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Liberté d’information, liberté d’expression…Dans le quotidien (de gauche) britannique Guardian, rapportait il y a peu le site du Salon beige, le journaliste politique et juriste américain Glenn Greenwald, lui aussi connu pour ses idées progressistes, a sévèrement taclé le ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. En cause, sa demande faite au réseau social Twitter d’aider les autorités françaises à criminaliser et censurer les propos qui ne sont pas de son goût. « Il n’existe pas de formule scientifique pour déterminer ce qu’est un discours haineux écrit M. Greenwald, c’est une qualité intrinsèque et subjective (…). Nul pouvoir n’est plus dangereux et plus destructeur que celui qu’exerce un Etat pour supprimer et criminaliser les opinions qui lui déplaisent. (…) Les nouvelles technologies peuvent toujours servir à remettre en cause les dogmes établis, c’est pourquoi elles sont toujours dans la ligne de mire des censeurs. Il n’est pas seulement possible ou probable mais certain, absolument certain qu’en permettant à l’Etat d’emprisonner des gens pour leurs idées haineuses, ce pouvoir servira un jour à protéger les élites de toute remise en question. »
Et Glenn Greenwald de poursuivre son réquisitoire : « Demander à Google ou Twitter de supprimer des opinions spécifiques est la marque des tyrans. Tous les tyrans pensent agir pour un bien fondamental, cela ne les rend pas moins tyranniques. Les gens absolument convaincus de la supériorité de leur bonté constituent une terrible menace pour les droits fondamentaux parce qu’ils n’ont aucun mal à justifier leurs abus: bien sûr que je suis contre la censure – des autres – mais pas quand elle sert à éliminer les idées que je n’aime pas. La criminalisation des idées qui nous déplaisent ne les fait pas mieux disparaître et refuser d’y faire face ne fait que les renforcer. »
Les idées, leur exposé et le pluralisme des points de vue sont aussi en filigrane une des questions essentielles qui ressort du dernier « Baromètre annuel de la confiance dans les médias » réalisé par le quotidien La Croix et publié ce mardi
En 2011, ce même sondages TNS-Sofres/La Croix, indiquait que 63% des sondés pensaient que les journalistes « ne résistent pas aux pressions des politiques », 58% estimaient que cette profession est « dépendante du pouvoir économique ».
56 % des sondés estimaient aussi que les médias ne sont favorables « ni à la droite ni à la gauche ».Ce qui n’est pas totalement faux si l’on considère que les intérêts des groupes financiers, qui contrôlent la majorité des rédactions de la presse écrite et audiovisuelle, sont assez transversaux et indépendants des clivages politiques traditionnels (artificiels) mis en vitrine par le Système…
La dernière enquête publiée aujourd’hui souligne de manière anecdotique, que 31% des personnes interrogées détectent une certaine hostilité des médias contre François Hollande alors que 22% seulement faisait ce constat pour Nicolas Sarkozy.
Phénomène plutôt curieux si on le rapporte à la consultation Harris Interactive réalisée sur Twitter pour le magazine Médias au lendemain de la présidentielle 2012. Selon l’enquête d’Harris Interactive, les trois quart des journalistes votent à gauche. Au premier tour , 39% des membres de cette corporation ont déclaré avoir voté pour François Hollande , 19% pour Jean-Luc Mélenchon, 18% pour Nicolas Sarkozy…et 3% seulement affirmaient partager les idées défendues par Marine Le Pen. Au second tour, 74 % des journalistes interrogés affirment avoir voté pour le candidat du PS
Cette parenthèse étant fermée relevons que ce « Baromètre de la confiance dans les médias » confirme que celle-ci continue de s’éroder sérieusement.
A la question de savoir « Si les choses se sont passées vraiment comme les médias les racontent », le oui reste minoritaire et stable pour la télévision à 48%, les Français répondent oui à 54% pour la radio (qui chute tout de même de 4 points), à 49% pour la presse écrite (-2 points). 53% considèrent d’ailleurs que la situation économique et financière de la presse est mauvaise, et parmi ceux-ci, les deux tiers y voient « un risque pour la démocratie ».
Mais la chute des ventes des journaux note Bruno Gollnisch , que l’on peut imputer à la concurrence des méfias digitalisés, au recul de la lecture chez les jeunes adultes, est aussi le fruit du consensus idéologique qui règne dans ce milieu fortement auto-référencé. Le formatage des esprits des journalistes –et la nouvelle génération qui rêve massivement de travailler à Libération atteint dans ce domaine des sommets- conditionnés pour faire couler le même robinet d’eau tiède citoyen et progressiste, ne suscite logiquement guère l’enthousiasme.
Cette enquête indique encore qu’internet reste le médium le moins crédible. « Pour la première fois depuis 9 ans rapporte La Tribune, (date à laquelle le média a été intégré dans la mesure), le pourcentage des Français estimant que les choses se sont passées vraiment comme Internet le raconte a reculé à 35%, soit deux points de moins en un an. »
« Il y a une petite rupture. Cela montre aussi que les gens ne prennent pas tout pour argent comptant, qu’ils ne sont pas dupes indique Edouard Lecerf (directeur de TNS Sofres, NDLR). Il faut dire que par rapport aux autres médias, Internet est proposé aux sondés dans sa globalité. Autrement dit, les internautes ont confiance dans ce qu’ils lisent sur les sites de médias traditionnels, et beaucoup moins sur le reste du Web. »
Confiance dans les médias traditionnels pourtant toute relative si l’on se fie aux résultats de ce sondage évoqué plus haut. D’autant qu’internet, jungle touffue dans laquelle le pire est bien présent, recèle aussi des sites, des blogs sur lesquels l’internaute peut trouver des informations, des éclairages stimulants, des analyses sérieuses de très grande qualité, émanant de personnalités qui sont (parfois, souvent) ignorées ou volontairement bannies des grands canaux d’information .
L’intérêt des médias réside bien dans la pluralité des opinions présentées. Or, comme le résumait le blog du Québécois libre en mars 2011, « le pluralisme a bel et bien implosé dans la plupart des rédactions, et singulièrement dans l’audiovisuel. »
« Les journalistes, ne répondant pas au système de valeurs soixante-huitard ont été découragés, éconduits, marginalisés, déclassé, remisés dans des placards, quand ils n’ont pas été cassés ou évincés (…). Certains ont sauvé leur carrière en pliant l’échine, d’autres en acceptant de jouer des rôles potiches. Mais l’éviction au pire, la marginalisation au mieux de la plupart d’entre eux a considérablement affaibli la capacité de critique et d’audace dans les rédactions. »
« Contrairement à une opinion répandue est-il encore écrit il n’y a plus guère de problème d’autocensure dans les médias audiovisuels (…) la question ne se pose quasiment plus pour les dernières générations. Les nouvelles recrues arrivent avec des réflexes culturels déjà forgés. Instinctivement, ils sélectionnent les faits et relatent l’actualité à partir d’une grille de lecture préétablie. »
« Pour eux, le journaliste est avant tout un acteur du débat de société, un médiateur engagé, un militant des causes citoyennes. C’est ce qu’on leur a inculqué avant d’entrer dans la vie professionnelle. Le souci d’objectivité et d’exactitude est secondaire, le but ultime étant de faire prendre conscience à l’opinion que certaines causes sont justes, d’autres obsolètes, que certains débats sont brûlants, d’autres dépassés. »
Bref , il est heureux que nos compatriotes cultivent toujours la vertu du doute au sujet des messages et autres stimuli dont ils sont abreuvés par les médias ; que « les gens ne prennent pas tout pour argent comptant, qu’ils ne sont pas dupes » comme le note M .Lecerf.
Mais, nous le relevions il y a déjà trois ans, la propagande distillée insidieusement, le travail de sape idéologique effectué quotidiennement dans les gros médias, se fait aussi avec une grande perversité dans le domaine « culturel » et du « divertissement », devant lequel le sens critique s’émousse plus volontiers…Ce n’est pas sans conséquence néfaste sur notre psyché collective, sur le goût des Français. Un peuple encore réputé fin, spirituel et volontiers frondeur au tournant du siècle précédent.
Le problème irlandais est caractéristique de ce que la construction européenne a coûté et continuera à coûter à la France.
L'Irlande était un pays pauvre comparé à notre pays il y a encore trente ans. Avec la construction européenne, le PIB par tête est maintenant de 50 % supérieur à celui de la France.
L'expression « déshabiller Pierre pour habiller Paul» garde tout son sens. Les pays européens du centre (France, Allemagne, ... ) ont par leurs subventions permis à l'Irlande de faire venir des entreprises, la plupart du temps américaines. Au passage, les subventions européennes ont aussi permis aux entreprises du CAC 40 de délocaliser au détriment de l'emploi dans notre pays. L'Irlande a aussi fait venir d'autres entreprises avec un taux d'imposition sur les bénéfices de 12,5 % contre 27,5 % en moyenne dans les autres pays de la zone Euro.
Après avoir fait payer les français à notre détriment, on leur demande maintenant de renflouer l'Irlande à nouveau. Cela n'est pas trop souligné par les fanatiques de la construction européenne. On constate aussi l'hypocrisie, la vacuité et le ridicule de ceux qui condamnent en permanence le protectionnisme.
Depuis longtemps il ne consiste plus à refuser des marchandises. Il s'exprime de façon sournoise par des conditions avantageuses grâce aux taux de change pour certains, le taux d'imposition sur les sociétés ou la pratique de la désinflation compétitive comme en Allemagne. Ce qu'on appelle le libre-échange n'est que l'utilisation de tous les protectionnismes locaux. Les Irlandais n'ont ratifié le traité de Lisbonne qu'à condition de maintenir leur avantage fiscal sur les sociétés. Quant à la Grèce, elle envisage déjà de ne pas rembourser le FMI et l'Europe.
On comprend avec l'Irlande, cas qu'on peut généraliser à la Grèce, à l'Espagne, au Portugal et aux pays de la périphérie pourquoi la France avec la construction européenne connaît depuis de longues années un véritable marasme économique. Avec la mise en place de l'Euro, les produits allemands ont pu inonder les marchés français et italien. Tout ceci conjugué aux subventions pour favoriser l'implantation des entreprises aux pays de la périphérie et aux 4 PIGS*, on a assisté à la destruction systématique de notre industrie.
Le gouvernement français a accompagné toutes ces mesures sous la pression des entreprises du CAC 40 à qui cela rapporte. Il y a malheureusement une déconnexion entre la santé des grandes entreprises françaises devenues des multinationales et l'économie de notre pays, c'est-à-dire les intérêts économiques des Français vivant sur notre sol.
Face à ce désastre économique qui vient en grande partie de l'Euro, la réaction des gouvernants est de sauver l'Euro, monnaie symbole qui doit être l'horizon indépassable de toute politique.
La crise des pays qu'on appelle les PIGS* montre aussi à quel point les «miracles» économiques étaient artificiels. Leur croissance momentanée a été due à des subventions et une monnaie qui ne correspond en rien à leur économie réelle.
Tout le cadre institutionnel de la construction européenne savamment construit par une « élite» arrogante et sûre d'elle-même n'a abouti qu'au déclin de la France et même de l'Europe.
Patrice GROS-SUAUDEAU
* PIGS : Portugal, Italie, Grèce, Espagne
Préparée de longue date et annoncée par François Hollande six mois à l’avance, l’intervention française au Mali a été présentée comme une décision prise en urgence en réponse à des développements dramatiques. Cette mise en scène ne vise pas seulement à s’emparer de l’or et de l’uranium maliens, elle ouvre surtout la voie à une déstabilisation de l’Algérie.
« L’appétit vient en mangeant », dit le proverbe. Après avoir recolonisé la Côte d’Ivoire et la Libye, puis tenté de s’emparer de la Syrie, la France lorgne à nouveau sur le Mali pour prendre l’Algérie à revers.
Durant l’attaque de la Libye, les Français et les Britanniques ont fait un large usage des islamistes pour combattre le pouvoir de Tripoli, les séparatistes de Cyrénaïque n’étant pas intéressés à renverser Mouammar el-Kadhafi une fois Benghazi indépendante. À la chute de la Jamahiriya, j’ai personnellement été témoin de la réception des dirigeants d’AQMI par des membres du Conseil national de transition à l’hôtel Corinthia, qui venait d’être sécurisé par un groupe britannique spécialisé venu exprès d’Irak. Il était évident que la prochaine cible du colonialisme occidental serait l’Algérie et qu’AQMI y jouerait un rôle, mais je ne voyais pas quel conflit pourrait être utilisé pour justifier une ingérence internationale.
Paris a imaginé un scénario dans lequel la guerre pénètre en Algérie par le Mali.
Peu avant la prise de Tripoli par l’OTAN, les Français parvinrent à soudoyer et à retourner des groupes Touaregs. Ils eurent le temps de les financer abondamment et de les armer, mais il était déjà bien tard pour qu’ils jouent un rôle sur le terrain. Une fois la guerre finie, ils retournèrent dans leur désert.
Les Touaregs sont un peuple nomade vivant au Sahara central et sur les bordures du Sahel, soit un vaste espace partagé entre la Libye et l’Algérie, le Mali et le Niger. S’ils ont obtenu la protection des deux premiers Etats, ils ont au contraire été délaissés par les deux derniers. Par conséquent, depuis les années 60, ils n’ont cessé de remettre en question la souveraineté du Mali et du Niger sur leurs terres. Bien logiquement, les groupes armés par la France décidèrent d’utiliser leurs armes pour faire aboutir leurs revendications au Mali. Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) prend le pouvoir dans presque tout le Nord-Mali où il habite. Cependant, un groupuscule d’islamistes touaregs, Ansar Dine, rattaché à AQMI, en profite pour imposer la charia dans quelques localités.
Le 21 mars 2012, un étrange coup d’État est perpétré au Mali. Un mystérieux « Comité pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État » (CNRDRE) renverse le président Amadou Toumani Touré et déclare vouloir restaurer l’autorité malienne au Nord du pays. Il en résulte une grande confusion, les putschistes étant incapables d’expliquer en quoi leur acte améliorera la situation. Le renversement du président est d’autant plus bizarre qu’une élection présidentielle était prévue cinq semaines plus tard et que le président sortant ne se représentait pas. Le CNRDRE est composé par des officiers formés aux États-Unis. Il empêche la tenue de l’élection et transmet le pouvoir à un des candidats, en l’occurrence le francophile Dioncounda Traore. Ce tour de passe-passe est légalisé par la CEDEAO, dont le président n’est autre qu’Alassane Ouattara, mis au pouvoir un an plus tôt par l’armée française en Côte d’Ivoire.
Le coup d’État accentue la division ethnique du pays. Les unités d’élite de l’armée malienne (formées aux USA) ayant un commandement touareg rejoignent la rébellion avec armes et bagages.
Le 10 janvier, Ansar Dine —appuyé par d’autres groupes islamistes— attaque la ville de Konna. Il quitte donc le territoire touareg pour étendre la loi islamique au Sud du Mali. Le président de transition Dioncounda Traore décrète l’état d’urgence et appelle la France au secours. Paris intervient dans les heures qui suivent pour empêcher la prise de la capitale, Bamako. Prévoyant, l’Élysée avait pré-positionné au Mali des hommes du 1er Régiment parachutiste d’infanterie de marine (« la coloniale ») et du 13e Régiment de dragons parachutistes, des hélicoptères du COS, trois Mirage 2000D, deux Mirage F-1, trois C135, un C130 Hercule et un C160 Transall.
En réalité, il est fort peu probable qu’Ansar Dine ait représenté une menace réelle, car la vraie force combattante, ce ne sont pas les islamistes, mais les nationalistes touaregs, lesquels n’ont aucune ambition au Sud du Mali.
Pour conduire son intervention militaire, la France demande l’aide de nombreux États, dont l’Algérie. Alger est piégé : accepter de collaborer avec l’ancienne puissance coloniale ou prendre le risque d’un reflux des islamistes sur son sol. Après hésitation, il accepte d’ouvrir son espace aérien au transit français. Mais en définitive, un groupe islamiste non identifié attaque un site gazier de British Petroleum au Sud de l’Algérie en accusant Alger de complicité avec Paris dans l’affaire malienne. Une centaine de personnes sont prises en otages, mais pas seulement des Algériens et des Français. Le but est manifestement d’internationaliser le conflit en le transportant en Algérie.
La technique d’ingérence française est une reprise de celle de l’administration Bush : utiliser des groupes islamistes pour créer des conflits, puis intervenir et s’installer sur place sous prétexte de résoudre les conflits. C’est pourquoi la rhétorique de François Hollande reprend celle de « la guerre au terrorisme », pourtant abandonnée à Washington. On retrouve dans ce jeu les protagonistes habituels : le Qatar a pris des parts dans de grandes sociétés françaises installées au Mali, et l’émir d’Ansar Dine est proche de l’Arabie saoudite.
Le pyromane-pompier est aussi un apprenti sorcier. La France a décidé de renforcer son dispositif anti-terroriste, le plan Vigipirate. Paris ne craint pas une action des islamistes maliens sur le sol français, mais le reflux des jihadistes de Syrie. En effet, durant deux ans, la DCRI a favorisé le recrutement de jeunes musulmans français pour se battre avec l’ASL contre l’État syrien. Du fait de la débandade de l’ASL, ces jihadistes reviennent actuellement au pays natal où ils pourraient être tentés, par solidarité avec Ansar Dine, d’utiliser les techniques terroristes qu’on leur a appris en Syrie.
Source : Al-Watan (Syrie)
PARIS (NOVOpress) - Le numéro 146 d’Eléments vient de sortir. Le dossier de ce dernier numéro : “Pacte budgétaire européen : le coup d’Etat”. Dans son éditorial, Robert de Herte indique notamment : « Depuis un demi-siècle, l’osmose idéologique de la droite financière et de la gauche multiculturelle s’est employée, sous couvert de “modernisation” émancipatrice, à faire confluer libéralisme économique et libéralisme sociétal, système du marché et culture marginale. »
Au sommaire de ce numéro :
Éditorial
« La fin du monde a bien eu lieu »,
Forum
L’entretien d’Éléments
Jean Soler, Maintenir vivant le modèle de la Grèce ancienne
Cartouches
L’actualité des idées, des sciences,
du cinéma, des arts et des lettres
Polar / La chronique littéraire
Philosophie, Histoire, Économie
Sciences
Le combat des idées
Manifeste pour un roman noir total
À mort Manchette !
Le mystère Pierre Siniac
Le western zapatiste
Django
Raymond Macherot, l’embellisseur
André Boniface contre les milliardaires du rugby
Eric Werner : le début de la fin
Physique quantique
Salvador Dali
Dossier
Pacte budgétaire européen : la fin de la souveraineté
Crise financière : où en est-on ?
Petite généalogie du Pacte budgétaire européen
Le mythe des marchés efficients
Addendum du 21 janvier :
Le Canard Enchaîné, 17 octobre 2012
Où l’on apprend aussi que la centaine de clandestins qui avaient squatté la basilique Saint-Denis en août dernier ont été relogés (sur décision de Matignon) dans un hôtel 3 étoiles à 150€ la nuit…



« Si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. » Cette sentence biblique a inspiré le tableau de Bruegel l’Ancien, où l’on voit une procession d’aveugles liés les uns aux autres s’entraîner mutuellement vers le précipice. La parabole de Bruegel vaut pour le destin de l’Union Européenne, qui n’a jamais paru aussi précaire.
Notre inconscient collectif nous le murmure : l’UE, dans son organisation actuelle, est condamnée. Certains experts le savent et le disent, à l’instar de Joseph Stiglitz, de Jacques Sapir, de Christian Saint-Etienne, de Jean-Luc Gréau, d’Alain Cotta, de feu Maurice Allais, Nobel d’économie symptomatiquement dédaigné par notre intelligentsia pour crime de lèse-béatitude envers l’euro. Notre élite politique aussi le sait, mais elle le tait soigneusement. Il faut la comprendre, faire pièce à la vérité signifierait sa chute
L’euro, ce moteur de croissance zéro
L’euro, ce moteur de croissance zéro, ne sera bientôt plus qu’une poudre de comète, abîmée dans le vaste charnier d’une oligarchie supranationale qui s’est trop tôt rêvée toute-puissante. Se corrompre dans de telles illusions d’omnipotence et d’expansion indéfinie, c’est la justice que l’histoire réserve à tous les projets impériaux, même les plus technocratiques et les moins séduisants. L’extraordinaire revitalisation des mouvements populistes européens, que la doxa nous affirmait enterrés dans les sables de la Fin de l’histoire, souligne assez la marche à la mort de l’illusion euratlantique.
La fable « crisiste » n’empêchera pas les grands mensonges de tomber
Certes, la crise de 2008 a été un effet d’aubaine pour une partie de la classe politique qui s’est ingéniée à masquer sous les traits de la conjoncture ce qui relève en réalité de failles structurelles, systémiques, propres à l’architecture de l’Union. Il faut bien être naïf pour avaler la fable crisiste qu’on tente de nous vendre : avons-nous attendu 2008 pour subir la stagflation, les délocalisations, la désindustrialisation massive, le chômage de masse, une politique d’élargissement aberrante, une immigration massive qui a explosé à la fin du siècle dernier, c’est-à-dire au moment même où la lutte contre l’immigration devenait l’omega du discours gouvernemental, plongeant le débat médiatique dans une schizophrénie ravageuse, où le durcissement des paroles va de pair avec l’impuissance des actes ? 2008 n’aura fait que révéler ces lignes de failles, dont aucune n’a été colmatée. La machine s'épuisera dans des annonces de réforme impossibles à mener et pour cause, l’ordre même de l’Union l’interdit. L’épreuve d’enfumage aura duré deux décennies. Une durée de vie remarquable pour une malversation aussi patente. L’Union semble désormais aussi fragile qu’un enfant atteint de progéria. Voici venu le temps où vont tomber les grands mensonges.
Trou noir des dettes souveraines et faillite civilisationnelle
Le trou noir des dettes souveraines travaille à leur perte fatale les économies européennes. Deux événements survenus dernièrement soulignent l’effet d’accélération : d’abord la rétrogradation de la note des Etats-Unis par Standard & Poor’s, qui signifie que le séisme financier mondial n’a pas encore épuisé ses capacités de réplique, puis l’annonce, tout aussi inédite, par le gouvernement français de sa volonté de suspendre les accords de Schengen pour tenter de juguler, vainement, l’afflux de dizaines de milliers de jeunes Tunisiens. L’édifice craque de partout. La pitoyable querelle avec l’Italie dit la faillite civilisationnelle dans laquelle nous sommes engagés. Sur le plan économique, maintenant que les pions sont tombés (Grèce, Irlande, Portugal), le cercle du désastre s’élargit et ce sont les pièces de choix qui vont être mises en jeu. L’Espagne sera la prochaine à offrir sa tête au billot du Fonds de solidarité. Gageons que le couple franco-allemand, roi et reine de ce sombre échiquier, feront tout pour proroger la demande de soutien des ibériques, qui entraînerait inéluctablement l’effondrement de l’union monétaire.
Euro et Schengen : vers la fin de l’utopie sans frontiériste
Formidable entropie qui engloutira tout de l’utopie sans-frontiériste : l’euro et Schengen imploseront simultanément. L’effet de sidération qu’engendrera cette implosion dans les opinions publiques se traduira par une série de révolutions politiques internes. Un basculement que tous les sondages annoncent et dont 2012 va dramatiquement préciser les contours.
La coque du vaisseau amiral est trouée
On aimerait ne pas avoir à se réjouir de telles perspectives. Et pourtant, nombre de politiques avisés, défaits par le référendum de Maastricht, nous avaient mis en garde : cette autodestruction était inscrite dans le programme génétique même de l’UE et de l’idéologie supranationale. Nous serions nous bornés à une Europe des Douze, fondée sur des coopérations bilatérales, seule solution pour aboutir à terme à un ensemble politique et économique stable et cohérent, que nous n’aurions pas eu à redouter un naufrage aussi radical. Persistance des Cassandres. Inutile désormais de chercher à sauver un vaisseau-amiral dont la coque est trouée. La situation ne nous laisse d’autre choix que de nous préparer à abandonner l’embarcation. L’épreuve sera douloureuse à court terme mais salvatrice à moyen terme. La plaie a de toute façon suffisamment suppuré. Il est temps de parapher l’acte de décès et d’achever cette chimère malade ou c’est elle qui nous achèvera.
Georges-Henri Bricet des Vallons Correspondance Polémia
Chercheur en science politique 6/05/2011
Un drame, où un navire poubelle au pavillon exotique envoie par le fond un chalutier français et son commandant, illustre le fait que la navigation demeure l'un des principaux vecteurs de la mondialisation ... et qu'elle en charrie toutes les dérives.
Depuis le 18 août dernier, flottant dans un pull marin devenu trop grand, Yvette promène son chagrin de micros de radios en caméras de télévision, dans l'espoir assez vain que « le président de la République fasse quelque chose... » Quelque chose pour sanctionner les responsables présumés de la mort de Bernard Jobard, un patron pêcheur breton, originaire de Plouescat, responsable de six salariés, père de famille et... époux de la pauvre Yvette.
L'histoire remonte à la nuit du 17 août, au large d'Ouessant. Le chalutier français Sokalique est percuté en pleine nuit par un gros bâtiment. Le commandant du bateau de pêche, projeté par-dessus bord, meurt noyé sans que personne ne puisse le secourir. Tandis que le chalutier commence à couler, les six marins composant l'équipage n'ont que quelques minutes pour construire un radeau de survie et tenter d'échapper à la mort. Ignorant les appels de détresse des naufragés, le grand navire poursuit sa route, refusant toute communication.
Où l'on découvre les îles Kiribati
Le 18 août au matin, la Marine nationale française arraisonne l'Ocean Jasper, un vraquier de 90 mètres armé par une société turque, le déroute et l'immobilise sur une base militaire de Brest. Son équipage est interrogé par la gendarmerie maritime et, rapidement, la justice française établit formellement l'implication du cargo dans le naufrage du Sokalique : les gendarmes ont retrouvé des traces de peinture sur la coque de l'Ocean Jasper et l'incident a été consigné dans son carnet de bord. Selon le procureur de Morlaix, Laurent Fichot, « Dans leurs interrogatoires, le commandant et le second du navire ont confirmé l'existence d'une "collision avec un navire" au moment du naufrage, sans autres précisions sur les circonstances. »
Puisque l'accident s'est produit dans les eaux internationales, malgré ces preuves, des poursuites pour homicide involontaire, délit de fuite et mise en danger d'autrui ne pourront être engagées que si les îles Kiribati - dont le cargo bat pavillon - donnent leur accord.
Dans le cas contraire, l'Ocean Jasper pourra reprendre sa route vers la Turquie, laissant le dossier en charge aux autorités de la république de Kiribati... Le petit archipel de 100 000 habitants, perdu entre Hawaï, les îles Marshall et le nord de la Polynésie française. Le pavillon de ce micro-Etat est dit de "complaisance". C'est-à-dire qu'il bénéficie d'une immatriculation utilisée par les armateurs pour contourner les réglementations des grandes puissances maritimes. Selon Robin-des-bois, une association de protection de l'environnement, l'Ocean Jasper a un « très mauvais profil » : « Jusqu'en juillet 2005. il était immatriculé en Corée du Nord sous le nom de Nilly. Le pavillon de la Corée du Nord est connu comme le plus mauvais et le plus dangereux des pavillons de complaisance. Quant à Kiribati, elle hérite des plus mauvais navires de commerce en service sur l'océan mondialisé. Cet État n'est vraisemblablement pas doté d'une administration maritime apte à contrôler le bon état de la maintenance des navires. » D'ailleurs, le gestionnaire de l'Ocean Jasper ainsi que la société chargée d'en valider la sûreté seraient «inconnus».
Loin d'être anecdotique, ce phénomène est désormais une norme. Depuis la fin des années 1960, le commerce maritime de plus en plus "mondialisé" a connu une externalisation massive et une multiplication des pavillons de complaisance. Aujourd'hui, une trentaine de micro-Etats marchandent leur souveraineté en enregistrant des flottes sous leur propre pavillon. L'externalisation permet de faire baisser les coûts généraux d'exploitation mais aussi d'échapper à toute poursuite en cas d'infraction, grâce à la multiplication des intermédiaires.
Les pavillons de complaisance permettent d'échapper aux réglementations nationales et internationales. L'enregistrement sans contrôle s'effectue en une journée dans un consulat ou une ambassade, et l'État qui prête ainsi son pavillon est rémunéré au forfait en fonction du tonnage du navire.
Les droits d'enregistrement sont de 50 % inférieurs à ceux d'Europe. Les États concernés ne reconnaissent ni conventions collectives ni protection sociale, permettant ainsi de sous-payer les équipages et de leur imposer des cadences infernales... débouchant à terme sur des drames tels que celui du Sokalique.
"Voyous de la mer"
Ainsi, la faible incidence du transport naval par rapport à ses coûts réduits a multiplié les flux du trafic mondial par 5 entre 1970 et 2000. Grandes capacités à longue distance, faible consommation d'énergie, "souplesse" du code du travail, l'océan est devenu un vecteur de la mondialisation... et tant pis si, chaque année, 50 % des pertes de navires sont imputables à des bâtiments battant pavillon de complaisance. L'association Robin-des-bois rejoint le syndicat CGT et la veuve du commandant Jobard, en déclarant que « le défaut d'assistance dont est soupçonné le cargo est un acte criminel qui relève des tribunaux français ». Leurs espoirs se fondent peut-être sur le fait qu'en 2001, le président Chirac, suite au naufrage du Prestige, avait dénoncé les « voyous de la mer ». C'est oublier que quinze jours après, il décorait de la Légion d'honneur Tristan Vielgeux, l'armateur propriétaire du Kalinga qui, sous pavillon panaméen, avait abordé et coulé le bateau français le Tricolore ! Avec une réglementation maritime de plus en plus laxiste, on ne peut que souhaiter bien du courage à Yvette Jobard.
Patrick Cousteau monde et vie. 1er septembre 2007
À l’aune du débat sur le mariage et l’adoption pour les homosexuels, le parti socialiste et ses groupes politiques affiliés n’en finissent plus de révéler, en sus des discours les plus obtus, la laideur de leurs méthodes politiques.
En l’occurrence, les Jeunes socialistes ont mis en ligne, sur une page intitulée « Alerte élus homophobes », une surréaliste « carte des dérapages ». Le principe est simple : une carte de France où sont localisés, sous la forme de silhouettes noires portant écharpe tricolore, les propos tenus par des élus et qualifiés d’« homophobes » par la police de la pensée. Sont indiqués sur de petites fiches individuelles : le nom de l’élu, sa photo, la nature de son mandat, son parti, la date de son « dérapage », le lieu, la teneur et la source.
Par exemple, cliquer sur une silhouette proche de la ville de Rennes nous renvoie à la fiche de M. Thierry Benoit, député et Conseiller général d’Ille-et-Vilaine, dont on apprend qu’il a commis un ignoble crime de lèse-progressisme en tenant les propos suivants :
« Qui nous dit que ces pertes de repères n’aboutiront pas, demain, à de la polygamie, par exemple ? »
Dans Ouest-France, le 7 novembre 2012.
Des propos en effet inqualifiables, dénués de tout bon sens, déconnectés de toute réalité. La preuve : « Après le mariage homosexuel, le Brésil officialise son premier “ménage à trois” ».
On remarquera au passage que la France vue par les socialistes risque fort de ressembler, à terme, à une patinoire géante, puisque les « dérapages », déjà nombreux, semblent d’emblée distribués sur l’ensemble du territoire, dessinant une certaine universalité géographique de la glissade qui, bien entendu, s’accroîtra avec le temps sans ébranler une seconde les convictions des « socialistes » quant à la portée réelle de leurs discours et à l’adhésion de la population aux transformations qu’ils font subir à la France.

Complément logique du fichage géolocalisé, ces Jeunes socialistes proposent également aux Français de collaborer à leur régime policier en mettant à leur disposition un formulaire spécialement dédié à la dénonciation des élus ayant ignominieusement contrevenu à la marche du Progrès.
Des « Jeunes socialistes » qui nous rappellent donc encore un peu plus à quel point la lutte politique a déserté, dans la tête de certains, le terrain de la dialectique, du débat, de la démarche de vérité au service de l’intérêt général pour se rapprocher dangereusement de celui de l’organisation policière, communautariste et antinationale.
Monde et Vie : Tugdual Derville, vous êtes l'un des principaux organisateurs de la manifestation nationale du 13 janvier contre le projet de « mariage » entre personnes du même sexe. Au cours des dernières semaines, certaines annonces ont brouillé l'image de cette manifestation : il a notamment été question d'introduire un char « gay » au sein de la manifestation, d'homo-éducation ou de marche contre l'homophobie... Qu'en est-il exactement ?
Tugdual Derville: La ligne qu'a choisie la Manif pour tous vise à rassembler très largement et très paisiblement ; d'où la nécessité de trouver un terrain d'unité qui rassemble le plus largement possible, derrière un mot d'ordre unique: la suspension et le retrait du projet de loi. La lucidité politique nous conduit toutefois à laisser au président de la République une porte de sortie en ouvrant un débat qui a été jusqu'à présent escamoté sur la filiation, la famille et sa fragilité dans une société en crise économique, où elle reste le refuge par excellence.
Par ailleurs, en abordant un sujet aussi sensible que celui de la filiation et de l'engendrement, nous savons que certaines personnes ressentent notre mouvement comme une agression qui s'oppose à leur désir d'engendrer, l'un des plus nobles qui habite l'humanité. Pour échapper à la présomption d'homophobie, mot piégé, mot-amalgame utilisé pour jeter l'opprobre sur notre opposition au mariage entre personnes de même sexe assorti du droit d'adopter des enfants, nous avons choisi de lutter contre « l'homophobie » dans sa terminologie acceptable, qui désigne la stigmatisation des personnes et les discriminations injustes qu'elles peuvent subir. Mon ami Philippe Ariño, lui-même concerné par l'homosexualité, explique ainsi qu'il serait « homophobe » et stigmatisant pour les personnes homosexuelles de prétendre qu'elles devraient toutes militer pour l'effacement des repères hommes-femmes dans la filiation. Nous voulons ainsi à la fois respecter les personnes et déjouer le piège tendu par ceux qui amalgament la stigmatisation avec le légitime refus du mariage entre personnes de même sexe et de cette prétendue « homofiliation » mensongère.
Comme vous le rappelez, des maladresses ou des incompréhensions ont eu lieu, mais elles ont été corrigées et levées. Xavier Bongibault, qui est l'un des porte-parole de la Manif pour tous et homosexuel, a clairement récusé l'idée, un moment exprimée, d'incorporer à la manifestation un char « gay », en rappelant que l'humanité se compose d'hommes et de femmes, comme le disait l'ancien premier ministre socialiste Lionel Jospin à l'époque de la légalisation du Pacs.
Un correctif a aussi été apporté aux interprétations concernant les tenues des dignitaires religieux, des prêtres catholiques en particulier. Il a été dit très clairement que ces personnes peuvent venir en portant le vêtement propre à leur état. En revanche, par respect pour les sensibilités diverses qui s'y côtoient, religieuses ou pas, la Manif pour tous a demandé que l'on ne fasse pas de la manifestation un pèlerinage ou une procession. Ce n'est pas le lieu adéquat et c'est le gage du rassemblement le plus vaste et le plus unitaire possible.
Vous mettez l'accent sur le caractère unitaire de la manifestation. Comment se traduit-il « sur le terrain » ?
Réussir à lancer, en France, un mouvement unitaire de cette ampleur, était une gageure. Or, sans que les diversités, voire les divergences, soient effacées, cette unité s'est réalisée et la Manif pour tous rassemble aujourd'hui plus de 30 associations, qui diffèrent à la fois par l'ancienneté, la taille et la structuration. On y trouve aussi bien les associations familiales catholiques que les associations familiales protestantes, Alliance Vita, les Enfants du Mékong, des associations de personnes adoptées, des personnes concernées par l'homosexualité, des personnes ancrées à gauche ou à droite de l'échiquier politique, ainsi que des appels, comme « Tous pour le mariage » qui regroupe déjà quelque 150 000 signataires. Les réseaux sociaux par Internet ont aussi joué un rôle déterminant, ce qui explique la rapidité de la montée de la mobilisation.
Pour parvenir à l'unité tout en respectant la diversité des sensibilités, les associations co-organisatrices de la manifestation ont décidé de s'agréger autour d'un seul logo, d'un seul mot d'ordre et d'une seule tonalité, en sacrifiant ceux qui leur étaient propres. Ces abandons ont permis que se lève un mouvement totalement inédit, qui stupéfie les politiques et les analystes. Je suis émerveillé quand je vois le bon sens de tous ces manifestants, qui ne viennent pas pour défendre leurs intérêts personnels, ni s'opposer à des revendications, mais pour protéger le droit du plus faible afin qu'il puisse accéder à l'une des richesses immuables, les plus universelles et les plus précieuses de l'humanité : être engendré par un homme et une femme. C'est ce droit du plus faible de naître d'un homme et d'une femme plutôt que de se voir imposer une filiation mensongère, que nous défendons; c'est aussi son droit d'être, à cet égard, égal aux autres enfants qui ont un papa et une maman.
La légitimité de l’État se fonde sur la protection de ce qu'on appelait autrefois la veuve et l'orphelin - autrement dit, le plus faible ; or ce projet de loi laisse transparaître une culture de la toute-puissance qui se croit permis d'effacer les repères intangibles sur lesquels se fonde l’écologie humaine. Lorsque j'entends Najat Vallaud-Belkacem, ministre du droit des femmes, expliquer aux enfants endoctrinés que la devise de la République, liberté-égalité-fraternité, doit les conduire à ouvrir leurs parents à l’homofiliation je réponds que cette devise, comprise dans un sens juste, voire chrétien, nous invite au contraire à défendre la richesse de l'engendrement humain qui procède de la complémentarité entre l'homme et la femme.
Vous évoquez le christianisme, quelle place occupe-t-il au sein de la Manif pour tous ?
Le mouvement mérite de rassembler le plus grand nombre de participants, au-delà des croyances légitimes des uns et des autres. C'est pourquoi nous veillons à ce que la Manif pour tous, née de l'initiative de quelques personnes à laquelle se sont agrégées ensuite diverses associations, ne soit pas récupérée par des partis politiques, ni prisonnière de connotations religieuses dans lesquelles ses adversaires cherchent à l'enfermer, ni transformée en un affrontement entre homosexuels et hétérosexuels - termes que je récuse -, mais qu'elle soit avant tout une marche des Français attachés à une réalité qui leur est très chère. Par certains aspects, le mouvement qui se lève aujourd'hui ressemble à l'écologie à ses débuts. C'est en effet le mouvement de l'écologie humaine.
Il bénéficie à la fois de l'unité entre associations et chapelles diverses - les fameuses tribus gauloises - et d'experts visionnaires qui avertissent que derrière le noble désir d'engendrement, aujourd'hui manipulé par l'idéologie scientiste du « gender », se profile l'illusion dangereuse selon laquelle l'humanité va trouver son bonheur en fabriquant des enfants sur mesure et à la demande. Il ne s'agit donc pas seulement d'une revendication minoritaire chez les personnes homosexuelles ; derrière ce projet de loi se dessine en perspective un changement de statut de l'enfant, qui est en prémisses dans les lois bioéthiques et les dérives liées à ces lois : c'est l'idée d'un enfant que l'on se procure, au lieu de l'accueillir inconditionnellement au sein d'une famille, afin qu'il y acquière sa liberté et y découvre la fraternité. En tant que père de famille, je suis admiratif quand des personnes homosexuelles qui luttent à nos côtés disent qu'elles sont prêtes à sacrifier leur vrai désir d'engendrer et d'éduquer, par respect pour le plus faible et le plus fragile.
La Manif pour tous a édicté un code d'habillement Pourquoi ?
La question du code d'habillement, c'est aussi celle de la répercussion et de l'efficacité de notre action. Nous vivons dans une société de l'image et des nouvelles technologies, ce qui n'est en soi ni un bien, ni un mal, mais un fait. Nous utilisons donc tout notre savoir-faire pour que la manifestation soit un beau spectacle, qui exprime notre unité et le caractère joyeux de la famille. En l'occurrence, ce caractère festif et unitaire se traduit par un logo, des chants et un choix de couleurs. Ce n'est pas parce que le sujet est grave que nous sommes invités à faire une marche funèbre.
Justement, que signifient les couleurs bleu-blanc-rose ?
Traditionnellement, on habillait souvent un petit garçon en bleu et une petite fille en rose : ces deux couleurs représentent la différence des sexes, cette richesse de l'humanité. C'est une façon d'endosser cette diversité : le père et la mère sont extraordinairement complémentaires pour un enfant. Ça montre aussi que nous avons de l'humour, de la joie de vivre et de bonnes raisons d'en avoir. Toutefois il ne s'agit pas d'un travestissement et personne n'est forcé de s’y conformer : si des personnes préfèrent manifester dans leur tenue de ville, elles sont les bienvenues.
Le mouvement se poursuivra-t-il après le 13 janvier ?
Oui, cette grande manifestation nationale ne restera pas sans lendemain. Il nous appartiendra ensuite de faire vivre ce mouvement, en le faisant rebondir sur d'autres échéances, politiques et parlementaires, courant janvier, puis autour de la loi sur la filiation et la procréation médicalement assistée, à partir du mois de mars. Nous n’entendons pas laisser la rue ou le débat à nos adversaires et nous serons tenaces.
Propos recueillis monde & vie 15 janvier 2013