégémonies syndicales dans les domaines du transport et de l’énergie.

    Et, sans remonter aux calendes grecques, voyez comment le gouvernement néo-zélandais a, en 1991 et en moins de six semaines, réduit le code du travail à sa plus simple expression ; pour le plus grand bien de l’économie puisque dans les cinq années qui ont suivi le taux de chômage a été divisé par deux. De même, le gouvernement canadien a-t-il interdit le droit de grève aux fonctionnaires pendant sept ans afin de pouvoir mener à bien le programme de réduction des dépenses publiques. L’Institut économique de Montréal a d’ailleurs réalisé une étude très convaincante qui démontre à quel point une trop forte présence syndicale nuit à la croissance et au développement des entreprises.

    P. B. : Mais les DRH avancent leur rôle stratégique…

    F. H. : Ah oui ? Lequel ? Quel rôle stratégique pouvez-vous bien avoir quand vous êtes encadré par un code du travail qui, comme le souligne Pascal Salin en me citant (ce dont je le remercie), repose sur ce que j’ai appelé « la prétention de la connaissance » ? Autrement dit sur « le fait que l’on croit savoir ce qui est le mieux pour chacun, sans évaluer les conséquences ultimes des contraintes légales apportées à la liberté contractuelle. Or les effets pervers se manifestent nécessairement dans la mesure où elle est inspirée par une vision erronée du marché du travail », pour rendre la politesse à M. Salin et le citer à mon tour. Sans entrer dans le détail de cette vision erronée, on peut dire que le droit du travail est d’obédience marxiste puisqu’il présuppose une relation de domination entre l’employeur et l’employé qui permettrait au premier d’exploiter le second. Le travailleur aurait donc besoin d’être protégé. En réalité, l’entreprise est un « lieu de coopération sociale » (Salin, toujours) où chacun, employeur et employé, dépend avant tout de la bonne volonté et de l’engagement de l’autre. Or en imposant des contraintes arbitraires supportées par un seul des contractants (l’entreprise), le droit du travail devient un véritable frein à l’embauche puisqu’il n’admet pas le droit à l’erreur ou le fait payer très cher (toujours et unilatéralement à l’entreprise).

    Nous sommes donc dans un système où la stratégie et l’innovation ne reposent pas sur le désir ou la capacité de chacun mais sont soumises à des règles obsolètes et absurdes dont les effets aboutissent à l’exact contraire de ce qui serait souhaitable, non seulement pour le développement et le profit des entreprises, mais encore pour celui des salariés.

    P. B. : Si l’on va au bout de votre logique, dans une économie libérale il n’y aurait plus de DRH…

    F. H. : En tout cas pas les mêmes puisqu’une bonne partie de leur tâche deviendrait caduque. Débarrassés des contraintes légales, des négociations stériles, des petits jeux de pouvoir et de contre-pouvoir, ils pourraient par exemple se consacrer à l’amélioration de la productivité, à l’évolution des métiers, aux véritables défis de la formation, etc. Et il y a fort à parier que l’on aurait alors affaire à des DRH qui seraient eux-mêmes radicalement différents et issus de cultures beaucoup moins « sociales ».

    P. B. : Selon vous, les DRH actuels n’ont donc aucun intérêt à ce que les lignes bougent ?

    F. H. : En effet. On a rarement vu quelqu’un scier la branche sur laquelle il est assis. C’est d’ailleurs le problème de la France en général. Trop d’arbres, trop de branches et trop de gens assis dessus !

    P. B. : Mais quoi qu’ils fassent, les DRH sont coincés par l’arbitraire législatif…

    F. H. : Oui et non. Prenons l’exemple de la feuille de paye dont ils sont les garants. On n’a jamais entendu l’un d’entre eux, ou quelque représentant d’association professionnelle, réclamer de la transparence ou faire du lobby pour cela.

    P. B. : Que voulez-vous dire par là ?

    F. H. : Je veux dire qu’une feuille de paye digne de ce nom devrait faire apparaître (comme c’est le cas au Danemark, par exemple) en première ligne un salaire brut qui inclurait non seulement le salaire, mais encore la totalité des charges sociales afférentes – salariales, comme c’est le cas aujourd’hui, mais également patronales. Et croyez-moi, ce simple changement conduirait très vite nombre de salariés (dont la plupart verrait de fait leur salaire brut amputé de 50%, si ce n’est plus, quand on y ajoutera le prélèvement de l’impôt à la source) à réclamer l’instauration d’une couverture privée et en tout cas le libre choix. Car c’est une chose de retirer 20% du salaire brut (part salariale) et c’en est une autre d’en retirer 50%. Surtout pour les petits salaires et les catégories modestes que l’on gruge depuis des années en leur faisant croire aux bienfaits de la redistribution étatique. Car qu’est-ce que les charges sociales patronales sinon du salaire brut qui ne porte pas son nom ? Les salariés verraient alors que, contrairement à ce que leur serinent les syndicats, ce n’est pas leur salaire qui est trop bas mais les prélèvements qui sont trop hauts.

    P. B. : Et vous pensez qu’il appartient aux DRH d’initier le mouvement ?

    F. H. : A qui d’autre ? Et sinon à quoi serviraient-ils ? A propager et perpétuer des idées fausses ? Vous savez, on pourrait dire exactement la même chose de vos fameuses RTT (que tout le monde vous envie mais dont personne ne s’inspire, et pour cause…) qui n’ont jamais été qu’une façon d’acheter la paix sociale en échangeant de la rémunération contre du temps libre ; au détriment du dynamisme économique et social car influençant de la manière la plus négative et la plus pernicieuse l’ensemble des couches productives de votre pays. Il était clair que les gains de productivité seraient insuffisants pour permettre une telle démarche dont le profit politique même s’est révélé catastrophique puisque Jospin fut éliminé par Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002. Voyez-vous, au pire (et je dis bien : au pire), il eût mieux valu sacrifier une heure par jour que d’accumuler ces semaines de vacances supplémentaires qui pourrissent le climat général, brident l’innovation et cassent la dynamique du pays. « Français en vacances », comme vous l’avez écrit vous-même, est devenu un pléonasme.

    Mais, une fois encore, on constate que la plupart des DRH s’appliquent le régime des RTT à eux-mêmes (ils l’avouent avec difficulté mais, en insistant un peu, la plupart d’entre eux finissent par l’admettre) ; tout comme les journalistes, d’ailleurs, ce qui explique la critique, somme toute, assez relative dont elles font l’objet et le peu d’enthousiasme des uns ou des autres à les remettre en cause.

    P. B. : De la même façon vous remettez en cause la participation obligatoire…

    F. H. : Bien sûr, puisqu’elle remet en cause la notion même de profit résiduel sur lequel repose la libre entreprise. Pascal Salin explique cela très bien. Mais, en bref, un salarié bénéficie d’un contrat qui lui assure et lui garantit le versement d’un salaire quoi qu’il arrive. En revanche, l’entrepreneur (ou les actionnaires), quant à lui, ne recevra qu’une partie de ce qui reste après que tout aura été payé (salaires, fournisseurs, impôts, etc.). Contrairement au salaire, le bénéfice n’est donc jamais garanti et repose sur la notion de risque, assumé par le seul entrepreneur et ses actionnaires. L’amputer de ce qu’il faut bien appeler une sorte de sur-salaire revient à pervertir l’idée même du capitalisme et de ses fondements. Demande-t-on aux salariés de participer aux pertes ?

    P. B. : Question plus personnelle pour finir : Est-ce que l’on ne s’ennuie pas un peu au ciel ?

    F. H. : Non, pas du tout, et je vais vous dire pourquoi : tout simplement parce qu’il n’y a pas d’étatistes, Dieu les trouve trop emmerdants…

    Propos recueillis d’outre-tombe par Patrick Bonney.
    « Le Québécois libre » n° 231, 24/06/06
    http://www.quebecoislibre.org/07/070624-3.htm
    Correspondance Polémia
    03/09/07

  • « Une directive Bolkestein à l'échelle planétaire » (arch 2005)

    « ❍ Bruno Gollnisch est intervenu devant le Parlement européen le 1er décembre 2005, notamment sur la préparation du prochain sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à Doha (Qatar). Il a relevé que « la Commission s'apprête à (y) sacrifier notre agriculture et notre sécurité alimentaire », « à soutenir l'Accord sur le Commerce des Service, le fameux AGCS qui n'est rien d'autre qu'une directive Bolkestein à l'échelle planétaire ». Cette même commission « entend abaisser encore nos droits de douane, pourtant déjà les plus faibles du monde. Et elle ne défendra que mollement les intérêts européens contre le dumping de toutes natures, le piratage et la contrefaçon, ou le nécessaire respect d'un minimum de normes sociales et environnementales par ses concurrents ». « C'est avec une constance et un aveuglement remarquables » s'est indigné le délégué général du FN « que ce Parlement se félicite des bienfaits de la mondialisation et qu'il réserve ses considérations sur la protection et la diversification des économies, la nécessaire prise en compte des intérêts nationaux, la liberté de choisir le rythme et la vitesse de la libéralisation, ou encore la préservation de l'emploi, aux seuls pays en développement. Et puisque cette assemblée se répète,je me répéterai aussi. Le commerce mondial est inégal. Il est déloyal. Mais ce sont les pays européens et leurs peuples qui en sont les principales victimes » a-t-il encore noté.

    National Hebdo SEMAINE DU 8 AU 14 DÉCEMBRE 2005

  • Cet or qui met en échec le pouvoir mondial

    BOB Chapman est un des grands lanceurs d'alerte économique de ces vingt dernières années. D'une formule laconique et vivante il résume en quelles mains suspectes a échu la politique américaine. « Gouvernement et FED (Réserve Fédérale) sont engagés dans un processus d'imposture, de mensonge et de guerre psychologique pour inciter le troupeau à acheter, de préférence à crédit, afin d'augmenter la dépense de consommation ». L'homme de Wall Street, Obama, n'a pas d'autre mission.
    Fin novembre sur son site Internet, The International Forecaster, Chapman s'est intéressé à une organisation dont on parle peu, la Shanghaï Coopération Organisation (SCO) qui réunit actuellement six nations, la Chine, la Russie (lesquelles sont engagées dans un gigantesque programme énergétique), le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Tadjikistan. À ces nations sont associés à divers degrés une vingtaine d'États dont certains étroitement, comme l'Inde, l'Iran ou le Pakistan. Faisant ainsi de la SCO une organisation redoutable. Officiellement, elle entend renforcer la coopération, sauvegarder la paix et la sécurité régionales et « œuvrer à la création d'un nouvel ordre politique et économique international, plus juste et démocratique ».  Contrairement à l'Union Européenne, paralysée par sa bureaucratie despotique, aucun accord politique astreignant n'est imposé et chacun conserve son entière souveraineté, ce qui renforce le dynamisme de l'ensemble. Ils sont de gros producteurs ou de gros consommateurs d'énergie, voire les deux. Mais surtout, la plupart sont d'importants mineurs - Russie et Chine - ou acheteurs - Chine, Inde - d'or et d'argent. L'Iran, par exemple, vient d'acquérir 340 tonnes d'or et depuis plusieurs années ni la Chine ni la Russie ne vendent l'or qu'elles extraient de leur sous-sol. De sorte que les pays de la SCO, en opposition radicale avec l'idéologie mondialiste, depuis des mois participent activement à la fois à la montée de l'or et de l'argent et au délestage sur le marché mondial de grandes quantités de dollars. Monnaie dévaluée à mesure que la FED et Obama en fabriquent dans leur vaine tentative de relancer une machine américaine asphyxiée et d'éviter, par le recours à une inflation provoquée, une déflation qui terrorise Ben Bernanke. Les observateurs sérieux s'entendant pour admettre désormais que le monde s'achemine bien vers une situation du type 1929 et que les dirigeants de la FED n'ont aucun moyen d'y échapper.
    Chapman ajoute que de nombreux pays dans le monde, observant la stratégie développée par la SCO, tentent de l'imiter : se débarrasser des dollars et acheter de l'or. Tandis que prend corps l'idée de créer une monnaie mondiale de substitution au dollar américain, composée d'un panier de devises et d'or. En même temps ces nouveaux acteurs économiques tentent de s'écarter au plus vite de l'axe Wall Street/City en pleine déliquescence ainsi que des bureaucraties impérialistes à bout de souffle que sont devenus l'État fédéral US et l'Union Européenne.
    BERNANKE, "HELICOPTER BEN", VEUT L'INFLATION
    Le « Quantitative Easing » (QE) ou Plan d'Assouplissement Monétaire Quantitatif de la FED autorise celle-ci à acheter sur le marché des obligations américaines, des emprunts d'Etat et des obligations d'Agences, financés au moyen de  la planche à billets c'est-à-dire par la création de fausse monnaie. Aussitôt la mesure annoncée, en octobre, ce fut une levée de bouclier de la plupart des gouvernements mais le marché des actions a bondi et les taux longs reculé. Les taux à court terme étant proche du zéro c'est une manière artificielle de réaliser une politique monétaire expansionniste. À court terme l'État et les financiers y voient surtout des avantages : relance des exportations avec la baisse consécutive du dollar, enrichissement des ménages et reprise de la consommation par le marché des actions en hausse. Pourtant le principal avantage espéré, la baisse du chômage, ne s'est pas matérialisé. En revanche une telle politique devrait déboucher sur une poussée inflationniste majeure, en particulier si l'on se rappelle que les plans de relance d'Obama et de Bernanke représentent déjà la bagatelle de 2 500 milliards de $. En pure perte. Si ce n'est que le prix des produits pétroliers, des matières premières, des tarifs aériens, de l'alimentation etc., explosent. Avec l'inflation annoncée la montée de l'or et de l'argent, aidée par l'effondrement du dollar, va de soi.
    On rappellera que le 22 juillet 1944, lors des Accords de Bretton Woods, fut établi un Gold Exchange Standard qui imposait de définir toutes les monnaies à partir du dollar américain, seul celui-ci l'étant en or. Sur la base de 35 $ l'once. C'est dire l'étendue de la dévalorisation de la monnaie américaine alors que l'once d'or approche des 1 500 $, quelques 40 fois le prix fixé en 1944. Pour nombre de spécialistes sa valeur réelle devrait dépasser les 5 000 $. Ce qui incite à s'interroger sur la pertinence des économistes de cour qui continuent à émettre des doutes sur la capacité du métal jaune à encore progresser !
    Bob Chapman est convaincu qu'il n'y a pas de hasard dans les événements actuels. Les différents Plans d'Assouplissement Quantitatifs Monétaire de la FED — le second sera plus près des 2 000 milliards de $ injectés dans l'économie que des 600 millions annoncés et l'inéluctable Q3 qui devrait prendre le relais sur cinq ans est évalué à 3 000 milliards de $ — répondent à une nécessité dont la FED ne peut pas faire l'économie si Bernanke veut éviter la stagnation. Or, nous l'avions écrit ici même lorsqu'il fut désigné à son poste par George Bush en octobre 2005. Ben Shalom Bernanke possède un sobriquet, « helicopter Ben », dont il n'est pas inutile de rappeler la genèse. En 2002, appartenant au Bureau des Gouverneurs de la Réserve Fédérale, il avait au cours d'un discours très médiatisé indiqué qu'il craignait la déflation bien plus que l'inflation et que pour s'y opposer l'état possédait une solide parade, la création à volonté de monnaie. « Le gouvernement US dispose, avait-il précisé, d'une technologie. Cela s'appelle une presse à imprimer (ou aujourd'hui, son équivalent électronique) qui lui permet de produire autant de dollars US qu'il le désire à peu de frais ». Ajoutant même : « On sait bien que l'inflation érode la valeur réelle de la dette de l'Etat et que, par conséquent, c'est de son intérêt d'en créer ». Et de citer Milton Friedman qui, pour combattre la déflation, parlait de jeter des dollars « par hélicoptère ». La formule est restée accrochée au nom de Bernanke.
    Aussi longtemps écrit Chapman que la FED s'obstinera à relancer l'économie américaine par des Plans d'Assouplissement Quantitatif, or et argent continueront leur forte ascension. Le premier, comme c'est le cas actuellement, jouant le rôle d'une véritable monnaie de réserve. Mieux, même, ainsi que cela échappa a Robert Zoellick il y a quelques semaines, toutes les monnaies devraient se garantir par l'or. Zoellick, pilier du CFR, de la Trilatérale, du Bilderberg, est le Pressent de la Banque Mondiale. Ayant lance son ballon d'essai il s'empressa d'affirmer que ce n'était pas ce qu'il avait voulu dire...
    Les pays du SCO ont bien compris le message : les forces mondiales sont engagés dans une lutte à mort afin de sauver leur empire financier et leurs banques, fut-ce par la ruine des économies. N'entendant pas se laisser entraîner dans ce maelström ils ont pris une direction différente Et se débarrassant aussi rapidement qu ils peuvent de leurs dollars, ils ne cesseront d'acheter de l'or que lorsqu'ils n auront plus de billets verts.
    Jim REEVES RIVAROL 21 JANVIER 2011

  • Le Père Noël et la croissance.

    121225Tout le monde, ces jours-ci a envoyé à tout le monde des vœux de Noël et de Nouvel An. Cette charmante habitude, à peine polluante de nos boîtes aux lettres amène le chroniqueur à surenchérir ce matin.

    Je souhaite donc sincèrement à tous mes lecteurs, mais aussi à tous nos concitoyens et à tous nos cocontribuables une meilleure prospérité, un plus grand bonheur et, pourquoi pas, deux doigts supplémentaires de spiritualité, dans ce monde matérialiste et consommatique.

     

    Certains de ces vœux peuvent prendre une dimension concrète. Je note par exemple que l'Église de Grèce, offre les terres cultivables dont elle dispose à tous les citoyens désireux de créer une entreprise agricole. Évidemment l’Église de France dont pratiquement tous les biens ont été volés en 1905 ne peut pas suivre cet exemple donné à l'occasion du message de Noël de son archevêque primat Mgr Iéronymos.

     

    Et ceci n'empêchera pas que les reliquats religieux demeureront, même le jour de Noël, systématiquement décriés par tous les anticléricaux que compte l'occident. En ce 25 décembre, tenté de pousser la porte d'un marchand de journaux j'y vois une grande affiche de réclame pour la revue "Ça m'intéresse Histoire" qui titre à propos du "Vatican : 1 500 ans de complots et de trahisons". Le mois précédent, c'était : "Les secrets de l'Inquisition". Sous-titre de la revue : "explorer le passé pour comprendre le présent". Dois-je préciser que je ne suis pas entré, que je n'ai rien acheté ?

     

    On peut quand même se féliciter d'avoir appris, le 24 décembre (1)⇓ que 136 parlementaires viennent de s’engager à défendre les chrétiens d’Orient. Je constate hélas que cette excellente initiative, venant de Madame Véronique Besse, députée de la Vendée, et Lionnel Luca, élu des Alpes-Maritimes, n'a guère encore prospéré dans les rangs de la majorité.

     

    La diplomatie française a renoncé à ce qui faisait autrefois sa spécificité, sa noblesse, et aussi, au bout du compte, sa force de rayonnement : la protection des minorités chrétiennes du proche orient. Laïcisme oblige désormais, y compris lorsque la menace vient des pires adversaires de la laïcité : les extrémistes se réclamant de la loi coranique. (2)⇓

     

    Les accapareurs de l'État central parisien, ou plus exactement la classe politique, ne savent se montrer généreux qu'aux frais et au détriment de la société civile. On menace par la voix de Mme Duflot de réquisitionner 44 locaux appartenant à 30 propriétaires privés. Ceci, d'ailleurs ne pourra prendre effet qu'à la fin des frimats quand cela se révélera par conséquent strictement inutile à ceux dont la détresse hivernale sert de prétexte.

     

    Nos souhaits de prospérité pour l'année à venir ne devraient pas s'appliquer seulement à quelques-uns : ils concernent tous les Français, et même soyons modernes, tous les ressortissants de la Zone Euro. La déprime généralisée de notre espace économique, qu'on nous annonce pour 2013 ne risque-t-elle pas en effet de rejaillir sur les performants sous-traitants chinois menacés de s'effondrer si occidentaux cessaient de les faire travailler.

     

    Toutefois un bémol s'impose, et même plusieurs, qui limitent les proclamations officielles si généreuses en matière de solidarité mondiale.

     

    Dans le réel, on peut le révéler : le Père Noël n'existe pas.

     

    Seul compte l'effort de chacun. Plein d'espoir dans le caractère rationnel de ses camarades de l'Hexagone : l'ancien chancelier social-démocrate allemand Gerhard Schrôder vient ainsi de déclarer : "À mon avis, la France va finir par se convaincre qu'on ne peut pas toujours faire de la politique en faisant fi des nécessités économiques". (3)⇓ Curieusement Le Figaro reprenait le jour même l'info en jugeant que "Schröder critique encore la France", à quoi un de ses lecteurs réplique que "M. Schröder ne critique pas La France, mais la politique irresponsable de Hollande et sa clique de bons à rien et mauvais en tout(4)⇓

     

    Ce qu'on appelle en termes macroéconomiques "la croissance", l'élévation de la richesse produite dans chaque pays, cela résulte des initiatives des individus, cela vient des entreprises c'est-à-dire aussi des contrats de travail fondés sur l'échange libre, d'une meilleure allocation de capital et au bout du compte des accroissements de productivité. L'État peut certes jouer aussi un rôle, notamment celui de frein, de prélèvement, de tout ce que Frédéric Bastiat appelle des "dissonances" (5)⇓.

     

    Dans un article récent fort éclairant Charles Gave, s'appuyant notamment sur l'exemple du Canada dans les années 1990 conclut par le schéma suivant : "– Oui, c’est bien la croissance du poids de l’État qui fait ralentir l’économie. – Oui, faire reculer l’État c’est organiser sous les deux années suivantes le retour de la croissance." (6)⇓

     

    Même en France par conséquent, l'État pourrait ainsi faire du bien en rendant le tribut national plus léger (7)⇓.

     

    Il ne saurait en revanche sans un tel effort, détourner sur le territoire qu'il administre les courants d'échanges bienfaisants qui se manifestent dans le reste du monde, encore moins en décréter l'accaparement.

     

    Ce dernier espoir, totalement naïf et illusoire, celui d'une reprise dans l'Hexagone, ou d'ailleurs dans l'Eurozone contaminée par des tares analogues aux nôtres, sans les mesures courageuses de diminution effective des dépenses démagogiques auxquelles s'accroche la classe politique, voilà ce qui explique les mensonges, errements, obstinations à propos des prévisions ministériels pour l'année 2013.

     

    Ces hyperlaïcistes qui affectent l'incroyance, mais croient secrètement à l'horoscope et aux chiromanciennes, ne maintiennent donc qu'un seul culte public : celui du Père Noël.

    JG Malliarakis http://www.insolent.fr/

    Apostilles :

    1. cf Pierre de Bellerive in "Nouvelles de France"
    2. On gagne sans doute à ne pas utiliser les mêmes mots pour désigner "l'islamisme" radical, voire terroriste, et la religion musulmane, le "laïcisme" et la laïcité. Reste quand même à définir les frontières respectives de ces concepts.
    3. Entretien publié par Burkhard Ewert"Neue Osnabrücker Zeitung" 24 décembre le sous le titre "Schröder : Vergebung ist nicht nur an Weihnachten nötig".
    4. cf ses "Harmonies Sociales", titre posthume donné aux chapitres qui complètent et explicitent ses "Harmonies Économiques".
    5. L'article était en ligne le 24 décembre à 12 h 54. Réaction du lecteur "Voyageur2" le 24 décembre à 17 h 55.
    6. publié dans "Contrepoint" le 23 décembre.
    7. Tel est le but que l'on doit assigner à la "Libération fiscale" dont je me suis permis d'esquisser une doctrine et un programme en fonction d'un étaut fiscal 2012 qui se vera encore aggravé en 2013.
  • Qui restera pour payer les fameux 75 % d’impôts?

    N’ayez plus peur, au 1er juin 2012 ils sont déjà partis !!
    La liste des 44 familles françaises les plus riches exilées en Suisse (avec estimation de leur fortune en euros, selon le mensuel suisse Bilan )

    - Famille Wertheimer (Chanel) : de 3,2 à 4 milliards
    - Famille Castel (vins et spiritueux) : de 3,2 à 4 milliards
    - Famille Primat (Schlumberger) : de 1,6 à 2,5 milliards
    - Benjamin de Rothschild (Groupe Rothschild) : de 1,6 à 2,5 milliards.
    - Famille Peugeot (PSA) : de 1,2 à 1,6 milliard
    - Famille Lescure (Seb, Tefal, Rowenta, Krups, Moulinex, Calor) : de 1,2 à 1,6 milliard
    - Famille Bich (Bic) : de 1,2 à 1,6 milliard
    - Famille Mimran (Compagnie sucrière sénégalaise) : de1,2 à 1,6 milliard
    - Héritiers Louis-Dreyfus (Groupe Louis-Dreyfus, OM) : de 815 millions à 1,2 milliard
    - Claude Berda (fondateur d’AB Prod) : de 815 millions à 1,2 milliard
    - Paul-Georges Despature (Damart) : de 815 millions à 1,2 milliard
    - Famille Murray : de 815 millions à 1,2 milliard
    - Nicolas Puech (Hermès) : de 815 millions à 1,2 milliard
    - Familles Defforey et Fournier (Carrefour) : de 650 à 730 millions
    - Famille Zorbibe (Lancel) : de 400 à 490 millions
    - Roger Zannier (Z, Kenzo, Kookaï, Oxbow, Chipie) : de 400 à 490 millions
    - Famille Lejeune (Seita) : de 325 à 400 millions
    - Philippe Jabre (Jabre Capital Partners) : de 325 à 400 millions
    - Famille Harari : de 325 à 400 millions
    - Famille Taittinger (champagne) : de 325 à 400 millions
    - Alexandra Pereyre de Nonancourt (champagne Laurent-Perrier) : de 245 à 325 millions
    - Denis Dumont (Grand Frais) : de 245 à 325 millions
    - Michel Lacoste (Lacoste) : de 245 à 325 millions
    - Georges Cohen (Groupe Sogeti) : de 245 à 325 millions
    - Nicole Bru-Magniez (laboratoires UPSA) : de 165 à 245 millions
    - Michel Reybier (Cochonou, Aoste, Justin Bridou) : de 165 à 245 millions
    - Alain Duménil (Acanthe Développement) : de 165 à 245 millions
    - Serge Kampf (Capgemini) : de 165 à 245 millions
    - Bruno Moineville (Réseaux câblés de France) : de 165 à 245 millions
    - Antoine Zacharias (Vinci) : de 165 à 245 millions
    - Hugues de Montfalcon de Flaxieu (Maxiris) : de 165 à 245 millions
    - Christian Picart (Buffalo Grill) : de 165 à 245 millions
    - Jean Pigozzi (Simca) : de 165 à 245 millions
    - Michèle Bleustein-Blanchet (Publicis) : de 165 à 245 millions
    - Thierry Roussel (?) : de 165 à 245 millions
    - Daniel Hechter (Hechter) : de 80 à 165 millions
    - Philippe Hersant (groupe Hersant Média) : de 80 à 165 millions
    - Paul Dubrule (Accor) : de 80 à 165 millions
    - Jean Louis David (Coiffure) : de 80 à 165 millions
    - Maurice et David Giraud (Pierre & Vacances) : de 80 à 165 millions
    - Eric Guerlain (Christian Dior) : de 80 à 165 millions
    - Famille Ducros (Ducros) : de 80 à 165 millions
    - Jérôme DeWitt (horlogerie) : de 80 à 165 millions
    - Dominique Frémont (Mauboussin) : de 80 à 165 millions …

    Les Sportifs

    Jean Alesi, réside en Suisse
    Marion Bartoli, réside en Suisse
    Julien Benneteau, réside en Suisse
    Arnaud Boetsch, réside en Suisse
    Arnaud Clement, réside en Suisse
    Nicolas Escudé, réside en Suisse
    Guy Forget, réside en Suisse
    Richard Gasquet, réside en Suisse
    Jean-Claude Killy, réside en Suisse
    Henri Leconte, réside en Suisse
    Sébastien Loeb, réside en Suisse
    Paul-Henri Mathieu, réside en Suisse
    Gaël Monfils, réside en Suisse
    Christophe Moreau, réside en Suisse
    Amélie Mauresmo, réside à Genêve en Suisse
    Stéphane Peterhansel, réside en Suisse
    Cédric Pioline, réside en Suisse
    Alain Prost, réside en Suisse
    Fabrice Santoro, réside en Suisse
    Florent Serra, réside en Suisse
    Gilles Simon, réside en Suisse
    Jo-Wilfried Tsonga, réside en Suisse
    Vincent Rives, réside en Irlande
    Jean-Philippe Gatien , réside au Delaware aux Etats Unis

    Artistes : Chanteurs

    Charles Aznavour, réside en Suisse
    David Hallyday, réside en Suisse
    Johnny Hallyday, réside en Suisse
    Patricia Kaas, réside en Suisse
    Florent Pagny, réside en Patagonie (Argentine)
    Michel Polnareff, réside aux Etats-Unis
    Marie Laforêt, résidente et citoyenne suisse

    Acteurs

    Daniel Auteuil, réside en Belgique
    Emmanuelle Béart réside en Belgique
    Laetitia Casta, réside au Royaume-Uni
    José Garcia, réside en Belgique
    David Habibi, réside au Canada
    Alain Delon, résident et citoyen Suisse

    Auteurs

    Christian Jacq, réside en Suisse
    Marc Levy, réside au Royaume-Uni
    Michel Houellebecq, réside en Espagne (en Irlande auparavant)

    Patrons & actionnaires

    Jacques Badin (Carrefour) réside à Bruxelles en Belgique
    Thomas Bata (marque de chaussures Bata) réside en Suisse
    famille Baud (dont Jean Baud), (marques Franprix et Leader Price, 2 à 3 milliards de CHF), résident en Suisse
    Lotfi Belhassine, président d’Air Liberté, réside en Belgique. Il a fui la France car l’ISF représentait 93% de ses revenus
    Claude Berda, AB Groupe, réside à Cologny en Suisse
    Des membres de la famille Bich (Groupe Bic) résident en Suisse
    Michêle Bleustein Blanchet, une des héritiêres de Publicis, réside à Cologny en Suisse
    Corinne Bouygues, réside à Genêve en Suisse
    Pierre Castel, PDG du groupe Castel Frêres propriétaire des eaux Cristalline, Vichy Célestins et Saint-Yorre, réside prês du Lac Léman en Suisse
    Des membres de la famille Mulliez (propriétaire de Auchan, Décathlon, Mondial Moquette, Norauto et Kiabi), résident en Belgique
    Georges Cohen, informatique et armement, réside en Suisse
    Bernard Darty, fondateur de Darty, réside en Belgique
    Jean-Louis David, fondateur des salons de coiffure éponyme, réside en Suisse
    Des membres de la famille Defforey, à l’origine de la société Carrefour, résident en Belgique
    Des membres de la famille Despature (dont Paul-Georges Despature), propriétaire des marques Damart et Somfy, résident en Suisse et en Belgique.
    Paul Dubrulle, co-créateur du Groupe Accor et ancien sénateur-maire de Fontainebleau, réside à cologny en Suisse
    Des membres de la famille Ducros résident à Cologny en Suisse
    Pierre-François Grimaldi (iBazar), réside en Belgique
    Eric Guerlain réside en Grande-Bretagne
    Daniel Hechter, créateur réside en Suisse
    Philippe Hersant, groupe Hersant réside en Belgique
    Philippe Jaffré, ancien président d’Elf
    Robert Louis-Dreyfus réside à Zurich en Suisse.
    Des membres de la famille Mimram (dontJean-Claude Mimram), résident à Gstaad en Suisse.
    Des membres de la famille Nonancourt, propriétaire des champagnes Laurent-Perrier, résident en Suisse.
    Denis Payre, fondateur de Business Objects, réside en Belgique ou il a démarré une nouvelle société, Kiala, qui a embauché 100 personnes
    Des membres de la famille Peugeot (entre 5 et 6 milliards de CHF), résident en Suisse.
    Jean Pigozzi, héritier des voitures Simca, réside en Suisse.
    Michel Reybier, ancien PDG de Justin Bridou, réside en Suisse
    Jacques Tajan, ancien premier commissaire-priseur de France, réside en Belgique
    Des membres de la famille Wertheimer, héritiers de Chanel, résident à Cologny en Suisse
    Antoine Zacharias, ancien PDG de Vinci, réside à Genêve en Suisse
    Roger Zannier, à la tête de Kookaï ou Absorba, réside à Cologny en Suisse
    Alain Ducasse, cuisinier, a troqué sa nationalité française pour rejoindre Monaco

    http://fr.altermedia.info

  • Pierre Jovanovic : “Nous avons pris le chemin de la Grèce”

    Pierre Jovanovic, de retour de reportage en Grèce (décembre 2012), partage avec Media-Investigation cette expérience qu’il compare avec la situation française.

     

    Il considère cette nation, que l’on détruit, comme un laboratoire pour le reste de l’Europe en tirant des conclusions dépassant le seul destin européen puisqu’elle sera, d’après lui, intégrée dans quelques années aux États-Unis avec une monnaie commune.

    Tout ceci va se terminer dans une guerre civile” s’exclame-t-il tout en proposant quelques conseils pour se prémunir.

    http://fortune.fdesouche.com/

  • Ce que sont vraiment les agences de notation

    Les agences de notation occupent le devant de la scène médiatique depuis quelque temps et hantent les nuits des chefs de gouvernement. Il importe de savoir de qui il s'agit. Tel est l'objet des lignes qui vont suivre
    UNE HISTOIRE DÉJÀ ANCIENNE
    Disposer d'informations concernant la solvabilité d'un emprunteur constitue l'une des conditions principales de toute activité de prêt. Les établissements de crédit ont toujours cherché à connaître la capacité de remboursement d'un futur débiteur avant de lui accorder un crédit. Avec la révolution industrielle et le développement des affaires qui en résulta, la demande d'information s'accrut et suscita la création de sociétés renseignant les agents économiques sur la solidité des entreprises et des emprunteurs.
    Peu avant 1830, la banque britannique Barings, soucieuse de mieux connaître ses clients américains, sous-traita à Thomas Ward, commerçant de Boston, la charge de classer plusieurs milliers de sociétés nord-américaines en fonction de leur fiabilité financière. En France, le célèbre Vidocq créa en 1833 un « Bureau des renseignements universels pour le commerce et l'industrie » chargé de séparer les bons et les mauvais débiteurs. D'autres initiatives suivirent : en juillet 1841, Lewis Tappan constitua la Mercantile Agency, devenue la Dun Company en 1859, qui vendait les données qu'il avait réunies sur la qualité financière de milliers d'entreprises. Elle fusionna ensuite avec l'agence de John Bradstreet créée en 1849 pour constituer la RG Dun and Bradstreet en 1933 qui actuellement fournit des bases de données sur plus de 150 millions de sociétés.
    Mais parallèlement à ces activités de "crédit reporting" (évaluation des crédits), se sont développées des sociétés compilant des données économiques, financières et statistiques. En 1868, aux États-Unis, Henry Poor, profitant du développement des chemins de fer, lance une publication annuelle de statistiques qui fait vite référence. Il sera suivi vers 1900 par John Moody qui publiera ses propres manuels de notation avec les premières notations financières, les "ratings", c'est-à-dire en français "évaluations" : c'est l'innovation majeure. À la suite de la crise financière de 1907, il était apparu qu'il devenait nécessaire de classer le plus clairement possible les différentes dettes. Moody sera suivi par Poor en 1916 puis par deux autres agences : Standard statistics en 1922 et Fitch (fondée par John Knowles Fitch le 24 décembre 1913 à New York) en 1924. Poor et Standard fusionneront en 1941.
    UN OLIGOPOLE
    Depuis les années 1940, le "métier" de notation est resté entre les mains de l'oligopole des trois agences Moody's (Moody's Investors Service), Standard and Poor's (S&P), Fitch. En dépit de diverses tentatives, aucune autre agence n'est parvenue à s'imposer, dans la mesure où elles ont été rachetées, dès leurs premiers succès, par le trio précité : en 2008, ces trois agences représentaient 94 % du chiffre d'affaire mondial de l'activité de notation. Quant aux 6 % restants, il s'agit de petites agences spécialisées dans des secteurs bien particuliers ou d'agences étrangères, comme Dagong en Chine mais avec lesquelles les trois grandes agences ont multiplié les accords de partenariat.
    À l'exception de Fitch, propriété de la holding française Fimalac présidée par Marc Ladreit de Lacharrière, S&P et Moody's sont des sociétés états-uniennes.
    En 2008, Moddy's employait 3 400 salariés dans 27 États ; S&P, 6 300 salariés dans 23 États ; Fitch, en plein développement depuis vingt ans, plus de 2 300 salariés. Moody's note, outre les États, 140 000 entités dont 5 500 sociétés et 30 000 emprunteurs publics ; S&P 280 000 entités ; Fitch 155 000.
    À l'origine, les revenus des agences provenaient de la vente de leurs publications. Mais, depuis les années 1970, leur financement proviendra de la rémunération des services de notation rendus à ceux qui demandent à être notés. La raison est double : de plus en plus d'investisseurs pirataient les données fournies par les agences ; mais, depuis la faillite de la compagnie ferroviaire Penn Central en 1970, de plus en plus d'émetteurs de dette demandèrent à être notés afin de rassurer les prêteurs. Ce système, conjointement à la forte croissance des États émergents, du développement des "produits" financiers lié à la financiarisation de l'économie, a permis aux agences d'accroître substantiellement leurs revenus mais a fragilisé leur fiabilité. Cette situation crée des conflits d'intérêts qui ont conduit les autorités fédérales états-uniennes à intervenir.
    Jusqu'en 1975, le domaine de la notation n'avait jamais été réglementé. Mais cette année là, le "gendarme" des Bourses américaines, la SEC (Securities and Exchange Commission), instaura le statut NSRO (Nationally Recognized Statistical Rating organizations) afin de limiter le nombre d'agences de notation. De fait, seules les trois grandes agences l'obtinrent (en 2006, le secteur fut déréglementé, permettant à six petites agences d'obtenir le NSRO). Avec les crises spéculatives successives des années 2000 (« Bulle internet », crise des "subprime"), de nouvelles réglementations ont vu le jour. Nous les aborderons ultérieurement.
    COMMENT FONCTIONNENT-ELLES ?
    La base de la notation est celle de l'évaluation de la probabilité de défaut des entités notées ou, en sens contraire, une espérance de recouvrement des dettes qui leur sont accordées. Qu'est-ce à dire ? La probabilité de défaut s'apprécie relativement au retard ou à l'absence de paiement des intérêts d'une dette ou de son capital, en fonction des modifications du contrat d'emprunt conduisant à diminuer la qualité de celui-ci. Les données macro-économiques, les informations propres à l'émetteur d'un emprunt entrent en ligne de compte. Depuis 2005, les ratings de Fitch ne mesurent qu'une probabilité de défaut. On distingue aussi entre « risque de liquidité » qui dépend de la capacité de lever des fonds à court terme, et le « risque de solvabilité » qui se rapporte au degré de capacité de remboursement d'une dette. Mais, bien souvent, la crise de liquidité se transforme vite en crise de solvabilité.
    Pour établir leurs notes, les agences collectent de l'information auprès de l'émetteur et s'entretiennent avec sa direction. L'analyste chargé du dossier présente celui-ci à un comité, qui prend une décision dont l'émetteur peut faire appel. La décision finale revêt la forme d'un communiqué de presse.
    Les agences établissent trois catégories de notes : la « note d'émetteur » qui mesure la qualité globale d'un emprunteur ; la « note d'émission » propre à chaque titre obligataire émis sur le marché ; la « note de recouvrement » qui se rapporte au risque de non-recouvrement associé à chaque titre.
    Progressivement, les agences de notation ont uniformisé leurs échelles de notation d'un secteur à l'autre. La grande césure existant entre la qualité des titres ou entités notés, celle qui constitue un seuil psychologique pour les investisseurs, repose sur la distinction entre « investment grade » et « spéculative grade », c'est-à-dire entre les valeurs sûres et les valeurs ayant une grande probabilité de défaut. (1)
    Chaque rating se voit associer une perspective de notation, laissant présager, soit une stabilité, soit une élévation, soit un abaissement ; citons la « perspective évolutive », liée à un événement précis, la « mise sous surveillance » relative à une forte probabilité de changement.
    Quant aux États, leur note est déterminée sur quelques variables tels le PBB par habitant, le taux d'inflation, le précédent d'un défaut souverain intervenu au cours des dernières 25 années, le ratio dette étrangère / exportations, degré de développement.
    Des écarts de notes existent entre les agences, selon les pondérations de risques utilisées. Ainsi, les notes de Moody's sont souvent plus stables que celles de Fitch et S&P.
    LES NOTATIONS D'ETATS
    Mais pourquoi ces agences, travaillant originellement avec le secteur privé, en sont-elles venues à s'occuper des États ? Lors de la Grande Guerre, il apparut que la situation financière des États entrait en ligne de compte. Le Nyse (New York Stock Exchange), c'est-à-dire Wall Street, finança les belligérants, principalement la France et la Grande-Bretagne qui émettaient des titres d'emprunt outre-Atlantique, créant un marché de la « dette souveraine », à savoir la dette des États. Dès lors, il était nécessaire d'évaluer le risque souverain de ces États, d'autant plus que les années 1920 furent caractérisées par le développement incontrôlé de l'endettement, notamment celui des Etats. Le sommet des émissions d'emprunts d'Etat sera atteint en 1929-1930. La « Grande dépression », le vote du « Johnson Debt Default Act » de 1934 qui interdit la vente de titres obligataires émis par des gouvernements en faillite vis-à-vis de sociétés financières états-uniennes, mirent à mal le marché obligataire souverain new-yorkais, avant que les tensions internationales de la fin des années 1930 ne l'éteignent quasiment pour plusieurs décennies. Jusqu'aux années 1970, les notations des États disparurent donc quasiment.
    En effet, outre le conflit 1939-1945 qui vit les États maîtriser leur financement, les années d'après-guerre virent le redressement économique se faire à travers des prêts d'ordre public. Le FMI et la Banque mondiale, nés avec les accords de Bretton Woods, financèrent le développement des États en cours d'industrialisation, évitant de recourir aux prêts privés et aux marchés. En Europe, le Plan Marshall, des prêts bilatéraux firent que, là non plus, le recours aux marchés ne fut pas nécessaire. À cela il faut ajouter le frein que constitua l'IET (Inter-est Equalization Tax), taxe instaurée en 1963 aux États-Unis par Kennedy pour réduire le déficit de la balance des paiements états-unienne en frappant à 15 % les intérêts perçus par les financiers américains sur les emprunts accordés aux étrangers.
    Mais tout allait changer au cours des années 1970. Différentes lois, comme la loi Giscard-Pompidou de 1973, allaient interdire aux États de se refinancer eux-mêmes, les obligeant à se financer par l'emprunt privé. L'IET était abrogée en 1974. Il devenait à nouveau utile de noter les États emprunteurs, pourtant encore peu nombreux à l'époque. Toutefois, la "manie" de notation allait faire florès lorsqu'en 1986, Moody's décida de noter même les États qui n'avaient pas d'emprunts en dollars,
    telle la RFA. Tout se passait comme s'il fallait soumettre au contrôle tous les États. Puis vint le « Plan Brady », mis en place en 1989 par le secrétaire au Trésor américain Nicholas Brady afin de restructurer la dette du Mexique, en défaut depuis 1982, en émettant des obligations souveraines. D'autres suivirent ensuite, multipliant les titres obligataires souverains et développant ainsi le marché correspondant. Autant de nouvelles occasions de noter les dettes souveraines.
    Comme, semble-t-il, aucun État de la planète ne doit échapper au bulletin de notes, un accord fut passé en 2002 entre le Département d'État d'une part et Fitch et S&P d'autre part afin de noter les États d'Afrique noire qui ne l'étaient pas encore. En 2011, entre 110 et 120 États, selon les agences, sont notés.
    POURQUOI UNE TELLE PUISSANCE ?
    Il est clair que le rôle des agences de notation a cru en lien direct avec le développement de la finance sous toutes ses formes, tant avec les « produits structurés », nés de la libéralisation financière des années 1980 tels ceux relevant de la titrisation, qu'avec les emprunts de toutes sortes des acteurs privés et, bien sûr, des États, de plus en plus drogués à l'emprunt privé. Mais cela ne suffit pas à expliquer l'importance croissante de ces agences.
    Déjà, dans les années 1930, l'État américain avait instauré des réglementations intégrant les notations des agences pour déterminer officiellement la qualité des titres d'emprunt.
    C'est surtout à partir des années 1970 que les organes de contrôle américains, telle la SEC, vont multiplier les réglementations fondées sur les notations, imités par les États d'Europe, d'Asie et d'Amérique latine. Désormais, les emprunteurs devront être préalablement notés.
    Mais le renforcement du rôle des agences de notation vient des accords internationaux dits de Bâle II (nous en sommes à Bâle III) signés en 2004 sous l'égide de la BRI (Banque des Règlements Internationaux, sorte de « banque des banques centrales »). Ces accords visent à imposer des règles assurant la bonne gestion des banques, notamment en exigeant un minimum de fonds propres, (le « ratio Cooke », relevé, au grand dam des banques privées lors des récents accords de Bâle III en 2010, à 9 % de fonds propres), le calcul s'effectuant par une pondération fondée sur les notes fournies par les agences. La raison invoquée est l'amélioration de la transparence et de la sécurité des marchés.
    Le rôle des agences devient donc central avec toutefois une objection sérieuse : il leur est accordé une confiance totale alors qu'elles ne sont elles-mêmes soumises à aucun contrôle. Et cette confiance en quelque sorte légalisée fait que de plus en plus, les acteurs économiques se dispensent eux-mêmes de réfléchir sur leurs interlocuteurs, perdant ainsi leur libre arbitre, ce qui est à l'origine de bien des erreurs.
    Dès lors, il n'est pas surprenant que lorsque survient une crise - issue de la fragilisation inévitable d'un système par nature instable car fondé sur le jeu et la spéculation - les agences de notation deviennent des sortes déjuges suprêmes, d'oracles à la bouche desquels le monde de l'endettement, banques, entreprises et États, est suspendu ! Car la dégradation d'une note signifie des emprunts plus difficiles et plus onéreux : la spirale de la crise est enclenchée, sinon accélérée !
    LES FAILLES DES AGENCES DE NOTATION
    Le système des agences est donc loin d'être parfait. Pour rester dans une période récente, leurs errements sont patents lorsque l'on considère les surévaluations des notations durant l'euphorie boursière des années 1990.
    Entre 1997 et 2000, plus de 90 % des notes attribuées étaient positives et incitaient à l'achat. Jusqu'au premier trimestre 2000 les agences de notation ont affiché des notes positives, optimistes et rassurantes sur la santé des entreprises. Les agences n'ont pas vu venir la crise asiatique de 1997. Elles ont aggravé les difficultés d'États comme le Brésil en 1999 et l'Argentine en 2001 en modifiant de manière injustifiée et abrupte leurs ratings. De même, elles n'avaient pas anticipé la faillite d'Enron en 2001, de Worldcom en 2002, de l'Italien Parmalat en 2003 etc.. Elles n'avaient pas prévu le krach des "dot.com." à la suite d'une bulle dite « bulle internet ». Ce n'est qu'en juin 2002, alors que les indices boursiers avaient déjà baissé de 40 % en deux ans, qu'elles ont commencé à prendre conscience du danger que constituait l'endettement inconsidéré du secteur informatique. Ce n'est qu'à l'été 2002 qu'elles révisèrent à la baisse et en catastrophe leurs notes des entreprises cotées sur les grandes places boursières.
Il en est de même pour la crise des "subprime" de 2007-2008. De nombreux produits structurés bénéficiaient de notations élevées avant que leur valeur ne chute en bourse et que les agences ne baissent massivement et en urgence leurs évaluations. Des conflits d'intérêts ont été stigmatisés dans la mesure où les analystes, c'est-à-dire ceux qui évaluent les entreprises, sont aussi ceux qui négocient les contrats de notation. De plus, il y a toujours le risque de les voir jouer involontairement le rôle officieux de consultants.
La difficulté à évaluer la complexité des opérations et des produits structurés entre en ligne de compte mais n'est qu'un argument de défaut. La qualité, l'intégrité du processus de notation n'ont pas été irréprochables, renforcés par un manque de compétence, de pertinence et de moyens humains conjugués à un aveuglement certain.
    En outre, de nombreux émetteurs de dette se sont employés à se faire noter par l'agence qui semblait la mieux à même de leur donner une note satisfaisante, voire en sollicitant une note chez une deuxième ou troisième agence si la première notation ne leur convenait pas. Il se produit une inflation de notations et une certaine concurrence entre les agences qui a fait préconiser à certains commentateurs de mettre fin à cette concurrence ! Un comble dans un monde où l'on ne jure que par celle-ci ! Ce n'est pas tout : les banques et autres institutions financières émettrices de titres de dette ont aussi pu constituer leurs "produits" en fonction de critères considérés comme valorisant par les agences de notation, influençant celles-ci à leur corps défendant.
    Compte tenu de tous ces défauts, la SEC a établi une réglementation contraignante visant à éviter tout conflit d'intérêt entre l'agence de notation et le noté afin de ne pas affecter l'objectivité de la note, demandant entre autres de rendre publiques les méthodes de notation, le système de rémunération, les revenus des analystes.
    Mais il y a plus : les agences jugent selon des critères nécessairement subjectifs, non exempt des modes et des croyances économiques du moment, telle actuellement la vulgate néo-libérale. Et, jamais, elles ne remettront en cause un système qui les fait vivre et dont elles sont partie-prenante.
    LES AGENCES DE NOTATION, MIROIR DU MONDIALISME
    Ainsi, les réglementations publiques destinées à encadrer le système de notation ne feront qu'en ralentir la dérive, ou bien en modifier la forme. De même que les financiers ont toujours une longueur d'avance sur les autorités de régulation, aucune réglementation n'empêchera les erreurs de jugement, l'apparition de nouveaux dysfonctionnements dans la méthodologie, dans les relations entre agences et clients.
    Mais là n'est pas le problème fondamental. Les agences de notation peuvent être aveugles dans certaines situations, elles peuvent accentuer des cycles économiques en nourrissant l'euphorie ou la déprime, elles peuvent favoriser la mondialisation en encourageant les fusions-acquisitions d'entreprise dans la mesure où elles considèrent que la stabilité d'une société est fonction de sa taille (« to big to fail » c'est-à-dire : « trop gros pour chuter ») : mais elles ne font, globalement, que constater la santé ou la maladie des débiteurs. Elles ne sont pas la cause des crises.
    Le mal réside dans la financiarisation de l'économie et le fait que l'économie réelle n'est plus que le "sous-jacent" général d'un monde économique dominé par ce qu'on appelle « l'industrie bancaire » et qui asservit l'économie productive à sa course folle vers toujours plus de rentabilité et de profits. Rappelons que les échanges financiers relatifs à l'économie réelle, c'est-à-dire productive, ne concernent que 3 % des flux financiers mondiaux. Le mal réside en ce que les États ont abandonné, pour une large part, volontairement, leur souveraineté monétaire et financière et, par suite, leur indépendance politique.
    Actuellement, les États d'Europe, à commencer par la France, tremblent à l'idée de perdre leur « triple A », comme si leur sort dépendait d'un décret divin, le divin étant pour l'occasion les dieux de la finance dont le verbe, serait les agences de notation.
    Or le véritable problème réside dans leur capacité à retrouver leur souveraineté monétaire, à reconstituer une industrie détruite par la mondialisation néolibérale, à recouvrer leur richesse première, c'est-à-dire à assurer le renouvellement de leurs générations par natalité endogène et ainsi, à retrouver le chemin d'une puissance évanouie au fil des ans depuis le milieu du XXe siècle. Les crises à venir d'un système contre-nature fourniront des occasions qu'il faudra savoir ne pas manquer.
    André Gandillon rivarol du 23 décembre 2011 au 5 janvier 2012
    (1) Dans l'échelle des notations qui vont du AAA (valeurs les plus sûres) au D (défaut de paiement), en passant par BBB, BB+ (catégorie spéculative), C (risque de défaut de paiement réel), cette limite spéculative se situe entre BB- et BB+. Les notations AAA, AA. A. BBB, BB, B, CCC.CC, C, D correspondent à l'échelle de Fitch et S&P. Chez Moody's, les catégories sont Aaa, A, Baa, Ba, Caa, Ca, C (défaut), chaque catégorie connaissant plusieurs subdivision.

  • Arrêtons de banquer : la Grèce, la France, l’Allemagne, l’Europe n’ont pas besoin de l’euro !

    Un  drame du laxisme, un drame de l’immigration, un drame de la  récidive : sorti de prison en septembre dernier  après 6 ans d’incarcération,  Abdallah Boumezaar a reconnu être l’auteur des coups de feu qui ont tué à Collobrières (Var) à la suite d’un «banal» cambriolage,  deux gendarmes, Alicia Champlon, une adjudante de 29 ans, et Audrey Berthaut, maréchal des logis-chef de 35 ans, mère de deux filles de 5 et 13 ans. Laxisme et  récidive sont  aussi des mots qui viennent à l’esprit au vu de la dramatique situation vécue par la Grèce et qui plombe plus largement l’ensemble de la zone euro…avec la complicité des crânes d’œufs bruxellois. Selon les médias, il resterait dans les caisses d’Athènes que deux milliards d’euros, de quoi tenir jusqu’au 20 juillet, pour payer factures, fonctionnaires et pensions de retraites…

    Confrontés aux solutions prônées par  l’extrême gauche anti bruxelloise du parti Syriza  d’Alexis Tsipras, les Grecs ont voté le 17 juin, mais sans lui  donner la majorité absolue,  pour le parti de droite pro euro  Nouvelle démocratie (ND) de Antonis Samaras. ND l’a emporté avec 29,66% des voix, s’adjugeant 129 sièges sur 300 au parlement (plus les cinquante sièges de  bonus pour le parti arrivant en tête selon la constitution)  suivi par le Syriza, (26,89 % et 71 sièges), les socialistes  du Pasok (12,28% et 33 sièges) ; le très décrié parti  l ‘Aube dorée, Chryssi Avghi,   confirme sa percée enregistrée précédemment  avec 18 députés.

    Alors que la situation financière  de l’Espagne se dégrade de manière très problématique et  pose également de manière criante  l’hypothèse d’une implosion de la zone euro, le vote grec de dimanche n’a pas  créé une vague d’enthousiasme « des marchés. »

    C’est dans ce climat que ND, parti qui quand il était au pouvoir a largement contribué au marasme actuel,  tente actuellement  de former un nouveau  gouvernement de « salut national », avec l’appui du socialiste  Evangelos Vénizélos.

    En marge du sommet du G20, à Los Cabos, au Mexique rapporte l’AFP, les présidents de l’UE, Herman Van Rompuy, et de la Commission  européenne, José Manuel Barroso,  ont déclaré en commun que les instances bruxelloises « (continueront)  à soutenir la Grèce en tant que membre de la famille de l’UE et de la zone euro ». Derrière la formule convenue, on sent poindre la méthode Coué…

    Journaliste économique au Figaro, Guillaume Guichard  rappelait dernièrement que «seul un dixième environ des 125 milliards d’euros prêtés à la Grèce depuis mai 2010 ont fini dans les caisses de l’État. Le reste a servi à rembourser dans les temps une partie de la dette colossale du pays, », «  au paiement des intérêts sur la dette, au remboursement des échéances et au renforcement des banques grecques au bord de l’effondrement. »

    Dans les faits  les médecins-vampires de l’euromondialisme veillent au grain :  « comme la Banque centrale européenne (BCE) a racheté, en 2010, entre 47 et 55 milliards d’euros de dette grecque pour ralentir la progression de la crise, c’est à elle que revient, au final, la majeure partie de l’aide. Ainsi, 88% des remboursements d’emprunts que doit effectuer la Grèce d’ici fin 2012 concernent des titres détenus par la BCE. La troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et FMI) se paie essentiellement elle-même en octroyant l’aide à la Grèce, en concluent les économistes d’une grande banque américaine… ».

    Mais le dogme intangible du maintien de l’euro est remis chaque jour davantage en cause, et notamment encore dernièrement par Thilo Sarrazin. Ce socialiste alors membre du SPD,  avait déjà fait sensation en 2010 avec son pamphlet, LAllemagne court à sa perte (« Deutschland schäft sich ab »), un immense succès de librairie dénonçant l’immigration-invasion qui lui avait coûté son poste  au directoire de la Bundesbank.

    Cette fois avec « L’Europe n’a pas besoin de l’euro » (paru le 22 mai), de nouveau en tête des ventes Outre-Rhin,   le tollé des bien-pensants est aussi grand.  Il est certain que la remise en cause de  religion de la monnaie unique est la transgression d’un tabou quasiment aussi fort que le  refus du multiculturalisme obligatoire, les deux voguant d’ailleurs  souvent  de conserve…  

    Dans une (longue)  tribune libre publiée sur le site Nouvelles de France et reprise sur Polemia,  Philippe Simonnot s’interrogeait : « Que dit donc de tellement sot ou méprisable l’ancien banquier d’obédience socialiste ? Qu’Angela Merkel a tort de dire que  si l’euro échoue, l’Europe échoue . Thilo Sarrazin nous donne pourtant un message de raison et d’espoir en ne liant pas le sort du Vieux Monde à une monnaie condamnée. »

    « Quoi encore ? Que les pays qui violent continuellement le pacte de stabilité doivent quitter la zone euro. Logique ! Si l’on ne respecte pas les règles d’un club, ne doit-on pas le quitter ? »

    « Encore ceci : Thilo Sarrazin s’insurge contre les eurobonds (la création d’euro-obligations  appelés encore « eurobonds »,  qui remplaceraient les bons du Trésor émis par chaque Etat, NDLR) prônés par la France, mais aussi par une grande partie de l’opposition allemande de gauche et écologiste. Et il accuse cette dernière d’être motivée par ce réflexe  très allemand  de penser que  l’on aura définitivement expié l’Holocauste et la Guerre Mondiale quand nous aurons mis toutes nos affaires, et aussi notre argent, entre des mains européennes. Là, il est allé trop loin pour la bonne pensée des deux côtés du Rhin ou des Alpes. Halte-là ! »

    Et l’auteur de l’article de relever que « déjà, en 1969, Franz Joseph Strauss (décédé en 1988, il fut président du parti conservateur Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU), ministre-président de la Bavière, ministre fédéral des finances, NDLR)  avait déclaré : un peuple qui a engrangé de tels succès économiques a le droit de ne plus rien entendre à propos d’Auschwitz ».

    Sans rentrer dans ce débat là, saluons chez Thilo Sarrazin une exigence  d’honnêteté,  de cohérence pas si courante.  Et la classe politicienne eurolâtre et antinationale ferait bien pareillement  de méditer sur ce souhait formulé déjà par Cicéron en  55 avant Jésus-Christ,  douze  ans avant son assassinat,  et déjà cité par Bruno Gollnisch dans l’hémicycle du parlement européen :

    « Les finances publiques doivent être saines, le budget doit être équilibré, la dette publique doit être réduite, l’arrogance de l’administration doit être combattue et contrôlée, et l’aide aux pays étrangers doit être diminuée de peur que Rome ne tombe en faillite. La population doit encore apprendre à travailler au lieu de vivre de l’aide publique. » Tout est dit !

    http://www.gollnisch.com

  • Une économie de proximité, réplique à une mondialisation vouée à l'échec ?

    Le mode de développement actuel recherche l’amélioration du bien-être par l’augmentation des quantités produites, l’élargissement de marchés solvables, l’accroissement des échanges et des transports. L’extension sans limite des échanges marchands et monétaires entraîne l’augmentation de la consommation de biens non durables, l’énergie pétrolière au premier chef, et cela sans considération des effets négatifs provoqués dans le domaine social ou celui de l’environnement. C’est ce processus que l’on désigne aujourd’hui sous le vocable de mondialisation.
    La mondialisation repose sur les transports. Sans transports, pas de mondialisation. Or la mondialisation, comme on va le voir, s’engage dans une voie sans issue. Comment s’en sortir ? L’économie de proximité est-elle susceptible de fournir une réponse ? Voyons d’abord quelques chiffres.

    – I – La mondialisation dans l’impasse

    • A. Un modèle de croissance à caractère explosif
    – La méthode mise au point par le Suisse Mathis Wackermagel voici quelques années a l’avantage de permettre des comparaisons internationales, grâce à un étalon commun. La consommation de ressources par les hommes (chauffage, carburant, eau ou denrées alimentaires) n’est pas exprimée en kilos, litres ou kilowatts comme il est de tradition mais en mètres carrés : la surface nécessaire pour produire des ressources. La planète nous fournit une surface biologique productive (terres et espaces marins) de 1,9 ha par habitant. Or depuis les années 70, notre empreinte écologique, à savoir la pression que nous exerçons en consommant des ressources et en produisant des déchets, est aujourd’hui de 2,9 ha en moyenne. En d’autres termes, nous vivons sur les réserves de la planète que nous sommes en train d’épuiser.

    – Une autre façon d’illustrer ce problème consiste à évaluer, pour chaque pays, ce que la planète peut globalement offrir en termes de ressources non renouvelables. La moyenne mondiale est aujourd’hui d’environ 1,35 planète. En Chine, la moyenne est de 0,9 planète (0,3 au Bangladesh). Mais aux Etats-Unis, la consommation de ressources atteint 6 planètes ! Nous vivons manifestement au-dessus de nos moyens.

    – C’est à dessein que j’ai cité la Chine et les Etats-Unis. Car en 2050, selon les Nations unies, la population de la Chine et de l’Inde atteindra 3 milliards, le tiers de la population mondiale. Or depuis les années 80 la Chine se développe à un train d’enfer, 8 à 10 % l’an, et l’Inde n’est pas loin derrière, avec des taux de croissance 6 à 8 % l’an. A ce rythme-là, la consommation de ressources du monde pourrait atteindre, voire dépasser 6 à 10 planètes, une perspective clairement insoutenable.

    • B. Les transports, fondement de la mondialisation, sont clairement les principaux responsables (mais nullement les seuls, bien sûr).
    Sans transports, pas de mondialisation. Depuis le XVIe siècle, le libre-échangisme a encouragé, grâce à des coûts de transport constamment réduits, le développement des échanges commerciaux sur toute la surface de la planète. Au cours des 50 dernières années le commerce international a littéralement explosé. Il a certes été porteur de progrès, mais aussi d’innombrables « désaménités ».
    Les vecteurs techniques des transports sont naturellement les véhicules routiers et les transports aériens, à parts égales. On transporte aujourd’hui par avion non seulement les chevaux de course mais aussi les fraises du Chili. Ce qui est bien commode. Mais il faut savoir :

    1/ qu’à côté des coûts visibles, un coût monétaire, en carburant notamment, il faut tenir compte des coûts invisibles, bien plus importants, en termes de pollution et de consommation de ressources non renouvelables. Ainsi les transports aériens sont extraordinairement bon marché. Mais l’avion produit des émissions de dioxyde d’azote et consomme 30 à 40 fois plus d’oxygène que de kérosène. Sans parler du CO2 de nos chères voitures, de la destruction de la couche d’ozone, etc., etc. Tout cela est malheureusement bien connu ;

    2/ que les ressources fossiles sont en voie d’épuisement : l’on aurait entre 30 et 40 ans de réserves de pétrole ; 100 ans de charbon, mais au prix d’une pollution colossale. L’hydrogène n’est pas au point et nullement adapté aux transports ; pas plus que l’énergie nucléaire. La Chine et l’Inde importent d’ores et déjà autant de pétrole que les Etats-Unis. Elles représentent 20 % d’une demande mondiale de 83 millions de barils/jour et 35 % de la demande supplémentaire de pétrole en 2003. Or, en Inde, la consommation de pétrole par habitant n’est que de 0,7 baril/jour contre 26,6 aux Etats-Unis. Je me répète à dessein : nous sommes clairement engagés dans un modèle de croissance à caractère explosif ;

    3/ que, bien plus, la facture économique de la destruction des écosystèmes devient de plus en plus écrasante. Un récent rapport des Nations unies nous apprend qu’en 2003 les pertes économiques annuelles imputables à la pollution atteignaient 84 milliards de dollars. Pour la seule Chine, il faudrait dépenser 157 milliards de dollars pour lutter contre la pollution. Pour les 5 prochaines années ce pays devrait consacrer 3 % de son PIB pour mener une politique efficace dans ce domaine : il n’en consacrera au mieux que 1,5 %. Or d’ici 30 ans la production d’énergie augmentera de plus de 50 % et les émissions de gaz carbonique à peu près autant.

    La conclusion s’impose d’elle-même : puisque notre modèle de croissance fondé sur la mondialisation va « dans le mur », il faut changer de modèle. L’économie de proximité offre-t-elle une voie de sortie ?

    – II – L’économie de proximité

    Rappelons brièvement quelques notions bien connues.
    De quoi s’agit-il au juste ?
    Depuis le début des années 90, l’approche de proximité s’est affirmée avec force dans la réflexion économique en déclinant ses différentes catégories conceptuelles : proximité géographique, proximité organisationnelle, proximité conceptuelle.
    Elle a trouvé un champ d’application naturel dans le cadre du territoire considéré comme l’espace par excellence de mise en œuvre de localisations, de stratégies de coopération territoriale, de constitution de réseaux circonscrits dans le territoire, d’ancrages territoriaux et de déploiement d’innovation à dimension locale.
    L’économie de proximité s’est ainsi déployée à la confluence de trois préoccupations d’inégale importance :

    – le maintien ou le développement de l’emploi local ;
    – l’économie sociale ou solidaire du tiers secteur ;
    – le développement durable.

    • A. Sur le plan théorique, on soutiendra l’hypothèse qu’un territoire peut être source de développement selon la façon dont il fonctionne et il s’organise. Sous cette optique, l’approche du développement territorial va s’attacher à intégrer la dimension historique – le facteur temps – et la dimension spatiale – l’espace géographique – que la vision classique avait tendance à ignorer superbement ou à négliger. Elle va par ailleurs se préoccuper des caractéristiques territoriales spécifiques qui seraient susceptibles de dynamiser ou, à l’inverse, de contrarier le développement. On perçoit donc que la mise en évidence des facteurs qui peuvent être à l’origine d’un processus de développement ne se ramènent pas à la dotation initiale en facteurs de production mais à la capacité des territoires de s’inscrire dans un processus volontariste de valorisation ou de création de ressources.
    L’identification de ces facteurs spécifiques propres au territoire conduit dès lors à privilégier les dynamiques sociales comme vecteurs d’évolution des territoires, sans oublier de mentionner au passage l’importance des relations hors marché et des institutions.
    C’est donc la qualité des partenariats locaux, les interactions entre agents qui déterminent en premier lieu leur capacité de se concerter et de s’organiser en vue d’accéder à des objectifs de long terme déterminés en commun. Les travaux de Greffe, entre autres, ont ainsi permis de mettre l’accent sur l’importance des expériences d’apprentissage collectif et de coopération dans le cadre du territoire.
    Car c’est précisément l’existence de relations de solidarité, de confiance et de proximité entre les agents qui joue un rôle capital dans le processus de développement, comme le montrent bien d’autres travaux ; on pourrait citer ceux de Coleman et Putman sur le concept de capital social, cependant que les contributions de Bellet, Krisha, Zimmermann, parmi bien d’autres, ont permis de mieux cerner le jeu des dynamiques de proximité dans le développement local.
    Sur le plan opérationnel, cet effort conceptuel se traduira par des politiques visant à octroyer un appui renforcé aux stratégies de développement économique local, à la promotion du commerce interrégional entre entités économiques régionales, à encourager les partenariats économiques et à aider les micro-entreprises innovantes. Ce qui est un des thèmes porteurs du présent colloque.

    • B. Sur le plan de l’emploi, il y a, de mon point de vue, peu de choses à dire. Les emplois Verts de proximité ne vont guère, pour l’instant, au-delà d’occupations sans qualification et axées essentiellement sur des tâches de maintenance et d’entretien. Gestion des déchets, énergie, transport auraient ainsi un fort potentiel de création d’emplois locaux destinés à répondre à des besoins locaux. Mais tout cela ne va pas très loin. Dont acte.

    • C. Reste un troisième volet, guère plus prometteur à mes yeux, celui de l’économie sociale. Face à la montée continue de l’économie précaire, de l’exclusion et des inégalités sociales, l’imagination revient au galop et nous invite à dépasser la société salariale traditionnelle pour modifier les modes de distribution des biens et des services. Il s’agit donc de mettre en place, entre le marché et le secteur public, une économie solidaire relevant d’une logique économique fondamentalement différente ou, si l’on préfère, alternative. On évoquera ainsi pêle-mêle la mise en place d’un commerce équitable, d’une consommation responsable, de finances solidaires, de monnaies plurielles et, pourquoi pas, d’économie citoyenne, le tout enrobé dans l’invocation rituelle du non marchand, du non monétaire et la fabrication de biens relationnels comme le propose le sociologue Roger Sue. Ne manquent à l’appel ici que l’élevage des chèvres en Ariège et la fabrication de fromages bio. Tout cela ne dépasse guère la bonne vieille rhétorique écologique post-soixante-huitarde améliorée et mise au goût du jour.

    Que faut-il en penser ?

    – On peut parfois se demander si ce concept de proximité ne sert pas de gadget ou de mot valise où l’on s’efforce de loger tout et n’importe quoi. Cette notion est mise à toutes les sauces et à tous les usages : on parlera ainsi de banque de proximité, de commerce de proximité, de tourisme de proximité et Dieu sait quoi encore. Je ne peux m’empêcher de penser ici à Roger Nifle qui parle d’une économie de l’immatériel, ou résiduelle, laquelle vise à redonner aux territoires la possibilité d’un nouvel avenir par la mise en œuvre d’un patrimoine culturellement significatif autour d’une vocation originale. Comment ne pas évoquer ici le baron de Crac qui voulait s’envoler dans les airs en tirant sur ses lacets de chaussures ?

    – Mais au-delà de ce flou artistique conceptuel qui commence d’ailleurs à être déploré ici et là, une lacune autrement plus grave serait l’absence totale de référence à la dimension démographique dans les problématiques du territoire. On parle d’abondance de dynamiques, de redynamiser des projets territoriaux, d’entreprises territoriales innovantes, etc., etc. Tout cela est bel et bon. Mais comment faire redémarrer autrement que sur le papier un territoire, un pays, une région où il ne reste que des vieillards ? Au mieux, on ne pourrait faire mieux que les y enterrer.

    Ce foisonnement d’idées relève parfois de l’utopie créatrice comme on en a connu à toutes les époques. Mais s’il donne parfois l’impression de désordre ou de confusion, ce fourmillement intellectuel aura eu un mérite qui n’est pas mince : c’est de préparer le terrain à l’élargissement de la notion de territoire et de ce qui s’y rattache aux dimensions de la planète terre.
    Dès lors, est-on autorisé, comme le fait Serge Latouche, à dénoncer la raison économique, une rationalité économique mortifère, le délire de l’efficacité, jeter allégrement aux orties l’optimisation de Pareto, pour se réfugier commodément dans un obscurantisme digne du Moyen Age de la pensée économique ?

    C’est exactement l’inverse que je me propose de faire en faisant appel à une rationalité économique supérieure, un surplus de rationalité, pour parodier Bergson. Prôner la décroissance, comme veulent le faire aujourd’hui certains écologistes et naguère le Club de Rome avec les « zégistes » et le bon M. Mansholt, est une démarche stérile. Elle comporte un risque évident : celui de déboucher sur un néo-malthusianisme. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il ne faut pas moins de croissance mais plus de croissance, d’une autre nature, en renouant ici avec les analyses néo-shumpeteriennes en termes d’innovation de Rosenberg et de Frichtak. Ma critique de la mondialisation tient essentiellement à ce qu’elle va dans le mur. Il faut donc trouver autre chose. Ce n’est pas avec de bonnes idées utopiques que l’on sauvera la planète mais avec de bons calculs. Et voici peut-être comment on pourrait s’y prendre.

    – III – Pour une nouvelle économie de la proximité

    Il s’agit de rendre la croissance dans le monde compatible avec les ressources disponibles de la planète qui sont en voie rapide d’épuisement. Ce n’est pas une mince affaire. Or il y a urgence : si aujourd’hui nous consommons un peu moins d’une planète et demie, dans 30 ans, avec l’Inde et la Chine proches du niveau de vie américain d’aujourd’hui, nous avons toutes les chances de consommer de 6 à 10 planètes. En d’autres termes, nous serons cuits et nos descendants aussi. Pour éviter cela, il est impératif de réduire les coûts de transport à un niveau compatible avec une sage gestion des ressources de la planète.
    Certes, cela ne sera pas suffisant. Il faudra aller au-delà et consentir à une modification des modes de production et de consommation, une inflexion plus marquée de la croissance démographique. Autrement dit, pas moins de croissance, mais une autre croissance. Au fond, ce dont il est question ici est tendre vers une nouvelle version de l’équilibre walrasien, au sens où l’entend Léon Dupriez, c’est-à-dire une situation tendancielle d’équilibre entre les forces naturelles qui s’exercent sur l’économie.
    Il n’est donc pas question de supprimer les coûts de transport mais de les minimiser, de les apprivoiser, de les rendre compatibles avec le développement d’une nouvelle économie fondée précisément sur la proximité. Il faut donc pour cela établir une nouvelle grille de lecture des coûts de production, des coûts de transport, des prix au consommateur qui fasse ressortir clairement les conditions de l’échange et de la concurrence. Il importe de mettre en place une véritable économie de substitution fondée sur la proximité dont le lointain ancêtre pourrait être recherché dans le structuralisme de Raoul Prebisch et Celso Furtado. Qu’ils reposent en paix : une idée ne naît jamais de père inconnu.

    On pourrait utilement s’inspirer dans cette démarche de la remarquable intervention d’Ismaël Serageldin à notre dernier colloque d’Alexandrie pour le calcul des Green Accounts, les comptes Verts. Vous vous souviendrez que l’épargne Verte, les Green Savings, était calculée, au niveau d’un pays ou d’une région, en déduisant du PIB, non seulement les consommations publiques et privées et les amortissements, mais aussi la consommation de ressources non reproductibles et la dégradation de l’environnement pour parvenir à l’épargne réelle, les Genuine Savings.

    Ici notre propos serait de réintégrer les coûts invisibles dans le calcul des coûts de transport pour arriver à une nouvelle notion que l’on pourrait appeler : les coûts réels ou les coûts écologiques de transport, qu’il serait ainsi possible de mettre en parallèle avec les coûts de proximité.
    Il deviendrait ainsi possible de reconstruire de fond en comble notre système de comptabilité. Au niveau de l’entreprise, celle-ci devrait prendre en compte pour le calcul du prix de revient les coûts écologiques de transport (additionnés des coûts invisibles). La comptabilisation des flux commerciaux et des échanges internationaux devrait faire l’objet d’un redressement identique. On devrait pouvoir ainsi faire apparaître au niveau du consommateur, à côté des prix marchands, ceux qui apparaissent sur le marché, que l’on connaît, des prix écologiques réels, incluant les coûts invisibles de transport. Le consommateur serait ainsi à même de savoir ce que coûte réellement un yogourt aux fraises produit à 4 500 km de son lieu de consommation ou le kilo de cerises cueilli au Chili et consommé à Londres. Cette comparaison ferait clairement apparaître l’avantage comparatif éclatant de la production de proximité, celle qui fait l’économie des frais invisibles de transport.

    Voilà ce que pourrait être le véritable enjeu de cette démarche destinée à établir des coûts Verts et des prix Verts tenant compte des coûts invisibles de transport. L’établissement d’une comptabilité de ce type aurait naturellement pour résultat de faire voler en éclats le système de prix relatif en usage sur nos marchés. Mais il aurait également pour conséquence de mettre en évidence les avantages comparatifs d’une nouvelle économie de proximité qui aurait pour objectif de rapprocher le producteur du consommateur pour faire l’économie des coûts invisibles de transport.
    Mais il faudra aller au-delà. Au niveau international, il faudra, en tenant compte de ce nouveau système de prix, envisager une réorganisation des courants d’échanges internationaux autour de quatre ou cinq régions ou pôles de proximité où les échanges commerciaux seraient ordonnés sur la base de coûts de transport analogues ou proches. Même si cela n’empêcherait nullement Shanghai de crouler sous la pollution et le barrage des Trois-Gorges de ravager la vallée du Yang Tsé Kiang, cela permettrait peut-être au textile européen de ne pas être écrasé sous l’avalanche des T-shirts chinois.
    En second lieu, il conviendrait de procéder au redécoupage de l’aire de compétence de l’OMC sur une base décentralisée correspondant à ces quatre ou cinq pôles de proximité. Une refonte de la doctrine du FMI et de la Banque mondiale enfin, excessivement axée sur le libre-échangisme et la promotion de l’exportation à tout prix devrait aussi être recherchée afin de réorienter l’action de ces deux institutions en faveur d’une nouvelle économie de la proximité fondée sur la doctrine des échanges écologiques à coûts de transport faibles ou réduits.

    Réintroduire là où il le faut et quand il le faut des barrières tarifaires pour prévenir le dumping écologique. Il faut faire rentrer dans la bouteille le Génie de la mondialisation qui risque de dévorer sa propre créature. Ce ne sera pas une mince affaire. Mais elle est clairement incontournable. Autant s’y attaquer dès maintenant

    Yves-Marie Laulan
    Président
    Institut de Géopolitique des Populations
    <http://www.laulan.org/economieproximitemondialisation.htm>
    Communication pour le colloque de Turin (Mai 2005)

    Polémia
    21/04/06